La mort n’est pas la mort : méditation sur une apparition rapportée par Camille Flammarion
Dans un livre de Camille Flammarion, « La mort et son mystère » (1), au chapitre 6, « MANIFESTATIONS ET APPARITIONS DE MORTS PEU DE TEMPS APRÈS LE DÉCÈS (DE UN JOUR A UNE SEMAINE) », on lit à la page 47, 48, le contenu d’une lettre que lui a adressée son ami, le Dr Dariex, d'une personne dont il estime le caractère et apprécie la pondération. Voici ce que lui a rapporté la narratrice, Mme E. M. :
« En 1846, ma mère, âgée de quarante-six ans, mit au monde un fils qui nous sembla tombé du ciel ; ma sœur aînée était mariée au loin, et moi j'avais dix-huit ans.
Privée de distractions à la campagne, j'accueillis cet enfant avec enthousiasme ; je prenais soin de lui du matin au soir ; je devins pour lui une seconde mère, et l'enfant me voua une affection profonde. Nous nous quittâmes lorsqu'il eut huit ans ; moi, je me mariai, lui fut envoyé au lycée où il fit des progrès si rapides qu'à quatorze ans et demi, il put, moyennant une dispense d'âge, se présenter au baccalauréat. Reçu avec la mention « bien », il eut, six mois après, un aussi brillant succès pour les sciences, prit sa première inscription de médecine et vint à Paris, à peine âgé de seize ans, continuer des études qui passionnaient au plus haut degré son esprit.
Toujours supérieur dans ses examens, en fournissant une somme de travail bien moindre que ses rivaux, sa prodigieuse facilité lui laissa trop de loisirs. Il ne sut, à certains moments, résister aux entraînements de son âge, et fit marcher de pair les études et les plaisirs. Mais trop jeune, trop délicatement organisé pour supporter impunément un surmenage même passager, il prit un refroidissement en sortant d'un bal. Ce rhume augmenta de gravité, et il languit durant quinze mois, rattaché seulement à la vie par nos tendres soins.
Fixée depuis mon mariage à 30 kilomètres de la campagne de mes parents, j'allais chaque semaine passer trois jours auprès de lui. Exprimer la douleur de mon cœur en voyant dépérir de jour en jour ce frère adoré, dire mes amers regrets à l'anéantissement de si brillantes espérances, est chose impossible. Lui, se berçant encore d'espoirs chimériques de guérison, m'accueillait avec une joie expansive.
La dernière semaine de sa vie, je le quittai à regret, le trouvant plus affaibli ; mais rien ne faisait prévoir encore le dénouement fatal ; je me devais à mon autre famille. Le jour suivant, je reçus une dépêche me rappelant immédiatement ; j'accourus et ne pus embrasser qu'un cadavre ! Le pauvre enfant s'en était allé, âgé de dix-neuf ans à peine, comme une bougie consumée qu'un souffle éteint... Mon nom était revenu plusieurs fois sur ses lèvres !
Ma mère était écrasée de douleur ; mon père était triste et découragé. Je pris mes mesures pour demeurer huit jours auprès d'eux, essayant autant qu'il était en mon pouvoir d'adoucir l'irréparable.
Est-ce deux jours ou trois jours après cet événement lamentable ? — je ne saurais le préciser, mais ce n'était certainement pas plus de trois jours — je descendis un soir les marches du perron, désireuse de respirer l'air pur avant d'aller me coucher. Il pouvait être environ 9 heures. A quelques pas de moi, la route qui traverse la propriété se détachait toute blanche sous la faible lueur du premier croissant de la lune et venait se perdre derrière le mur de clôture formant un angle avec celui contre lequel j'étais adossée. Je regardais ce panorama familier sans songer, il me semble, à rien, lorsque du contour du chemin, je vis déboucher un monsieur de haute taille, correctement serré dans sa redingote et coiffé d'un chapeau de soie, qui, d'un pas hâtif, sans prendre garde à moi, continua son chemin sur l'espace découvert que j'embrassais du regard devant la maison, et disparut derrière le mur de clôture.
« Tiens, me dis-je avec un étonnement dû à son costume de cérémonie, voilà un monsieur qui est bien en retard ! »
Le lendemain, séduite par la douceur de la soirée, je sortis à la même heure et me tins debout contre le portail entrouvert, sans autre sentiment qu'une certaine détente à contempler l'azur sombre du ciel piqué d'un fourmillement d'étoiles, quand je vis tout à coup, débouchant du même chemin, le monsieur de la veille, exactement habillé de même, qui, de la même allure pressée, traversa la partie découverte devant la maison, et prit le chemin derrière le mur de clôture.
« Qui est-ce donc ? » me dis-je, intriguée seulement de l'élégance de sa tenue en ce pays où la redingote est gardée pour les occasions solennelles, car notre route formant raccourci est très fréquentée par les piétons des deux villages. Sans doute un courtier en vins qui va à une réunion, ajoutai-je mentalement, et presque satisfaite de mon explication, je rentrai sans y songer davantage.
Les soirées d'octobre sont, dans le Midi, d'une beauté, d'une transparence exquise ; le désir d'en goûter un instant le charme ou toute autre force attractive, mystérieuse, m'attira au-dehors encore le lendemain, toujours de 8 heures à 9 heures où d'habitude chacun regagnait sa chambre. Depuis une minute à peine, j'étais appuyée au grand portail grillé, lorsque le même monsieur, droit et svelte, apparut au contour du chemin. A la pâle lueur de la lune, ses traits, comme les deux jours précédents, restaient invisibles sous l'ombre projetée par les bords de son gibus. Comme hier, les pans de sa redingote correctement boutonnée battaient dans la rapidité de sa marche le drap de son pantalon noir ; ses mains blanches, comme avant-hier, pendaient à ses côtés. Il passa et disparut derrière le mur de clôture.
Cette fois, je fus stupéfaite !
« Mais on dirait, pensais-je, que ce monsieur choisit pour passer chaque soir devant notre propriété l'instant précis où je suis dehors ! » Et cédant à un mouvement de vive curiosité, je courus sur ses pas jusqu'à l'angle du mur. Je restai là, saisie d'une émotion indicible... Il n'y avait personne !... La route absolument déserte se prolongeait comme un long ruban gris sans une ombre... Où avait-il pu s'enfoncer ?
Prise de cette épouvante irraisonnée qui assaille notre faible entendement à l'aspect d'un phénomène inexplicable, je sentis mes genoux ployer en une subite faiblesse, un frisson glacé courut jusque sous mes ongles, et je fus traversée d'une idée insensée qui s'imposa aussitôt à mon esprit en déroute, idée indiscutable, évidente comme le sol sur lequel mes pieds restaient cloués. Je la refoulai au plus profond de moi avec une sorte d'épouvante, et je m'en fus précipitamment raconter à ma mère ce que je venais de voir.
A peine entrée, les paroles tombèrent à mots pressés de mes lèvres frémissantes, et la pauvre femme, en angoisse, posa sur la table la lampe qu'elle tenait pour se rendre à sa chambre ; mes yeux plongeaient dans ses yeux : deux éclairs en jaillirent... deux larmes...
- C'était mon fils ! s'écria-t-elle en tombant presque inanimée sur une chaise, c'était mon pauvre enfant ! Mon fils bien- aimé ! Ne l'as-tu pas reconnu à sa haute taille ? Ne l'as-tu pas reconnu au costume dont nous l'avons revêtu dans son cercueil ? Nous irons ensemble demain, continua-t-elle en laissant couler d'intarissables larmes, à cette même place où trois fois il t'est apparu !
Nous y étions à l'heure du mystère, et serrées l'une contre l'autre, nous entendions les battements fous de notre cœur. Le croissant de lune, agrandi, jetait ce soir-là une clarté plus vive, la roule était plus blanche sous nos regards hypnotisés. Tout resta désert !... En vain les soirs qui suivirent descendîmes-nous à la même heure, évoquant de toutes les forces de notre volonté la chère apparition : c'était fini...
Celui qui fut mon frère, intelligence d'élite, âme de lumière, comme aurait dit Victor Hugo, dont les quelques excès de jeunesse furent purifiés par quinze mois de souffrances, avait-il pu, par une exceptionnelle dérogation aux lois surhumaines, venir en sa forme visible me dire un dernier et suprême adieu ?
Si oui, pourquoi ne m'est-il plus apparu lorsque, après en avoir eu conscience, je l'appelais de toute la puissance de mon esprit ? Sans doute les liens terrestres qui, dans l'au-delà insondable et vertigineux, liaient encore le fils de mon cœur à ma nature obscure, à mon être grossier, étaient à jamais brisés !...
Le Dr Dariex ajoutait ici les remarques suivantes :
« Je connais Mme M. depuis fort longtemps. Elle a une excellente mémoire, et le récit de cette observation est certainement exact. Il s'agit d'ailleurs d'un fait simple : une apparition vue trois jours de suite, à la même heure, dont il est facile de se souvenir. Mme M. n'a jamais eu d'autre hallucination ou vision. Il est donc très remarquable qu'une apparition ayant la silhouette du défunt ait été vue trois jours de suite, par une personne qui ne s'y attendait pas, qui ne savait rien de ces phénomènes, et que, après avoir pensé qu'il s'agissait d'une apparition de son frère, ni elle ni sa mère n'aient plus rien vu, n'aient pas eu d'hallucinations, alors que leur imagination était frappée et qu'elles se trouvaient dans les conditions les meilleures pour s'autosuggestionner. »
Trois hallucinations d'une observatrice aussi pondérée ne sont pas admissibles. Cependant, il nous est impossible d'admettre non plus, d'autre part, que ce jeune homme, enterré depuis quelques jours, se soit promené là en redingote et en chapeau haut de forme. Alors ?... Ce qu'il y a de plus singulier encore, c'est qu'il n'avait pas du tout l'air de s'occuper de la présence de sa sœur tant aimée. Tout est paradoxal.
Dans quel monde mystérieux ne sommes-nous pas entrés ici ? La pensée d'un mort créant une image automatique ?
Nous devons tout observer, tout étudier pour arriver à découvrir la vérité dans ces problèmes si obscurs. »
Que peut-on dire de l’histoire de ce fils comme sa sœur dit de lui « qui nous semble tombé du ciel » ? Un enfant aimé par sa sœur qui était comme une seconde mère et surtout surdoué, comment expliquer sa maladie et sa mort alors qu’il avait toutes les chances pour vivre une vie heureuse ?
Excellent au lycée, des progrès si rapides qu'à quatorze ans et demi, il put, moyennant une dispense d'âge, se présenter au baccalauréat. Ce point est important, puisque, malgré son jeune âge, reçu avec la mention « bien », il vint à Paris et s’inscrit en médecine. Il était âgé à peine de seize ans.
Comme il est raconté « Toujours supérieur dans ses examens, en fournissant une somme de travail bien moindre que ses rivaux, sa prodigieuse facilité lui laissa trop de loisirs. »
Force de dire que cet enfant a été gâté par la vie, une famille aimante, des études brillantes, sauf qu’il n’a pas résisté aux entraînements de son âge qui ont été en fait naturels. Comme il est raconté, « il prit un refroidissement en sortant d'un bal. Ce rhume augmenta de gravité, et il languit durant quinze mois, rattaché seulement à la vie par nos tendres soins. »
« La dernière semaine de sa vie, je le quittai à regret, le trouvant plus affaibli […] j'accourus et ne pus embrasser qu'un cadavre ! Le pauvre enfant s'en était allé, âgé de dix-neuf ans à peine, comme une bougie consumée qu'un souffle éteint... Mon nom était revenu plusieurs fois sur ses lèvres ! »
Oui, cet enfant est tombé du ciel ; très aimé, réussissant partout dans son existence, il est mort à dix-neuf ans. Nombreux sont qui pensent que ceux qui partent précocement de la vie sont dans un certain sens « aimés » par Dieu. Ce qui signifie que Dieu ne les laisse pas dans la vie pour qu’ils commettent des maux ; Dieu les prend avant que ces êtres qui sont choisis par Dieu, commettent du mal. C’est une explication qui est, dans un certain sens, rationnelle pour la compréhension de la mort précoce d’êtres humains qui ont vécu et qui sont morts.
Et cela se conforte par le formidable don qu’il avait et là aussi venu de son Créateur, il n’était pas un enfant comme les autres, car l’intelligence qui était sienne n’était pas une intelligence du commun des mortels.
En fait, l’être humain n’y est pour rien, s’il est intelligent ou très intelligent, c’est un peu comme s’il est beau ou un peu plus beau, l’intelligence ne se commande pas. Chaque être humain est ce qu’il est par sa pensée, par son intelligence, par sa raison, par sa destinée. L’intelligence lui venait uniquement pour lui, comme il était conçu par sa destinée.
Et on peut dire que cet enfant qui est parti très tôt de la vie, la seule explication qui nous apparaît rationnelle est que sa destinée a été tracée ainsi ; il y a des êtres qui sont des anges et, par forcément très instruits, qui sont soit sincère ou peu prudent, soit ils ont le cœur sur la main, et sont très bons, il donne plus qu’il ne prend, et même s’ils sont entraînés dans des mauvaises choses, généralement ce n’est pas intentionnel. Ces êtres humains ne sont pas viables dans la vie ; ils ne sont pas armés dans la vie ; ils s’en vont très vite de la vie. On le constate dans les histoires d'êtres qui sont partis très jeunes de la vie, y compris des jeunes déçus (es) de la vie qui se sont suicidés. Souvent, ils n’arrivent pas à s’assumer, ils préfèrent partir, en finir.
Et là, c’est l’incompréhension non pas de la mort qui vient, quel que soit le contexte (maladie, accident, guerre, suicide, etc.), et on s'interroge, non parce qu’elle est tracée par la destinée, mais pourquoi la destinée ? Si, pour certaines causes, la guerre, l’accident, la mort se comprend surtout si elle survient à l’âge adulte, elle se comprend difficilement pour un être jeune qui a toutes les promesses de la vie.
Pour le cas de ce jeune homme qui est mort à dix-neuf ans, comme il a été décrit, il était plus proche d’un ange que d’un être humain de son âge qui était déjà armé pour la vie. Et c’est peut-être là l’explication pourquoi il devait partir très tôt parce qu’il n’était pas armé pour la vie.
Quant aux visions de sa sœur, elles sont réelles, et même des illusions que d’autres diront de ses visions, elles sont non moins réelles ; elles sont inexplicables comme tout être humain qui rêve durant son sommeil d’êtres chers qui ne sont plus. Peut-on dire que le rêve est une illusion ? Non, bien sûr ? Oui, bien sûr ? Et si la vie elle-même est une illusion ? Ne vivons-nous pas que de notre pensée ? Et ce sont nos pensées qui commandent nos corps. Si on est malade, c’est notre cerveau qui communique à notre esprit que nous sommes malades. Si nous souffrons physiquement, une douleur par exemple, ou spirituellement d’un chagrin, que nous irons jusqu’aux larmes, ne le faisons-nous pas par notre pensée, par notre esprit, parce que nous sommes touchés moralement.
Il arrive, par exemple, que les larmes coulent toutes seules sur notre visage sans même que l’on se rende compte. En fait, tout s’opère par nos pensées qui, via le cerveau qui lui sert d’interface avec notre corps, font sécréter nos larmes.
De même, nous touchons quelque chose de très chaud qui nous brûle la main, le processus de la brûlure est automatiquement transmis par le formidable réseau de nerfs en nous à l’organe central, notre cerveau, qui, à son tour, se réfère à notre pensée. Et tout s’opère instantanément. Et c’est la pensée, qui nous commande, via notre cerveau, d’enlever notre main. Il en va de même pour toutes les douleurs ressenties sur notre corps, la pensée visera toujours à nous protéger, et ce à l’insu même de notre conscience. Des douleurs fortes à l’estomac, ou simplement à des lourdeurs, des ballonnements, on pense à des tisanes, à des médicaments. Force de dire que c’est la pensée qui régit notre existence ; sans la pensée l’être humain ne peut communiquer ; et s’il vit, il est amorphe, sans réelle existence.
La pensée est aussi capable de pressentiment ; elle peut nous inviter à éviter tel ou tel individu dusse-t-il même être votre frère ou votre sœur si votre pensée sente qu’ils vous veulent du mal. Et cela arrive dans les litiges avec votre entourage ou même au sein des familles ; parfois par simple jalousie ou même des hostilités qui sont gratuites, vous ne plaisez pas à quelqu’un. Idem lorsque, par exemple, vous traversez la rue, une avenue, c’est elle par l’intermédiaire des yeux et du cerveau qu’elle vous guide dans vos pas.
Vous passez un examen, vous le passez par l’entremise de vos pensées ; si vous réussissez, c’est votre pensée qui vous l’a permis ; si vous échouez, c’est votre pensée qui n’a pas pu le faire. Bien sûr la pensée n’est pas seule dans ce type d’opérations ; elle est liée à toutes vos connaissances que vous avez accumulées dans vos études et toujours par l’entremise de vos pensées ; vous avez appris grâce à vos pensées et si vous étiez persévérants et aviez bien compris ce que vous avez étudié, et toujours par vos pensées.
Les exemples sont foison. Ceci simplement pour montrer la puissance de la pensée qui cherche à protéger tout être humain de quelques menaces qu’elles soient. C’est elle, par exemple, qui vous prévient des maladies de certains de votre entourage, par exemple, des sentiments de jalousie à votre égard, des critiques sur votre dos ou même dites en face, bref des conduites qui cherchent à vous nuire. Donc, le filet protecteur de votre être es bien votre pensée.
Le seul problème est que les êtres humains ne connaissent pas comment la pensée, l’esprit et l’âme communiquent entre elles et comment ils sont reliés. Ce point n’est pas donné au savoir humain. Précisons-le puisque les êtres humains ne connaissent du monde que ce que leurs pensées leur communiquent ; cependant, compensés par leurs propres pensées qui les informent intérieurement, en leur être, leurs pensées, ou dit globalement, c’est de cette pensée que provient à travers elle cette « essence » de penser qui ne peut être comprise par la raison humaine.
Et pourquoi ces termes « essence », « pensée », y compris « humain », « animal » et tous les termes existant par la pensée dans tous les êtres peuplant la Terre ? Par la pensée, l’être humain se trouve doté d’un langage compréhensif pour lui et compréhensible pour les autres par les mots que produisent les pensées humaines et qui permettent aux êtres humains de communiquer entre eux. Ces langages humains qui sont plusieurs et en rapport avec des communautés et de races humaines, différenciées sur le plan linguistique et religieux, se trouvent le plus exhaustivement possible édités dans tous les dictionnaires du monde. Donc il existe plusieurs langues parlées et écrites qui se sont bâties par la pensée humaine, au cours du temps.
Ceci étant, revenons à l’astronome français, Camille Flammarion, et lisons ce qu’il a écrit dans son ouvrage « La mort et son mystère. Partie 1. Avant la mort », page 35 (2) : « On a affirmé ce que l'on ignorait ; on a imposé silence aux chercheurs. C'est ce qui a le plus retardé le progrès des sciences psychiques. Sans contredit, cette étude n'est pas indispensable à la vie pratique. En général, les hommes sont stupides. Il n'y en a pas un sur cent qui pense. Ils vivent sur la Terre sans savoir où ils sont, et sans avoir même la curiosité de se le demander. Ce sont des brutes qui mangent, boivent, jouissent, se reproduisent, dorment, et se préoccupent surtout de gagner de l'argent.
J'ai eu la grande joie, pendant une carrière déjà longue, de répandre parmi les diverses classes de l'humanité entière, dans tous les pays et dans toutes les langues, les notions essentielles des connaissances astronomiques, et je suis en situation d'apprécier la statistique des êtres qui s'intéressent à connaître le monde qu'ils habitent et à se former une idée rudimentaire des merveilles de la création. Sur les seize cents millions d'êtres humains qui peuplent notre planète [à l’époque], il y en a environ un million dans ce cas, c'est-à-dire qui lisent les ouvrages d'astronomie, par curiosité ou autrement. Quant à ceux qui étudient et s'initient personnellement à la science en se tenant au courant des découvertes par la lecture des revues spéciales et annuaires, leur nombre peut être évalué à cinquante mille, pour le globe tout entier, dont six mille en France.
On peut en conclure qu'il y a un être humain sur seize cents qui sait vaguement sur quel monde il habite, et un sur cent soixante mille qui en soit vraiment instruit. Quant à l'enseignement, primaire et secondaire, écoles, collèges, lycées (laïques ou cultuels), en fait d'astronomie : néant, ou à peu près. En fait de psychologie positive néant également. L'ignorance universelle est la loi de notre humanité terrestre depuis sa naissance simienne.
Les conditions déplorables de la vie sur notre planète, l'obligation de manger, les nécessités de l'existence matérielle, expliquent l'indifférence philosophique des terriens, sans l'excuser entièrement, car des millions d'hommes et de femmes trouvent le temps de s'adonner à de futiles distractions, de lire des feuilletons et des romans, de jouer aux cartes, de s'attabler dans les cafés, de s'occuper des affaires des autres, de continuer l'histoire ancienne de la paille et de la poutre, d'espionner et critiquer autour d'eux, de politiquailler, d'emplir les églises et les théâtres, d'entretenir les magasins de luxe, de surmener les couturières et les modistes, etc.
L'ignorance universelle est le résultat du pauvre individualisme humain qui se suffit à lui- même. Vivre par l'esprit n'est un besoin pour personne, ou à peu près. Les penseurs sont l'exception. Si ces recherches nous conduisent à mieux occuper nos esprits, à trouver ce que nous sommes venus faire sur la Terre, nous pourrions être satisfait de ce travail, car, vraiment, la vie de l'humanité terrestre paraît bien obtuse. »
A-t-il raison Camille Flammarion de critiquer la grande partie de l’humanité qui ne s’intéresse pas aux sciences psychiques ? Et qu’il dise : « On peut en conclure qu'il y a un être humain sur seize cents qui sait vaguement sur quel monde il habite, et un sur cent soixante mille qui en soit vraiment instruit. Quant à l'enseignement, primaire et secondaire, écoles, collèges, lycées (laïques ou cultuels), en fait d'astronomie : néant, ou à peu près. »
Il est évident qu’il n’a pas raison. Pourquoi ? Pour la simple raison que tout humain est mû par sa pensée ; l’humain ne commande pas sa pensée et donc ne se commande pas tout à fait. Le destin de Camille Flammarion aurait pu être parmi cette masse qui ne s’intéresse pas à ces sciences complexes. Il aurait pu être épicier, boulanger, peintre, député… et n’aurait jamais touché ce à quoi il s’occupe depuis son jeune âge. Donc c’est un problème de destin pour chaque humain, et pas seulement, le destin va avec la pensée ; chaque destin a sa propre pensée ; et qui fixe tant le destin que la pensée ? N’est-ce pas le Créateur des mondes, Dieu.
On peut se poser la question sur le Créateur du monde, de l’univers, et donc Dieu. D’où viennent ces termes ? Dans le sens comment les humains en sont arrivés à cette dénomination suprême, absolue qui donne sens à l’existence de l’humanité et de l’univers entier ? Il est clair que c’est la pensée ; c’est toujours la pensée qui éclaire l’être humain ; tout mot créé par la pensée au sein du cerveau humain a tout son sens dans l’existence humaine.
Par conséquent, si la plus grande partie de l’humanité ne s’intéresse pas à ces sciences de l’esprit, ce n’est pas que cette partie de l’humanité ne veut pas ; elle est dispensée par la pensée ; elle vit ce par quoi elle est attirée, et c’est sa pensée qui s’en charge. Si Flammarion s’intéresse aux sciences psychiques, ce n’est pas lui qui s’intéresse, c’est sa pensée qui le pousse dans le domaine spirituel. Aussi peut-on dire chaque être humain relève à la fois de sa pensée, de son destin dans le sens ce qu’il sera dans l’existence et le paradoxe est que pensée et destin sont liés et dépendent de ce qu’il a été établi pour eux dans les « Desseins » du Créateur des mondes. En clair, il y a trois voies intimement liées entre elles dans l’existence de chaque humain.
Précisément Camille Flammarion s’est élevé dans l’astronomie et les sciences psychiques parce qu’il a été ce pourquoi il a été par ce tryptique « pensée-destin et Desseins du monde par Dieu ». L’humanité n’a pas été créée par le hasard ou pour relever du hasard ; elle a été créée par des raisons précises que les humains ne peuvent savoir ; cependant il existe des moyens spirituels qui peuvent répondre jusqu’à un certain degré.
Et on peut lire les interrogations de Camille Flammarion dans son livre « Mystères de la mort. t. 3 : Avant la mort », page 39, sur le sens de l’humain : « Comment des intellectuels éminents tels que Comte, Littré, Berthelot, ont-ils pu s'imaginer que la réalité est bornée au cercle d'impression de nos sens, si limités et si imparfaits ? Un poisson pourrait croire que rien n'existe hors de l'eau ; un chien qui ferait une classification des connaissances canines les classerait, non par la vue, comme les hommes, mais par l'odorat ; un pigeon voyageur verrait surtout le sens d'orientation, une fourmi le sens antennal, etc.
L'esprit dépasse le corps ; les atomes ne régissent pas : ils sont régis. Le même raisonnement peut être appliqué à l'univers tout entier, aux mondes qui gravitent dans l'espace, aux végétaux, aux animaux. Une feuille d'arbre est organisée, un œuf qui éclot est organisé. Cette organisation est d'ordre intellectuel.
L'esprit universel est dans tout ; il emplit le monde, et cela sans cerveau. Il est impossible d'analyser le mécanisme de l'œil et de la vision, de l'oreille et de l'audition, sans conclure que les organes de la vue et de l'ouïe sont construits intelligemment. Cette conclusion dérive avec plus d'évidence encore de l'analyse de la fécondation d'une plante, d'un animal, d'un être humain. L'évolution progressive de l'œuf féminin fécondé, le rôle du placenta, la vie de l'embryon et du fœtus, la création de ce petit être dans le sein de la mère, la transformation organique de la femme, la formation du lait, la naissance de l'enfant, l'allaitement, le développement physique et psychique de l'enfant, sont autant de manifestations irrécusables d'une force directrice intelligente organisant tout et dirigeant les moindres molécules avec autant d'ordre que les sphères planétaires ou sidérales dans l'immensité des cieux.
Et cet esprit ne provient pas d'un cerveau. On a dit, avec raison, que si Dieu a fait l'homme à son image, l'homme le lui a bien rendu. Si les hannetons imaginaient un créateur, ils en feraient un gros hanneton. Le dieu anthropomorphe des hébreux, des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes n'a jamais existé. Dieu le Père, Jéhovah, Jupiter ne sont que des mots symboliques.
Si la génération est admirablement organisée au point de vue physiologique, elle est loin d'être parfaite en ce qui concerne les sensations de la maternité. Pourquoi ces souffrances ? Pourquoi les atroces douleurs de la fin ? L'Eglise y voit un châtiment de la faute d’Ève.
Quelle plaisanterie ! Est-ce qu'Adam et Ève ont existé ? Est-ce que les femelles d'animaux ne souffrent pas ? La nature se préoccupe bien peu des époques douloureuses de la femme et des brutalités de l'expulsion, elle manque assurément de sensibilité ; le bon Dieu n'est pas tendre pour ses créatures, il n'a même rien d'humain, et les sœurs de charité sont meilleures que lui. Grave problème ! Malgré la certitude de l'existence de l'esprit dans la nature. Nous ne comprenons pas Dieu : c'est de toute évidence. Qu'est-ce que cela prouve ? – Notre infériorité spirituelle.
Que l'esprit, l'intelligence, l'ordre mental existent en tout, c'est indéniable. La science expérimentale s'arrête en chemin lorsqu'elle enseigne que tous les phénomènes de l'univers se réduisent, en dernier ressort, au dualisme matière et mouvement, ou même au monisme matière et propriétés. L’histoire naturelle, la botanique, la physiologie animale, l'anthropologie présentent à l'observation un élément distinct de la matière et du mouvement : la vie. Le physiologiste Claude Bernard ne nous a-t-il pas montré que la vie n'est pas un produit des molécules matérielles ? De plus, l'univers se révèle à nous comme un dynamisme, car le mouvement est inhérent aux atomes mêmes, et ce dynamisme n'est pas d'ordre matériel, puisqu'il y a organisation de tout, êtres et choses. »
Aussi peut-on dire : « Nous n’existons pas tout à fait par nous-mêmes »
Aussi peut-on énoncer que les morts ne meurent pas définitivement, certes leurs corps retournent à la terre, mais leurs âmes restent, rejoignent leur Créateur ; elles ne peuvent mourir. Et on peut expliquer : « Pourquoi ? » Si les âmes meurent comme les corps, que serait alors la vie ? S’il y a la vie sur terre, que cette vie disparaisse totalement, le corps aussi bien que l’âme, et que tous les êtres humains s’imprègnent de cette vérité, la vie serait sans sens.
Tous les êtres humains sauront qu’ils n’existeront plus, qu’il n’y a rien à attendre de la vie après la mort, qu’il n’y a plus rien à attendre des êtres chers qui ont disparu. Les cimetières eux-mêmes n’auraient plus de sens, la mémoire de ces vies qui ont existé et qui ont tant compté pour nous se perdra ; tout être humain qui mourra définitivement ne pourra plus être rappelé aux êtres qui seront encore en vie sur terre.
C’est précisément la croyance que la mort que bien qu’elle soit effective, les êtres humains ne cessent de penser à leurs proches que cela soit fort pour certains, ou très peu pour d’autres, cela sera toujours en relation avec le vécu. Ce qui nous fait dire que les morts, leur mémoire de leur vécu continuent à vivre dans l’esprit des vivants comme s’ils n’étaient pas morts, en quelque sorte comme s’ils ont changé simplement de monde. Et se comprend aussi toute la douleur de l’être cher, qu’il soit certes parti, mais reste dans les cœurs. Pour l’être aimant restant sur terre, toujours cette idée qui peut lui venir, j’aurais à le rejoindre dans l’Au-delà
Et, « pour le répéter encore », pour que « cette idée soit bien comprise », si cette sœur savait que son frère était parti pour de bon, elle n’aurait pu voir un Monsieur en redingote. Or, s’il lui est apparu et combien cela serait une illusion, mais cette illusion est étayée par une vision, et les yeux ne peuvent tromper, comme l’esprit dans le rêve ne peut tromper. Une vision reste une vision, un rêve reste un rêve, et tous deux sont réels pour l’esprit humain. Pourquoi ? Parce que le mort combien même il est mort définitivement pour les humains, il reste dans la pensée des humains de ceux qui l’ont connu, de ceux qui l’ont aimé, il existe encore dans leurs pensées, et donc il n’est pas mort définitivement.
S’il était mort définitivement, il ne pourrait subsister encore dans la pensée de ses proches ou tout court dans la pensée humaine. Une mort définitive en tout ne pourrait laisser des traces. Et un autre point très important à souligner, c’est la mort qui donne sens à la vie. Si les êtres humains n’étaient pas mortels, on ne pourrait dire qu’ils auraient été en vie. « Que serait la vie sans la mort ? La vie simplement ne serait pas la vie. »
Aussi peut-on dire que s’il y a mystère dans la mort, force de dire que la vie a un sens dans l’existence sur terre ; les êtres humains vivent puis ensuite meurent. Sans la mort, on ne peut dire que la vie peut s’appeler la vie puisque les êtres humains viendraient à vivre éternellement. Quel sens aura alors la vie ? Sauf que les êtres humains ne se rendent pas compte que la mort est nécessaire. Et c’est parce que des êtres meurent que les êtres qui sont encore en vie se sentent en vie.
Et dans la mort, les êtres humains ne meurent pas totalement, sinon pourquoi il y a l’âme et l’esprit dans leurs corps. C’est par cette âme et l’esprit qui est en eux et dont l’être humain ne sait pas où il est, ni qu’il ne sait comment son âme et son esprit communiquent avec son corps, et le cerveau, qu’apparaît cette « vérité » que nous donne notre âme et notre esprit, que nous restons vivants dans l’esprit, dans le cœur de nos proches. Bien sûr, cette pensée est permise à tout humain comme elle peut être réfutée par tout humain. Mais l’essentiel est qu’elle est une idée qui provient de notre âme et esprit et peu importe si elle est acceptée ou niée. Dès lors qu’elle est sortie cette idée, elle a toute la réalité humaine dans l’esprit et l’âme des humains, et c’est cela qui compte.
Et qui sait si les êtres lorsqu’ils ne seront plus se retrouveront dans quelque lieu de l’univers, comme il est écrit dans les textes bibliques et coraniques, lors du jour de la Résurrection. Et l’amour qui a relié cette enfant depuis sa naissance à sa mère et à sa deuxième mère, sa sœur, rien ne dit lorsqu’elles ne seront plus, elles rejoindront leur enfant, que très certainement elles ressusciteront et revivront leur amour éternel.
Tout est possible, et explique pourquoi le jeune homme en redingote mort est apparu trois fois à sa sœur. C’est peut-être là le message qu’il veut leur transmettre leur enfant ; qu’il n’est pas mort, que son corps certes est mort, mais que son âme n’est pas morte ; qu’elle est venue passer pour leur dire qu’il est vivant ; qu’il les attend.
L’amour de l’être, l’amour d’être ne peut disparaître, il est l’essence même de la vie dans l’éternité, il est le but même de la vie. Et on comprend pourquoi la mort n'est pas la mort, qu’elle s’ouvre sur une autre vie, et l’âme s’affirme indestructible. Dans ce bas-monde comme dans l’Au-delà : « Heureux celui qui aura fait par amour ce qu’il a fait sur terre ! Heureux celui qui a fait du bien sur terre ! »
Medjdoub Hamed
Chercheur
1. « La mort et son mystère – t. 3 : Après la Mort », par Camille Flammarion. Edition Flammarion.
2. « La mort et son mystère – t. 1 : Avant la Mort », par Camille Flammarion. Edition Flammarion
