mardi 9 août 2016 - par La centrale à idées

La génération Y ou la fin de l’insouciance

Nous y sommes, nous franchissons le cap des trente ans, voire même bientôt des quarante pour nos aînés...

Où en sont nos rêves, nos aspirations, nos idéaux ? Ont-ils résisté à la crise, aux changements de la société ?
Comment voyons nous l'avenir et notre passé ? Toutes ces questions nous nous les sommes posées depuis notre adolescence.

Génération de la crise, du chômage, et du sida, on nous a élevé dans l'ombre de ces temps orageux. Mais qui dit orage dit électricité, voire énergie, et de ça nous n'en avons pas manqué. Déchirés entre deux mondes, nous sommes nés avant ou juste après l'écroulement des grands blocs idéologiques, et nous avons connu l'émergence d'internet et des nouveaux médias, le retour de la religion et du terrorisme. Notre éducation aussi a servi de laboratoire aux générations suivantes.
Nous sommes les cobayes de ce siècle, tiraillés entre le progrès et l'envie furieuse de trouver sa place dans un monde devenu trop petit.
Nos éducations ne correspondaient pas à l'air du temps, où l'on ne s'empêche rien au nom des libertés individuelles et du succès économique.


Nos valeurs sont devenues des poids, des freins à notre progression dans la société. Nous avons troqué notre identité pour des ombres, on nous a encouragé à devenir des nomades destinés à suivre la grande marche civilisatrice de ce monde.
Vous devez partir, voir le monde, faire des expériences, il n'y a rien pour vous ici. Voilà le credo qu'on nous a destiné.
Seulement voilà, le voyage ne forge pas toujours la jeunesse, il peut aussi la mettre à mal.
Nous ne sommes pas tous prêt à voir la réalité de ce monde, au risque de se choquer profondément et de créer un inversement des valeurs. Le monde n'est pas un espace de quiétude.
Il est plein de bruits et de fureurs, de larmes et de sangs, d'argent et d'esclaves. Pour en voir la beauté il faut avoir vécu. Pour avoir quelque chose à donner.
Un échange équivalent en quelque sorte. Si nous ne sommes pas prêts psychiquement et moralement à partir, l'expérience devient douleur, pour se muer en fuite. Et l'on tue définitivement la magie de la découverte.

Ainsi nous avons détruit le courage et encouragé l'égoïsme, l'absence de scrupule et de prise de responsabilité. Comment respecter l'autre quand il n'est qu'une donnée, qu'un paramètre utile ou inutile, quand on peut lui jeter à la figure les pires abominations sous couvert de l'anonymat et/ou abrité derrière son écran ?

De la même manière, nous avons perdu le goût d'aimer. Pris entre les feux d'un accès illimité à la sexualité factice de la pornographie et d'un féminisme outrancier s'attachant les pires côtés du machisme, nous nous sommes perdus, confondant désir et amour, liberté et responsabilité. Les réseaux sociaux, les applications mobiles ont fini de déshumaniser le contact humain, nous manipulons d'autant plus facilement qu'on a rien à perdre, rien à justifier.

Et aujourd'hui nous ressentons le vide profond d'une existence sans consistance. Le mal est là.

Le constat est terrible mais l'espoir demeure, j'y crois et je ne suis pas le seul. Accepter nos erreurs et nos excès, c'est le premier pas. Nous devons faire ce travail sur nous-même, stopper ce cercle vicieux. Nous ne sommes pas en déclin, nous sommes jeunes, conscients, et travailleurs. Nous avons la mémoire de nos parents qui se sont battus pour nous donner une existence meilleure que la leur.

Nous ne devons pas tourner le dos à ce que nous représentons, aux espoirs qu'on a portés en nous. Nos écueils doivent servir d'exemple aux prochaines générations pour qu'ils soient meilleurs que nous. Car c'est ainsi que ça fonctionne, bien loin des Yolo et des Carpe Diem, notre rôle est de faciliter la tâche aux suivants en les éduquant au mieux. A quoi cela sert de jouir de tous les plaisirs si on n'a personne avec qui les partager. Nous finirons par vieillir, et l'âge nous retirera peu à peu tous les délices pour lesquels on aura sacrifié nos vies.


Croyons-nous sincèrement qu'on nous pardonnera nos folies quand nous ne servirons plus à personne ? Après moi le déluge.



7 réactions


  • Daniel Roux Daniel Roux 9 août 2016 09:56

    A part la parenthèse enchantée des années 50/70, toutes les générations qui nous ont précédés ont porté leurs boulets.

    Ouvrez les livres d’histoires : Guerres stupides de plus en plus mécanisées, automatisées, robotisées, famines, catastrophes, épidémies, invasions, colonialisme, nationalisme, prolétarisation, machinisme forcené, ..

    La génération de nos enfants est comme les milliers de générations qui les a précédées. Elle en saura plus que la notre même si certaines connaissances empiriques sont perdues.

    Nous sommes collectivement et générationnelement responsable de la situation actuelle. Nos enfants ne seront ni meilleurs, ni pires que nous. Pourquoi le seraient-ils, d’ailleurs.

    La seule différence et elle est de taille, c’est que les limites sont atteintes dans beaucoup de domaines critiques, écologique, démographique, ressources disponibles, terres cultivables, eau potable etc..

    Ce n’est pas « après nous le déluge », c’est « Courage, les enfants  ! »


  • Plus robert que Redford 9 août 2016 11:56

    ouaip ! Bien vu, bonne n’alyse !...

    L’énorme différence de votre génération d’avec la mienne, c’est que nous avions l’Espoir !

    L’espoir que ça change, l’espoir que nos efforts et nos convictions puissent pacifiquement faire bouger les choses...

    Aujourd’hui, le monde me semble irrémédiablement fermé, quelle que soit la direction vers laquelle on s’oriente...

    L’évolution pour réellement changer la donne ne pourra être que violente et brutale, avec toute la casse qui adviendra, sachant que les « cassés » seront, comme d’habitude toujours les petites gens...

    Pas de souci pour les « Chats Gras », ils s’en sortiront quelle que soit l’étendue des dégâts !


  • sweach (---.---.56.238) 9 août 2016 18:39

    Je suis en début de la génération Y, j’ai donc déjà subi pas mal de dégas.


    De mon coté je n’ai pas grand chose à me reprocher, je sais ce que je veux depuis le début.

    - Je savais qu’elle diplôme et le métier que je voulais faire
    - J’ai choisi la ville dans laquel je souhaite vivre
    - Je veux avoir une femme et des enfants
    - Je veux avoir une maison

    Mes objectifs de vie sont claire et je me donne tout les moyens pour y arriver. 
    Seulement voila, je dois faire face à des obstacles de taille qui ne dépende pas de moi 

    1) au niveau scolaire 
    J’ai due subir un handicap qui va me suivre toute ma vie, comme vous le voyez je suis mauvais en orthographe, c’est le résultat d’une méthode global qui ne fonctionne pas, normalement j’aurai due être mit au placard de l’éducation, mais c’était sans compter sur ma volonté de quand même faire des études supérieurs malgré cela, il m’a fallu être plus fort que les autres pour réussir.

    2) La vie active
    Fraîchement diplôme et plein d’énergie je suis rentré dans la vie active, mais voila malgré un besoin en travail évident, on m’a maintenu dans le statut de CDD pendant 13 ans !!! 
    J’ai due aller dans 9 endroits différent et finir par devenir plus expérimenté et plus compétant que mes ainés.

    3) La vie amoureuse
    Le fait de devoir changer tout les 18 mois de lieu de vie n’a pas vraiment facilité la tache, je ne sais pas comment était les génération précédente, mais les femmes d’aujourd’hui ne veulent pas d’emmerde, hors une vie de couple et fait de haut et de bas, même si j’ai une compagne aujourd’hui, la simple penser de devoir franchir des épreuve ensemble fragilise notre couple, je trouve cela bien triste mais je ne peux que le subir et ça serait pareil avec une autre.

    4) Le logement
    Je suis horrifié par le coût de l’immobilier et très déçu de ne pas pouvoir me lancer, mon couple manque de stabilité pour faire des choses risqués et je suis obligé de capitaliser avant de pouvoir me lancer.

    Conclusion
    Aujourd’hui je suis un peu énervé et remonter, car comme disait Coluche « j’ai fait tout qu’est-ce qu’on ma dit »
    Je dois fournir des efforts plus important que mes parents pour un résultat moindre, il y a de quoi finir par devenir égoiste et d’en vouloir à mes ainés 

  • gogoRat gogoRat 10 août 2016 14:05

    Si jamais cet article et les commentaires afférents constituent un témoignage représentatif de nos actuelles générations françaises,
    voilà qui serait instructif !

    ----
    mais pourquoi donc cette association d’idées avec ce passage d’une critique de l’idée de ’singularité technologique’ trouvée dans wikipédia  :

    • ’ Jonathan Huebner écrit en conclusion de son article que « la preuve avancée indique que le rythme de l’innovation a atteint un pic il y a environ un siècle et est maintenant en déclin.
      Ce déclin est le plus probablement dû à une limite économique de la technologie ou à une limite du cerveau humain que nous approchons.
      Nous avons déjà parcouru 85 % du chemin qui nous sépare de cette limite, et le rythme du développement technologique diminuera à chaque année écoulée. »
      . De telles analyses se retrouvent également chez Bob Seidensticker ou chez David Bodanis.’

    • anomail 10 août 2016 16:08

      @gogoRat

      Ca je n’y crois pas du tout.

      Si l’on met de coté le terme de novlangue « innovation » qui ne sert qu’à réduire l’intelligence humaine à des points de PIB (tout comme ses frangins : ’excellence’ qui désigne l’exclusion, ’décentralisation, autonomie’ qui désignent la compétition), je perçois au contraire que l’invention humaine se trouve dans une phase d’accélération inédite hors du cadre convenu de croissance économique/emploi dans lequel les médias de masse tentent de la décrire.

      Il y a des révolutions technologiques hallucinantes qui sont en cours au moment où j’écris ces lignes, mais qui sont traités avec dédain comme des gadgets geeks ou écolos par les médias dominants parce qu’ils s’inscrivent dans une logique alternative à au système économique dominant, qui bien que moribond contrôle encore les médias de masse.

      Quelques exemples concrets :

      Les monnaies libres/locales et/ou cryptographiques, les simulations, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, les imprimantes 3D (ça on n’en est qu’au début et on n’a pas fini d’en voir, pour fabriquer des objets en plastique, des maisons, de l’électronique, des prothèses, des organes...), le vélo électrique (et autres moyens de transport légers motorisés), les intelligences artificielles, les toilettes sèches, la culture en lasagnes, le salaire à vie qui progresse dans les têtes...

      La plupart des ces inventions sont de réelles ruptures. Certaines peuvent sembler banales car elles s’appuient sur un pré-requis technologique qu’on ne remarque plus (internet et la micro-informatique), la miniaturisation progressive des batteries...

      Certaines autres sont anciennes mais vont progressivement être remises au goût du jour par la crise énergétique en progression.

      Il y a une course contre la montre qui est engagée : Saurons développer des modes de vie alternatifs à la bagnole, la télé, la croissance l’emploi et la finance prédatrice avant que ce système économique ne s’auto-détruise (et nous avec) faute de ressources naturelles ?


    • gogoRat gogoRat 10 août 2016 18:10

      @anomail
       il faudrait voire à ne pas confondre ’le rythme de l’innovation’, avec un ressenti particulier des ’révolutions technologiques’, perçues dans un supposé repère qui pourrait sembler absolu.
       
       Le développement, l’évolution des capacités, habilités, agilités, adaptabiltés humaines est-il mesurable ? Est-il seulement possible qu’il soit consensuellement définissable ?
       ( Nota Bene : d’aucuns considèrent que les évolutions technologiques sont aujourd’hui majoritairement le fruit d’un développement qu’ils qualifient de ’mécanique’ : relativement ’simple’ approfondissement/développement de pistes d’investigations déjà découvertes. Ce qui ne manque pas pour autant de conduire à des nouveautés matérielles/matérialistes fort spectaculaires ... mais ne prouve pas une amélioration de conscience ou d’essence proprement humaine )


  • anomail 10 août 2016 15:26

    La génération « Y » selon Usul.
    https://www.youtube.com/watch?v=yMOlTGHpZKg

    Extrait du début :

    (Olivier Rollot, ancien rédacteur en chef du Monde)

    « On arrive pas les faire bosser, on ne sait pas quoi en faire... J’ai fait des conférences au MEDEF avec une DRH qui fait des powerpoints assez... heu... tendus sur cette nouvelle génération. »

    Les powerpoints du MEDEF sont tendus... Vous vous rendez compte ?

    Le jeune est vu dans l’entreprise comme une sorte de grosse feignasse insubordonnée.
    C’est ça qui ne leur plait vraiment pas. Ce jeune, il conteste l’autorité, ce con !

    Incompréhension totale au MEDEF : Avec un chômage des jeunes à 24% ils devraient pourtant se tenir tranquilles, filer droit !

    Mais non, ils ne veulent pas être dociles, et si on leur met trop la pression ils se barrent.
    C’est un vrai problème pour les managers.

    Ces jeunes savent que leur situation est précaire, du coup ils veulent tout et tout de suite, ils n’ont pas envie de se laisser marcher sur les pieds. Ils sont « vénères ».


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