vendredi 19 juin 2009 - par Raphael JORNET

La « PME attitude » chez les grenouilles, les white et les blancos, avec ou sans burqa, mais au chômage

Le spectacle est fascinant, et grandiose la mise en scène. Voir et entendre l’actuel président de la République Française lire les petits billets d’un de ses rédacteurs pour se la jouer visionnaire inspiré, apôtre d’une « gouvernance » économique mondiale qui serait soutenue par des règles sociales mondiales, voilà qui toucherait au sacré si l’on ne tournait les yeux vers nous.

Il dit « construire » quand il casse. Il déclâme « futur » quand il fait revenir jour après jour la société civile aux mécanismes qui portèrent l’inégalité et la révolte.

Pour qu’il « construise », il faut qu’il casse. Il le sait et le fait. Nulle polémique dans la formule : il suffit de constater son application frénétique à défaire, à détricoter les repères qui fondaient la solidarité –même imparfaite- dans notre pays pour se résoudre à convenir que s’il le fait, c’est qu’ils y ont intérêt, ses commanditaires et lui.

La casse méthodique entreprise, appliquée au Code du Travail, est l’exemple le plus révélateur du chemin pris. Ils sont au pouvoir. Ils ne veulent plus de règles. Entendons-nous bien : subsisteront les leurs, qu’ils édicteront à marche forcée pour la seule préservation de leur félicité ! Mettez-vous à leur place, et avec eux, dans le monde rêvé, libéré. Libéral.

Et, justement, le code du travail les « entrave », « empêche » l’épanouissement de leurs initiatives économiques et gestionnaires. Nul doute qu’ils pensent aussi que les rapports humains dans l’entreprise auraient à gagner d’un coup de karcher dans les réglementations qui entravent les embrassades communes.

 

Ils en rêvaient du changement.

Alors, entre deux réceptions au Rotary, ils l’inventèrent.
La « flexisécurité française » , issue de la « modernisation du marché du travail » est un des rouages important de la machine infernale, à propos de laquelle il est plaisant de relire un commentaire du Medef datant du 11 janvier 2008 « Grâce à cet accord on diminuerait pour les entreprises le risque à l’embauche, et pour les salariés le risque d’être mis à l’écart du marché du travail. » !

Elle est bien bonne, non, quand chaque soir en juin 2009 on constate que 5000 salariés rejoignent les rangs de ceux qui hantent les couloirs des Pôles Emplois ?

Dans ces fils d’attente de chômeurs nouveaux figurent les « bénéficiaires » de la rupture conventionnelle, ce dispositif qui permet par accord tacite entre employeur et salarié de formaliser une rupture ultra rapide avec les effets financiers d’un licenciement et le bénéfice des allocations chômage. Genre le goût et la couleur, sans en être.

Ma Laurence, du Medef, disait, quand la rupture conventionnelle n’était encore qu’un projet : « ce concept de séparabilité représente un acquis majeur pour tous. C’est une vraie bonne nouvelle pour l’embauche en France qui ainsi se modernise et se dynamise. Il marque aussi un progrès souhaitable vers l’égalité entre l’employeur et l’employé. D’une manière générale la mise en œuvre de ce projet d’accord exprimerait enfin la reconnaissance publique par les employeurs et les employés de leurs intérêts communs ». Sans rire et sans pleurer.

Les groupies de la « rupture conventionnelle » claironnent encore aujourd’hui que sa mise en oeuvre répondait à un besoin. Qu’il suffit de constater son succès foudroyant ces derniers mois : plus d’un quart des « ruptures conventionnelles » auront alimenté départs de l’entreprise.

Au Medef, -pardon d’en citer souvent les bonnes feuilles - on dit même, en toute fraîcheur, que le système actuel, totalement légal, se substitue en fait à l’ancien, illégal (des licenciements pour faute déguisés ouvrant droit au chômage). Voilà au moins un point de réglé ! Enfin, ils avouent ! L’illégalité « d’avant » est reconnue ! C’était donc vrai que les employeurs agitaient de faux griefs pour des licenciements bidon. Et si c’était encore vrai ?

Mais les temps arrivent où les contentieux vont surgir, individuels et surtout collectifs, car sous les ruptures conventionnelles légales pourraient bien se cacher maintenant des plans sociaux "maquillés". Oh ! encore de la triche ? Non de la pudeur, sûrement. Et une question qui fâche.

 

Pour l’heure, EDF lève un emprunt et espère recueillir un milliard d’euros. Auprès de qui ? des 5000 chômeurs nouveaux journellement que nous évoquions tout à l’heure ? auprès des 34000 futurs-ex fonctionnaires qui auraient pu occuper des postes supprimés en 2010 ? Faudra qu’ils se tâtent. Avec EDF, ce sera 4,5% de rapport. Mais chez Arcelor Mittal, ce n’est pas mal non plus : 8%… Avec plus de risques, bien sûr.

Que nous ayons un sourire ou pas, la violence et une barbarie économiques new look s’installent doucement. Madame Parisot, que l’on entend peu en ce moment, a trouvé la bonne formule du jour pour amuser la galerie sans avoir à porter de nez rouge. Elle a trouvé la parade contre la morosité ambiante ; elle recommande la « PME attitude ». Sans oublier de se joindre fort à propos au concert des pleureuses qui murmurent à l’oreille des journalistes que repousser l’âge de la retraite revient à l’ordre du jour, en antidote à la crise.

Michael Moore, lui, choisit la dérision, et finement, lève des fonds pour sauver les banques…

Mais alors, n’aurait-il pas dû aussi s’occuper du P.S. ?

Le PS, qui se plait à jouer exclusivement en mode binaire avec l’UMP - comme une tique sur le cou de mon chien - pour que ces deux là survivent dans une République inégalitaire, y croissent et s’y reproduisent, ira au Congrès de Versailles le 22 juin comme on va à Canossa.

Quel rapport avec le contrat de travail, me demandez-vous ?

C’est que, ce faisant, le parti de Madame ROYAL et de Monsieur VALLS (un « white », un « blanco ») réunis, montre encore que les hommes politiques, un jour, n’ont plus rien à dire, qu’ils ne peuvent plus régler d’autres problèmes que l’immédiateté de la bienséance et la certitude d’être bien assis, à Versailles ou ailleurs, mais dans les ors de la République, quand dans le même temps des enfants, dans la France d’aujourd’hui -que papa ou maman travaillent ou se soient fait sortir- s’en vont à l’école le ventre creux, et s’en reviendront sans autre perspective que de devoir se révolter un jour. Interdir le port de la burqa ?

Oui, je sais, c’est du mauvais esprit.

Raphael JORNET



4 réactions


  • Duralex Duralex 20 juin 2009 13:25

    Il est tout à fait excessif de parler de casse méthodique du Code du travail. Pour l’essentiel celui-ci est toujours là et bien là.

    La rupture conventionnelle n’est pas vraiment une nouveauté. Il avait toujours été admis que le contrat de travail puisse être rompu par un accord négocié entre les parties.

    Ce qui est nouveau c’est que ce mode de rupture :

    - est dorénavant encadré par des règles qui offrent une protection minimale au salairé
    - ouvre droit au régime d’assurance chômage pour le salarié, qui en était jusque là privé puisqu’il était considéré comme ayant volontairement perdu son emploi.

    Il est certain que des détournements frauduleux sont possibles, notamment pour contourner les règles qui régissent les licenciements collectifs, mais nul doute que les défenseurs prud’hommaux sauront les faire sanctionner.

    Pour le reste je ne crois pas qu’on ait vu à ce jour d’attaque frontale contre le droit du travail, même s’il est probable que le désir est là, du moins chez certains.

     


  • Emmanuel Aguera LeManu 20 juin 2009 13:54

    La « politique » de Sarko n’existe pas.
    Elle n’est qu’une gigantesque improvisation.
    Seuls son enrichissement personnel et la pérennité de son absolutisme l’intéresse.


  • MortytheReaper 20 juin 2009 16:16

    « La pme attitude » c’est juste un plan économique pour « chopper » du nouvel adhérent. Les sous rentrant moins le medef mange sur les platesbandes de la CGPME comme quoi le bouclier fiscal n’engendre pas la reconnaissance du ventre !

    Réussir à faire passer le medef pour le defenseur de la TPE/PME c’est un exploit de communication. « Ta » Laurence ne finira pas de nous étonner ;)


  • Francis JL 20 juin 2009 18:16

    Tous les gouvernements d’Europe, de gauche comme de droite pratiquent désormais ouvertement cette politique décomplexée qui consiste en un principe, énoncé par James Madison président des USA de 1809- 1817 : « la principale mission d’un gouvernement est de protéger la minorité riche contre la majorité »

    C’est ainsi que chacun procède au nivellement par le haut des privilèges de nantis et au nivellement par le bas des droits sociaux, au rythme et en raison de son contexte national, et ce qui marche pour les uns est aussitôt repris par les autres, au nom de la modernité et du progrès social. C’est ça la démocratie quand le peuple est privé d’information, pire, quand il est désinformé.

    Madison disait encore : « Rien ne pourrait être plus déraisonnable que de donner le pouvoir au peuple, mais en le privant de l’information sans laquelle se commettent les abus de pouvoir. Un peuple qui veut se gouverner lui-même doit s’armer du pouvoir que procure l’information. Un gouvernement du peuple, quand le peuple n’est pas informé ou n’a pas les moyens d’acquérir l’information, ne saurait être qu’un prélude à une farce ou à une tragédie – et peut-être les deux ».

    Le peuple doit s’armer du pouvoir que procure l’information ? Oui car :

    « L’histoire nous a inlassablement appris que le pouvoir n’a jamais rien cédé et ne cèdera jamais rien si ce n’est par la force. » [Normand Baillargeon]


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