mercredi 29 octobre 2025 - par Jonathan REICHHARDT

La fusée Bardella bientôt sur orbite ?

 

On l’a longtemps dit : trop jeune, trop fragile, sans légitimité pour porter un projet présidentiel. Et pourtant, doucement mais sûrement, Jordan Bardella semble rompre le plafond de verre qui enfermât jusqu’à aujourd’hui le Rassemblement national dans le rôle de l’éternel outsider. La fusée Bardella, après un lancement discret, entre doucement mais sûrement dans sa phase d’accélération politique.

Le 29 octobre, Bardella publiera son nouvel ouvrage intitulé Ce que veulent les Français aux éditions Fayard. Ce lancement marque pour lui une entrée en campagne "pratiquement" officielle — et plus encore qu’un livre, ce pourrait être le signal d’un tournant stratégique.

 

Un nouveau livre pour lancer une campagne

Avec Ce que veulent les Français, Bardella ne se contente pas de prolonger le succès de Ce que je cherche : il incarne une nouvelle étape de sa trajectoire politique. Le livre se veut un “journal intime de la France silencieuse” : une galerie de portraits de Français qu’il a rencontrés, pour donner un visage à ceux dont, selon lui, on parle trop peu.

La tournée de promotion qui s’annonce (séances de dédicaces, rencontres locales, médias) prend des allures de campagne anticipée. Chaque étape sera vue comme un point d’ancrage dans les territoires, un calibrage des forces réelles sur le terrain. Bardella se donne les moyens de rendre son discours audible, palpable.

Avec son ouvrage Ce que je cherche sorti à la fin de l’année 2024 et vendu à plus de 220 000 exemplaires selon l’éditeur Fayard, Bardella avait donné un signal clair : il veut incarner une vision pour la France, et pas seulement être dans l’ombre de Marine Le Pen.

 

Jeune, mais rassembleur

Il y a dans l’ascension de Bardella un paradoxe : malgré son âge, il parvient à fédérer des électeurs de générations différentes, là où d’autres figures politiques peinent parfois à faire entendre leur voix hors de leur cercle de proximité.

Chez les jeunes, son image moderne, son usage des réseaux sociaux et sa capacité à incarner une jeunesse de droite séduisent. Chez les moins jeunes, c’est sa posture de fermeté (peut-être rélement plus à droite que Marine Le Pen), discours sur la sécurité, sur l’identité nationale, sur la maîtrise de l’immigration... ce qui rassure ceux qui cherchent une alternative plus nette que les discours centrés. On finit par entrevoir que l’argument de la jeunesse peut devenir un atout, s’il est combiné à une crédibilité politique construite.

Ce mix générationnel, rare à droite, donne à Bardella une légitimité croissante : il n’est plus seulement « l’héritier présumé » mais un acteur à part entière du jeu politique.

 

Le déclin discret ou (inéluctable ?) de Marine Le Pen

Pendant ce temps, l’ombre de Marine Le Pen semble s’estomper progressivement du devant de la scène médiatique. Le procès qui pèse sur elle, la condamnation avec peine d’inéligibilité (cinq ans avec exécution provisoire) suscitent un questionnement réel : pourra-t-elle briguer la présidence en 2027 ? 

De nombreuses voix au sein de son propre camp anticipent déjà un basculement : faute de pouvoir se présenter, elle pourrait se retirer ou être contrainte à le faire. Cette hypothèse, longtemps taboue, devient désormais plausible.

Malgré le travail de dédiabolisation mené par Marine Le Pen depuis plusieurs années, qui a permis au Rassemblement national de sortir progressivement de son image d’extrême droite radicale et de gagner une respectabilité auprès d’un électorat plus large, un obstacle persiste : le nom Le Pen lui-même. Comme le soulignent certains observateurs, « le plafond de verre du Rassemblement national est peut-être le nom Le Pen » : ce n’est pas le programme du parti ni la force militante qui freinent l’accession au pouvoir, mais la charge historique et symbolique attachée à ce patronyme.

En d’autres termes, Marine Le Pen a réussi à transformer le RN sur le plan politique et médiatique, mais le nom qu’elle porte reste un signifiant lourd de connotations pour certains nombres d'élécteurs. Même lorsque le parti semble plus moderne, capable de toucher des profils plus divers, c’est encore ce nom qui déclenche le réflexe de rejet chez certains électeurs indécis ou modérés.

Pour Jordan Bardella, cette ombre pourrait devenir une opportunité : en s’affichant comme un visage nouveau, débarrassé de l’héritage familial direct, il peut incarner la continuité idéologique du RN tout en offrant une rupture symbolique et nominatif.

 

Parité aux sondages : le signe parfait ?

Dans les sondages récents, certains modèles montrent Jordan Bardella et Marine Le Pen à égalité, ou de très peu d’écart — ce qui, en soi, est un signe fort : le président du RN ne s’efface plus derrière la figure historique.

L’égalité sondagière traduit un changement de structure dans le rapport de forces internes au RN : ce n’est plus seulement Marine qui “fait le score”, mais Bardella qui le tire vers lui.

Certes, cela ne garantit pas encore la victoire mais cela rend possible ce qui paraissait encore récent comme un pari audacieux : faire émerger une candidature Bardella pleinement recevable.

 

Le pari d’une non-présentation de Marine

Si l’on combine tous les éléments (le livre et la tournée, le rassemblement générationnel, l’ombre judiciaire qui pèse sur Marine, le statu quo aux sondages) une hypothèse émerge avec force : et si l’absence (forcée ou volontaire) de Marine Le Pen devenait la clé de voûte d’un changement de génération au RN ?

Plutôt que de faire du transfert, Bardella pourrait se targuer de faire rupture — non pas avec les idées, mais avec l’Histoire d’un parti trop longtemps attaché à un patronyme. En se débarrassant peu à peu du nom “Le Pen”, il pourrait franchir une étape majeure de crédibilité auprès de l’électorat modéré et, pourquoi pas, des centristes dubitatifs.

Cette stratégie, risquée, suppose un climat politique favorable — mais les vents semblent tourner dans le bon sens. Les Républicains eux-mêmes, jusqu’à récemment opposés à toute main tendue aux droites radicales, envisagent désormais de capitaliser sur la candidature éventuelle de Bardella.
 

L’orbite est-elle atteignable ?

La trajectoire est tracée : Jordan Bardella ne se contente plus d’être un “héritier potentiel”. Il agit, il teste, il rassemble. Le problème du nom Le Pen comme talon d’Achille du RN pourrait se résoudre de lui-même si Marine est jugée inéligible ou si elle choisit de se retirer du jeu. Dans ce scénario, c’est Bardella qui pourrait émerger non pas comme un simple successeur mais comme un nouveau visage, porteur d’un renouveau, et capable de franchir le seuil du pouvoir.

Bien sûr, tout cela reste conditionnel : la justice, les alliances, le contexte national, la crédibilité du projet, la capacité à gouverner, tout cela pèse lourd. Mais la fusée Bardella semble pour la première fois véritablement en phase d’ascensiont vers l’orbite locataire de l'Elysée.


Par Jonathan REICHHARDT



19 réactions


  • Gégène Gégène 29 octobre 2025 09:10

    Franchement, ce genre de cuisine électorale,

    ça peut faire envie à quelqu’un ?

    Choisir entre Bardella et Glucksmann ???


  • John John 29 octobre 2025 10:05

    Salut !

    Pour l’élection présidentielle de 2027 ... Ben tout le monde sait maintenant que comme pour Marine que si Le Barde Est Là c’est clairement pour l’Assurancetourix de l’UMPS-RENÉ-SANCE de gagner au festin du deuxième tour ... 


  • Astrolabe Astrolabe 29 octobre 2025 10:13

            

    ... de cheval ?

                


  • Alex la Plume Alex la Plume 29 octobre 2025 10:30

    En effet, l’option Bardella me semble très prometteuse. Je le soutiens pleinement et je pense qu’il a une vraie carte à jouer, notamment s’il choisit de s’orienter vers une politique économique plus libérale que celle défendue jusqu’ici par Marine Le Pen. Une telle inflexion serait non seulement souhaitable, mais stratégique pour favoriser une véritable union des droites.

      
    Bardella incarne une nouvelle génération politique, plus connectée aux enjeux contemporains et capable de parler à la jeunesse comme aux classes moyennes. Son positionnement plus ferme sur les questions régaliennes, couplé à une ouverture économique, pourrait séduire un électorat plus large, y compris les entrepreneurs, les indépendants et les professions libérales souvent délaissés par les discours trop étatisés.

      

    Bardella a le potentiel pour incarner une droite décomplexée, moderne et rassembleuse. À lui de jouer.


    • Gégène Gégène 29 octobre 2025 10:47

      @Alex la Plume

      En plus, le Bardella, il est estampillé Yad Vashem . . .
      même qu’il a ramené de la terre d’Israël sous ses bottes smiley


    • Lonzine 29 octobre 2025 10:57

      @Gégène
      oui, et Geert Wilders aussi.  smiley


    • Octave Lebel Octave Lebel 29 octobre 2025 11:44

      @Alex la Plume

      À vous lire, Bardella a presque les mêmes qualités prêtées à un Sarkozy à ses débuts. L’expérience d’élu et de ministre en moins ainsi que les connaissances d’avocat d’affaires aussi. Il serait donc moins responsable des malversations financières auxquelles il a déjà participé au prétexte de l’excuse d’ignorance avec l’avantage cependant d’être plus précoce qu’un Sarkozy. 


    • Eric F Eric F 30 octobre 2025 11:18

      @Octave Lebel
      Plutôt que de Sarko, c’est de l’image du Chirac des années soixante que Bardella tend à se rattacher, jusqu’au mimétisme de l’apparence.
      Le paradoxe est que Marine le Pen avait un faible score chez les électeurs âgés, lié au souvenir attaché au nom, alors que Bardella les rassure. La question portera sur sa capacité à conserver l’électorat protestataire.


  • Octave Lebel Octave Lebel 29 octobre 2025 11:06

    Dédiabolisation ou foutage de gueule.

    Comment ne pas penser que ceux d’entre nous qui ont un jour voté pour cette famille méritent infiniment mieux que cette propagande à deux balles. Qui nous dévoile, à l’insu de son plein gré, la conception de la politique et de notre rapport de citoyen à la politique que ces gens portent en ayant bien l’intention de la faire perdurer. Et pour plaire et faire plaisir à qui en fait et en préservant quels intérêts ?

    Ne soyons pas trop sévère non plus avec l’auteur. Ce bel article est à la hauteur des deux livres (jusqu’ici) que son champion a eu le mérite de signer avec le soutien d’une très bonne maison d’édition, multicartes, qui pratique la philanthropie désintéressée dans les médias, la presse écrite, l’édition, grâce à l’argent gagnée dans la mondialisation heureuse.Une maison qui nous a fait et nous veut tant de bien. Serons-nous reconnaissants ou ingrats envers tous ces efforts ? Si un nom ne vous est pas venu à l’esprit sachez qu’au scrabble français, il vaut 9 points et 10 points en espéranto.


  • Buzzcocks 29 octobre 2025 14:09

    Merci pour ce publi-reportage très équilibré... Jeune, on nous apprend à faire des rédactions avec thèse, antithèse, synthèse. Avec vous le plan est génial :

    1/ Jonathan Bordello est génial

    2/ Jonathan Bordello est un génie

    3/ en conclusion, votez Bordello. 


  • Com une outre 29 octobre 2025 17:59

    Il faut dire que face à la nullité des partis politiques « mainstream » au pouvoir aujourd’hui, un remix de front républicain à composantes variables, une autoroute s’ouvre au RN, et peu importe le candidat RN. Les municipales vont être un test, mais grâce aux autres partis, le RN pourrait très bien passer en un tour aux présidentielles. Cela en prend de plus en plus le chemin.


  • Epsilone 30 octobre 2025 10:54

    La vraie question pour Berdella serait de savoir s’il est ou non de connivence avec l’oligarchie et l’état profond, la question bien sûr n’est pas posée. Il y a cependant un signe qui peut le montrer : l’attitude des médias mainstream vis-à-vis de lui. 


    • Mustik 30 octobre 2025 18:27

      @Epsilone
      Poser la question, c’est y répondre.
      Je ne me fais aucune illusion... pas plus que sur les dispositions de mes compatriotes. Si on est dans le kk c’est parce qu’ils ont voulu croire au père Noël depuis 40 ans au moins.
      Je devine les arrières-pensées des gens qui s’expriment, je vois rarement poindre sincérité ou honnêteté intellectuelle... ne parlons pas de clairvoyance ou de profondeur d’analyse !
      Ainsi va le monde, un coup de barre à gauche , un autre à droite...


  • sylvain sylvain 30 octobre 2025 10:55

    ahh se faire niquer ses dernieres libertes par un beau jeune homme rassembleur et ambitieux. Et dire que certains critiquent la democratie


  • olivier cabanel olivier cabanel 30 octobre 2025 11:07

    désolé je ne partage pas votre optimisme, ce beau parleur n’a rien à faire au sommet de l’état, ou dans un gouvernement : il a montré les limites de ses compétences...je suis surpris que quelqu’un tombe encore dans son grossier piège !


    • Fanny 31 octobre 2025 00:49

      @olivier cabanel
       il a montré les limites de ses compétences...

      Encore un qui pense qu’un président doit sortir de l’ENA.

      Je pense qu’il doit d’abord sortir du peuple, et avoir un projet.

      Bardella sort du peuple. Il a des qualités évidentes : sortir du lot, un sens politique, un projet, a priori non lié par réseau à l’oligarchie ...

      Notre Mozart de la finance nous a plongés au fond du trou. Un fils du peuple pourrait commencer à nous en sortir.

      Cela dit je ne voterai pas pour lui, car je ne vote plus. Etant assez vieux, je pense que les jeunes doivent élire leur président, pas les vieux (comme c’est le cas aujourd’hui). 


    • olivier cabanel olivier cabanel 31 octobre 2025 09:33

      @Fanny
      pas du tout !
      pourquoi ne pas envisager un président qui soit un sage, un homme doté de bon sens, plein d’empathie pour ses semblables... ?


    • Fanny 31 octobre 2025 18:01

      @olivier cabanel
      pourquoi ne pas envisager un président qui soit un sage, un homme doté de bon sens, plein d’empathie pour ses semblables... ?

      Vincent Auriol, René Coty ? C’était la 4ème, on est en Vème. Revenir en 4ème ? Non merci.
      Il faut surtout aujourd’hui un homme doté d’une énorme paire de burnes. C’est assez rare aujourd’hui. Jeanne d’Arc ?


  • Mustik 30 octobre 2025 18:21

    La Politique comme la Nature :

    ça a horreur du vide !

    Volens -nolens, un boulevard pour le R N, Méluche peut s’époumoner autant qu’il veut.

    Il pourra toujours accompagner les O Q T F dans un bled que Téboune créera pour l’occasion grâce aux chantiers chinois :

     Souq El Fransaoui Racay en plantant du pavot ou du coca, ils devraient s’en sortir


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