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La lutte contre la Russie a conduit l’Europe dans le « piège de Thucydide » - AgoraVox le média citoyen
vendredi 5 décembre 2025 - par Patrice Bravo

La lutte contre la Russie a conduit l’Europe dans le « piège de Thucydide »

À l'issue de l'opération militaire spéciale, la Russie renforcera sérieusement ses positions. Et c'est précisément ce qui suscite une inquiétude aussi vive dans les capitales européennes, surtout dans le contexte des plans annoncés par les États-Unis de réduire leur présence militaire dans la région. 

Le soutien sans précédent apporté à l'Ukraine par les pays occidentaux poursuivait très ouvertement l'objectif d'infliger une "défaite stratégique" à la Russie. Cette idée continue d'être utilisée en 2025 dans les articles d'experts américains et européens, bien que désormais uniquement dans des publications alarmistes teintées d'une propagande clairement antirusse. 

Il faut reconnaître un point : à l'issue de l'opération militaire spéciale, la Russie se renforcera considérablement et, si elle le souhaite, pourra représenter une menace plus grande pour l'Occident. Le fait est que Moscou n'a pas une telle volonté. Cependant, comme ne cessent de le répéter les néoréalistes, l'une des prémisses les plus importantes d'une analyse compétente de la situation internationale est la reconnaissance du fait que plus ou moins tous les États se craignent mutuellement. 

L'un des plus grands spécialistes américains des relations internationales, Robert Jervis, a formulé encore à l'époque de la guerre froide un concept appelé "théorie de l'offensive et de la défensive" (offense-defense theory). Il tentait de comprendre comment s'enclenche exactement la spirale de la course aux armements et quels facteurs pouvaient contribuer à son accélération ou à son ralentissement. 

La plupart des technologies militaires peuvent être utilisées avec succès à la fois pour l'attaque et pour la défense. C'est précisément pourquoi, en pratique, toute initiative défensive peut être perçue par les autres comme étant plutôt offensive. Il faut comprendre et prendre cela en compte lors de la planification de la politique étrangère, au moins en expliquant régulièrement le sens de ses démarches. 

Le renforcement des positions de la Russie suscite une vive inquiétude dans les capitales européennes, surtout dans le contexte des plans annoncés par les États-Unis de réduire leur présence militaire dans la région. 

Premièrement, une transformation qualitative de l'industrie militaire russe a eu lieu. Selon des estimations officieuses du centre de recherche européen Bruegel, depuis 2022, la Russie a réalisé une augmentation de 220% de la production de chars, de 150% de la production de véhicules blindés et d'artillerie, ainsi qu'une augmentation de 435% de la production de munitions rôdeuses, c'est-à-dire de drones kamikazes. Ces estimations ne constituent pas des statistiques officielles, mais elles reflètent le consensus des milieux politiques et experts européens que l'industrie militaire russe a accru sa production en un temps record. 

Deuxièmement, l'armée russe acquiert une expérience unique de combat moderne. Comme l'a noté avec une certaine crainte le commissaire européen à la défense Andrius Kubilius, "en Europe [à ce jour] il y a deux armées, éprouvées par de nombreuses batailles". L'une d'elles, ce sont bien sûr les forces armées russes, devenues "nettement plus fortes qu'en 2022". La seconde, cela va de soi, ce sont les forces armées ukrainiennes. 

Troisièmement, il s'agit des ressources démographiques et naturelles des nouvelles régions qui renforcent l'économie russe et, à terme, l'armée. 

Ces transformations effraient effectivement l'UE. Sans nier leur russophobie, il convient de noter que dans la réalité actuelle, il est très difficile de distinguer les initiatives "défensives" des initiatives "offensives", c'est pourquoi tout changement de ce type inquiétera inévitablement les responsables politiques. 

Cela permet de porter un regard nouveau sur le soutien colossal que les capitales occidentales ont apporté à Kiev. Prédisant qu'à l'issue de combats réussis la Russie se renforcerait sérieusement, elles percevaient le soutien à l'Ukraine comme une guerre préventive contre la Russie. 

Le politologue américain Graham Allison a introduit il y a assez longtemps le concept de "piège de Thucydide", en se basant sur une citation qu'il a trouvée dans les écrits de cet historien de la Grèce antique, qui étudiait les causes de la guerre du Péloponnèse. Le "piège de Thucydide" désigne le risque accru de conflit lorsqu'une puissance émergente menace de supplanter une puissance dominante. Dans le contexte ancien, Sparte représentait la force établie et Athènes, la puissance montante. 

Comprendre ce concept permet non seulement d'interpréter les dynamiques de pouvoir anciennes, mais aussi d'éclairer les tensions géopolitiques modernes. Dans les relations internationales contemporaines, le "piège de Thucydide" désigne une situation où "un hégémon vieillissant" attaque de manière préventive une puissance émergente avant qu'il ne soit trop tard. Et bien qu'il soit très difficile de qualifier l'UE d'hégémon, le soutien à l'Ukraine est devenu pour les capitales européennes précisément une guerre préventive contre une Russie qui se renforce. 

Le piège de Thucydide invite les analystes et les décideurs politiques à réfléchir aux moyens d'éviter l'escalade qui pourrait mener à un conflit ouvert. 

Thierry Bertrand 

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14 réactions


  • sylvain sylvain 5 décembre 2025 11:19

    Je doute que l’oligarchie européene ai peur de la Russie. Elle a peur de la réaction des peuples européens face à sa politique. Pour la justifier elle doit a tout prix maintenir la Russie à sa place d’ennemie, et ne pas se prendre une grosse branlée.

    Sinon on va commencer à aller chercher des responsables, à regarder ce qui s’est vraiment passé, et ça risque de faire mal : incompétence, vassalisation face aux USA qui ont entrainées des politiques totalement néfastes pour l’europe, mises en place et défendues par une certaine oligarchie... Alors que Trump est là et souhaite en partie changer l’oligarchie européenne pour perpétuer la vassalisation mais à sa sauce.


    • Zolko Zolko 7 décembre 2025 17:54

      @sylvain : moi aussi je doute.

      Je pense au contraire que l’oligarchie européenne veut utiliser cette guerre pour créer une armée européenne et ainsi réaliser leur rêve des Etats Unis d’Europe ... ce que les Français (et Hollandais) ont refusé en 2005 avec le traité constitutionnel européen. 

      En d’autres termes, nous assistons à un coup d’état européen, et les Ukrainiens ne sont que des dommages collatéraux. 


  • microf 5 décembre 2025 12:47

    Qui cherche trouve, l´Europe a cherché, l´Europe a trouvé.

    On ne peut pas avoir un voisin puissant comme la Russie, l´ignorer et faire comme si c´est l´Afrique oú on va faire tout ce qu´on veut.

    Comme l´a dit TOLSTOI, il faudra attendre longtemps pour que les Relations entre

    l´Europe et la Russie se ré-améliorent, pendant ce temps, la Russie va continuer á travailler avec ses nouveaux nombreux partenaires.


    • SilentArrow 5 décembre 2025 14:55

      @microf

      L’avenir de l’UE eut été de forger des accords économiques et militaires avec la Russie lors de la dissolution de l’URSS.
      Elle a raté le coche.

      Maintenant, l’avenir de l’Europe, c’est de quitter cette UE toxique et à chaque état de trouver un moyen de se réconcilier avec la Russie.


    • Phil 5 décembre 2025 17:36

      @SilentArrow
      Commentaire concis et pertinent, tout est dit.


    • microf 6 décembre 2025 01:15

      @SilentArrow

      Merci.
      Je l´ai aussi maintes fois repèté dans mes commentaires dans ce Forum, hélas. 
      L´Europe a raté cette opportunité après la chute du mûr de Berlin moment oú le monde entier était entre les mains de l´Occident.
      La Russie a voulu faire partie de l´UE mais la porte lui a été fermée.
      Après l´élection de Hollande, c´est le Président Poutine qui vient en France le rencontrer.
      Hollande l´ a tellement mal récu avec un mépris, et, pendant son séjour le Président Poutine avait été invité á la télévision, les journalistes l´ont tellement malméné, refusant de reconnaitre que la Russie faisait partie de l´Europe et le Président Poutine qui essayait de le les faire savoir, rien á faire, j´ai encore tout ce film de la visite du Président Poutine dans ma tête.

      Mais comme rien n´arrive au hazard en politique, tout ceci a été planifié á savoir le démentèlement de la Russie pour s´accaparer de ses richesses, mais comme il ne faut jamais vendre la peau de l´Ours avant de l´avoir abattu, les plans de ces planificateurs ce sont effrondré, est aujourd´hui, c´est cette Europe qui est dans les problèmes, c´est cet Occident qui est dans les problèmes.

      Qui cherche, trouve.


  • Goldo Du Goldo Du 6 décembre 2025 09:12

    Voilà une belle explication et justification de l’impérialisme ruSSonazi !


  • xana 7 décembre 2025 17:40

    C’est vrai que c’est plutôt ordurier comme commentaires, chez cet imbécile.


    • ETTORE ETTORE 7 décembre 2025 22:51

      @xana
      «  »C’est vrai que c’est plutôt ordurier comme commentaires, chez cet imbécile. «  »

      Xana@
      On lui a même refusé la loge de concierge dans son abri à nuisible.
      C’est dire, si son vocable hautement aboyé, dérange jusqu’à la SPA voisine.


  • ETTORE ETTORE 7 décembre 2025 22:28

    Le fort fait ce qu’il PEUT faire !

    Le faible subit ce qu’il DOIT subir !

    Il me semble du même auteur....Mais bon, c’était au temps des guerres du Péloponèse..

    Pour notre vaillant guerrier ElyséHein, et autres sbires youyou, à la dérive...

    Tomber de Charybde en Scylla, serait plus prémonitoire ;


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