lundi 8 avril 2013 - par Francescab

La dénonciation, c’est bon pour les nazis

Encourager la dénonciation, dénoncer autrui, cela rappelle « les heures les plus sombres de l'histoire ». Qui n'a pas entendu ces mots dans la bouche de quelque soi-disant intellectuel ? Qui ne s'est pas vu ainsi sermonner ?

Dénoncer quelqu'un, c'est commettre un acte extrêmement grave, une faute morale. D'ailleurs, je ne devrais pas parler de dénonciation mais de délation (qui n'est rien moins qu'une dénonciation méprisable et honteuse). Encourager la dénonciation, dénoncer autrui, cela rappelle « les heures les plus sombres de l'histoire ». Trahir autrui, un concitoyen, un être humain comme soi-même, le livrer aux mains des autorités... Voilà qui est détestable, petit, bas, mesquin. Criminel.

 Qui n'a pas entendu ces mots dans la bouche de quelque soi-disant intellectuel ? Qui ne s'est pas vu ainsi sermonner ? Qui n'a pas été renvoyé aux « heures sombres de l'histoire » ? A les entendre, dénoncer, c'est toujours dénoncer un Juif menacé de mort, c'est toujours envoyer un innocent au bagne. Sur la question — oh quel étonnement — les voix qui se font entendre sont de tous bords (de l'est marin à l'ouest pourpre) et ces voix sont — oh quel étonnement — à l'unison.

 Et c'est bien cela qui me fait réagir. Tous nous imposent de nous taire face au délit. La bonne position officielle, la position morale de base, celle qui nous est imposée serait la suivante : nous taire, pour ne surtout jamais collaborer avec les autorités, avec la force. Je vais et je veux choquer, si c'est ainsi. Car, je dis que non, dénoncer, ce n'est pas dénoncer un Juif menacé de mort.

 J'ai entendu ces jours-ci, qu'il y avait un danger (oui, un « danger ») à avoir, en France, une presse qui se met à dénoncer les comportements jugés déviants. Certains jugent que nous n'avons pas besoin d'une « police de la morale », qui ferait tomber tel ou tel ministre, maire ou autre, pour quelque incartade dans des zones ténébreuses...

 Cela est tout bonnement révoltant. Oui, les citoyens exigence une transparence, une honnêteté totale. Et non ce n'est pas un truc de nazi, ou de bouseux à mentalité provinciale. Oui, nous voulons du propre, nous voulons que les comptes soient bien tenus. Oui, nous en avons marre que tous profitent des failles du système, de tous côté. Sans que nous ne puissions réagir. Nous devons, et nous pouvons réagir. En luttant contre la perversion morale de la classe politique, et de tout un chacun d'ailleurs, et en soutenant une presse qui dénonce les abus.

 Car nous ne vivons plus sous le joug d'un gouvernement totalitaire, collaborationniste. Nous vivons dans une république, bananière certes (et là est bien le problème), mais régie, dans le fond, par certains textes et organes nous assurent que la démocratie prévaut. En d'autres termes, tout ce que l'on peut dénoncer en 2013, ce sont des actes ou des faits illégaux (et, il est vrai, l'illégal rejoint souvent l'immoral). Je sais que la déviance morale est un concept tout relatif ; mais il ne s'agit pas là de dénoncer un mari volage, ou le recours à l'avortement. Nous parlons du respect de la loi, dont les infractions nous portent préjudice, à nous tous, citoyens contribuables.

 De plus, je répondrais qu'une éventuelle dénonciation de délit ne déboucherait pas sur une mise en branle d'une police discrétionnaire et brutale au service d'un régime arbitraire, mais sur la mise en mouvement de la justice française, contrôlée par les institutions judiciaires européennes au besoin. On peut critiquer la justice française, et l'on peut critiquer la justice européenne, mais certainement pas pour leur dureté, ou pour condamner des innocents à tour de bras.

 En fait, n'en déplaise aux journalistes bien pensants, dénoncer est une obligation légale (art. 434-1 du Code Pénal). Quiconque a connaissance d'un délit ou d'un crime sans le rapporter aux autorités judiciaires est lui-même passible d'une condamnation. Que nous parle-t-on de la présomption d'innocence ? Il s'agit d'alerter la justice, qui doit ensuite enquêter, et condamner, ou non.

 Il est donc criminel, au sens moral au moins, que les trois-quarts de la presse française aient eu connaissance de faits (on nous dit aujourd'hui que depuis vingt ans toutes les rédactions de Paris savaient que Cahuzac avait un pactole caché) sans en référer à la justice. L'affaire Cahuzac est une occasion supplémentaire de constater que la presse ne nous informe que de ce qu'elle veut bien.

 Gardons bien à l'esprit que police et justice ne peuvent pas, spontanément, s'enquérir de chaque déviance à la loi. Nous subissons constamment des préjudices moraux et financiers. Lorsqu'un homme politique pique dans la caisse. Lorsque votre voisin est aux Baléares alors qu'il est en congé maladie, lorsque votre voisine fait crotter son caniche sur le trottoir en bas de votre immeuble, lorsque Cahuzac ne paie pas ses impôts, lorsqu'un artisan se fait payer au black, c'est vous qui payez, sous forme d'impôt ou sous forme d'énervement (un 4x4 BMW est garé sur le passage piéton) et de frustration (un type passe devant vous dans la file d'attente à la sécu), c'est vous qui payez, et c'est vous qui êtes puni.

 Alors exigeons de la transparence, des révélations, de la justice. Que la presse dénonce puisqu'elle en a les moyens, et vous-mêmes dénoncez, et ne vous en laissez pas conter : personne ne mourra dans les camps, cette fois-ci. Ceux qui ne sont pas capables de faire la différence entre dénoncer un innocent et dénoncer un salaud, ceux-là sont à plaindre, car c'est la différence (toutes proportions gardées) entre dénoncer un Juif et dénoncer son bourreau.

 



26 réactions


  • Castel Castel 8 avril 2013 16:06

    Je suis assez d’accord, mais vous semblez avoir une confiance solide envers les autorités.
    Si vous dénoncez qui est responsable pour des affaires crapuleuses (affaire boulin, affaire coluche, affaire alègre/baudis/roche, pédocriminalité dans le milieu du pouvoir et bien d’autres), vous pouvez avoir de gros problèmes...


  • Scual 8 avril 2013 16:33

    Quand on envoie un corrompu ou autre devant la justice, on ne dénonce pas, on l’a juste attrapé ! On est un héros.


  • robin 8 avril 2013 16:34

    A tout ceux qui pestent contre la délation dont l’enfant s’est fait violé on espère qu’un « méchant » délateur aura vu le criminel.....lol !


  • joletaxi 8 avril 2013 16:57

    On est bien sur un média « de gauche » ?

    La dénonciation est une valeur de gauche,si j’ai bien compris ?

    cela me rappelle une anecdote d’un ami de mon père qui dans les années cinquante avait eu l’initiative de se risquer à importer des biens manufacturés à partir de la RDA.
    Au bout de quelques années, il avait noué des contacts avec des directeurs d’entreprises locales.
    Quand ils voulaient parler librement,ils se cachaient de leurs propres enfants, qui risquaient des les envoyer dans un camp de rééducation.

    Promouvoir la délation, comme si en france, qui sous l’occupation avait connu une remarquable frénésie de « citoyenneté »,on avait besoin d’encore en rajouter.
    Mais le plus dégueulasse dans cette histoire, c’est que tout a commencé avec des listes achetées à prix d’or par des gouvernements, à des gens qui au sein des entreprises, espionnaient en vue de ce genre de rackett.

    Mais la transparence, inévitable du fait de l’informatique et de internet, ce n’est pas dénoncer, mais rendre public ce que tous les initiés,y compris aux gouvernements, savaient depuis toujours.
    Au Canada, toutes les dépenses publiques sont publiées, in extenso ,sur internet, pas la peine de jouer au corbeau.
    Ce qui est encore plus curieux, c’est que de toute patr on appelle à la moralisation, au déshabillage public de tout un chacun,une pratique très en vogue... aux USA, ce qui est un comble.

    Belle société, de ploucs en train de s’espionner ,mais pour des gens qui appellent à la société collectiviste, rien de plus normal.


    • Francescab 9 avril 2013 14:36

      On peut regretter d’en « arriver là », ne serait-ce que parce qu’on a autre chose à faire dans la vie qu’être vigilant et se défendre... Mais le fait est que le système tel qu’il est aujourd’hui nous y contraint à mon sens. Le système légal, en particulier au regard des politiques, n’a pas mis en place les contrôles nécessaires. Comme vous le dites, les Canadiens n’ont pas besoin de se faire apprenti-dénonciateurs. Le système/la loi sont ainsi faits que la transparence est de mise. Notre job, en tant qu’électeurs, est certainement d’exiger tout cela. Mais les Français sont une nation de révolutionnaires immobiles.


  • Dolores 8 avril 2013 17:19

    Il n’y a pas beaucoup de journalistes d’investigation de nos jours, alors saluons les pour leur travail d’information au public.
    Ils font de vraies enquêtes. Ils sont très prudents quand ils rapportent les faits qu’ils ont découverts car ils sont toujours menacés de diffamation s’ils s’avèrent inexacts.
    Ensuite c’est à la justice de trancher.

     Pendant ce temps, les « journalistes de présentation » pourront continuer à faire des courbettes au pouvoir (de droite ou de gauche), à faire ami-ami avec lui, et à lui dérouler le tapis rouge en toutes circonstances. Ce n’est pas du journalisme.


    • Vipère Vipère 8 avril 2013 17:26

      Chère Dolores

       

      Payer l’avion et les collations, c’est déjà un début de corruption !

      Comment après avoir été transporté à l’oeil, dans un même avion, écrire des articles cinglants sur les politiques. genre  : un tel politique puait des pieds et des dessous de bras, alors les affaires de gros sous !!!!

      Trop de proximité, tue le journalisme !

       


    • Mariane 8 avril 2013 18:53

      Vous avez tout compris !


    • Dolores 9 avril 2013 20:06

      Il y a déjà longtemps qu’ils assimilent les caisses de l’état à leur cassette privée. Ils.semblent croire que l’argent de l’état n’appartient à personne.
      Le peuple c’est personne !


  • Vipère Vipère 8 avril 2013 17:27

    Vous m’avez comprise, j’ai grossis le trait, jusqu’à la caricature ! smiley


  • Rincevent Rincevent 8 avril 2013 17:36

    Même sans dénoncer, le simple fait de se réjouir qu’un homme politique ait été enfin pris la main dans le sac fait de vous un fasciste : http://www.slate.fr/story/70419/affaires-france-ere-soupcon-elites
    C’est dire à quel point certains n’ont pas la conscience tranquille pour recourir à de tels amalgames...


    • Francescab 9 avril 2013 14:39

      J’ai vu sur le site du Point qu’un journaliste s’offusquait de ce qu’on en arrive un jour à demander à un député une facture pour l’achat « d’un tube de dentifrice ». 1- oui c’est bien ce que nous voulons ; 2- pourquoi un député s’achèterait-il du dentifrice avec de l’argent public ? 3- leur émoluments sont assez élevés pour qu’ils paient cela (et tout le reste) de leur poche ! Est-ce que votre employeur vous offre le gîte et le couvert, et de l’argent de poche en plus de votre salaire ?


  • foufouille foufouille 8 avril 2013 17:37

    on peut denoncer les mensonges de merlanchon aussi ?


  • Vipère Vipère 8 avril 2013 17:43

    Foufouille

     

    Vous dites ce que vous pensez et pensez ce que vous dites depuis.... MATHUSALEM !

    dites tout ce que vous voulez sur MELENCHON, au moins on sera fixé. smiley


  • Ariane Walter Ariane Walter 8 avril 2013 18:13

    Peut-on dénoncer un microbe chez le docteur ? Qui a des armes de destruction massive ?

    Peut-on dénoncer une fuite d’eau à un plombier ?

    je pense que ce sont qui craignent de se voir mis à jour qui ont mettent cette idée en route : « il ne faut pas dénoncer ; »

    Car, bien évidemment, dénoncer un juif et dénoncer un Cahuzac, ce n’est pas pareil ;

     

    TU CONFONDS UN PEU TOUT FRANCESCA.

    Mais je ne vais pas te dénoncer sur FB car tu n’es pas dangereuse comme d’autres !!


    • Francescab 9 avril 2013 14:42

      Si tu t’étais donné la peine de lire le post, Ariane, tu aurais compris que c’est précisément là où je veux en venir : « dénoncer un juif et dénoncer un Cahuzac, ce n’est pas pareil ». Je dis que justement parce que ce n’est pas pareil, on ne doit pas être accusé d’être un vilain délateur lorsqu’on cherche la transparence et une éthique en politique.


  • Mariane 8 avril 2013 18:51

    Il est évident que délation et dénonciation ne sont pas du même acabit ! La manip consiste toujours à changer le sens des mots. Ou d’en faire des mots totem, des idées fétiches.

    En l’occurrence : attention, si vous ne voulez pas de notre pourriture, vous faites le jeu du populisme... Ben voyons !

    • Francescab 9 avril 2013 14:42

      Exactement ! Ces temps-ci les politiques agitent le danger du populisme pour ne pas avoir à donner des notes de frais et à dire s’ils ont escamoté un pactole. On croit rêver !


  • Chamiot 8 avril 2013 22:47

    « Car nous ne vivons plus sous le joug d’un gouvernement totalitaire, collaborationniste... »

    Très malheureusement...c’est précisément le cas depuis belle lurette ! (en fait, cela pendait au nez des nations européennes depuis la défaite allemande de 1945).

    C’est d’ailleurs pourquoi il y besoin de lois « démocratiques » type Gayssot-Fabius (et de moult modérateurs, censeurs, délateurs, signaleurs, etc...) pour nous empêcher de dénoncer les « exotiques » qui nous gouvernent.

    Plus les vérités fâchent, plus il faut de violence pour les museler...


  • Le Yeti Le Yeti 9 avril 2013 08:04

    Mateo Falcone ...

    Pace é salute.

    .
    PS :  ’’Aides toi et le ciel t’aidera’’.


    • Francescab 9 avril 2013 14:47

      Puisqu’on se dit « tu », je vois que tu es hermétique à une petite chose qu’on appelle la nuance. Ce qui est dommage, c’est d’utiliser l’insulte alors que dans le fond on est d’accord. Tout est question de circonstance. Or, là est le problème, mon propos est de dire que la presse et « les élites » (je ris en l’écrivant) confondent tout. Alors, toi, ne confonds pas tout, calme toi, et reviens quand ça ira mieux.


    • Francescab 9 avril 2013 14:47

      Tu portes bien ton pseudo.


    • Francescab 9 avril 2013 16:20

      Tu te sens insulté quand je dis « soi disant intellectuel » alors que je ne parle pas de toi ?... Il faudra m’expliquer.

      Quand à l’utilisation du mot « nazi » dans mon titre, elle est justement faite pour dénoncer les exagérations de ceux qui emploient ce terme à tout bout de champ et empêchent toute discussion. Je critique cet emploi, et si tu n’as pas perçu l’ironie du titre, c’est dommage mais je n’y peux rien.

      Agoravox n’est pas fait pour être impartial, il est fait pour exposer un point de vue. D’ailleurs, mon point de vue n’est pas caché. Et puis, je rappelle qu’on ne peut pas être impartial ou sans point de vue, cela n’existe tout simplement pas. Une fois qu’on l’a compris on vit mieux.

      Quant au « troupeau de QI d’huitre avariée », je trouve ça un peu fort pour quelqu’un qui se dit sensible à l’insulte, d’une part, mais surtout ces huîtres sont tes concitoyens. Tu te dois donc soit d’exposer ton point de vue et de lutter pour tes idées dans un monde démocratique ou alors déménager. Troisième option : se taire et ronger son frein dans son coin.


  • LE CHAT LE CHAT 9 avril 2013 13:25

    c’est courant dans les pays communistes !
    il y avait un mouchard de la Stasi pour 17 habitants au temps de la DDR
    il parait que c’est encore plus en Corée du Nord !
    les nazis sont battus à plat de couture ! smiley


    • LE CHAT LE CHAT 10 avril 2013 09:46

      Salut cogno ,
      toi tu es dans le top5 de la mauvaise foi , tu peux rejoindre le musée avec SampierodjangoPastori , le roi de la langue de bois


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