La Dérive des (In)continents médiatiques
De quoi parle-t-on lorsque l’on évoque l’incontinence journalistique ? De cette propension qu’ont les incontinents médiatiques à déblatérer de tout, d’écrire sur tout, quitte à plagier éhontément comme de nombreux exemples récents l’ont démontré, même, et à fortiori surtout, si le sujet abordé leur est parfaitement étranger. Comme le Manneken Piss, ces stakhanovistes polyuriques ne nous lachent pas la grappe, ignorent les 35 H , et se moquent bien de la fiscalité liée aux heures supplémentaire. Ce qu’ils aiment , c’est se soulager pour nous informer, vider le trop plein, lacher les vannes.
Dans la presse écrite ou télévisuelle contrairement à ce qui se passe dans la vie, la femme est moins touchée par cette forme d’incontinence que l’homme. La principale raison est statistique, elles sont moins présentes si l’on excepte les journaux étiquetés « presse féminine ».
Par quel mécanisme ces pisse-copies sont ils amenés à nous inonder de leurs analyses savantes ou de leurs délires hallucinatoires ? L’explication est simple et quasi médicale, ils souffrent d’incontinence scribouillarde ou langagière par regorgement.
Là aussi, la médecine peut nous aider, par analogie avec l’incontinence urinaire. Cela peut être une pression hiérarchique ou une sollicitation trop forte d’autres médias auxquelles les sujets qu’ils soient journalistes ou experts ne parviennent pas à résister. La troisième raison est une pathologie neurologique.
Ici comme sur tous les sujets, les avis divergent, d’autres experts s’affrontent, car les symptômes sont variés. Certains patients, peu touchés, évoquent un Alzheimer léger dont le symptôme le plus flagrant consiste à ressasser à longueur de chroniques des sujets mille fois rebattus.
D’autres cumulent les troubles de la personnalité, paranoïa, narcissisme, histrionisme.
Bien que les professionnels de l’information ne soient pas exempts de présenter ces troubles, il semble bien que les deux derniers cités soient très largement minorés par la satisfaction que ces habitués des plateaux éprouvent à une exposition médiatique intensive.
Si on saisit un peu mieux le mécanisme de cette incontinence, l’on doit s’interroger sur son origine.
Ne serait ce tout simplement pas un abus de consanguinité ?
Là aussi, on peut convoquer la médecine et même la génétique vétérinaire pour mieux interpréter les conséquences de cette consanguinité médiatique sur cet univers confiné qui s’auto-reproduit, uniformisation de la pensée, appauvrissement du débat, altération du comportement, diminution du nombre des individus.
Tout ceci oblige les rescapés à augmenter leur nombre de mictions jusqu’à épuisement, ce qui les conduira inévitablement à « pisser en morse » selon une expression utilisée par les urologues.
Les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs ne sont plus surpris,ils se découvrent devins, donnez leur un sujet, ils peuvent vous faire le casting des invités et même pour les plus assidus d’entre eux anticiper sur la teneur de leurs interventions. Economistes, généticiens, journalistes, experts militaires, monde musulman, etc.
Ils peuvent vous établir l’équipe type et les remplaçants dont certains sont multicartes.
Les blogs, les journaux associatifs échappent-ils à cette incontinence, l’opposition entre le monde amateur vertueux face aux pros pourris comme on le suggère pour le foot ? Hélas non, c’est plutôt le royaume du mâle dominant, qui urine pour marquer son territoire et qui va même jusqu’à pisser sur vos plates-bandes en vous submergeant de commentaires acides, comme il se doit.
A moins de pratiquer l’ondinisme joyeux l’exercice du journalisme amateur peut s’avérer périlleux parce que glissant.

