La perte de la civilisation
Au moment même de l’apothéose, lorsque nos technologies, nos connaissances, nos sciences, nous permettraient de nous libérer, au moins, en partie, d’une masse de travail fastidieux, de nous consacrer à la santé, de nourrir enfin l’ensemble de la population, de nous consacrer aux tâches gratifiantes pour l’humanité, nous consacrons notre belle énergie au bellicisme, et oublions les idéaux humanistes qui ont un temps été portés par nous.
Désormais nos dirigeants ne souhaitent plus avoir un peuple instruit, bien éduqué, en bonne santé, agissant dans le respect de l’environnement, soucieux d’autrui, désirant partager ses valeurs et ses richesses, mais un peuple armé, prêt à en découdre avec un ennemi présenté comme très dangereux, mais à la fois faible et archaïque, y compris s’il le faut avec le sang de nos filles et nos fils.
Pour les filles, le cercle Epstein avait déjà indiqué quel sort funeste les attendait de la part de ceux pour qui elles ne sont que des objets jetables.
Pour les fils, le futur front de l’Est les attend en enfer, et pour les aînés qui restent à l’arrière, un kit de survie leur est proposé en cas d’attaque nucléaire.
La tragédie est au bout de la bêtise, telle est notre situation où une minorité de milliardaires a voulu s’emparer de l’ensemble des richesses de notre planète, en voulant abolir toutes les frontières empêchant une spéculation sans vergogne. Il s’agit alors de ruiner les États, de ruiner les populations, de vider toute trace d’une quelconque démocratie, de s’emparer des esprits avec des propagandes distillées quotidiennement comme des anesthésiques pour que progressivement les populations adhèrent à leur destruction par leurs dirigeants sous prétexte de sauver des valeurs dont ils ne comprennent pas le contenu, car reposant uniquement sur la cupidité de leurs donneurs d’ordres.
La philosophie des lumières qui avait longtemps porté haut le respect de l’humain dans sa complexité, avec aussi ses contradictions, et qui avait pour but de progressivement gérer les conflits en dehors de la violence, comme le permet le débat démocratique, jusqu’à s’étendre après la deuxième guerre mondiale à l’organisation de l’ONU, dont la lettre de la charte est exemplaire, est aujourd’hui oubliée par ceux même qui devraient en être les héritiers.
Nous sommes tombés dans l’ère des ténèbres et chaque jour en montre l’avancée tragique.
Cette perte en cours n’est pas la première. L’Allemagne des années vingt du siècle passé avait elle-même été la tête de la pensée occidentale pour se retrouver emportée par un mouvement qui exigeait l’abandon de la pensée critique et finit par la terreur que nous savons. Rien n’est définitif, et l’avancée d’une nation peut être balayée en peu de temps par des circonstances fortuites ou un développement fatal.
Le bien être absolu et le bonheur sans borne d’une poignée de multimilliardaires exige-t-il le sacrifice du reste de la population humaine ? Celle-ci acceptera-t-elle son sort sans sourciller, accrochée à ses écrans télématiques jusqu’à la fin, regardant indéfiniment les nouvelles comme si cela ne concernait que les autres ? Ou pire, participera-t-elle activement à la chaîne de la haine de l’autre jusqu’à son anéantissement, précipitant ainsi le sien propre ?
La question n’est même plus « dans quel monde voulons-nous vivre ? », mais « voulons-nous que le monde vive ? »
Pendant ce temps, les médias, désormais puissances de la mort, élément fondamental d’une thanatocratie en cours, désirent nous habituer au pire, ouvrir, comme ils disent, la fenêtre d’Overton sur la guerre. Jusqu’à accepter de n’avoir plus rien et de terminer dans des décombres comme ceux qui jonchent Gaza, qui ne fut qu’un odieux laboratoire de l’extermination humaine à venir.
Nos vies devraient être plus fortes que leur apologie de la mort, nous sommes plus nombreux qu’eux, même s’ils disposent de tous les moyens nécessaires. Cette fin tragique qui nous est ainsi proposée doit être refusée absolument. Nous sommes nus devant eux, mais nous sommes encore vivants, profitons-en tant qu’il est temps.
Des protestations devraient urgemment surgir pour éviter le piège de la fin attendue de notre civilisation sous la férule de nos dirigeants hystériques et sous contrôle d’un gang mafieux.


