mardi 31 août - par Rémy Mahoudeaux

La laïcité selon l’Éducation nationale

Le ministère de l’Éducation nationale a édité, le 26 août, huit affiches pour promouvoir la laïcité, mais il n’est pas impossible que nous soyons face à un très roboratif gloubi-boulga qui découragerait même un excessivement gourmand Casimir. Suivant le ministère en charge de nos chères têtes blondes, rousses ou brunes, la laïcité permettrait d’aller ensemble à la piscine, de lire ensemble un livre, de faire du sport par équipe, de penser par soi-même, de recevoir le même enseignement quelle que soit sa religion, d’avoir des affinités malgré des différences, d’être égaux, d’être ensemble. Les prénoms choisis et les visages enthousiastes des visuels ressemblent à une publicité pour le métissage de la population.

Laïcité semble, comme « valeurs de la République », vouloir désigner dorénavant un concept fourre-tout bien commode, synonyme d’inclusivité mâtinée de tolérance avec un zeste de vivre ensemble, le tout saupoudré de platitudes. Quelle grossière erreur, et de plus commise par ceux qui, plus que tous les autres, devraient être les gardiens du temple de la langue française. Hélas, dans le monde « huxwellien* » dont ils rêvent, à la fois transhumaniste et totalitaire, le langage doit s’appauvrir pour interdire la moindre révolte. « La perversion de la Cité commence avec la fraude des mots », affirmait Platon. La thèse que certains parmi les zélés fonctionnaires du Mammouth logé rue de Grenelle sont effectivement des pervers reçoit ici encore un indice à charge de plus.

Non, la laïcité, ce n’est pas ça. Ce n’est pas cet amoncellement de bons sentiments sirupeux et dans l’air du temps, promus pour tenter de faire croire que nous serions une société où les tensions s’apaiseraient comme par un miracle républicain et agnostique. Ce genre d’affiche n’accomplira pas ce vœu pieux mais désacralisé. La laïcité est née de la parole du Christ qui ordonnait de rendre à César et à Dieu leurs biens respectifs. La laïcité, ce n’est pas réunir des personnes, c’est fondamentalement séparer ce qui relève du sacré, du religieux, de ce qui concerne le civil, la cité. En notre France à l’Histoire compliquée, depuis 1905, l’État garantit la liberté de conscience et celle des religions et cultes dans le respect de l’ordre public, et s’oblige à leur égard à la neutralité et, enfin, s’interdit de n’en favoriser aucun.

Sauf que l’État d’aujourd’hui est lâche et veule : il refuse l’obstacle. Il est un culte en France qui, sans être une secte, refuse en partie la liberté de conscience que l’État devrait garantir à toutes les personnes présentes sur le sol national. Mais l’État ne veut pas s’opposer frontalement à lui, l’obliger à se soumettre comme il a jadis soumis les catholiques. Alors, puisqu’il ne peut pas changer les choses, il tente de changer les mots et leur sens.

(précédement publié chez Boulevard Voltaire) 

* Néologisme en mot-valise formé avec Huxley et Orwell



13 réactions


  • mmbbb 31 août 10:59

    L etat est devenu veule en effet , il répond aux sollicitations des groupes de pressions et ne s occupe guère de l intérêt général.

    Quant à cette laicité , elle est effet plus normative mais elle est devenue l acceptation de l altérité . une aubaine pour les radicaux 


  • Docteur Faustroll Lampion 31 août 11:09

    Le mot « laïc » lui-même est ambigu dès le départ puisqu’il s’oppose à « clergé ». C’est une notion religieuse en elle-même. Au moment de la séparation de l’église et de l’état et donc de la suppression de la délégation de service publics au clergé (comme l’état-civil, le mariage, école, etc. ), il aurait été préférable d’utiliser un autre mot que « laïc », par exemple « civil », tout simplement, comme cela se dit pour un mariage ou un enterrement « irreligieux ».


  • Taverne Taverne 31 août 12:29

    Macron et les élites du Pouvoir, décidément, « ils mélangent tout ! »


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 31 août 14:04

    L’éducation nationale... tout est dit smiley ^^


  •  C BARRATIER C BARRATIER 31 août 18:52

    Ces affiches me conviennent

    Le sacré n’est pas forcément religieux, j’ai un amour sacré de ma patrie. Le sacré peut être le pire ; l’ouvre sacrée de Daech qui s’étend maintenant. à l’Afganistan.

    Les talibans sont aussi défenseur de leur domaine sacré. Bref, chacun le sien.

    Le sens des mots évolue avec nos sociétés, et ces évolutions s’accélèrent de nos jours. Le mot laïcité est apparu devant du cléricalisme qui fabriquait de l’anticléricallisme.

    Le monde évolue vers la séparation des pouvoirs (les Eglises chez elles, l’Etat chez lui, chacun maître chez soi.) les protestants ont été en France favorables à la loi de 1905, et depuis ils défendent la laÏcité, sans qu’elle doit devenue leur « sacré ».


  • rhea 1481971 31 août 18:59

    La laïcité est une religion qui ne dit pas son nom.


    • Pie 3,14 31 août 19:12

      @rhea 1481971
      Absolument pas.
      La laïcité c’est le respect de toutes les religions et la garantie de la neutralité de l’Etat dans ce domaine.
      Cela a été une machine de guerre contre le catholicisme au début du XXème siècle, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
      L’auteur déplore sans le dire mais en le disant quand même un supposé manque d’ardeur étatique vis à vis de l’Islam. C’est dans la ligne obsessionnelle de Boulevard Voltaire. 


    • Ruut Ruut 2 septembre 12:15

      @rhea 1481971
      La Laïcité c’est simplement le respect de l’autre dans ses convictions.

      Rien à voir avec la Secte du Vaccin Magique actuellement en place et a l’idéologie wok.

      Le Pass Sanitaire est un excellent exemple de loi non laïque, mais elle n’est logique que si les vaccinés sont des cobayes pour avoir un suivi de qui a reçus quoi et a eu quoi au bout de combien de temps. (Un suivi de cobayes)...
      C’est assez matriarcal comme concept (fait ce que je dis sans te poser de questions, mais pas ce que je fais).

      .


  • Samson Samson 31 août 19:58

    "Quelle grossière erreur, et de plus commise par ceux qui, plus que tous les autres, devraient être les gardiens du temple de la langue française.« 

    Hi, hi, ...

    Vous parlez bien des »managers« de la start-up »France« , là ???

    Que pourraient entendre ces zélateurs de la globalisation néo-libérale, de son idéologie transhumaniste et des saines vertus d’un »progressisme sociétal« visant par la promotion d’un vaste brassage des populations à l’homogénéisation et la normalisation culturelle aux standards d’une Pensée Unique mondialisée ?

    La langue française et des concepts aussi grossiers que »laïcité« ou »universalisme« y ont-ils seulement leur place, quand toute idée se doit d’être exprimée en globish pour paraître respectable aux yeux de nos décideurs et de leur »fan club" ??? smiley smiley smiley


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