jeudi 20 janvier 2011 - par Krokodilo

La note de participation : un OVNI pédagogique !

 Une pétition en faveur de la suppression des notes à l’école a récemment fait les beaux jours des médias, et fut souvent suivie de débats passionnés ; mais il est une note peu connue, bizarre et entourée de mystère : la note de participation.

Déjà, son existence même est une énigme : pas facile de trouver des explications officielles à son sujet sur les sites du Ministère. Certains vont plus loin et affirment qu’elle n’existe plus dans les établissements scolaires ; or, mon expérience actuelle de parent m’a prouvé le contraire.

Cette note est manifestement ensorcelante, voire maléfique, car elle possède l’étrange faculté de diviser le monde des enseignants en deux groupes opposés.

D’une part les professeurs de langue vivante, qui veulent de la participation, de l’oral, de la spontanéité, toujours plus d’oral, du moins pour ceux qui croient les nouveaux dogmes pédagogiques – car les plus prudents se rappellent l’aventure des maths modernes et de la méthode globale pour apprendre à lire. Ceux-là continuent d’utiliser les manuels et les dialogues préétablis type « This is the kitchen », associés à une dose d’oral judicieusement calculée selon la forme du moment et l’humeur générale de la classe... tandis que leurs collègues veulent que les langues étrangères surgissent quasi-spontanément dans la bouche des élèves : « participez : racontez votre weekend ! » Mais comment expliquer qu’on a fait de l’auto-tamponneuse quand on ne connaît pas le terme ?

Dans l’autre camp, on trouve quasiment tous les autres profs, qui donneraient père et mère pour que leurs élèves ne participent que lorsqu’on le leur demande, après avoir poliment levé la main et sollicité l’autorisation de parler, pour avoir une classe studieuse et silencieuse comme celle de notre bon Topaze...

D’ailleurs, ils se vengent des perturbateurs grâce à cette note  :
« Un élève qui bavarde beaucoup aura automatiquement moins de 10. »

Ils peuvent aussi par ce biais laisser s'exprimer des tendances sadiques latentes et méconnues en eux, en critiquant méchament les élèves après les avoir fortement incités à participer davantage :

- Hi, hi, hi ! (rire sardonique du professeur X ), ou encore : "Vous êtes nuls, vous ne parlez pas anglais, personne ne va vous comprendre comme ça..." (exemples réels, quoique il ne s'agisse pas d'anglais ni du professeur X ).

Cette étonnante note de participation possède donc aussi des vertus curatives pour les professeurs !

Bart Simpson devait nous apporter son témoignage, mais étant occupé à fixer un tourniquet d’arrosage de jardin sur le robinet d’eau froide des toilettes de son école, c’est notre Toto national qui va nous livrer son expérience de la participation scolaire, leurs personnalités étant d’ailleurs étonnamment proches :
c’est le premier jour d’école, la maîtresse explique à la classe comment lever la main pour demander l’autorisation de parler pendant le cours. Immédiatement, Toto lève la main.
- Oui, Toto, qu’y a-t-il ?
- Rien, M’dam’, je vérifiais juste le système.

Autre élément qui nous fait penser qu’il y a quelque maléfice sous roche : beaucoup de profs ne savent pas comment appliquer cette note. On pourrait croire qu’il ne s’agit que des affres inévitables des petits nouveaux : « Je me demande comment je vais m'y prendre pour mettre une note de participation cette année. Comment vous y prenez-vous ? Auriez-vous une grille qui pourrait peut-être me donner des idées ? Merci pour vos réponses. ».

Mais non, les professeurs expérimentés sont aussi tourmentés que les nouveaux par cette chose. D’ordinaire, c’est simple : copie juste - on a 20, tout faux - c’est le zéro ; c’est carré, net et impartial.
Là, rien de cette lumineuse clarté, celle qui a fait dire à Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement (...) », et sur les forums de profs, on sent à quel point ils sont perdus, car chacun y va de sa méthode personnelle.
Certains partent de 10 sur 20, puis ajoutent des points ou en retranchent selon le comportement positif ou anti-socail des élèves – on comprend à peu près. Mais d’autres appliquent une méthode qui montre bien qu’ils ont fait des études supérieures :
« A la fin du trimestre, le nombre de pointages devient le numérateur de la fraction et le nombre d’heures, le dénominateur. Certains ont par exemple 17/17, d’autres 0/17. Je n’intègre la note qu’avec un faible coefficient, et seulement si elle augmente la moyenne. »
Parfois, des éléments matériels sont ajoutés comme critère, par exemple si le crayon et la gomme sont bien rangés : « c’est-à-dire préparations à domicile réalisées, documents en ordre, matériel disponible demandé (...) »

On voit que le prof principal devra veiller à en préciser les modalités en début d'année :

- M'dam", si on a participé à un braquage, ça compte ?
- Seulement dans l'école...

Non content d’inquiéter les élèves, cette note maléfique culpabilise les profs : « J'ai honte mais ma note de participation est souvent faite à la dernière minute parce que je n'ai qu'1 ou 2 notes d'oral et elle est faite à la tête du client. »

« (ex : celui qui participe pas ou n'importe comment, qui bavarde...et qui a eu 18 en poésie et ben il aura une mauvaise note pour rééquilibrer la note d'oral !) Je sais c'est pas bien.

« Ma note de participation est aussi faite à la dernière minute (juste avant les bulletins) et basée sur mes souvenirs du trimestre, l'impression que m'a laissé chaque élève... J'ai cependant des critères précis : le volontarisme de l'élève , sa présence à l'oral / la pertinence de ses réponses (même si elles sont fausses, elles ont un rapport avec la question) / la clarté de son intervention (voix) / la correction du langage (phrases complètes, niveau de langage correct) / le respect des règles (lever la main...) et l'écoute, le fait de pouvoir rebondir sur ce qui a été dit. »

On salue l’artiste, dont la méthode est tout à la fois pifométrique ET basée sur des critères précis !

Enfin, malgré les angoisses et les soucis qu’elle a donnés aux profs, cette note de participation est tenue pour quantité négligeable durant les conseils de classe, la cinquième roue du carrosse (sur vingt), chacun connaissant pertinemment sa subjectivité - une note de seconde zone d’éducation prioritaire en somme. 

Soyons justes : malgré sa bizarrerie - la note étrange venue d’ailleurs - on peut aussi y voir la petite touche de poésie dans un monde qui ne jure que par l’évaluation et l’optimisation !



10 réactions


  • antonio 20 janvier 2011 19:06

    Bien sûr que c’est du n’importe quoi !
    Il est des élèves qui adorent qu’on leur donne la parole : leur seul souci est de répondre et donc ils ne pensent qu’à lever le doigt, surtout pas à la question posée...d’où un chapelet de bêtises si le prof se fait piéger par ces bras implorants levés impatiemment en l’air.
    Il est d’autres élèves qui réfléchissent et ne répondent que s’ils connaissent la réponse.
    Il en est enfin d’autres qui connaissent souvent la réponse mais n’ont pas envie de la donner publiquement.
    Un prof un peu aguerri s’y retrouve et est capable de faire parler les plus muets mais sans les harceler pour autant : il s’agit de respecter la personnalité de chacun ; on a le droit d’être réservé.
    Tout cela pour dire que cette note ne devrait pas exister.
    En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’à aucun moment, elle ne doit servir de sanction pour les bavardages .On ne mélange pas la « discipline » et l’évaluation des connaissances d’un élève.
    C’est le BA-A-BA du métier d’enseignant.


    • Krokodilo Krokodilo 20 janvier 2011 20:25

      « C’est le BA-A-BA du métier d’enseignant. »
      Ils n’ont pas l’air d’être tous au courant ! Je crois que ce sont surtout les profs de langue qui sont très motivés par cette pédagogie de la participation, mais pour les autres, c’est surtout une conséquence de la pédagogie centrée sur l’élève, où il faut presque réinventer la roue à chaque génération... méthode qui à petite dose éveille l’esprit , mais qui à forte dose bouffe un temps fou et peut gâcher l’année scolaire.


  • Jo Gurmall de Stafferla Jo Gurmall de Stafferla 20 janvier 2011 19:45

    Bonjour, l’auteur
    Personnellement je suis contre la suppression des notes, car il faut bien évaluer, mais à condition que la notation soit intelligente et intègre l’effort fourni par l’élève, et ne soit pas non plus l’occasion d’une jubilation sadique de la part de certains enseignants. Ca doit éclairer, et servir « de leçon » pour la suite
    Mais si on devait en supprimer, alors, qu’on renvoie dans le cul-de-basse-fosse d’où elles n’auraient jamais du sortir ces conneries de notes de « participation » et encore de « vie de classe » (y a t-il une vie après l’ennui ?)
    Ce n’est pas avec des innovations comme ça qu’on va rendre aux élèves le goût de l’effort et le plaisir ’apprendre ni la joie de la réussite ! Un cours, il faut que ça swingue, il faut du peps, de la conviction, pas des pointages de croix dans des grilles. Ca bande mou, tout ça !


  • Krokodilo Krokodilo 20 janvier 2011 20:27

    Je ne suis pas tout à fait d’accord sur les notes ; j’en ai fait un article récemment. Pour le reste, je plussoie.


  • Annie 20 janvier 2011 20:51

    Bonsoir Krokodilo,
    Si vous faites des recherches sur internet avec participation comme mot clé, vous aurez des milliers (millions) de réponses, surtout en relation avec les entreprises. La participation, qui au départ n’était pas une mauvaise idée, (participation des citoyens, des clients, des récipiendaires d’aide, des employés etc.) est devenue un moyen pour le détenteur du pouvoir de se défausser de ses responsabilités.
    Comme vous êtes médecin, je prendrai l’exemple qui me parait le mieux convenir dans ce contexte : je préfère un médecin compétent, sûr de soi et de son diagnostic, et qui a le courage de prendre des décisions difficiles à un médecin qui consultera son patient pour éviter d’assumer les responsabilités de ses choix.. Entre les deux, il y a plein de bons médecins, compétents, et qui consultent leurs patients. La participation, c’est bien si elle a comme objectif d’améliorer l’éducation (les soins) dispensée. Mais la participation en soi ne veut rien dire. Encore une initiative partant d’une bonne intention et ne débouchant ... sur rien. Surtout lorsque les résultats scolaires sont en décalage complet avec les niveaux de participation. Au risque d’abonder dans votre sens, la France ressemble de plus en plus à la GB, avec l’introduction de pratiques managériales dans l’enseignement dispensé aux petits Français.


    • Krokodilo Krokodilo 20 janvier 2011 22:30

      Bonsoir, je ne sais pas si ça vient des anglosaxons, mais parfois ils exportent des trucs assez intéressants, comme cette « nouvelle » matière scolaire, la médiation, basée sur la psycho, et sur laquelle j’avais fait un article.
      Pour les toubibs, outre les attitudes individuelles, il y a maintenant une obligation légale d’informer sur les soins, les choix possibles avec leurs conséquences, surtout en chirurgie. Après, entre faire signer quatre pages vite fait et pointer les quelques élements importants, on retrouve la différence, mais le contexte a effectivement bien changé, en faveur de la responsabilistaion de chacun, dans la mesure du possible.


  • Polo 20 janvier 2011 23:52

    S’il n’y avait que ce problème dans le monde enseignant ! On a une vue pas mal de quelques difficultés à l’origine du blues actuels des enseignants sur  http://www.infoselec.net/education-et-enseignement/malaise-enseignant.html


    • Krokodilo Krokodilo 21 janvier 2011 10:53

      Je suis bien d’accord, je ne visais qu’à distraire avec un élément peu connu et très marginal du fonctionnement des écoles. Ces témoignages sont effarants, et inquiétants quant à l’évolution de notre société.


  • the benevolent teacher 8 février 2014 17:24

    c’est franchement un article anti-prof !!! Qu’avez-vous contre les profs d’anglais ? Apparemment les vôtres ont du vous faire « passer un sale quart d’heure » !!!

    En tout cas, ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas en matière d’expression orale en anglais. Nous sommes formés et nous connaissons notre métier lorsque nous demandons à nos élèves de nous parler de leur WE ou des vacances. Tout dépend à quel public nous nous adressons. Alors cessez de nous faire passer pour des tortionnaires.

    La note d’oral est un moyen d’évaluation comme un autre. En expliquant les critères aux élèves dès le départ, cela leur permet de se situer par rapport à ce que nous attendons d’eux et de rétablir l’équilibre lorsque c’est nécessaire. Loin d’être une punition comme vous le prétendez ou un outil aléatoire selon votre plaidoirie, elle s’avère être un moyen efficace.

    A bon entendeur salut !


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