La rupture, la vraie, vite !
Croissance en berne depuis 25 ans, et encore récemment révisée à la baisse (1,8 % selon l’OCDE cette année) ; chômage et précarité endémiques ; pouvoir d’achat amoindri, SDF toujours plus nombreux ; creusement des déficits de la Sécurité sociale après la très relative accalmie de 2004/2006 ; progression constante des violences aux personnes, en hausse de 9 % l’an dernier ; doublement du nombre de voitures incendiées au premier semestre 2007 par rapport à la même période en 2006 ; progression de l’échec scolaire et baisse du niveau des élèves ; politiques impuissantes, fermes dans les discours mais laxistes dans les faits ; diminution drastique du nombre de professeurs et baisse annoncée du nombre de policiers l’an prochain ; progression de 29 % des bagarres entre bandes rivales en 2007, qui désormais n’épargnent plus aucune de nos villes ; montée en puissance de l’immigration clandestine ; relance de la Constitution européenne pourtant rejetée par les Français et les Néerlandais ; alignement sur la politique étrangère américaine ; recul de la démocratie à travers des médias de plus en plus enclins à pratiquer l’auto-censure et à masquer la réalité...
Voici le tableau, noir mais hélas bien réel, que l’on peut dresser de notre pays en cette rentrée. Certains me reprocheront d’exagérer ou de caricaturer. Je les invite à reprendre chacune des affirmations de ce paragraphe d’introduction et de tenter de les infirmer. Ce ne sera pas facile. La réalité est bien sombre, et il ne serait pas raisonnable de jouer les autruches.
Bien sûr Nicolas Sarkozy et sa nouvelle équipe ne sont pas responsables de l’ensemble de ces problèmes, même si le sortant qu’il était, et les ministres de son gouvernement souvent déjà au pouvoir ces dernières années, ont une part éminente de responsabilité dans ce désastre.
Le chef de l’Etat est par ailleurs directement impliqué dans certaines des décisions très néfastes qu’il a déjà été amené à prendre, à commencer par la réduction du nombre de fonctionnaires, l’acceptation d’un Traité européen copie-conforme de la Constitution Giscard et l’alignement dramatique de notre diplomatie sur celle de Washington.
Surtout, il n’a pas du tout opéré la fameuse rupture dont il se targuait tant avant son élection. Flouant des millions d’électeurs, il a très vite enterré nombre de ses promesses de campagne pour mieux se fondre dans le moule de la bien-pensance libérale et libre-échangiste, celle qui règne sans partage à Bruxelles. La continuité est bien le terme qui caractérise le mieux ses premiers mois de pouvoir. Il n’y a qu’un domaine où il a effectivement rompu, celui de la politique étrangère, pour détruire ce qui restait de notre indépendance et de notre capacité de proposition face à la mondialisation libérale.
Alors oui, je dis la rupture, et vite ! Le pays n’en peut plus. Il souffre. Il suffit de faire quelques pas dans la capitale ou dans une grande ville de province pour constater la paupérisation de la France.
La rupture passera par quelques principes très simples, et commencera par une affirmation de la nation républicaine comme avenir, parce qu’elle est le cadre le plus pertinent pour réaliser la démocratie, la solidarité, et pour permettre la régulation économique et sociale. La nation n’a jamais été aussi porteuse qu’à l’heure actuelle, alors que la résistance active à une mondialisation qui déréglemente tout impose de se fonder sur un cadre dynamique et solide. L’esprit de mai 1968 a tenté de la ringardiser, alors que partout dans le monde elle est perçue comme porteuse d’avenir. Nicolas Sarkozy devait rompre avec cet esprit. Une semaine après son élection, il appelait l’un de ses représentants les plus éminents, Bernard Kouchner, au Quai d’Orsay...
Au niveau européen, la rupture se traduira par une remise en cause radicale de l’Europe de Bruxelles, devenue à l’évidence via ses directives, ses règlements et ses arrêts, le vecteur de la mondialisation libérale. Il faudra substituer au libre-échange dogmatique un protectionnisme intelligent que les autres grandes puissances ne se privent pas d’utiliser. La concurrence libre et non faussée ne sera plus l’horizon indépassable du projet européen, étouffant toute possibilité de politique industrielle et d’innovation. Le service public sera respecté.
Nicolas Sarkozy et ses collaborateurs ne sont naturellement pas sur cette ligne de rupture. Ils n’ont pas l’intention de respecter le vote des Français le 29 mai 2005, ni même leurs promesses de campagne sur mai 1968, l’euro, la BCE ou la Turquie. Tout comme le PS, ils appartiennent, et ce n’est pas nouveau, au camp de la continuité.
Vivement la rupture, la vraie !

