La lente déconfiture éducative de notre pays
Depuis des lustres, sans doute le milieu des années 70, notre pays se forme mal/ L'éducation et la formation deviennent des lamentations sans prise sur le réel mais une société qui n'a plus le goût de transmettre (ni donc d'apprendre) a-t-elle un avenir ?
Calés sur les années d’après guerre et les enjeux passés de la société industrielle les français ne sont-ils pas responsables de leur mal formation ?
La "mal formation" a ceci de redoutable qu’elle reste presqu’invisible (on ne meurt pas de faim en étant insuffisamment formé ou éduqué), lent poison qui dévore notre économie et notre social mais qui ne fait pas de vague, pas de grands remous dans un pays.
Nous avons atteint de tels gouffre d'ignorance et de non apprentissage que plusieurs générations seront peut-être nécessaires pour remettre le pays à niveau, reprendre pied dans cette société de la connaissance et de l’information où l’éducation et la formation sont devenues les premières (et parfois les seules) richesses.
Les chiffres de l’éducation en France sont atterrants, publics et connus de tous :
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Un salarié français consacre en moyenne environ 1 minute par jour pour se former (mais plus de 3 heures de son temps libre sur des écrans)
source INSEE - Près de 22 % des adultes en France présentent un niveau très faible de litteratie (capacité à comprendre un texte simple de quelques lignes rédigé en français). Ces personnes si elles perdent leur emploi ne pourront sans doute plus en retrouver
- L’école française s’est malheureusement transformée en une méga-garderie nationale sans projet autre que social
- La formation professionnelle pas plus que l’enseignement initial ne sont plus capables de former ou d’accompagner les travailleurs de notre pays
- En Europe la France occupe le dernier rang pour le départ en formation des travailleurs (5 % de taux mensuel de départ en formation alors que les objectifs Européens sont de 15 % par mois)
- Plus de 30 % des salariés ont des projets de reconversion professionnelle qu’ils ne pourront sans doute pas mettre en oeuvre faute de temps, d’argent ou de capacité d’organisation
- Des sommes considérables sont mal utilisées en formation et dans l’éducation (notamment dans le secteur public qui draine 70 % des budgets sans résultats ou presque)
- Les français enfin ne souhaitent pas « sacrifier » leur temps libre pour apprendre, évoluer ou comprendre une société et un monde économique qui changent très vite (et sans eux).
Nos retards, nos atermoiements, cette indifférence face aux enjeux éducatifs ne sont certes pas nouveaux. Depuis des siècles ce vieux pays rural a toujours pris son temps, refusé (au début) de changer, de s’adapter, de comprendre les autres civilisations, les autres pays, les nouveaux concepts ou techniques. Mais désormais le temps nous presse.
Le problème est que depuis 30 ans la planète a changé. La Chine était un pays du tiers Monde à la mort de Mao, c'est la seconde puissance mondiale aujourd'hui.
Le monde est entré dans une nouvelle ère, des temps post-industriel avec une course effrénée aux savoirs, à la connaissance, à l’innovation et donc à la compétence. Cette course mondiale s’est accélérée avec trois faits majeurs
- La numérisation du monde : désormais le savoir et toute la connaissance mondiale sont disponibles en tout point du globe sous forme numérique. Un passé glorieux, une histoire riche, des organisations anciennes deviennent des handicaps plutôt que des atouts. Ce n’est plus seulement une géographie avantageuse ou une organisation administrative conséquente qui peuvent assurer l’avenir social et économique
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La mondialisation et la globalisation. Le monde désormais est un réseau tel ce village planétaire décrit en 1964 par Marshall Mac Luhan, (« pour comprendre les médias ») et le fait que 2 (bientôt 3) milliards d’humains ont leur intelligence, leur cerveau et leurs savoirs reliés a des conséquences immenses pour l'humanité.
Ce que les grandes religions monothéistes n’ont pu faire en plus de 2 000 ans, l’Internet est en train d’y parvenir en quelques années. Si les cerveaux de presque tous les humains sont ainsi reliés c’est pour le meilleur : mieux se connaître, mieux partager et collaborer mais aussi le plus dangereux pour les anciens pays riches (appelés désormais pays immergeants) :
Etre en concurrence en tout lieux, à tout moment face à des millions d’autres humains qui peuvent par la ruse se servir dans votre portefeuille (numérique), vous prendre votre job (pourquoi le travail bien payé que vous faites dans un bureau ne serait-il pas confié à une autre personne à l’autre bout de la planète pour 10 fois moins cher ?) ou même vous faire perdre votre ressources, vos racines et vos repères, tout cela est nouveau, inédit depuis l'aube de l'humanité. -
La raréfaction des ressources naturelles sur la terre. Sur cette planète Terre aux ressources limitées la (sur)vie de 7 (bientôt 10) milliards de terriens ne peut se faire qu’au prix d’une excellente gestion des moyens matériels, d’une réflexion renouvelée sur l’utilisation des ressources (énergie, matières premières, biens alimentaires…).
Si la société industrielle, née au XIX ème siècle, a consisté à mettre en coupe la nature, la contraindre, l’ordonner, la domestiquer, désormais il s’agit de réfléchir à chacun de nos actes de la vie pour en évaluer son impact, ses conséquences et sa soutenabilité.
Pour vivre ainsi en pensant aux conséquences de chacun de nos gestes (acheter ou non de la viande, rouler ou non en voiture, faire ou non des enfants..) il faut solliciter sans cesse et sans aucune restriction un « muscle » insuffisamment exercé par certains de nos concitoyens : leur cerveau
Face à ces enjeux nouveaux et cruciaux, face à des erreurs et errements récurrents (croire que le monde entier nous admire nous et notre système économique et social) les français seront-ils capables de s’approprier le nouveau siècle ? Les risques encourus en cas de surplace, de nouveaux retards et d’échéances reportées, ces risques sont désormais considérables et peuvent être résumés assez simplement :
- un pays perclus de dettes et perdant son indépendance,
- un pays devenu incapable de produire et de vendre ses services et ses produits, trop chers ou inadaptés
- un pays se barricadant derrière d'illusoires lignes maginot tout en se refermant sur ses propres frontières intellectuelles et géographiques
Ce pays pourrait-il éternellement importer ce que ses habitants, ivres de droits sociaux, de congés et RTT, ne savent ou ne veulent plus imaginer, concevoir et produire ?
Les écarts béants de compétences (pas pour tous les travailleurs évidemment) entre une fraction croissante de la population relevant de l’assistance permenante et une "élite" marginale de travailleurs hautement qualifiés, cette situation est-elle économiquement et socialement tenable ?
Peut-on admettre encore que 20 % d’une classe d’âge sorte de l’école obligatoire sans savoir lire ni écrire correctement ? peut-on comprendre que 6 à 8 millions d’adultes ne puissent rédiger seuls un courrier ou comprendre un formulaire administratif ?
Peut-on enfin admettre que des millions de personnes soient privées d’emploi alors que partout des emplois ne sont pas pourvus, que notre règlementation sociale se durcit année après année, multipliant à l’infini les contraintes financières et règlementaires pour un travail qui fuit désormais le pays ?
Les avantages acquis que certains brandissent comme des étendards, participent de la volonté utopique et désastreuse d’arrêter le cours du temps, d’empêcher le cerveau des hommes de se mettre dans des situations nouvelles où ils pourraient s’adapter, apprendre de nouvelles règles et apprécier de changer.
Le XXIème siècle a 14 ans et nous avons que trop tardé à y entrer. Le confort idéologique de quelques un (surtout ne pas affronter ou reconsidérer ses rêves de jeunesse ) ne peuvent entraîner notre pays dans la régression, le repli identitaire ou la nostalgie d’un ex-grand pays devenant l'imbécile heureux de la mondialisation et de la société de la connaissance.
S’il était au final assez aisé en 1945 de relever économiquement et matériellement le pays à l’aide de fonds importants (le Plan Marshall), d’un grand projet social et économique (l’Europe) et d’une énergie laborieuse retrouvée, aujourd’hui les défis sont sans doute bien plus importants car la dette, les déficits infinis des régimes sociaux et du commerce extérieur, le travail insuffisant en terme de qualité et de quantité, une méconnaissance des mécanismes de l’économie, des langues et civilisations étrangères, de sa propre langue, tout cela forme un cocktail délétère et protifère pour uns société.
Ps : que les "grandes" sensibilités qui ne savent que vociférer ou insulter lors d'un débat, tentent pour une fois d'argumenter, ce serait intéressant (mais plus fatiguant que faire des copier-coller d'une prose idéologique dépassée).


