lundi 27 novembre 2023 - par Professeur Chems Chitour

La fin de l’arrogance : Plaidoyer pour un Nouvel Ordre International moral

« Ce que la Palestine apporte au monde » ? « C’est du monde tel qu’il va mal dont la Palestine nous parle. On l’observe, on la scrute, on l’encourage ou on lui fait la leçon, mais c’est elle qui nous regarde depuis l’avenir de notre humanité. La Palestine vit déjà à l’heure d’un monde aliéné, surveillé, encagé, ensauvagé, néolibéralisé. Les Palestiniens savent ce que c’est d’être un exilé sur sa propre terre. Apprenons d’eux ! »

Christophe Ayad lors de l’exposition de l’Institut du Monde Arabe 

Résumé

Depuis 46 jours, l’armée israélienne mène une guerre aérienne, terrestre et maritime contre Gaza, « au cours de laquelle elle a détruit des quartiers résidentiels habités, tuant plus de 12000 Palestiniens, dont 4 506 enfants, 3 027 femmes et 678 personnes âgées, en plus de 27 490 blessés, selon des sources officielles. Alors que l’on annonçait, avec la fin de la Guerre froide, l’avènement d’un « nouvel ordre international », la planète semble en plein désordre. Les crises, en particulier au Moyen-Orient la dissémination de la violence et la diffusion de l’insécurité ont suscité l’inquiétude et alimenté des visions pessimistes de l’avenir. 

Nous vivons une atmosphère de guerre permanente sous traitée par les grands en mettant en première ligne des pays faibles et ceci pour garder ou agrandir leur hégémonie Après la guerre en Ukraine, le conflit Israël / Hamas va-t-il rebattre les cartes de l’ordre mondial ? Ni tout à fait unipolaire, pas vraiment multipolaire, l’ordre mondial issu de la guerre froide se détricote. Lame de fond entamée au XXe siècle, l’émergence de puissances moyennes qui contestent l’influence américaine se confirme à l’aune des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Le Sud Global plaide pour la fin de l’arrogance et l’avènement de la dignité des peuples seule facteur en définitif capable de ramener la sérénité sur Terre ; Amen 

Le Nouvel Ordre que nous appelons de nos vœux

continuera-t-il a permettre ces massacres de masses dans l’impunité la plus totale ? Cela précipitera cet Occident sur de lui et dominateur qui a perdu son âme. C’est assurément une politique du pire pour l’Occident et qui pourrait en définitive être la pire des politiques Antonio Gramsci nous mettait en garde contre ce clair obscur cette atmosphère ou tout se délite une atmosphère propice à l’apparition des monstres …. A Dieu ne plaise nous y sommes. Pitié pour les Palestiniens qui luttent seulement pour survivre sur moins de 20% de leur Palestine originelle.

L’esprit du Traité de Westphalie

Beaucoup d’historiens se réfèrent au traité de Wesphalie pour trouver les premières traces, de la mise ne place d’une architecture mondiale censée amener la paix entre les Etats ; Il affirme que : « la naissance en 1648 d’une nouvelle ère des relations internationales, ordonnée par la souveraineté d’États-nations, a perduré jusqu’au regain des guerres interethniques et religieuses de la fin du XXe siècle. Il oublie dans son analyse d’abord Le congrès de Vienne qui a eu lieu du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815, à Vienne. Les pays vainqueurs redessinent la carte politique de l’Europe avec la chute de Napoléon exilé Saint Hélène Les puissances européennes décident de ne plus se faire la guerre mais d’aller à la colonisation des nations faibles Il y eut aussi l’occupation de Paris par les troupes de Bismarck et la proclamation de l’empire allemand à Versailles. 

 Viendra ensuite à la conférence de Berlin, de 1884 1885, les puissances de l’époque se sont partagés l’Afrique Avec l’éclatement de l’entente et le déclenchement de la première guerre mondiale, 1914 1918, se met en place un ordre avec la Société des Nations dont l’existence éphémère a débouché sur la seconde guerre mondiale 1939-1945 qui a accouché d’un autre ordre à la conférence de San Francisco et l’ONU. Ce sera ensuite la conférence de Yalta qui débouchera sur le partage du monde entre l’Est et l’Ouest et la guerre froide jusqu’en 1991 ou la chute de l’empire soviétique. 

L’arrogance de l’Occident 

 Pour l’historien Pierre Rosanvallon : L’histoire de la démocratie est celle d’une crise permanente et de citoyens perpétuellement désenchantés. La recherche d’une bonne représentativité découle des limites du principe majoritaire. la source de frustration est évidente. « L’arrogance démocratique de l’Occident, c’est d’ignorer le désenchantement de ses citoyens » (1) 

Que dire alors de l’arrogance des pays occidentaux vis à vis des pays faibles ? arrogance qui dure encore bien après les décolonisations souvent bâclées du fait des interférences de toutes sortes. Le semblant d’aggiornamento qui se dessine donne l’illusion aux pays en développement qu’ils vont enfin avoir droit au chapitre. Est la fin de l’arrogance de l’Occident  ? Arrogance injuste et qui repose sur du vent  ! C’est en tout cas le vœu des pays du Sud. Mais Rien n’est moins vrai ! « Entre 1945 et 1995, il y aurait eu cent trente conflits majeurs et 40 millions de morts dus directement ou indirectement au pétrole et autres matières premières. Cependant, après la chute du Mur de Berlin qui ne veut pas signifier la victoire de l’Occident mais certainement la défaite du communisme, des craquements se font entendre dans l’ordre prédateur des Occidentaux qui veulent le faire durer mille ans. Ce basculement inexorable vers l’Asie concernant l’avenir du monde est rendu nécessaire. L’analyse lumineuse de l’ambassadeur singapourien Kishore Mahbubani décrit le déclin occidental : recul démographique, récession économique, et perte de ses propres valeurs. Il observe les signes d’un basculement du centre du monde de l’Occident vers l’Orient. : « (…) Même si la politique coloniale européenne touchait à sa fin, l’attitude colonialiste des Européens subsisterait probablement encore longtemps. »(2.) 

Plus près de nous Richard Horton, rédacteur en chef depuis 1995 de la prestigieuse revue scientifique britannique The Lancet, dresse dans son livre, The Covid-19 Catastrophe, un bilan très sévère de la réponse mondiale à la pandémie. Il évoque une « arroganceoccidentale » des gouvernements et des chercheurs vis-à-vis de la communauté scientifique chinoise. Cette attitude a, selon lui, retardé les prises de décisions et alourdi le bilan des décès dans de nombreux pays. Il a des mots particulièrement durs contre le président américain, Donald Trump, qu’il accuse de « crimes contre l’humanité », et contre le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et son gouvernement, dont il juge « criminelle » la lenteur de réaction » (3)

« Au monde unipolaire et dominé par l’Occident, écrit Alain Gresh, succède une nouvelle géopolitique marquée par la multiplication des acteurs influents. « La fin de l’arrogance », titrait l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, le 30 septembre, avec ce sous-titre : « L’Amérique perd son rôle économique dominant ». Quinze ans plus tard, : nous entrons dans un « monde post-américain ». Déjà en 2014, « les pays non-alignés ne veulent pas qu’on leur force la main à prendre position contre la Russie. Le dernier vote aux Nations Unies a montré que la ‘’communauté internationale’’ mobilisée contre la Russie se résume aux pays occidentaux et à leurs satellites Alain Gresh explique la prudence de ces pays. Ainsi s’impose un monde multipolaire où, à défaut de divergences idéologiques, ce sont les intérêts des États qui priment. Les voix discordantes dominent au Sud, dans ce « reste du monde » qui compose la majorité de l’humanité et qui observe ce conflit avec d’autres lunettes » (4)

Les oukases de l’Empire américain 

Pour l’histoire souvenons-nous ; Le président Reagan parlait indirectement de nouvel ordre dans son discours du 8 mars 1983 sur l’URSS au congrès d’Empire du mal, a débouché A la suite de la deuxième guerre du Golfe et la défaite de l’Irak le président américain Georges Bush père’ annonce le 25 septembre 1990 Un Nouvel Ordre International. Ce sera le début de la fin de l’histoire décrite par Francis Fukuyama Histoire qui n’est toujours pas finie tant les convulsions du monde continuent 25 septembre 1990 De l’ex-Yougoslavie à la Somalie, en passant par l’Irak ou le Cambodge, les “points chauds” ne manquaient guère. Tout une série de concepts ont été utilisés pour faire perdurer l’Ordre , tel que le droit d’ingérence, le droit à la démocratie, le droit à la sécession, qui remettent en cause la Charte des Nations Unies. 

Ce concept géopolitique de Nouvel ordre correspond à un alignement politique qui tend à une unipolarité ou à la naissance d’une super puissance idéologique, avec la disparition du bloc soviétique. Avec la guerre Russie-Ukraine, l’Ancien Ordre imposé par l’Empire américain et ses vassaux européens a eu du mal a s’imposer dans la diabolisation de la Russie. D’un côté, l’Occident. De l’autre, la Russie et la Chine. Il n’y a pas eu de suivisme traditionnel du Sud.   Aucun pays d’Afrique. Aucun pays d’Amérique latine. Et seulement deux ou trois pays d’Asie ont pris des sanctions , La guerre en Ukraine et ce qui se passe à Ghaza risquent d’être les provocations de trop d’un Occident dominateur sur le déclin. La guerre en Ukraine pourrait accélérer l’émergence d’un nouvel ordre mondial, où l’Est et l’Ouest s’opposent plus fortement. Le rôle des pays du Sud, auparavant négligé, est désormais capital. 

Le Nouvel Ordre International proposé par le président Boumediene

Souvenons nous aussi en avril 1974, le président Boumediene en tant que président des non-alignés du haut de la tribune des Nations Unies interpellait les pays occidentaux industrialisés et appelait à un nouvel ordre économique international « (…) Tous les leviers de commande de l’économie mondiale sont entre les mains d’une minorité constituée par des pays hautement développés. […] En détenant l’essentiel des marchés de consommation des matières de base ainsi que le quasi-monopole de la fabrication des produits manufacturés […], les pays développés ont pu fixer, à leur guise, tant les prix des matières de base qu’ils prennent aux pays en voie de développement que ceux des biens et services qu’ils fournissent à ces derniers. […] Tel est le fondement de l’ordre économique mondial que nous vivons aujourd’hui […], un ordre qui est aussi injuste et aussi périmé que l’ordre colonial duquel il tire son origine et sa substance. Parce qu’il s’entretient, se consolide et prospère selon une dynamique qui, sans cesse, appauvrit les pauvres et enrichit les riches (…) » (5)

On se souvient que l’ordre anglo américain ne lésine pas quand il s’agit de troubles fêtes voulant changer l’ordre des choses. On rappelle la tentative du docteur Mossadegh premier minstre iranien voulant nationaliser le pétrole iranien. Il fut victime d’un coup d’état fomenté par la CIA ce sera l’Opération Ajax revendiquée par Margaret Albright lors d’une interview La nationalisation des pétroles en Algérie se passa sans douleur ; l’Algérie d’alors, avait balisé . En 1973, L’embargo du fait de la guerre de Ramadan d’octobre 1913 ( Kippour pour les Occidentaux) a fait que Le monde occidental prenait conscience de la pénurie Les Etats Unis prirent les choses en main et découragèrent les pays occidentaux à faire des accords de chacun pour soi avec les pays arabes. En 1974, la création de l’Agence Internationale de l’Energie pour protéger les intérêts des pays consommateurs fut la réponse pour contrer l’Opep avec les fameux stocks de 3 mois de chaque pays utilisés quand il y a un choc pétrolier. On l’aura compris la main invisible du marché prônée par Adam Smith n’est pas valable avec une abondance artificielle qui fausse les règles de l’offre et de la demande. 

Bertrand Badie. Les « alliances de bloc » sont mortes et l’Occident ne le comprend pas

 Le professeur Bertrand Badie décrit l’évolution des alliances au temps de la mondialisation.

« En 1945 dit il les choses ont changé : on est entré dans l’exception avec la bipolarité. L’OTAN sera créé en 1948. Le Pacte de Varsovie en 1955 Après 1991 ce dernier est dissous L’OTAN n’avait plus dès lors pour justifier son existence que cette onction que lui donnent des valeurs jugées supérieures et que partageraient durablement les pays membres, exactement comme en 1815 5 (…) D’où ce besoin mécanique et au demeurant dangereux pour l’OTAN d’avoir face à elle un ennemi qu’elle réinvente pour se justifier. La Chine était surtout intéressée à entrer à l’Organisation Mondiale du commerce (OMC), qu’elle a rejoint en décembre 2001, et se banalise comme puissance au sein de la mondialisation. l’OTAN se reconstitue face à la menace russe à la faveur de la crise ukrainienne, suivant un semblant de Guerre froide qui précisément n’en est pas une ! Mais les deux pays ont tissé des liens de connivence qui n’ont rien à voir avec les alliances d’antan. (…) Ce sont des connivences ponctuelles qui leur permettent de contrôler un moment l’agenda international, de peser sur la scène diplomatique mondiale, de contraindre les autres et d’obtenir des résultats immédiats. Par ailleurs, on ne s’intéresse pas suffisamment à l’apparition de ce « Bandung II » qui apparaît très clairement au fil des résolutions que l’Assemblée générale des Nations unies a eu à adopter sur le conflit ukrainien. On a vu un bloc d’une quarantaine d’États choisir l’abstention. Ces évolutions sont aussi une manière de désamorcer la bombe huntingtonienne, celle d’« une guerre de civilisations ». (6)

 Bertrand Badie attire notre attention sur les vrais défis de l’humanité. Il déclare :« Nous étions en train de passer, en l’espace d’une génération, d’une sécurité construite en termes nationaux à une sécurité reconstruite en termes globaux. Le terrorisme tue entre 10 000 et 40 000 personnes par an, là où la faim dans le monde en tue à peu près dix millions, où le climat en tue 8 à 9 millions et où la situation sanitaire chiffre aussi les victimes en millions. Tout ceci ne peut être combattu par l’addition de 193 politiques nationales, mais bien par une politique globale. On ne viendra jamais à bout des incohérences en matière climatique autrement que par une gouvernance globale. Nous avons besoin d’un changement de logiciel pour comprendre que la principale menace n’est plus le résultat d’une stratégie malveillante, mais l’effet d’un dérèglement systémique dont nous sommes tous responsables collectivement ». (6)

« L’ONU a été créée poursuit Bertrand Badie en 1945 sur une base très claire qui était celle d’un système en voie de bipolarisation et sur la valorisation totale et absolue d’une puissance, les États-Unis, Or l’évolution des relations internationales a fait que les cinq cogérants du monde se sont installés dans une fonction de blocage consistant à pérenniser à tout prix leur rang et leur statut dérogatoire, ce qui explique la totale paralysie du Conseil de sécurité Nous ne sommes plus seuls au monde déclare le professeur Bertrand Badie à l’heure de la mondialisation et de l’irruption des sociétés sur la scène internationale, l’espace mondial ne se réduit pas aux seuls États. La force n’est plus le seul critère de la puissance, Le monde n’est plus occidentalo-centré, mais voit le déclin – relatif – de cet Occident et l’émergence – ou plutôt la réémergence – de nouvelles puissances au Sud. Polarisé au temps de la guerre froide autour des deux superpuissances » (6)

Le Monde se « désoccidentalise »

Pour Jean-Joseph Boillot Spécialiste des grandes économies émergentes. explique le futur par les données économiques des blocs : « Le monde change. Premier élément indiscutable : le monde se désoccidentalise. Sur le plan démographique d’abord, puisque sur les 8 milliards d’habitants que compte désormais notre planète, seuls 15 % vivent dans ce qu’on appelle l’Occident. En outre, les dynamiques des deux ensembles sont telles que le poids du monde non-occidental atteindra près de 90 % de la population mondiale d’ici 2050 selon les dernières estimations des Nations Unies. Entre les périodes 2010-2019 et 2022-2027, le poids des pays occidentaux dans la croissance mondiale devrait ainsi passer de 21,8 % à 15,3 %, et leur poids dans le PIB mondial reculerait alors à 38 % en 2027 contre 56 % en 2000 »(7).

« Sur le plan historique poursuit-il , il n’est pas faux de sentir un peu partout au Sud la montée d’un sentiment de « revanche » vis-à-vis d’un Occident qui porte en commun l’héritage colonialiste et impérialiste, d’abord des Européens puis des États-Unis avec notamment les guerres du Vietnam ou d’Irak qui ont traumatisé tous les peuples en développement. Sur le plan culturel, la notion de « renaissance » soude les pays du Sud avec l’essor un peu partout de mouvements nationalistes qui s’appuient sur une relecture d’un passé civilisationnel censé être prestigieux comme en Chine, mais aussi en Inde, en Turquie, en Asie du sud-est, mais également en Afrique »(7).

Les pays du BRICS veulent un Nouvel Ordre Mondial.

Il est de plus ne plus admis que l’ancien ordre du Consensus de Washington est condamné à terme. Cependant, par quoi le remplacer sachant que le dollar américain qui règne ne maitre sera difficile a remplacer totalement. En aout 2019 le président français, Emmanuel Macron, admettait que l’Occident arrive à la fin d’un cycle qui a duré plusieurs siècles. Zakaria Sorgho décrit les différentes étapes :

« Il a évoqué que « nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. » Une hégémonie occidentale qui, selon lui, était vraisemblablement française au XVIIIe siècle, par l’inspiration des Lumières, sans doute britannique au XIXe siècle grâce à la révolution industrielle, puis américaine au XXe siècle à la suite des deux guerres mondiales. Mais avec l’émergence des pays du BRICS Le projet des pays du BRICS est né de frustrations et d’exaspérations face à l’imposition d’un ordre international très occidentalo-centré du monde. Dans leur déclaration commune du 16 juin 2009, les dirigeants des BRICS souhaitent « un ordre mondial multipolaire plus démocratique et plus juste, fondé sur l’application du droit international, l’égalité, le respect mutuel, la coopération, l’action coordonnée et la prise de décision collective de tous les États ». (8)   

Sont-ils en train d’y parvenir ?

Totalisant écrit Zakaria Sorgho en 2022 une population de plus de 3,2 milliards d’individus, soit plus de quatre fois celle des sept pays du G7 (environ 773 millions d’habitants), le groupe des BRICS constitue un vaste marché économique. Leur place dans l’économie mondiale n’a cessé de croître ces dernières décennies, au détriment de celle du G7. Ainsi, la part du produit intérieur brut (PIB) total des BRICS dans le PIB mondial, calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA), a surpassé celle du G7 (31,02 % contre 30,95 %) et la tendance ne semble pas s’inverser. Ce résultat des pays du BRICS est particulièrement dû à la croissance économique soutenue des deux leaders asiatiques du groupe, la Chine et Toutefois, les États-Unis demeurent la première puissance économique, avec un PIB de 25 billions de dollars en 2022, La Chine suit de près, avec un PIB de 18,3 billions de dollars, soit près de 20 % du total » (8). 

Le dollar une arme toujours puissante mais pas pour longtemps

« Les États-Unis se servent poursuit Zakaria Sorgho de plus en plus du dollar comme une « arme » de diplomatie au gré de la politique étrangère de Washington. Ainsi, les États-Unis ont su globalement contraindre les autres États à respecter une loi votée en 2017 au Congrès américain «  Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act », qui renforce les sanctions déjà existantes contre l’Iran, la Corée du Nord et la Russie. Ce « chantage » du dollar exaspère des pays, notamment ceux des BRICS, et les incite à mettre en œuvre des alternatives pour assurer leurs transactions commerciales hors du contrôle de Washington. Selon le FMI, la En décembre 2022, le billet vert a encore perdu un point de pourcentage pour s’établir à 58 % dans les avoirs officiels des banques centrales mondiales » (8).  

La Palestine et le nouvel ordre mondial.

Dans cette atmosphère de fin de règne, il est impossible d’oublier ce qui se passe en Palestine et qui est un véritable défi à l’humanité. La Palestine saigne ! L’humanité n’a plus de sens avec ce carnage au vu au su de tout le monde. Il est inutile de penser aux Arabes pour défendre le droit international. les Potentats installés dans les temps morts sont terrorisés. Ils ont peur de déplaire à l’Empire et ils sont soucieux de garder le statu quo avec cette normalisation abrahamique. L’armée la plus morale au monde bombarde des hôpitaux tue des milliers d’enfants on parle de plus de 4000 ! 

Dns cette contribution Christopher Lydon, parle de Gaza dans le Nouvel Ordre. Christopher Lydon, qui produit Radio Open Source à Boston, a suggéré ce week-end que nous avions atteint « un tournant dans l’histoire – aux résultats extrêmement incertains ». Il a fait cette remarque au début d’ un long entretien avec Chas Freeman, l’ambassadeur à la retraite pour lequel je partage avec Lydon une grande admiration. Voila le sentiment de l’ambassadeur Chas qui procède à l’archéologie du monde unipolaire occidental :

« C’est clairement dit-il ce que le chancelier allemand Scholz appelle un Zeitenwende , c’est-à-dire un moment de changement épique, une période de changement majeur dans une nouvelle direction de l’histoire. Nous avons déjà parlé du fait que 500 ans de domination mondiale de la culture euro-américaine, de la culture atlantique, ont pris fin. Ce à quoi nous assistons actuellement en Palestine, c’est la fin du colonialisme de peuplement. Le colonialisme de peuplement est un phénomène qui date d’environ deux siècles et qui s’accompagne toujours d’un génocide ». (9)

« J’ai lu ici et là, poursuit l’auteur parlant de la perte de l’autorité morale des Etats Unis , dans de nombreux endroits disparates, la remarque selon laquelle les États-Unis « sont allés trop loin cette fois ». Les États-Unis sont allés trop loin à maintes reprises depuis qu’ils ont assumé leurs prétentions impériales, bien sûr, depuis la guerre hispano-américaine. Si les États-Unis ne se sont jamais complètement remis de leur violence impitoyable en Indochine, les dégâts seront cette fois permanents. Les obscénités qu’il parraine de la part d’un régime d’apartheid fou sont tout simplement trop frontales. L’inhumanité en temps réel prouvera la perte de l’Amérique, sans parler de celle de l’apartheid israélien »(9)

« La soi-disant autorité morale de l’Amérique est une fiction depuis des décennies, je dirais depuis les victoires de 1945, mais elle est maintenant au bord d’un effondrement en chute libre. Même les Israéliens, dans un étrange paradoxe inversé, remettent désormais en question le droit de l’Amérique à critiquer les indécences et les inhumanités des autres. Reculez avec vos « pauses humanitaires », disent-ils. Vous avez tué plus d’Irakiens que nous ne tuons de Palestiniens. La dévastation du statut de l’Amérique dans la communauté des nations est entièrement la conséquence d’une complaisance évidente depuis longtemps parmi les cliques politiques américaines. Comme Chas Freeman le souligne dans son échange avec Chris Lydon, Israël enfreint désormais les lois américaines limitant l’utilisation d’armements de fabrication américaine ; cela constitue une violation de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ». (9) 

« La patience du monde à notre égard, notre arrogance et notre présomption touchent à leur fin », note Chas. « Nous n’aurons d’autre choix que de reconnaître que nous sommes une grande puissance parmi d’autres grandes puissances. Nous sommes une civilisation parmi plusieurs civilisations. Les idéologues de Biden, comme je l’ai noté à plusieurs reprises dans cet espace, ont mis à mal les relations sino-américaines dès la première occasion qu’ils ont eue après l’entrée en fonction de Joe ». (9)

« L’arrogance et l’ignorance, comme l’a souligné un député français lors de l’invasion de l’Irak en 2003, sont la pire des combinaisons possibles. Les deux nations dirent plus ou moins à l’unisson : Assez de ça. Il n’est pas possible de travailler avec ces gens-là. La relation Russie-Chine s’arrête désormais juste avant une alliance formelle et constitue le pilier, ou l’un d’entre eux, de ce que les Chinois, en particulier, appellent désormais régulièrement « le Nouvel Ordre Mondial ». C’est l’ordre multipolaire dont parle Freeman.  Quand je regarde les horribles séquences vidéo de Gaza, je pense à ces gens que je considère comme les acteurs de l’histoire. En fait, ils souffrent pour les péchés de ceux qui prétendent nous diriger. Leurs souffrances font tourner la roue de l’histoire. Nous leur devrons beaucoup pour cela, à mesure que l’ordre qu’ils défendent, eux aussi, verra le jour. » (9)

Conclusion

Un scoop ! Vendredi 20 octobre 2023, le président des États-Unis, Joe Biden a enfin, reconnu que l’ordre qui avait été créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’était « en quelque sorte essoufflé ». Le Kremlin a annoncé être d’accord avec le président américain Joe Biden sur la nécessité de construire un « nouvel ordre mondial ». 

 Aude Darnal, directrice du Global South in the World Order Project, explique « que, pour la plupart, les pays du Sud global, ne sont pas dans une dynamique de bloc et c’est une vision qui est très occidentalo-centrée. Mais lorsque nous regardons la majeure partie des pays du Sud global, ils sont plutôt dans le concept de multi-alignement, c’est-à-dire d’avoir une approche très pragmatique en allant vers là où leurs intérêts les portent. Ce n’est pas dans une dynamique anti-occidentale, mais dans une dynamique vers des partenariats pragmatiques qui font avancer leurs intérêts. Beaucoup des pays du Sud global souhaitent continuer leur partenariat, que ce soit avec l’Union européenne ou les États-Unis, de façon très pragmatique, car souvent les partenaires occidentaux ne sont pas présents Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation qui est peut-être une chance historique. C’est peut-être l’occasion, finalement, de reconstruire une nouvelle architecture mondiale de sécurité. Il y a peut-être une opportunité, un peu comme à la fin de la guerre froide, l’opportunité de créer quelque chose de nouveau, qui répondrait finalement un peu mieux aux besoins contemporains ».

« Les Occidentaux ont compris qu’il y avait un problème, des initiatives sont prises pour renouer un lien avec les grands pays du Sud. Mais elles se déroulent en général dans le domaine économique, ou ce que nous appelons maintenant les enjeux globaux, le développement, la transition climatique, et effectivement la question du poids des uns et des autres dans les institutions financières internationales posent des questions. Il faudrait avoir la même démarche d’ouverture dans le domaine de la sécurité globale ». (10)

Le Monde du futur sera de plus en plus chaotique, à l'idéologie des projets de société, d'ajoute la rareté : Il est hors de doute, que nous aurons des guerres pour l’énergie – celles-ci ne se sont jamais arrêtées tout au plus nous avons conjoncturellement des diminutions de l’intensité des conflits. Nous aurons des guerres pour l’alimentation et là les pays les plus vulnérables sont les pays du Sud. Nous aurons de plus en plus des guerres de l’eau dues au stress hydrique. Nous aurons des guerres technologiques et nous aurons enfin une guerre qui risque d’emporter la civilisation humaine si nous n’arrivons pas à arrêter l’ébriété aux énergies fossiles.

 « Les pays non-alignés jugent que la validité et l’existence du mouvement ont été confirmées par les derniers changements mondiaux. La fin de la guerre froide, la polarisation internationale entre l’Est et l’Ouest ont renforcé l’appel du mouvement à la coopération internationale afin de créer un monde libéré de la peur et d’intolérance, le mouvement des pays non-alignés représente le cadre le plus important et le plus large pour coordonner les situations des pays en développement face aux différents problèmes politiques, économiques et sociaux proposés dans l’Agenda de l’Organisation des Nations Unies » (11) 

Le Nouvel Ordre que nous appelons de nos vœux continuera-t-il a permettre ces massacres de masses dans l’impunité la plus totale ? Cela précipitera cet Occident sur de lui et dominateur qui a perdu son âme C’est assurément une politique du pire pour l’Occident et qui pourrait en définitive être la pire des politiques. Antonio Gramsci nous mettait en garde contre ce clair obscur, cette atmosphère où tout se délite, une atmosphère propice à l’apparition des monstres …. A Dieu ne plaise nous y sommes. Pitié pour les Palestiniens qui luttent seulement pour survivre sur moins de 20% de leur Palestine originelle.

 

Notes

1.Richard Werly https://www.letemps.ch/opinions/larrogance-democratique-loccident-cest-dignorer-desenchantement-citoyens 29 octobre 2015 

2.K.Mahbubani : The Irresistible Shift of Global Power to the East, Septembre 2008

3.https://www.liberation.fr/planete/2020/06/15/the-lancet-l-arrogance-de-l-occident-est-responsable-de-dizaines-de-milliers-de-morts_1791329/

4.Alain Gresh http://www.monde-diplomatique. fr/2008/11/ GRESH/16455

5.Discours du président Boumediene Nations Unies le 10 avril 1974. https://www.youtube.com/watch?v=oHRl3tooSP8

6. Sophie Pommier  Interview de Bertrand Badie https://orientxxi.info/magazine/bertrand-badie-les-alliances-de-bloc-sont-mortes-et-l-occident-ne-le-comprend,5706 20 juin 2022

7.https://www.alternatives-economiques.fr/jean-joseph-boillot/monde-se-desoccidentalise-sud-global-nest-uni-contr/00106619 27/04/2023

 8. Zakaria Sorgho Université Laval https://theconversation.com/les-pays-du-brics-veulent-un-nouvel-ordre-mondial-sera-t-il-multipolaire-ou-sino-americain-202802 April 20, 2023

9.https://blogs.mediapart.fr/rocafortis/blog/161123/la-palestine-et-le-nouvel-ordre-mondial

10.https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-temps-du-debat/un-nouvel-ordre-mondial-est-il-en-train-de-naitre-3042952

11.https://blogs.mediapart.fr/semcheddine/blog/150622/les-non-alignes-quel-avenir-dans-le-nouvel-ordre-multipolaire

Professeur Chems Eddine Chitour 

Ecole Polytechnique Alger 



2 réactions


  • SilentArrow 28 novembre 2023 09:07

    @Professeur Chems Chitour

    La guerre du Kippour en 1913 ?


  • SilentArrow 28 novembre 2023 09:16

    @Professeur Chems Chitour

    C’est toujours la colonisation par les Occidentaux qui est montrée du doigt. Au moins, la France a doté l’Algérie d’institutions modernes.

    On ne peut pas en dire autant des invasions hilalliennes qui ont ramené le Maghreb à l’âge du chameaux alors que sous l’empire romain, cette région était au même niveau civilisationnel que l’Italie ou la Gaule (Augustin d’Hippone, Tertullien, Septine Sévère...).


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