samedi 24 juillet 2010 - par M.Junior

La révolution émotionnelle

Nous avions déjà abordé la question de l’intelligence émotionnelle  (QE) dans le volet sur le management relationnel. Et, à votre disposition un Test QE est en ligne. Toutefois, il semble opportun en période de crise de préciser les conditions de réussite du changement de civilisation que nous connaissons.

Certains d’entre vous sont restés perplexes quant à l’interview de Paul Jorion et « l’optimisme » du FMI ou de la BCE, d’autres, bien éloignés de ces considérations macro-économiques, se sont replongés dans leur quotidien et continuent de chercher des solutions pour être propriétaire de leur vie.

La dernière révolution date du 16e siecle, elle était industrielle. Aujourd’hui, nous vivons une révolution sociale.

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Il a fallu pour toucher 50 millions de personnes
  • 38 ans à la radio
  • 13 ans à la télévision
  • 4 ans à Internet
  • 3 ans à l’Ipod
  • 3 mois à Facebook
29 millions de français sont membres d’un réseau social. 

 

Et alors me direz-vous, quel lien avec le management ou l’apprentissage en ligne et l’intelligence émotionnelle ou avec la révolution émotionnelle

Un soir, je me trouvais à une soirée où toutes les langues se mélangeaient. Il y avait un couple d’artistes colombiens qui échangeait. Je trouvais leur voix étonnantes mais je ne comprenais pas un mot. Pourtant au bout d’un moment, la femme s’est rendue compte que je les écoutais et m’interpella en espagnol. Je restais sans réponse. Son ami me demanda si je comprenais l’espagnol. Devant ma réponse négative, il lui expliqua que j’écoutais les émotions de leur propos. Elle ne comprenait pas... J’avais compris qu’elle avait besoin de réconfort et qu’elle était dans une situation difficile actuellement.

Je m’étais juste connecté à ses émotions. Cette technique qui peut apporter un plus dans la relation à l’autre peut s’avérer une arme à double tranchant. Qui n’a pas souvenir d’un professeur qui par son comportement nous a éloigné de sa matière indépendamment de son intelligence et de sa culture ?

Développer son intelligence émotionnelle serait-ce la nouvelle clé de l’apprentissage pour acquérir les compétences émotionnelles et sociales pour une meilleure réussite entrepreneuriale ?

Etre dans l’émotionnel ou dans la logique ? Certains font un choix binaire alors que nous sommes un esprit et un corps réunis et indissociables.

Les garçons recevront l’injonction "Ne pleure pas", ce qui les amènera à sur-développer leur logique ou à être dans des conduites d’échecs.

Les filles seront destinées aux tâches de la maison, ce qui les amènera à sur-développer leur sociabilité et leur intelligence émotionnelle ou à consommer des stabilisateurs d’humeur.

Loin de ces caricatures, quoique...soyons plus professionnels, qu’en est-il de l’émotion au pays de l’enseignement ?

Daniel Goleman, auteur du best-seller Emotionnal Intelligence a apporté un nouvel éclairage sur cette question et bien d’autres. Notre intelligence cérébrale et notre acuité émotionnelle forment un subtil mélange qui se renforce mutuellement.

Entre la conscience et le contrôle de soi, la motivation et l’empathie, l’ouverture d’esprit, le tact et la diplomatie, c’est une autre façon d’être bon ou meilleur. Le marché du travail l’a déjà intégré comme un facteur clé de la réussite.

Plus créatif, plus productif, plus flexible et plus convivial, tels sont les mots d’ordre pour devenir propriétaire de sa vie.

La peur, l’anxiété, l’irritabilité ou la déprime et leurs conséquences : problèmes familiaux, conflits de travail, toxicomanie, alcoolisme, ... sont autant d’indicateurs à prendre en considération pour agir et surmonter les difficultés.

Les formations destinées au Top management, middle management ont connu les brain ou Team builiding, il est temps de passer au Heart Building.

Le développement et l’expression de l’intelligence sont intimement liés aux facteurs émotionnels comme le rappelle le psychologue Michel Trudeau.

Nombreuses sont déjà les personnes qui ont conscience que seul le QI ne permet pas d’assurer un succès personnel et professionnel. Weschler l’avait déjà mis en évidence en 1940. Ces travaux développés par Tooby en 1985, Oatley & Jonson-Laird en 1987 et Damasio en 1994 reprécisaient que les émotions favorisent l’adaptation d’une personne à son environnement. Cela sera vulgarisé en 1995 avec les recherches de Goleman.

Comment rendre la réussite accessible à tous ?

L’intelligence émotionnelle vise à fournir un cadre scientifique à l’idée que les personnes diffèrent dans la manière dont ils identifient, utilisent, comprennent et régulent leurs émotions.

L’intelligence émotionnelle est une habileté et un trait de personnalité qui permet un bien-être, une maitrise de soi, des compétences émotionnelles et sociales. C’est également une source d’information qui ne peut être ignorée même si elle ne change rien à une situation mais à contrario elle peut empêcher d’agir de manière appropriée en faisant interpréter faussement une situation et nous transformer en bovins qui ruminent.

Prendre conscience de ses émotions permet d’identifier, de communiquer et de les réguler pour mieux faire baisser notre stress et quitter un cercle vicieux. Ainsi, en décodant le message véhiculé par nos émotions, nous pouvons déterminer si l’émotion est appropriée au contexte. De là, nous pouvons développer une stratégie appropriée.

Aussi bien dans la formation initiale (éducation) que dans la formation continue (tout au long de la vie), les émotions vécues par les élèves ou les apprenants ne tombent plus dans les pièges culturels classiques. Des enseignants aux formateurs, les émotions deviennent une composante de l’apprentissage.

Pour répondre à la soif d’apprentissage et de connaissances, il est important de prendre en considération les différentes formes d’intelligences des individus (spatiale, musicale, linguistique, kinesthésique, interpersonnelle, intra-personnelle et logico-mathématique).

La prise en compte de ce nouveau paradigme de l’intelligence est un facteur de réussite scolaire et professionnelle. Il accentue, notamment, l’auto-motivation et la persévérance face aux défis quotidiens.

Le plaisir des performances ou les joies de l’apprentissage ? La vie devient un long fleuve tranquille.

En 1997, Csikszentmihalyi précise les conditions et impacts d’une plus grande fluidité émotionnelle avec nos capacités individuelles à mettre nos émotions au service de la performance et de la créativité.

Etre ici et le faire maintenant au lieu de tenter de motiver sur une utilité à moyen ou long terme permet de développer un climat favorable qui stimule l’intérêt des participants. Qu’une tache soit trop facile ou trop difficile fait émerger ennui ou anxiété.

Les interruptions régulières ou permanentes ou une surcharge d’activité peuvent créer des barrages où les émotions viendront alors parasiter les capacités d’analyse de notre cerveau.

L’échec scolaire devient une réalité identique aussi bien pour les plus intelligents que pour les moins intelligents même si les ressorts sont différents.

Pour réussir, il faut augmenter sa capacité à décider, ce qu’on appelle l’autonomie et qui est à distinguer de la capacité à faire (l’indépendance). Développer l’habilité de la pensée critique et la résolution de problème participent au développement de stratégies d’apprentissage autonome.

Le web, les réseaux sociaux permettent cette autonomie dans l’apprentissage. J’apprends quand je veux, où je veux avec qui je veux. De plus l’apprentissage informatique permet d’individualiser les parcours en fonction de l’intelligence du participant.

Les intuitions de Jung, Piaget, Rogers ou Adorno sont confirmées par les développements des neurosciences.

Ce bouleversement est aussi un lieu où toutes les sectes se rendent pour abuser de personnes plus vulnérables d’où l’importance de se référer à des ouvrages scientifiques. Les pseudo-professionnels du développement personnel peuvent prendre bien des habits. A titre d’exemple, 10 % des 27 milliards d’euros de la formation professionnelle continue sont réalisés par des organismes sectaires multiformes.



2 réactions


  • Alpo47 Alpo47 24 juillet 2010 09:58

    « ... Les filles seront destinées aux tâches de la maison,... », un peu misogyne, non ?

    Je me demande si dans l’écoute de cette personne hispanique, vous n’étiez pas surtout à l’écoute de tout son « message non verbal » ? C’est à dire le message de tout son corps : Son regard, l’amplitude et le rythme de ses gestes et ... l’intonation de sa voix. En vous « synchronisant » sur tout cela, vous avez, effectivement capté ses émotions.

    Agir ou réagir dans l’émotion nous fragilise et nous rend très manipulables, être dépourvu d’émotions fait de nous des psychopathes ou .. des managers « sans âme » et efficaces. Surement que la maîtrise de nos émotions sera un grand pas en avant vers la maitrise de nos vies.
    Le message publicitaire ou politique cherche à provoquer chez nous des émotions afin de nous pousser à l’action : le vendeur de voiture nous propose de la « liberté », tout comme le politique... etc... etc..Seule l’utilisation de notre intellect peut nous préserver de ces manipulations.

    Par contre, il existe bien des circonstances, comme la performance sportive, où les émotions ont leur utilité. Pour qui a assisté au message d’un coach dans un vestiaire de rugby, handball... on comprend très vite que la combattivité, vaillance ... sont mobilisés par l’appel aux « valeurs » de solidarité-entraide-respect-gagne ...

    L’émotion peut donc inhiber et fragiliser ou transfigurer positivement.

    La connaissance de ces processus amène la capacité à comprendre la manipulation et peut nous en libérer, au moins partiellement.


    • M.Junior M.Junior 24 juillet 2010 12:11

      Hello Alpo

      Loin de ces caricatures...

      Pour répondre à ton interrogation : Non, les yeux étaient fermés.

      Aujourd’hui, les techniques de communication cherchent à associer un bon souvenir personnel à la marque, nous parlons alors de neuro-marketing ou de neuro-politique


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