mercredi 29 février 2012 - par Caleb Irri

La dictature pour sortir de la crise ?

Depuis le coup d’Etat qui a permis à la France et à l’Allemagne (et surtout à l’Allemagne) de s’emparer des commandes effectives de l’Europe on s’en doutait un peu : l’heure est aux sacrifices (enfin pour le peuple), et la situation ne va pas en s’arrangeant. Mais il est une chose à remarquer cependant, et qui va peut-être en rassurer certains, c’est que l’Europe dans sa partie institutionnelle est pour ainsi dire « sauvée ». En prenant peu à peu le contrôle de tous les budgets européens, nos dirigeants ne laisseront pas tomber l’Europe, car ils sont en réalité en train de réaliser le rêve secret de ses fondateurs, à savoir la création d’un « Empire européen ». Cette crise est l’occasion rêvée pour imposer aux dirigeants des pays les plus faibles (et à leurs peuples) une politique économique draconienne en même temps qu’un gouvernement centralisé et peut-être même autoritaire : il n’y avait paraît-il pas d’autre choix, et c’était ça ou la fin de l’Europe, et avec elle la fin de la puissance de la France et de l’Allemagne.

Cet Empire européen est un formidable mastodonte qui n’est pas aisé à diriger, mais qui peut faire contrepoids aux gigantesques puissances qui sont déjà présentes sur le marché, pour peu que l’Europe redevienne compétitive pour empêcher les délocalisations qui signifient à terme l’effondrement économique. Et pour s’aligner sur des pays encore peu soucieux soit de démocratie soit de protection sociale sans recourir trop au machinisme et au progrès technique qui créent du chômage (c’est à ce point que la démocratie bloque — et s’oppose au capitalisme), c’est bien une fois encore le travailleur qui servira de variable d’ajustement vers le bas (les dividendes réclamés par les actionnaires ne sont pas fixés par l’Etat ; et puis pour être juste les gros actionnaires sont les donneurs d’ordre).

Et pour faire accepter aux gens de travailler plus pour gagner moins, il faut soit réussir à mystifier le peuple (le peur de la faillite, du chaos, de la crise), soit à le contraindre.

 

Car c’est bien là que nous en sommes : les propositions qui sont faites actuellement par le camp de monsieur Sarkozy sont destinées à faire baisser le coût du travail à travers une criminalisation et des chômeurs et des étrangers, ainsi que de les mettre en concurrence pour les diviser. Avec la plus grande « flexibilité » (précarisation) du code du travail, la baisse des « charges patronales » (cotisations pour la solidarité) ou l’indemnisation des chômeurs conditionnée à l’acceptation de n’importe quel emploi, avec la remise en cause des « corps intermédiaires » (les syndicats, associations de défense des consommateurs…), le recul de l’âge de départ à la retraite ou le travail d’intérêt général pour obtenir le RSA (comme les condamnés), on s’aperçoit bien vite que ce ne sont pas sur les profits des plus riches que les économies seront faites !

Cela rappelle la nouvelle loi hongroise qui stipule qu’un sans-abri pris à fouiller dans une poubelle doit une amende tellement élevée qu’il doit effectuer des travaux d’intérêt général pour éviter la prison… Pourquoi ne les paie-t-on pas pour effectuer ces travaux alors, puisque apparemment il y a du travail pour eux ? Car ainsi ils sortent du cadre « normal » du code du travail, comme dans les prisons en France, et alors le tarif horaire est bien plus avantageux pour l’employeur…et fait concurrence aux autres salariés.

Finalement, c’est comme si les dictatures dénoncées par nos dirigeants devenaient pour eux désormais le « modèle à suivre », la parade aux « corps intermédiaires », aux « charges patronales » trop lourdes, à la récession économique. Ils ont compris à quel point les acquis de la démocratie sont un frein à la croissance, et veulent faire sauter ce dernier obstacle pour retrouver la « compétitivité ». Et ne pouvant décemment pas établir de régime autoritaire de manière frontale s’en s’opposer directement au peuple de manière violente, ils profitent de la crise qui leur permet de restreindre peu à peu toutes nos libertés. En enfonçant les économies les plus fragiles au prétexte de sauver l’Europe, ils contraignent leurs gouvernants à faire subir aux peuples des sacrifices scandaleux tout en prenant le contrôle de pays pourtant (officiellement encore) souverains.

Il ne s’agit pour eux que de faire peur aux peuples pour qu’ils acceptent, au nom de l’intérêt général, tant de sacrifices qu’il finira par abandonner toute capacité, et toute possibilité de révolter. La contrainte sera si forte et les salaires si bas que la misère et la violence permettront aux gouvernements en place d’instaurer une véritable dictature, et accessoirement de faire repartir la croissance en Europe : les esclaves de l’Empire européen seront redevenus compétitifs. Après des siècles d’espoirs déçus (ou feins), le monde redécouvre les bénéfices d’une bonne dictature, bien plus efficace et surtout plus rentable qu’une mauvaise démocratie. Nous sortirons peut-être ainsi de la crise, mais pour entrer dans quoi ?

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr



13 réactions


  • ottomatic 29 février 2012 10:29

    Dans quoi ? le NWO, ça fait un moment que les politiques et autres ne gênent plus pour l’annoncer...


  • chapoutier 29 février 2012 10:42

    Peut-être autoritaire vous interrogez-vous, mais du point de vue du peuple grec, il s’agit du 4eme reich et comment l’Europe pourrait-elle faire contrepoids puisque elle n’est ( l’UE) qu’une création au service de l’impérialisme financier, mais surtout qu’on a gagner les peuples dans tout cela, en quoi, faire contrepoids viendrait en aide aux peuples ?


  • Echo Echo 29 février 2012 10:46

    En vérité, c’est la crise pour entrer en dictature.


    • caleb irri 29 février 2012 13:06

      @ kerjean

      Je l’ai déjà fait souvent, mais il ne veut pas m’écouter ! essayez donc, peut-être aurez-vous plus de chance que moi !


  • foufouille foufouille 29 février 2012 12:56

    c’est le but
    diminuer les salaires
    seul probleme, si on a juste de quoi bouffer, on ne peut acheter des objets jetables
    une partie des riches va donc tout perdre


    • maQiavel machiavel1983 29 février 2012 22:40

      Le fait que l’ on soit dans une dictature depuis bien plus de dix ans et que tu ne le sais même pas démontre l’ effroyable efficacité de l’ ingénierie du consentement.
      La dictature existe déjà, il se trouve simplement que les classes dirigeantes entrent à présent dans une spirale de plus en plus autoritaire.


  • maQiavel machiavel1983 29 février 2012 15:16

    Excellent article.
    Mais il ne s’ agit pas d’ une dictature pour sortir de la crise mais pour la gérer :
    1.La crise actuelle n’est pas une simple crise d’ajustement., on peut la regarder comme un effondrement civilisationnel, un coup d’Etat ou une crise du sens.

    Effondrement civilisationnel, j’ai presque envie de dire religieux, parce que ce qui implose, c’est une religion, une religion qui servait de soubassement à une civilisation : la religion du Progrès. Cette religion annonçait que l’humanité fabriquerait elle-même le Millenium, le millénaire d’or, par la technoscience et le développement quantitatif indéfini.

    Coup d’Etat, parce que les « élites » de cette civilisation défunte vont tenter de sauver leur rêve, jadis fait pour toute l’humanité, en le restreignant en gros à elles seules, et, disons, à une minorité qui leur sera associée .

    2.Depuis 2007, les dirigeants font semblant de diriger un système encore vivant. En réalité, il est mort. Depuis 2007, ils maintiennent coûte que coûte l’hologramme. Mais on approche du moment où l’hologramme va disparaître, révélant le réel qu’il dissimulait.

    Quand l’hologramme disparaîtra, le réel obligera à prendre de vraies décisions, parce qu’il faudra bien décider de ce qu’on fait pour gérer la catastrophe. 

    3.Quelles sont les décisions possibles ?

    En gros, il y a quatre voies que les classes dirigeantes actuelles peuvent suivre.

    Commençons par dire qu’elles ne suivront pas la voie qui devrait être suivie. Ce dont nous aurions besoin, c’est tout simplement de refonder une civilisation nouvelle. Mais les classes dirigeantes actuelles sont incapables d’accomplir la révolution mentale nécessaire pour une telle refondation.

    Restent trois voies possibles, dans le cadre de la paraphrénie institutionnelle de nos classes dirigeantes.  

    Première voie : la dictature sans la guerre. Deuxième voie, la guerre limitée et la dictature. Troisième voie : la guerre totale et la dictature.

    Dans tous les cas, au programme : la dictature.

    4. Il est évident que les classes dirigeantes actuelles ne pourront pas faire avaler aux peuples le passage à la forme dégradée de l’idéologie du progrès.
    Cette forme dégradée, comme je le disais, visera à sauver le principe idéologique du Millénium par l’action de l’humanité sur elle-même, en restreignant le Millénium aux soi-disant « élites ». En d’autres termes : pour l’élite, le paradis selon Jacques Attali, et pour les autres, l’alignement rapide des classes moyennes et populaires occidentales sur les standards chinois et indiens, peut-être un peu améliorés.

    Impossible de faire avaler cela aux peuples dans un cadre démocratique.


    5.Cette dictature ne sera probablement pas une dictature comme celle du temps jadis. On a beaucoup progressé, si j’ose dire, dans l’art de fabriquer le consentement des populations. Les formes extérieures de la démocratie seront probablement sauvegardées, mais en réalité, les dirigeants élus ne décideront plus grand-chose. Pour occuper le terrain, on leur laissera le sociétal (adoption par les couples gays, développement des mères porteuses, etc.).

    La gestion sera située au niveau d’institutions technocratiques entre les mains, en pratique, du capital globalisé.

    Texte issus de la conférence de Michel Drac, crise, le moment décisif approche !


    • lala 1er mars 2012 09:35

      Je suis d’accord avec vous, par contre la France depuis toujours a été une dictature molle. Notre œil n’a vu que ce qu’il voulait. Notre préoccupation par le passé, notre bien être en échange de la critique. Nous avons eu l’impression de pouvoir contester, de pouvoir manifester mais cela n’a pas empêché la perte des acquis sociaux (les retraites, bientôt les 35h ….). Nos votes ont été manipulé (l’europe), et pourtant le peuple Français reste franchement atone . Tant que les ventres ne crient pas famine il ne se passera rien et cette fameuse dictature se renforcera. Les hadopi dans son ensemble en est la preuve.


  • lloreen 29 février 2012 17:20

    bonjour
    Le modèle islandais est selon moi, l’exemple à suivre...
    http://blogs.rue89.com/yeti-voyageur/2011/04/11/referendum-en-islande-seconde-torgnole-a-la-finance-mondiale-199458

    Les islandais ont poursuivi sur leur lancée pour recouvrir leur souveraineté en élaborant une nouvelle constitution sur internet.
    http://rebellyon.info/L-Islande-a-recourt-a.html

    Les criminels qui nous gouverment commencent à mordre la poussière.Il faut donc songer à la relève....
    http://www.decapactu.com/spip/article.php3?id_article=663

    Les grecs eux-mêmes commencent à retrousser les manches pour s’opposer à ceux qui les ont trompés et refusent de faire les frais de leurs escroqueries.Encore un modèle à suivre puisqu’en France nous subissons les mêmes maux que les grecs en tant que victimes du traité de Lisbonne et des agissements des acteurs occultes de la FED et du cartel bancaire.

    http://charlesdornach.wordpress.com/2012/02/09/la-grece-poursuit-goldman-sachs-et-jp-morgan/

    Pour comprendre les racines du mal.
    http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/67/15/03/Rothschild/Conf-Ed-Griffin-Creation-FED.pdf

    Nous devons divulguer toutes ces informations passées sous silence par les médias aux ordres de ces criminels pour dénoncer leurs agissements et surtout faire un maximum de publicité sur le fait que de plus en plus ces gens sont poursuivis par la justice !!


  • lloreen 29 février 2012 17:32

    foufouille
    Exactement.De toutes façons, la seule façon de les atteindre, c’est de les toucher là où cela leur fait mal:au portefeuille.
    Il faut utiliser le boycott là où l’on peut.
    Boycotter l’essence le week-en utilisant un autre moyen de transport (transports en commun, vélo, co-voiturage).

    Il faut se solidariser au maximum
    http://www.selidaire.org/spip/

    Et se regrouper , militer pour s’opposer à ces gens.
    Il est possible de faire part d’associations pour des actions en justice.Il ne faut pas se laisser faire.
    Les grecs, les islandais ont montré qu’il faut les contrer.


  • Patrick Samba Patrick Samba 29 février 2012 20:59

    Bonjour,

    excellente synthèse.
    Et qui sont les dirigeants les plus performants pour mener à bien ce projet ? Merkel et Sarkozy. Et surtout Sarkozy. Parce qu’il est passé maitre dans l’usage de la peur, de la division et dans l’alimentation d’une crise du sens. Bref dans la déstructuration psychologique et sociale.

    C’est pourquoi il faut tout mettre en œuvre pour faire échouer son projet. Et n’avons pas 36 solutions. Comme je ne suis pas un partisan de la révolution sanglante avant d’avoir tout essayer, il faut donc... tout essayer.

    Soit affaiblir cette actuelle démocrature avant qu’elle ne soit plus très soft, et faciliter l’accession au pouvoir de Hollande. Et c’est le vote utile. En espérant que le peuple ne s’endormira pas pour ensuite passer à l’étape suivante.
    Soit on se donne les moyens de l’affaiblir sérieusement et l’on met au pouvoir des dirigeants un peu plus coriaces. Seulement voilà Mélenchon seul n’arrivera jamais au second tour. Alors je le répète, une seule solution : le rassemblement !..... (bordel ! je commence à m’agacer vu que le 16 mars n’est plus très loin)

    Dans un de vos derniers articles vous écriviez : " Il faudra donc sans doute aux partisans [ du MIRAC ] envisager dès à présent la possibilité qu’il ne se porte pas candidat, et réfléchir à une autre personnalité susceptible de rassembler, et de porter la voix de ces millions de citoyens pleins d’espoir…"
    Et j’attendais votre proposition, mais elle n’est pas venue. Ce sera l’objet d’un futur article, ou déjà vous pouvez nous faire part du résultat de votre réflexion ?


    • caleb irri 29 février 2012 22:21

      @ Patrick Samba

      J’y travaille, j’y travaille... L’association « Le MIRAC » devrait voir le jour (en vrai) d’ici à la fin de la semaine, et j’espère que les choses avanceront alors...

      à bientôt donc...


    • Patrick Samba Patrick Samba 29 février 2012 22:53

      Bon, ben comme le temps presse je vous fait part de la personnalité à laquelle je pensais, des fois qu’elle aurait l’heur de vous convenir : Christiane Taubira. Elle est charismatique, intelligente, éloquente, bien à cheval sur les principes et les valeurs essentielles, etc... bref elle peut plaire à beaucoup ! 


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