mardi 20 décembre 2011 - par Grégoire Duhamel

La mondialisation libérale a-t-elle généré les maxi-riches ?

La réponse est plus nuancée qu'il ne parait

Ces dernières années, un des clichés reconnu par tous et le plus répandu est que l’enrichissement personnel des individus serait dû aux seuls effets de la financiarisation mondialisée des activités. C'est en partie exact, mais c'est aussi le résultat d'une mauvaise gestion de la transition entre socialisme et capitalisme, entre les années 80 et 2000. 

La spéculation mondiale porte sur l’immobilier, les actions, et sur le commerce des matières premières, conséquence logique de la financiarisation des activités. Et malheureusement, les notions de morale élémentaires sont parfois tenues à distance de ces activités d'acquisitions et de reventes. La richesse totale de la classe dirigeante mondiale a augmenté de 35 % par an depuis 15 ans. Les revenus des patrons français, pour les 50 mieux payés de France, sont de 3,8 millions d'euros sur l'année, soit l'équivalent de 316 années de Smic chacun. En comparaison de la hausse du pouvoir d'achat des ménages (+2,3 %), les dirigeants français se sont accordé des augmentations allant jusqu'à 25 % pour les mieux lotis. Parmi les français les plus riches résidant en Suisse, on trouve les famille Peugeot (7500 millions d’euros), Castel (4500 millions d’euros), Bich (2000), Taittinger (650) ou encore le coiffeur Jean Louis David (200).

Dans le même temps, le niveau des revenus les plus bas de 55 % de la population mondiale a plutôt stagné. Cela dit la pauvreté a reculé comme jamais auparavant dans de très nombreux pays, notamment en Chine et en Inde, et dans divers pays émergents qui ont su attraper le train de la mondialisation des échanges. Il est probable que la pauvreté n’existera plus, ni en Chine ni en Inde, dans 20 ans, comme le montre une étude de la Banque Asiatique de Développement (BAD).
Une étude publiée par Capgemini et Merrill Lynch sur « les riches » en 2007 a montré que le nombre d'individus qui possèdent au moins 1 million de dollars d'actifs a atteint le chiffre de 9,5 millions d’individus. Ce qui représente une progression de 8,5 %. Quant à la valeur cumulée de leur patrimoine, il a augmenté de 11,5 % pour culminer à 37 500 milliards de dollars, soit la moitié de ce que la planète produit chaque année comme richesse… Dans le rapport dressé également en 2007 par le président de la Banque des règlements internationaux sur l'état de l'économie mondiale, on évoque un véritable « âge d'or » : rarement autant de pays ont pris part au même moment à cette formidable période de croissance, ce que corroborent les dernières statistiques émanant de la Banque mondiale. En l'espace de dix ans, ce seraient au moins 600 millions d'individus dans le monde qui seraient sortis de l'état de grande pauvreté. C'est-à-dire que la mondialisation, qui a pris corps au cours de ces 20 dernières années, a changé de manière positive la vie de 10 % de la population mondiale et d'un gros quart de ceux qui étaient jusqu'ici laissés pour compte.
Six personnes dans le monde (Bill Gates, etc.) possèdent chacun plus que les 3 milliards de personnes les plus pauvres… Plus de la moitié des milliardaires actuels sont répartis dans trois pays : les USA (415), l'Allemagne (55) et la Russie (53) où une majorité des riches actuels ont bâti leurs empires via la corruption et le crime.
Les deux pays qui ont le plus grand nombre de milliardaires en Amérique Latine sont par ailleurs le Mexique et le Brésil (77 %). Ces deux pays, paralysé par deux décennies de socialisme étatique, ont privatisé ensuite des pans entiers de leur économie, hélas dans des conditions de transparence minimales. Sur un total de 157,2 milliards possédés par 38 milliardaires latino américains, 30 sont brésiliens ou mexicains avec 120,3 milliards de $. La richesse de ces 38 familles et individus dépasse celle des 250 millions de latino-américains. Le Brésil a le plus grand nombre de milliardaires (20) parmi tous les pays d’Amérique Latine, avec une fortune nette de 46,2 milliards de $ ce qui vaut plus que ce que possède les 80 millions de pauvres brésiliens des zones rurales et urbaines.
Ce qui s’est passé de manière répétée en Russie ou en Amérique Latine, c’est que le facteur-clé qui a conduit au bond prodigieux en richesse de personnes privés s’est articulé autour de privatisations et dénationalisations avec "cadeaux" et rétro-commissions aux décideurs politiques.
Etant donné les disparités énormes de classe et de revenus en Russie, en Amérique Latine, ou en Chine (20 milliardaires chinois ont acquis une richesse nette de 29,4 milliards en moins de 10 ans) il faut convenir que le retour au « libre marché » a des aspects fort désagréables, lié à la corruption.
Le système capitaliste est-il le seul coupable de l’enrichissement absurde d’une élite ?
La réponse est négative. Cette situation résulte aussi de détournements de règles, via la prébende et le trafic d’influence, lors de la libéralisation de pays anciennement socialistes.

Ce n'est peut être pas facile à admettre, mais c'est la réalité.



12 réactions


  • Robert GIL ROBERT GIL 20 décembre 2011 12:00

    la France n’a jamais été aussi riche, elle figure même au 3e rang mondial des millionnaires. La richesse en France a explosé,  les patrons du CAC 40 ont gagné en moyenne 200 fois le Smic, 5 % de la population possèdent plus de 50 % du patrimoine, et les 10 plus grosses fortunes possèdent à elles seules 15 millions d’années de Smic. Les 100 Français les plus riches se sont partagés, sans rien faire, en 2010 près de 3 milliards d’euros, juste sur les revenus de leur capital, c’est-à-dire, de quoi créer plusieurs centaines de milliers de postes dans la fonction publique .....
    http://2ccr.unblog.fr/2011/12/05/ouvriers-sarkozy-vous-salue-bien/


  • Daniel Roux Daniel Roux 20 décembre 2011 12:08

    « Le système capitaliste est-il le seul coupable de l’enrichissement absurde d’une élite ? »

    L’auteur répond non.

    Je prétends que oui. C’est le but même du capitaliste que d’accroitre son capital et, puisque la morale n’est bonne que pour les autres, tous les moyens sont bons.

    L’exploitation du prolétariat, puis le colonialisme, puis le néo colonialisme, puis les délocalisations et les paradis fiscaux, ont favorisé la constitution de grandes familles fortunées et multiplié le nombre des prédateurs.

    Ce qui est nouveau, enfin de moins en moins, est la généralisation du bon usage des paradis fiscaux. La recette est bien connue. Vous fabriquez en Chine, vous réalisez vos bénéfices aux Iles Caïman, vous vendez en France sans marge ou presque, donc sans impôt.

    L’ennemi du capitaliste, c’est la redistribution sociale par l’impôt. Ayant renoncé à passé en force dans les pays développés, pour cause de résistance sociale voire de révolution, il a choisi de miner la puissance publique par l’assèchement fiscal et des revenus des entreprises et services publics.

    Remercions pour eux Mitterand, Berregovoy, Lamy et Delors qui ont dérégulé la finance et promu le libre échange. Remercions pour eux Jospin pour le premier traité de Lisbonne. Remercions pour eux et à l’avance Hollande pour .. Là, je m’avance un peu.


  • foufouille foufouille 20 décembre 2011 12:40

    millionnaire en france ou en chine, c’est pas la meme chose


  • Francis JL1 20 décembre 2011 13:17

    L’auteur écrit : "Les revenus des patrons français, pour les 50 mieux payés de France, sont de 3,8 millions d’euros sur l’année, soit l’équivalent de 316 années de Smic chacun"

    Martin Hirsh disait ce matin su France Inter que les riches sont l’un des facteurs d’appauvrissement des États et le démontrait au travers de l’exemple d’une entreprise qu’il citait : si le patron qui gagne 100 fois le smic divisait son salaire par deux, ce sont des centaines d’employés qui gagneraient 100 ou 200 euros de plus. Or dans cette entreprise, des centaines d’employés payés au smic sont éligibles au RSA ! Donc les hauts salaires entraînent un surcroit de versement de charges sociales. Aux USA, cela a été à l’origine de la crise des subprimes.

    CQFD.


  • franck2012* 20 décembre 2011 13:21

    " Le système capitaliste est-il le seul coupable de l’enrichissement absurde d’une élite ?
    La réponse est négative. Cette situation résulte aussi de détournements de règles, via la prébende et le trafic d’influence, lors de la libéralisation de pays anciennement socialistes.

    Ce n’est peut être pas facile à admettre, mais c’est la réalité. "

    .

    ................................................................... J’adore !!!  smiley 

    C’est du Duhamel dans le texte, c’est génétique  !


  • Pyrathome Pyrathome 20 décembre 2011 14:04
    La mondialisation libérale a-t-elle généré les maxi-riches ?
    La réponse est dans la question.....bien évidemment, pas besoin d’essayer de se justifier, ce système crapuleux et maffieux ne peut qu’engendrer des monstres....

  • ddacoudre ddacoudre 20 décembre 2011 19:36

    bonjour duhamel

    effectivement la misère recule, même s’il y en a encore beaucoup de foyer plus ou moins grand dans tous les pays.
    la pauvreté est devenu un rapport d’accession aux biens minimums nécessaires dans nos pays riches, c’est le revenu médian. trop de personne y sont encore et ce revenu n’a pas suivi la courbe de la création de richesse, comme les salaires, et sa répartition n’est plus régulé par les acteurs sociaux ou l’état. quand à ta question c’est non, et la mondialisation n’est pas libérale mais capitaliste.
    le libéralisme inclus le souci de l’humain, et ne transforme pas l’homme en marchandise.
    j’explique brièvement cela dans mon dernier article.http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=106563.
    ddacoudre.over-blog.com
    cordialement.


  • bakerstreet bakerstreet 21 décembre 2011 10:22

    Ce matin, commentaires dithyrambiques de Jacques Vendroux sur France inter, au sujet de l’arrivée de Beckam au PsG. Bekham , 37 ans, footballeur pas encore à la retraite, et payé 800000 euros par mois, deux appartements filés à la clé, chauffeur, école gratuite et privée pour les gosses, sans compter deux voitures de luxe offertes. Il semble étonnant qu’on ne lui file pas le château de Versailles en prime ou pour le moins un château de la Loire

    Un peu plus tôt sur la même radio, Axel Kahn préposé aux prochaines élections à Paris, et se situant à gauche, interrogé sur l’arrivée du footballeur, a coupé court en disant qu’il s’en tapé, après pondu le même message lénifiant qu’habituel sur les inégalités, que l’on peut décliné à toutes les sauces, tant ça mange pas de pain.....

    Voilà le genre de choses qui alimente le plus le front du mécontentement sous toutes ces formes, jusqu’à celles du front bien sûr. On est dans les années vingt, pire même. Jamais le cynisme d’une minorité qui plus est sûre de ses droits n’a jamais été si manifeste, et obscène.

    De même qu’il existe un salaire minimum, l’expression la plus forte d’un leader politique serait d’affirmer que l’on ne peut s’approprier tant de biens, s’en prendre forcément la part des autres, tout en étant complètement coupé de la vie commune, et de devenir un monstre, une sorte de roi Ubu prêt à tout pour continuer ses agapes

    Je dirais que n’importe qui a plus que dix fois le salaire minimum est un voleur, et que les systèmes encourageant et créant ses gouffres artificiels n’ont aucune légitimité, en rapport avec les paris que l’on a résoudre.


  • iris 21 décembre 2011 10:49

    l’argent des riches dans les maisons voitures de luxe voyages bijoux oeuvres d’art confort domestique employés de maison
    difficile à récupérer ,,la crise de la dette ...


  • sisyphe sisyphe 21 décembre 2011 11:22

    Le système capitaliste est-il le seul coupable de l’enrichissement absurde d’une élite ? 
    La réponse est négative. Cette situation résulte aussi de détournements de règles, via la prébende et le trafic d’influence, lors de la libéralisation de pays anciennement socialistes.


     smiley smiley 
    Trop fort d’énoncer une chose et de faire, dans la phrase suivante, la démonstration de son contraire ! 

    Le capitalisme libéral, C’EST, justement, ; non pas le « détournement de règles », mais L’ABSENCE DE RÈGLES, qui permet les prébendes, les trafics d’influences ; de même que la « libéralisation des pays anciennement socialistes » est une des manifestations de l’imposition, au monde entier, du système capitaliste libéral. 

    Monsieur Duhamel, si c’est pour pondre de si énormes contresens, c’est le moment de prendre des vacances... 
     smiley 

    • bakerstreet bakerstreet 22 décembre 2011 17:47

      Tout à fait d’accord avec vous Sisyphe.
      Le libéralisme, forme exarcerbée du capitalisme, a repris du poil de la bête depuis les années Reagan et Tatcher, en fait toute sa morgue historique et prédatrice, juste tempérée pendant quelques dizaines d’années par la concurrence avec le régime communiste, qui l’a amené à présenter une vitrine avenante.
      On a l’habitude d’articles étalés à la taloche, dans agoravox.
      L’intéret, ce sont les réactions


  • yvesduc 22 décembre 2011 20:24

    La question est intéressante et je pense en effet que le système est, d’une certaine façon, moins important que le désir de justice des hommes qui le mettent en oeuvre.


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