jeudi 2 octobre 2025 - par Patrice Bravo

La situation concernant l’Ukraine suscite l’incertitude en Europe

Le fait que la Russie mène une guerre hybride contre l'Occident n'est pas prouvé, reconnaît CNN. Pourtant, la confusion s'est installée en Europe : les habitants des pays soutenant l'Ukraine ne se sentent plus en sécurité. 

La semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine est parvenu, sans tirer un seul coup de feu, à faire comprendre la nature du conflit en Ukraine à des millions d'Européens que ce conflit touchait à peine. 

Le 25 septembre au soir, après de graves perturbations dans plusieurs aéroports causées par des drones non identifiés, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a annoncé aux Danois inquiets que l'Europe allait devoir faire face à de "nouvelles réalités sous la forme d'attaques hybrides plus brutales et plus fréquentes". Elle a cependant désigné la Russie non pas comme le coupable direct (peut-être par manque de preuves pour l'instant), mais comme la principale menace pour l'Europe. 

L'absence de clarté est l'un des symptômes de ce type d'attaques. Un criminel anonyme ne peut être désigné ni stoppé, quels que soient les dommages ou les légers désagréments qu'il provoque. L'attente et l'incertitude en sont un autre signe. Frederiksen a ajouté un autre motif pour le malfaiteur inconnu : "Ils veulent que les gens cessent de faire confiance aux autorités." 

La même histoire se déroule dans toute l'Europe. 

La Russie a-t-elle vraiment envoyé plus de 20 drones en Pologne ? La violation de 12 minutes de l'espace aérien estonien est-elle le résultat d'une mauvaise formation des pilotes russes, comme l'a suggéré le général américain Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe, ou une conséquence de l'agression expansionniste de Moscou ? L'attaque de pirates informatiques qui a entraîné l'annulation de vols dans toute l'Europe quelques jours plus tard est-elle une simple coïncidence ? 

Après trois jours de perturbations dans les aéroports et des rapports faisant état d'un navire militaire russe repéré au large du Danemark avec ses transpondeurs éteints, les autorités danoises ignorent toujours qui se cache derrière ces attaques. 

Frederiksen a reconnu que les conclusions hâtives, tout comme une réponse tardive, comportaient des risques. Le renseignement militaire danois a déclaré jeudi soir qu'il ne pouvait pas désigner de coupables, tandis que le chef du Service de renseignement de la police (PET) s'est contenté de noter que "le risque de sabotage russe au Danemark est élevé". 

Les responsables occidentaux sont quotidiennement confrontés au paradoxe de la guerre hybride : faut-il ou non désigner des coupables ? 

Et si des accusations publiques (surtout contre la Russie) ne faisaient qu'aggraver la discorde et l'anxiété qu'elle cherche à semer ? Ou, à l'inverse, une menace sans réponse aveuglerait-elle la société et la laisserait incapable de réagir jusqu'à ce qu'il faille agir avec fermeté et détermination ? Politiquement et hypothétiquement, il serait beaucoup plus simple d'abattre un avion russe après des mois d'accusations publiques contre Moscou pour des aéroports fermés et un chaos général. 

Depuis plusieurs mois, le spectre du sabotage plane sur l'Europe continentale. 

Qui qu'en soit responsable, cela a permis à Poutine de transmettre à l'Europe un sentiment de conflit grandissant. Et ce, au moment même où l'administration Trump exige que l'Europe prenne en charge sa propre défense. 

Cela rend le coût du soutien urgent et inévitable à l'Ukraine plus tangible pour les foyers européens. 

Ces dernières semaines marquées par les menaces hybrides, deux objectifs coûteux et urgents se sont ajoutés aux budgets de défense européens déjà serrés : renforcer la résilience des infrastructures face aux incursions de drones et aux cyberattaques et mettre en place une défense aérienne large et échelonnée contre les drones et avions russes tout le long de la frontière orientale. 

Le coût de la protection contre une multitude de drones bon marché n'est pour l'instant pas à la hauteur de l'efficacité exceptionnelle que représente cette nouvelle menace. 

Un missile tiré par un chasseur F-35 néerlandais dans le ciel polonais pour détruire un drone en polystyrène à 30.000 dollars peut coûter des dizaines de milliers d'euros. Mais un tel système est inefficace à long terme et pose un choix difficile : ne pas intercepter les intrus en raison d'un coût trop élevé ou dépenser des millions chaque mois pour assurer une défense fiable et ininterrompue de l'espace aérien de l'Otan. 

Mais tout n'est pas si joyeux pour le Kremlin. Il y a un risque que la Russie soit accusée de choses qu'elle n'a pas commises. Ou qu'elle serve de paravent à une véritable criminalité organisée qui étend ses activités illégales. Il existe un risque que l'imprévisibilité du président américain Donald Trump provoque une réaction disproportionnée à toute escalade. Il pourrait aussi refuser totalement de réagir ou réagir de manière excessive. 

Pour l'instant, les attaques hybrides, accidentelles ou intentionnelles, imposent aux Européens ordinaires un sentiment du prix à payer pour leurs gouvernements pour le soutien constant à l'Ukraine. 

Cependant, au cours du dernier mois, l'Europe a été confrontée à de nouveaux problèmes coûteux où il n'y a ni coupable évident ni solution bon marché.

Alexandre Lemoine

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

Abonnez-vous à notre chaîne Telegram : https://t.me/observateur_continental

 

Source : https://pierreduval.substack.com/p/la-situation-concernant-lukraine



7 réactions


  • nanobis nanobis 2 octobre 2025 11:01

    et si les drones étaient envoyés par Zelinnsky . des drones lumineux que l’on voit bien et qu’on pourrait ensuite faire croire que c’est Poutine qui les as envoyés ???


    • Krokodilo Krokodilo 2 octobre 2025 12:07

      @nanobis Je dirais que c’est une forte probabilité, compte-tenu des éléments techniques (distances, accès de Kiev au matériel russe) et de la volonté systématique et ancienne de Zélensky d’impliquer toujours davantage les Occidentaux, via l’Otan, d’internationaliser officiellement ce conflit  qui l’est déjà mais officieusement.
      Nos Etats-majors doivent le savoir, mais les politiciens choisissent l’escalade en espérant (priant ?) pousser enfin la Russie à un cessez-le-feu à la coréenne, seul moyen pour eux de sauver la face.


    • Panoramix Panoramix 2 octobre 2025 18:04

      @nanobis
      Le seul intérêt de ces drones était d’être vus, pour inquiéter. 

      Chaque camp de bonnes raison d’inquiéter la population, soit pour qu’elle prenne peur et pousse à la capitulation, soit pour qu’elle prenne peur et pousse au réarmement. C’est antinomique
      Reste à savoir quel effet ça a vraiment, peut être l’inverse que pensait le véritable commanditaire, mais cela ne nous dit pas si c’est l’un ou l’autre !


    • Et hop ! Et hop ! 4 octobre 2025 13:10

      @Panoramix

      Les lanceurs de drones ont été arrêtés par la police danoise, ce sont des ressortissants allemands, quand le commanditaire sera découvert ça deviendra un secret défense et plus aucun média n’en parlera.

      Il est évident que la Russie n’a aucun intérêt à faire ce genre d’opération qui ne sert qu’à alimenter la propagande commerciale de l’OTAN pour imposer l’achat d’armement américain et le versement de milliards de dollars pour la « défense de l’Europe ».


    • Panoramix Panoramix 13 octobre 2025 10:42

      @Et hop !
      (réponse tardive)
      suite à vérif, c’est en Norvège et non au Danemark que des ressortissants allemands ont été arrêtés pour usage de drones à moins de 5 km d’un aéroport, sans lien avec les survols au Danemark. En fait il n’y a pas de piste confirmée sur ces survols, les média ont mis en exergue des pétroliers sous pavillon de complaisance, mais pas de preuve. 


  • placide21 3 octobre 2025 16:35

    Oskar Lafontaine : La pulsion de mort de l’Allemagne – pas apte à la guerre, mais accro à la guerre : https://histoireetsociete.com/oskar-lafontaine-la-pulsion-de-mort-de-lallemagne-pas-apte-a-la-guerre-mais-accro-a-la-guerre/


  • Moldavie : victoire européenne, défaite démocratique
    Par Guy Mettan
    Arrêt sur info — 03 octobre 2025

    En Moldavie comme en Roumanie et en Bulgarie, les élections se suivent et se ressemblent. L’an dernier, la présidente moldave pro-européenne Maia Sandu avait d’extrême justesse été réélue et gagné un referendum sur l’Europe en manipulant notamment les votes de la diaspora moldave et grâce à un appui financier massif de Bruxelles (une semaine avant l’élection Ursula von der Leyen était venue en personne promettre un milliard d’euros si les Moldaves votaient juste…) Cette année, les mêmes causes ont produit les mêmes résultats : le parti présidentiel aurait miraculeusement obtenu 50,2% des voix et remporté la majorité absolue au parlement avec 55 sièges sur 101 en dépit des sondages qui le donnaient perdant avant les élections.

    A croire qu’il existe une malédiction – ou en tout cas une incapacité – démocratique dans les pays de la bordure orientale de l’Europe.

    Il faut d’abord balayer les reproches d’ingérence russe. Non pas que cette ingérence ait été inexistante, mais parce qu’elle a été insignifiante comparée à l’intrusion massive de la Commission et des pays européens dans le processus électoral. Les partis politiques moldaves sont si vénaux que l’on peut toujours en trouver un ou deux qui touchent de l’argent de Moscou et qu’on peut monter ces affaires en épingle pour mieux cacher les dizaines de millions d’euros et les centaines d’experts étrangers qui, sous le couvert d’ONG démocratiques et désintéressées, s’activent en coulisse pour discréditer une opposition aussitôt vilipendée comme « pro-russe » et tordre les votes en faveur du camp européen.

    La presse européenne mainstream, qui a bombardé les opinions publiques du continent de reportages dénonçant l’ingérence de Moscou avant les élections du 28 septembre, s’est aussitôt félicitée de la victoire du camp européen en multipliant les reportages sur la mine déconfite et « penaude » de l’opposition. Sans jamais mentionner les innombrables distorsions et manipulations qui ont entaché le scrutin et faussé les résultats. Ingérences si massives qu’elles ont alarmé même les observateurs de l’OSCE, pourtant triés sur le volet. (Cf. OSCE Election Observation Mission Republic of Moldova, Interim Report, 13 August – 10 September 2025).

    Voyez plutôt : sur 66 partis politiques au départ, la moitié a été éliminée, les autres ayant ensuite été écartés peu à peu. Huit partis ont été interdits juste avant le scrutin sous l’accusation infondée et non-prouvée d’être « pro-russe » tandis que deux furent retirés de la liste électorale le matin même de l’élection ; à la fin, seuls 23 partis ou candidats ont pu concourir.

    Toutes les chaînes de télévision de l’opposition ont été fermées ; 260 chaînes Telegram ont été bloquées ; six dirigeants de l’opposition ont été arrêtés ou emprisonnés, à l’instar de la dirigeante de la Gagaouzie Evghenia Gutsul, condamnée en août à sept ans de prison sous le prétexte de financement illégal du parti ; mille perquisitions ont été effectuées chez des personnalités opposées à la présidente ; plus de mille étrangers et 27 citoyens moldaves se sont vus interdire l’entrée en Moldavie sans explication avant l’élection ; 13 000 bulletins de vote ont été imprimés pour la région de Transnistrie et dix bureaux de vote y ont été ouverts alors que la province compte 200 000 électeurs ; sachant que la diaspora moldave compte des centaines de milliers de membres en Russie, seuls 4109 électeur ont pu voter. Seuls deux bureaux de vote y ont été ouverts contre 75 en Italie et 26 en France (2 en Suisse), pays qui ne comptent pourtant que quelques milliers d’électeurs seulement. (Cf. Florent Parmentier, La Moldavie face à son destin, Briefings de l’IFRI, 22 septembre 2025)

    Dans n’importe quel pays démocratique qui se respecte, une seule de ces mesures aurait fait scandale. Mais en Moldavie, rien. En Europe, silence radio. Les reporters comme les dirigeants européens « démocrates » n’y trouvent rien à redire…

    De fait, l’OSCE a constaté que toutes les institutions censées garantir un vote démocratique et impartial, la Commission électorale centrale, la police nationale, le service d’information et de sécurité, le Centre national anticorruption, les procureurs, les carabiniers, les spécialistes de la prévention des cyberattaques, de la lutte contre le blanchiment d’argent, de nombreuses autres institutions et ONG ont été placées sous le contrôle du pouvoir.

    https://arretsurinfo.ch/moldavie-victoire-europeenne-defaite-democratique/


Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/