lundi 1er septembre 2014 - par Fabienm

La rentrée littéraire - Faits & chiffres

Ben oui, soyons factuels une fois dans notre courte vie (pas en années, mais en cm). C’est vrai que c’est un sacré marronnier, j’ai un peu honte : ça revient en septembre comme les crêpes un mardi gras, mais ça sied parfaitement bien à ma fainéantise personnelle. D’ailleurs, je vais écrire cet article sans le relire, comme un hommage décalé à la langue française et à sa pire parodie que constitue la rentrée littéraire de mes couilles (c’est une expression, elles n’ont pas du tout appris à écrire).

Il paraît donc que cette année, on nous inflige 607 nouveautés (enfin, je dis nouveautés mais on a le droit aux éternels Foenkinos – que j'adore ceci dit –, Carrère, etc.), dont 404 auteurs français, et surtout 75 nouveaux auteurs. Qu’ont fait ces derniers pour être ainsi punis et sortir dans ce bordel intégral qu’est la rentrée littéraire ? Mystère et boule de gomme.

Le Centre National du Livre s’est amusé à calculer qu’il faudrait 40 ans pour lire toutes ces nouveautés, ce qui est un peu ballot quand on sait que la rentrée littéraire ça recommence tous les ans (voire plus vite si l’on considère la mini rentrée de janvier). Il faudrait que notre espérance de vie augmente de 39 ans tous les ans pour avoir une chance de finalement lire ces 75 nouveaux auteurs. Quand je vous avais dit qu’ils avaient dû faire une connerie ceux-là.

 

Bizarrement, le nombre de livres à la rentrée littéraire baissait depuis 3 ans, le voilà reparti à la hausse.

Serait-ce le signe d’une fin de la crise ? Les éditeurs anticiperaient-ils un retour de beurre dans les épinards des lecteurs ? Mouais… à mon avis, ils se sont plutôt dits que c’était pas la peine de se prendre la feuille de chou et que comme les livres s’écoulaient bien à cette époque de l’année, autant en profiter (les petits malins).


Que restera-t-il de tout cela en novembre ? Quelques prix littéraires joués d'avance (j’ai pas dit « grugés d’avance », même si j’y ai fortement pensé) et un bon stock de retours à balancer chez les éditeurs qui s’empresseront de mettre tout ça au pilon pour passer très vite au flop suivant. Car ne nous leurrons pas, cette production est tout à fait impossible à faire absorber par un marché littéraire atone et en régression constante depuis plusieurs années.


Cela n'empêchera pas les journalistes de s'extasier devant le nouveau Olivier Adam – ou je ne sais quel auteur établi, désolé Olivier, c’est tombé sur toi cette fois-ci – et qu’on essaiera de nous imposer malgré nous parce que quand-même-si-tu-l’as-pas-lu-bonjour-la-honte, ni les émissions littéraires de recracher en boucle des fiches écrites à la va-vite sur au maximum 20 bouquins parmi les 600 sus cités.

La lumière pour les happy few choisis pas du tout au hasard, mais probablement pas sur leur qualité littéraire, et le pilon pour les autres.

C’est ainsi, nous sommes une société du paraître et nous avons atteint l’âge de l’accès (aux loisirs, à la culture). Le simple fait de réfléchir est déjà en soi un acte révolutionnaire, on nous demande juste d’absorber sans grimacer, un peu comme quand, enfant, on nous infligeait la cuillère d’huile de foie de morue.

 

Comme tous les ans, je vais boycotter cette foire à la page imprimée où la place sur l’étagère est plus importante que la valeur d’un mot.


Je sais que tout le monde s'en fout, de ces fausses rébellions comme de ces écrivains « ab-so-lu-ment géniaux » – réincarnations de Marcel Proust au minimum – car c'est une mascarade et personne n'est dupe.


Show must go on.

 

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11 réactions


  • Yohan Yohan 1er septembre 2014 13:00

    Si je compte bien, 607 nouveautés, cela correspond aux nombres de lecteurs en France smiley. Après les mots croisés sur les plages, la rentrée lit tes ratures.


    • Fabienm 1er septembre 2014 14:38

      oui, c’est un peu ce que je dis : l’offre est bien supérieure à la demande (spécificité du marché du livre) smiley


  • slave1802 slave1802 1er septembre 2014 14:45

    Y’a pas de raison !

    608 : Le masque d’Anubis


  • Stupeur Stupeur 1er septembre 2014 22:47

    Personne pour aider la dame qui porte la pile de livres depuis des heures ? 
    Elle est restée bloquée depuis qu’on lui a dit que tous ces livres sortaient pour la rentrée ? smiley 
     


  • Stupeur Stupeur 2 septembre 2014 21:54

    « Le PDG des éditions de Minuit, Jérôme Lindon (1925-2001), s’étonnait jadis que ses collègues répondent à la crise de leur marché par une augmentation de l’offre. Dans ce contexte de surproduction chronique, trop d’ouvrages sont publiés pour des raisons purement comptables, mondaines ou opportunistes, sans que personne n’ait réellement le désir de les escorter ni de les faire rayonner. En ce sens, les vrais amis du livre (lecteurs, libraires, critiques…) devraient applaudir des deux mains quand un éditeur proclame haut et fort sa répugnance à publier un texte qu’il n’aura ni le cœur ni l’envie de « défendre ». »

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