La gauche est morte
Depuis 20 ans, la gauche se meurt. Le Congrès de Reims s’est achevé, laissant l’image détestable d’un parti socialiste, comparable à celle offerte par le Congrès de Rennes. Autant ne plus baptiser des réunions par le nom d’une ville mais parler du Congrès des rênes. Qui prendra les rênes du pouvoir au PS, quelle motion pour tirer la charrette des élus et militants ?
On laissera le soin aux « PSologues » de tirer quelques enseignements et analyses de ce congrès. Dans un coin de rédaction, il y a toujours un Joe le bavard pour donner son avis. Mais comme on m’appelle aussi Joe l’agorien, je vais me permettre de donner un avis très succinct, légèrement ironique. Reims est pire que Rennes dans la mesure où il propose quatre motions équilibrées, alors que Rennes s’est soldé par deux grandes options à 30 points, celles de Jospin et de Fabius et celle de Rocard pesant son 24 points. Ces trois là sont restés en retrait. Ils n’ont pas vraiment d’avenir au PS. Jospin peut se la jouer Bill ou Jimmy et faire des conférences dans les amphis, c’est un bon orateur. Conseil à Fabius ; courage camarade, si le Sénat passe à gauche dans 6 ans, un job de président t’attend ! Quant à Rocard, attention au cholestérol, ne pas faire d’excès. Ainsi s’achève la minute de Joe.
Passons à une autre hypothèse. Et si en fin de compte, la gauche n’avait plus sa place comme idéologie de gouvernance ? Cette gauche qui de 1968 jusqu’en 1983 était dans le cours de l’histoire. Des idéaux, changer le monde, changer la vie, nos vies, créer une société de fête et de partage, une société égalitaire, pour tous, pour le bien de chacun… ça sonne parenthèse enchantée. Passée cette époque, le temps est arrivé pour la rigueur, un certain conformisme pour les uns, conservatisme pour les autres, un chahut festif raisonnable pour la plupart et débridé pour une minorité, le travail et l’argent, le pragmatisme en politique. Bref, un plan adapté à un PS devenu rigoureux dans la gestion ou une droite pas trop sévère pour les classes sociales et s’efforçant de maintenir un peu du modèle social à la française. Jospin, Villepin, même destin !
Le monde globalisé a été fatal à la gauche. Surtout en France, pays à l’Histoire mouvementée et riche. Après tout, la gauche est une idée assez récente. Les uns la font remonter à Jaurès, les autres au Front populaire de 1936, date plus significative. Premier symbole de la gauche, les congés payés. Dernier symbole de la gauche, les RTT et les 35 heures. Le front populaire a été remplacé par le front fiduciaire. Sarkozy sauve les banques. En Europe, les gauches qui ont réussi ont suivi les impératifs du pragmatisme et n’ont pas été mal à droites du doute, surtout le camarade Tony Blair et son alter ego Gerard Schröder. Le rêve de gauche s’en est allé, surtout avec la construction européenne qui a divisé la gauche en France, alors que c’est la droite qui aurait dû subir une fracture tout aussi importante, sur la question souverainiste. Mais la droite aime plus le pragmatisme, les affaires et la croissance. Se contentant de gloser sur quelques lois mémorielles et s’offusquant quand la Marseillaise est sifflée. Des gamins au sang du Maghreb se moquant de notre hymne, un scandale, mais la France se couchant devant les instances de Bruxelles, rien à redire, l’honneur est sauf. Cela dit, la Nation reste en France un symbole puissant, entretenu par une tradition politique et culturelle forte, enseignée et pratiquée dans les grandes écoles. Notre monde en 2008, c’est un passé culturel et des traditions pour ce qui est du collectif, du partage entre citoyens. Notre monde en 2008, c’est pour ce qui relève de l’avenir un espoir certes, mais pas collectif, un espoir qu’on propose dans le champ des affaires, des carrières, de l’entreprise, du travail. Et quand l’avenir se comprend comme une addition de rêves et espoirs individuels ou sectoriels, que conclure. Eh bien très simplement, la gauche est morte ! Bien qu’elle tente de renaître en renouant avec la lutte des classes et l’anti-capitalisme mais comme on dit couramment, ça sent le sapin. Pas celui de Noël, qui lui symbolise le temps présent de la consommation, un sapin un peu moins garni cette année.
Nos politiciens et intellectuels se sont gargarisés d’obamania. Ont-il réfléchi un instant à la spécificité culturelle, historique et politique des USA. Là-bas, le progressisme existe, mais il est adossé à un puissant patriotisme qui sert de liant social aux entreprises individuelles. En 2008, Obama a montré que le rêve américain était encore une valeur politique permettant de se faire élire et redonner quelque espérance à cette grande nation (qui est quand même divisée) En France, le rêve d’un vivre ensemble est culturellement et politiquement de gauche. Mais la droite et le sens du pragmatisme dans un système global et technologique ont su persuader que la gauche n’était pas sérieuse. En France, la droite ne fait pas rêver. Sarkozy a quand même essayé mais ce fut une tentative mal à droite. En Europe non plus ; pas de rêve de gauche. En fin de compte, la gauche est belle et bien morte, sauf comme appui dans les gestions locales. La gauche, c’était peut-être un épisode de l’Histoire, un égarement de jeunesse des peuples, une idée salutaire qui a pris à un moment et qui fut nécessaire. Les intellectuels de gauche attendent un Obama français or, seul un Jaurès du 21ème siècle, un Jaurès pas jaurésien mais d’un genre un peu extra-terrestre, peut redonner à la gauche sa puissance eschatologique.



