lundi 9 mai - par Taverne

La Matrice de la conscience libre (code cartésien)

La révolution cartésienne a consisté à affranchir la conscience humaine des préceptes qui la limitaient. Les deux préceptes du temple d'Apollon, "Gnothi seauton" (Connais-toi-toi-même) et « Mèden agan » ("Rien de trop") ont été énoncés dans un monde qui se croyait fini et limité. Ces préceptes sont précieux et utiles mais ils incitent aussi l'homme à s'autolimiter : le premier dit "connais ta place et ton rang dans l'ordre harmonieux grec établi" et il est destiné plutôt aux classes dominées. Le second est plus destiné à l'élite et commande de ne pas céder à l'hybris.

Le "Gnothi seauton" (Connais-toi-toi-même) est un bon précepte car il enseigne à connaître la nature de ce que nous sommes : nous ne sommes ni des bêtes ni des dieux. Il rappelle aussi à notre conscience notre condition mortelle et nos limites. Mais il a aussi un versant pernicieux car il dit au simple individu de rester à la place qui lui est attribuée dans l'ordre établi, dans la société. Connais ce que tu es : si tu es esclave, accepte ton état. Si tu es un "barbare" (pas un citoyen), accepte ta condition. Si tu es un simple citoyen, ne t'avise pas de chercher à obtenir ce que seuls les élus (au sens électif et au sens mythique) peuvent obtenir. 

Le précepte "rien de trop" est toutefois sage. Il conseille de ne pas céder aux excès et donc de faire preuve de modération et de tempérance et, pour ceux qui sont investis de pouvoir, de ne pas céder à la folie de l'hybris. Mais Descartes le prend en compte dans une approche révolutionnaire de la pensée. 

Le code cartésien 

1°) Sortir de l'autolimitation

La révolution cartésienne vient énoncer quelque chose de nouveau et qui n'est plus un esprit d'autolimitation. Il donne les clés de l'ouverture de l'esprit sur l'infini et sur le vaste monde. A l'époque de Descartes, l'idée de monde fini et qui se limite à la Méditerranée n'a plus de sens. L'Amérique a été découverte et les horizons du monde ont été repoussés vers une terra incognita, les inventions et la science progressent. 

Le code cartésien vient à point nommé dans ce contexte pour adapter notre capacité de saisir la réalité d'une façon adaptée à l'évolution intervenue. Il ne fait pas table rase des préceptes des Anciens ; il les complète et leur donne une dimension nouvelle !

Premièrement, le philosophe énonce des principes clairs et compréhensibles par tous, là où les préceptes grecs demeuraient toujours énigmatiques et pas toujours aisés à mettre en actes. Qui a jamais pu expliciter de façon claire et définitive le "Gnothi seauton" ?

Secondement, Descartes ne prône plus l'autolimitation de la conscience mais au contraire son expansion pour saisir le multiple, le complexe et ce qui est vaste. Il ne s'agit plus de penser dans le cadre fixe et resserré d'un monde aux frontières définies et aux codes immuables ; il s'agit de "penser universel". Le cogito est universel : "je pense, je suis" vaut pour toute conscience humaine en tous lieux et en tous temps.

2°) Les seules limites de l'esprit sont le temps et l'espace 

Nous sortons des injonctions à s'autolimiter pour entrer dans l'ère du principe de la Raison. La vocation du précepte est de prodiguer un conseil de sagesse, un commandement. Le principe (le cogito) lui est supérieur car il est universel et s'applique aux individus de toutes conditions.

Descartes n'énonce pas des formules énigmatiques et il s'adresse à tous en faisant le choix d'écrire dans la langue vulgaire, le français, quand le latin prévalait chez les doctes. Il va encore plus loin : il n'emploie que des mots simples de tous les jours et des exemples faciles à comprendre et à retenir, afin d'être compris de tous. Car l'universalisme est avant tout humilité ! 

L'humilité, Descartes la met en pratique en admettant une bonne fois pour toutes que la conscience est limitée par le temps et par l'espace. L'esprit ne peut pas saisir le Temps dans son continuum ni l'espace dans sa globalité. Il faut donc en tirer les conséquences pour élaborer une méthode saine de penser qui prend en compte les limites réelles auxquelles l'esprit se confronte (et non plus les limites des préceptes) : 

- L'esprit ne peut saisir que les éléments simples et ne peut pas appréhender d'un bloc une chose complexe ? Soit ! Acceptons cet état de fait la et énonçons la règle qui est d'aller du simple vers le complexe.

- L'esprit est assujetti aux lois du Temps ? Faisons-nous-en une raison et progressons par la méthode du pas à pas. Apprenons à avancer de proche en proche parce que la conscience n'est pas en phase avec le flux du temps. Notre esprit ne fonctionne pas comme le flux du Temps. Il lui faut donc segmenter pour saisir les étapes. 

- L'Univers, en tant qu'espace, ne nous est pas accessible ? Fort bien ! Découpons-le en parties, en autant de parties qu'il nous est nécessaire pour que notre pensée saisisse cette autre dimension du réel qui limite notre conscience. On ne peut pas saisir la dimension de l'espace dans sa totalité et dans ses perspectives infinies ? En ce cas, disséquons, évaluons et classifions. Reconstituons le puzzle pièce après pièce.

La matrice de la conscience libre 

Cette matrice cartésienne posède une valeur universelle. Le "je" est l'individu qui pense au-delà des époques et des contrées. 

1°) Fin de la vision élitiste

Chez les Grecs, la vision élitiste consistait à faire des différences entre les hommes et les femmes et, au sein de la société des hommes, entre les esclaves, les barbares et les citoyens.

Descartes proclame l'égalité universelle. Il dit que le bon sens est partagé par tous et que nul n'en est dépourvu. Il n'y a donc pas de distinction de classe à établir ni de différences fondées sur le niveau d'éducation. Mais, si le bon sens est la chose la mieux partagée, il est sous-utilisé ou mal employé, ce qui nous conduit à nous tromper souvent. 

2°) Fin de l'abstraction intellectuelle

Descartes ne suit pas la voie d'Aristote en intellectualisant. Il ne crée pas des concepts et des catégories. Aristote a épaté des générations de doctes par ses créations théoriques. Terminé ! dit Descartes, je veux partir de la réalité et oublier les abstractions artificielles.

Il se méfie même de la logique ! En effet, si nous regardons les 4 principes de sa méthode ("Discours de la méthode", seconde partie), aucun ne recourt à la logique ou au raisonnement pur. Rappelons-les brièvement :

- Ne rien admettre pour vrai qui ne soit reçu par la conscience comme clair et distinct,

- Diviser les difficultés en autant de parties que nécessaire à notre intelligence,

- Aller du simple et du plus aisé à connaître pour aller, par degrés, vers ce qui est plus complexe,

- Faire un inventaire complet en veillant à ne rien omettre d'essentiel.

Aucune logique n'intervient ici et pourquoi ? Parce que la logique qui se targue d'intervenir trop tôt, vient souvent, dans sa hâte, produire des erreurs de la pensée. L'autre raison pour laquelle il ne recourt pas encore au raisonnement pur est qu'il s'agit en priorité de tenir compte des limitations réelles de l'intelligence humaine : le temps et l'espace. Il nous indique donc comment parer aux difficultés que constituent pour nous ces deux dimensions qui nous dépassent. Cette précaution doit précéder toute intervention du raisonnement. 

Prise en compte du temps : éviter la précipitation, l'inventaire complet car la mémoire est faillible.

Prise en compte de la dimension de l'espace qui nous dépasse aussi : analyser d'abord les éléments les plus simples et les mieux connus puisque la conscience ne peut pas tout embrasser d'un coup d'aile. 

3°) La gestion du savoir 

Parvenu là, chacun détient un outil précieux, le code cartésien, un code qui lui permet d'exercer sagement son bon sens. Libre à chacun de développer la matrice de la conscience universelle en suivant cette voie tracée et d'étendre son savoir à ce qui lui est utile et nécessaire et en suivant la logique qui lui paraît la meilleure.

La question du savoir est le dernier point débattu. A présent que le code cartésien est efficient et que la conscience est ouverte (le bon sens est entré dans une dimension universelle et sait déjouer les pièges), la matrice permet de faire le tri dans le savoir. Descartes voit que d'un côté le savoir que l'on nous a inculqué doit être soumis au doute méthodique et, d'un autre côté, qu'il faut exercer sa méthode pour l'acquisition d'un nouveau savoir. Descartes voit qu'il y a aussi deux catégories de savoir : ce qui est clair est distinct et ce qui est obscur. Comme il est impossible de trancher dans tous les cas, il crée un troisième catégorie : la "morale par provision", c'est-à-dire un savoir provisoire tenu pour vrai mais pouvant encore être revu par le jugement critique. Cela englobe les lois de la cité, les règles communes de l'existence.

Sur le premier savoir (l'acquis), on pourrait parler de substrats : le substrat de l'éducation, le substrat consitué de la mémoire de l'expérience, des opinions établies, des habitudes, etc. Ces substrats sont à questionner au moyen de la méthode critique.

Sur le second point, il s'agit de ne plus chercher à accumuler des savoirs mais de savoir peu et de savoir juste. Notre philosophe a retenu les mots de Rabelais et de Montaigne : "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" et "mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine" (je cite de mémoire). 

Savoir moins que notre appétit de connaissance ne le souhaite mais savoir juste.

Qu'ai-je besoin de connaître ? Tout le Connaissable (il est infini ! ) ? Tout le Connu (ce qui est connu par l'Humanité dans tous les domaines explorés) ? Il est vain de m'attaquer au connaissable dans toute son étendue car ma vie et ma conscience sont limitées. Même un Pic de la Mirandole n'aurait pas assez de vies pour tout savoir. Il ne m'est pas utile de tout savoir sur tout. On retiendra ici la leçon de "Bouvard et Pécuchet". A chacun de voir ce que, de son point de vue et pour lui-même, il a besoin de savoir. Ensuite, il lui appartient d'observer les règles d'ordre, d'organisation et de prudence énoncées par Descartes pour traiter ce savoir et le vérifier afin de le solidifier. Pour ce faire, la conscience doit être libre, ouverte au doute méthodique et à la contradiction du dialogue (Le Discours de la méthode est un dialogue de Descartes avec le lecteur et de Descartes à lui-même). 

Aussi vrai que le bon sens est une chose partagée par tous, la matrice de la conscience libre est accessible à tous !



34 réactions


    • Xenozoid Xenozoid 10 mai 16:06

      @Taverne

      Je défends la liberté d’expression pour les insert nation mais je vois qu’elle est soumise à la censure et à la répression sévère de insert what ever. 

      oyé oyé.

      Je ne confonds pas la libre expression des insert nation

      avec les moyens de propagande officiels du insert what ever. 

      oyé oyé

      Mon esprit semble donc plus affuté que vous ne le pensez..

      aye aye sir

      PS : you welcome


    • Xenozoid Xenozoid 10 mai 16:29

      @Taverne

      tu crois qu’il n’y a pas un taverne en insert nation qui ne peut pas faire pareil que toi en insert nation ,non ?
      logique

      il fait quoi de plus ou moins que toi pour s’exprimer ?


    • Taverne Taverne 10 mai 16:34

      @Xenozoid

      « insert nation » demande à être défini clairement et distinctement.
      Un problème dont les termes ne sont pas, au préalable, clairement identifiés et définis ne peut pas être résolu.


    • Xenozoid Xenozoid 10 mai 16:42

      @Taverne

      exactement, alors puisque tu le demande 

      • insert nation

      qui te permet de dire qu’ils ne peuvent pas s’exprimer, dans le temps comme dans l’espace ? j’imagine que c’est un constat de toi 


  • Ecométa Ecométa 9 mai 20:26

    Alors que Descartes cherchait encore !

    A la même époque, Pascal, avec son « principe cognitif » :

    « Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible (lien écosystémique )qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ».

    Donc à la même époque Pascal avait déjà tout compris de la complexité des choses. Il a entrevu bien avant l’heure la notion d’ « écosystème », ainsi que les prémices de cette nouvelle physique, la « quantique » qui établit formellement la « complexité » des choses, en toute chose, contre le simplisme cartésien !

    Werner Heisenberg, un des pères et pairs de la physique quantique, s’exprimant au sujet de la vision cartésienne du monde, écrivait au cours des années 50 dans un livre, intitulé « Physique et philosophie », que « la limitation cartésienne a profondément pénétré l’esprit humain durant les trois derniers siècles qui ont suivi Descartes et, il faudra longtemps avant qu’elle ne soit remplacée par une attitude vraiment différente à l’égard du problème de la réalité. »

    La physique quantique nous a donné les « acquits intellectuels du XX è siècle », dont tout le monde se fout royalement, tout comme du « principe cognitif de Pascal » ,ceci à tort !

    La physique quantique nous a laisser trois théorèmes dont nous devrions tenir compte concernant le savoir :

    Le principe d’incomplétude.

    Le principe d’incertitude. 

    Le principe d’impossibilité... entendez de la perfection ! 

    Nous ferions bien de nous inspirer de ces trois principes ! 


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 10:40

      @Taverne
       
      ’’(baliste) Pouvez-vous nous démontrer que le temps et l’espace sont des créations de l’esprit ?’’
       
       Bah, la carte n’est pas le territoire, le concept n’est pas la chose, la réalité n’est pas le réel qui est inconnaissable. Notre conception du temps n’est qu’une théorie scientifique. De même pour l’espace. Donc forcément des créations de l’esprit.


    • eau-mission eau-mission 10 mai 11:37

      @Francis, agnotologue

      Bonjour

      Dans « la science et l’hypothèse », H.Poincaré écrit :

      « L’esprit n’use de sa faculté créatrice que quand l’expérience lui en impose la nécessité »

      puis « Une géométrie ne peut pas être plus vraie qu’une autre ; elle peut seulement être plus commode »

      puis « Nos représentations ne sont que la reproduction de nos sensations »

      Perso, la première phrase me paraît des plus actuelles ; car je ressens l’urgence de remodeler notre vision du monde.

      Ce livre tout en étant très facile d’accès, interroge même nos petits génies des maths (voici une des réponses de google, pour d’autres extraits).

      Si la répétition indéfinie à l’identique d’une même manifestation de l’énergie (matière = une forme de l’énergie) est impossible, les objets parfaits que nous imaginons ne sont définitivement que des « cartes ».


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 11:58

      @eau-mission
       
      ’’Si la répétition indéfinie à l’identique d’une même manifestation de l’énergie (matière = une forme de l’énergie) est impossible, les objets parfaits que nous imaginons ne sont définitivement que des « cartes ».’’
      > Désolé, je ne comprends pas.


    • eau-mission eau-mission 10 mai 16:53

      @Francis, agnotologue

      C’est la première citation qui explique que je tente cette présomptueuse conjecture.

      L’expérience qui impose la nécessité d’en appeler à l’esprit, c’est le spectacle d’une humanité acceptant les diktats de la fausse science, ou plutôt soumise par de faux arguments scientifiques.

      La vie a des propriétés que ne possède pas la « carte ». Le modèle du système immunitaire de synthèse n’a pas les vertus du système naturel.


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 11 mai 08:02

      @eau-mission
      bonjour,
       
      ’’La vie a des propriétés que ne possède pas la « carte ». Le modèle du système immunitaire de synthèse n’a pas les vertus du système naturel.’’
       > C’est exactement ça.
       
      «  Nos suppositions étaient si naïves que c’en est presque embarrassant  » Gregory Winter, Un pionnier de la génétique moderne, cité par Urmie Ray
      Les théories modernes ne sont pas naïves : elles sont obscurantistes.
      cf. La génétique néolibérale (à voir aussi pour les développements relatifs à la théorie du genre) 
       
      La vie est bien plus complexe que le réductionnisme scientiste. J’appelle ici scientisme cette science qui est au pouvoir ce que la poule est à l’œuf.
       > «  Comme ils ont en poche les clés des prisons Et qu’ils font métier de mentir Ils s’appellent les réalistes. » (Marcel Martinet, militant révolutionnaire socialiste et pacifiste et écrivain prolétarien)


    • eau-mission eau-mission 11 mai 11:25

      @Francis, agnotologue

      Bien, nous ne sommes pas les premiers.

      Tout ça donne le sentiment que les promoteurs du CRISPR luttent pour empêcher la mutation de l’humanité que les vrais savants disent inévitable.

      Bonne journée


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 11 mai 11:40

      @eau-mission
       
       ’’Tout ça donne le sentiment que les promoteurs du CRISPR luttent pour empêcher la mutation de l’humanité que les vrais savants disent inévitable.’’
       
       Il conviendrait de développer, mais ce n’est peut-être pas le lieu.


    • eau-mission eau-mission 11 mai 23:51

      @Francis, agnotologue

      Ce n’est pas le lieu de développer, mais on peut y poster ses provocations. Donc, à destination des biologistes frileux : ne seriez-vous pas terrorisés par les vieux maîtres Monod et Jacob, au point de vous interdire de transgresser leur axiome : le message va de l’ADN vers l’ARN, jamais l’inverse ?


  • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 08:02

    « je pense, je suis »

     

    Formule d’un âne. L’animal ne pense pas, il ressent, ce que niait Descartes qui voyait en lui une machine.

     

    La bonne formule s’ll en fallait une serait : je ressens donc je suis.


    • Taverne Taverne 10 mai 09:32

      @Francis, agnotologue

      « La bonne formule s’il en fallait une serait : je ressens donc je suis. »

      En fait, Descartes a longuement réfléchi et il apparaît que sa formule du cogito est très juste car la pensée, pour lui, est aussi sentir. Il rappelle sa conception dans une lettre de 1637 à Elisabeth, princesse de Bohème : (...) « vouloir, entendre, imaginer, sentir, etc., ne sont que des diverses façons de penser » (...). 

      Mes remarques : 

       « entendre » signifie « comprendre »
       Le fait que la conscience soit dépendante de différentes formes de pensée est encore une limite pour l’être humain (en plus des limites de temps et d’espace) car il ne peut pas saisir les choses dans leur ensemble par un seul mode de pensée.

      La conscience doit rassembler les informations qui viennent de ces diverses formes et créer avec tout cela une représentation pour la conscience. 

      De plus, ces modes de pensée entrent en conflit les uns avec les autres et il est difficile pour le libre arbitre de déterminer lequel de ces modes de pensée il doit privilégier par rapport aux autres dans telle ou telle situation. 


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 10:30

      @Taverne
       
      ’’ sa formule du cogito est très juste car la pensée, pour lui, est aussi sentir’’
       > Comment pouvez vous écrire ça ? Si penser c’est aussi sentir, ce que je conteste bien sûr, sentir ce n’est pas penser.
       
       Ici vous dites : ’’« entendre » signifie « comprendre » ’’
       
      C’est une nouvelle définition du verbe entendre  ?
       
      La compréhension est une adéquation à nos intentions. Or, à ma connaissance, les oreilles ne filtrent pas aussi finement ce qui les fait vibrer, même si on dit de certaines personnes qu’elles n’entendent que ce qu’elles veulent. En êtes vous ?


    • Taverne Taverne 10 mai 10:50

      @Francis, agnotolog

      « Comment pouvez vous écrire ça ? » c’est Descartes qui écrit que sentir est un des modes de la pensée. 

      Quant au sens du verbe entendre :« Dès la chanson de Roland (1080) est attesté le sens de »percevoir par l’intelligence« dominant jusqu’au XVIIème siècle » (dictionnaire historique Alain Rey académicien)


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 10:56

      @Taverne
       
       ’’c’est Descartes qui écrit ... ’’
       > Mais oui, et je répondais à Descartes.
       
      Il y a entendre et entendre, ’j’entends bien’ : mais vous serez d’accord avec moi pour dire que entendre et percevoir par l’intelligence sont deux choses différentes.


    • Taverne Taverne 10 mai 11:35

      @Francis, agnotologue

      Au siècle de Descartes, on disait « ouïr » pour entendre et « entendre » voulait encore dire « percevoir par l’intelligence ». 

      Penser, c’est capter et trier les informations qui nous parviennent par les différents canaux de l’intelligence dont la perception et les émotions. Je suis donc d’accord avec Descartes quand il dit que sentir est une forme de pensée. 


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 11:56

      @Taverne
       
       en somme si je cous entends, vous êtes entrain de vouloir me démontrer que Descartes aurait voulu dire : ’’je ressens donc je suis ’’ ?
       
      Manque de chance, Descartes, bis repetita, assimilait les animaux à des machines.


    • Taverne Taverne 10 mai 13:21

      @Francis, agnotologue

      Les machines au temps de Descartes n’existaient pas. On désignait par ce mot les tous premiers automates. L’idée que défend Descartes est que l’animal réagit seulement par automatismes (instincts, pulsions).

      L’être humain n’est pas fait seulement d’automatismes : il pense par ses différents modes de pensée dont la raison et l’imagination. Quand Léonard de Vinci crée des plans de machines, c’est ben l’intelligence humaine qui est à l’œuvre et non pas un automatisme naturel.

      Descartes s’est trompé sur plusieurs points mais sa méthode basique reste un modèle. Un modèle à compléter et à dépasser ! 


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 10 mai 13:32

      @Taverne
       
       ’’Les machines au temps de Descartes n’existaient pas. On désignait par ce mot les tous premiers automates.’’
       > vous voulez dire que le mot n’existait pas ?
       
      Quoi qu’il en soit, ça ne change rien à la conception mécaniste de l’animal que professait Descartes. Et que Yuval Noah Harari entre autres transhumanistes étend maintenant aux êtres humains. cf. Great Reset, Grand troupeau et vaxinations à tout va.
       
      https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/une-ia-ne-sera-jamais-notre-240419
       
       


    • Ecométa Ecométa 11 mai 13:45

      @Taverne
      « Epiphénoménologique » dans ses approches et « paroxysmique »dans ses applications, voilà ce que donne le cartésianisme ; résultat ce monde est savamment et délibérément malade ! 
      Il est malade de son individualisme méthodologique, de sa logique « dichotomique » et de sa raison rationaliste ! 


    • Taverne Taverne 11 mai 14:54

      @Ecométa

      Vous avez évoqué dans un commentaire précédent le principe d’incertitude sans d’ailleurs montrer en quoi il ne serait pas conciliable avec la méthode cartésienne, méthode éprouvée depuis des siècles.

      Parlons du principe du certitude : parlons de Saint-Augustin. Pour ce philosophe religieux, douter, c’est penser et penser, c’est exister. L’existence du sujet qui doute est une certitude.

      Descartes poursuit cette idée avec le cogito : la preuve de l’existence de l’être (le « je » ne renvoie pas à l’égo mais à l’être pensant universel) réside dans le fait qu’il est apte à douter. S’il doute alors il pense. S’il pense alors il est. Voilà une certitude.

      Après cette certitude première, d’autres certitudes peuvent se dégager par la méthode du doute méthodique. 


    • PascalDemoriane 12 mai 09:28

      @Francis, agnotologue
      « L’animal ne pense pas, il ressent, ... » dites-vous.
      Quelle horreur ! quelle contrevérité ! Quelle maltraitance cela annonce !
      Sans vous forcer à lire par exemple le "Comment l’esprit vient aux bêtes" de Joëlle Proust, 1997 disons simplement si vous partez de ce contresens catégorique concernant l’animal proximal, alors vous ne partagerez jamais une compréhension commune du phénomène complexe de la pensée et du langage humain.
      Faudra qu’on en reparle.


  • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 10 mai 14:57

    Bonjour Paul,

     Le 2ème volet de « Les métamorphoses de la modernité » écrit par le jeune auteur Clément Gustin et dont j’ai publié le 1er volet, Je le publie ici des extraits : 

    Du cogito cartésien au Siècle des Lumières

    Extrait de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
    1. Avec son cogito, Descartes inaugure la modernité philosophique en faisant de la raison l’outil d’élucidation par excellence de la réalité. Il donne une méthode inspirée des mathématiques et de la géométrie, à la connaissance, stipulant que toute idée se voulant exacte doit être le résultat de raisonnements logiques évidents avec la clarté et la distinction comme impératifs nécessaires à toute recherche de la vérité. Le défaut provenant de l’imagination et des sens, peut être trompeur. S’ensuit que rien n’est irrémédiablement insondable ou inaccessible à l’entendement humain. Si les hommes échouent à percer les secrets de la nature, c’est avant tout car ils manquent de rigueur, s’en remettent à des jugements obscurs et confus dérivés de leurs sensations. Il ne tient qu’à l’individu rationnel de triompher de l’erreur en s’appuyant sur les facultés logiques de son esprit.
    Toute la philosophie occidentale comme la science, l’était. La révolution scientifique commence à voir le jour au XVIIe siècle comme étant le résultat d’une aspiration en premier lieu religieuse en saisissant l’essence divine en découvrant les lois universelles du monde physique, qui, pour les philosophes de l’époque, en étaient des manifestations. Ainsi Newton pensait voir se dessiner l’image de Dieu en découvrant la gravitation céleste.
    L’hostilité qui ne cessera de croître entre la science et l’Église était donc surtout une question de moyens. La voie empruntée par la science, avec le temps, devait nécessairement entrer en contradiction avec celle de l’Église, puisqu’en faisant de l’expérience individuelle et de l’exercice de la raison une autorité à part entière — capable de parvenir à ses propres vérités —, elle se passait de tout intermédiaire hiérarchique et venait s’arroger un pouvoir dont seul le clergé détenait jusqu’à présent la légitimité : celui d’interpréter le macrocosme.
    [....]« Leur horreur augmente, quand on leur dit qu’on voit tous les jours, dans les pays catholiques, des prêtres, des moines qui, sortant d’un lit incestueux, et n’ayant pas encore lavé leurs mains souillées d’impuretés, vont faire des dieux par centaines, mangent et boivent leur dieu, chient et pissent leur dieu. Mais quand ils réfléchissent que cette superstition, cent fois plus absurde et plus sacrilège que toutes celles des Égyptiens, a valu à un prêtre italien [le pape] quinze à vingt millions de rente, et la domination d’un pays de cent milles d’étendue en long et en large, ils voudraient tous aller, à main armée, chasser ce prêtre qui s’est emparé du palais des Césars. Je ne sais si je serai du voyage, car j’aime la paix ; mais quand ils seront établis à Rome, j’irai sûrement leur rendre visite⁵. »
    Du « palais des Césars » à celui des Bourbons, il n’y avait qu’un pas. Quand la première édition du Dictionnaire philosophique fut publiée en 1764, Descartes était mort depuis une centaine d’années ; la Révolution française éclatait vingt-cinq ans plus tard.


    • Taverne Taverne 10 mai 15:40

      @Réflexions du Miroir

      Merci Guy, j’avais lu la première partie sur ton site, ce qui a déclenché l’écriture de cet article. Ce que j’y ai lu a renforcé une intuition que j’avais ressentie sans y avoir encore mis tous les mots. Descartes a contribué à la Révolution par sa thèse égalitaire : tous les hommes partagent un égal bon sens. Il y ajoute le principe de liberté : la libre conscience se défaits des substrats erronés et des erreurs et des préjugés. Enfin, la fraternité parce qu’il partage avec tout le monde en langage simple sa vision exigeante et fertile. 


  • Ecométa Ecométa 10 mai 16:00

    « Je pense donc j’essuies les verres au fond du café » !

    Il vaudrait lieux dire je sui donc je pense... car il faut déjà « être » et bien être avec un peu de vécu, le temps est dialectique disait PLOTIN, pour pouvoir un tant soit peu penser ! 

    « Je », « Je », « Moi », « Moi » ; en terme d’individualisme ou de réductionnisme, du pur Descartes on ne fait pas mieux pour regarder on petit nombril.

    Le vrai « cogito » c’est quand le « Je » et le « Moi » pense : NOUS !  


    • Taverne Taverne 10 mai 16:32

      @Ecométa

      « Il vaudrait mieux dire je suis donc je pense ». 

      Dans sa seconde formulation du cogito, Descartes a supprimé le mot « donc » et on peut dès lors utiliser le principe dans les deux sens ou éluder le « donc ».

      Quand je pense, je suis. Quand je suis, je pense. 

      Il y a concomitance de l’être et de la pensée. Cela évite de sombrer dans une impasse du type de la question la poule et de l’oeuf ! 


    • Ecométa Ecométa 11 mai 13:34

      @Taverne
      La question de la poule et de l’œuf n’est pas une impasse... l’œuf n’est pas propre à la poule ; il était là bien avant la poule, et la poule est devenue poule par l’évolution d’un petit dinosaure ! les Dinosaures étaient des « ovipares »  ! 
      Il n’y a pas d’impasse la réponse c’est l’évolution !  


    • Taverne Taverne 11 mai 14:43

      @Ecométa

      Ah ? Vous détenez la preuve que l’oeuf a précédé la poule. Vous ne doutez de rien, vous ! Donc l’utérus a précédé l’être humain ? 

      Je crois plutôt que l’oeuf faisait partie de la poule et qu’un jour, avec l’évolution, par nécessité, il s’est peu à peu détaché de la poule pour que le poussin puisse trouver à se nourrir sans la poule. Ainsi, si la poule meurt ou est tuée, le poussin peut naître quand même. En fait, je n’en sais rien et donc je n’affirme rien mais je trouve ma théorie plausible.

      De toute façon, je ne faisais qu’employer une métaphore pour dire qu’il faut éviter de raisonner en rond et sans fin. 


    • Taverne Taverne 11 mai 15:08

      Je poursuis néanmoins ma théorie de la poule et de l’oeuf, juste pour mon divertissement intellectuel. 

      Qui pond ? Les oiseaux ? Les oiseaux n’ont-ils pas besoin de s’envoler du nid pour aller chercher de la nourriture ? La nature a pourvu à cette nécessité en les libérant du poids de leurs oeufs pour qu’ils puissent continuer de voler (et suffisamment vite pour échapper aux prédateurs).

      Plausible aussi, non ? Plus plausible que l’oeuf qui serait créé avant la poule. Mais on ne saura jamais si c’est vrai ou faux. C’était juste pour la rhétorique et pour un peu de fantaisie. 

      Rien n’empêche de faire usage d’imagination. L’imagination est une forme de pensée.

      Mais l’important est de savoir bien employer nos divers mode de pensée et de privilégier la forme plus adaptée à un problème donné. De l’importance du « bon sens » bien utilisé. 


    • Ecométa Ecométa 11 mai 15:33

      @Taverne
      Vous avez une façon de passer du coq à l’âne, en un claquement de doigt, qui est assez fabuleuse ! Je comprends que l’évolution, qui se fait sur des millions d’années, voire même des centaines, vous pose un gros problème ! 

      Pour info, la poule avait déjà un « utérus » ! 

      De la coquille au placenta tout se passe dans l’utérus !

      C’était il y a bien longtemps, environ 150 millions d’années, quand l’ancêtre des mammifères, qui pondaient encore des œufs, a été infecté par un virus ( sans les virus nous n’existerions pas) qui a permis la fabrication de protéines indispensables à la formation du placenta !

      C’est ainsi que grâce à un virus , les mammifères, dont nous sommes, ne pondent plus d’œufs mais tiennent au chaud leurs embryons. 
         


    • PascalDemoriane 12 mai 09:34

      @Ecométa
      « Le vrai « cogito » c’est quand le « Je » et le « Moi » pense : NOUS ! »
      Oui, c’est ce que j’appelle l’erreur de Descartes. C’est pas cogito, c’est cogitamus ! Vous avez bien raison ! Et on peut le développer du point de vue linguistique fondamentale.


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