La trajectoire du keynésianisme
La crise de 1929 a été la conséquence d’un libéralisme non encadré. Plusieurs économistes se sont attelés à trouver un autre système économique. Il y aura principalement le néolibéralisme de Walter Lippmann, et le keynésianisme, fondé par l’économiste britannique John Maynard Keynes, avant les théories d’après guerre de la Société du Mont Pèlerin et du monétarisme.
Le keynésianisme est le système qui sera choisi par nombre de pays occidentaux à la fin de la guerre et s’écroulera dans les années 70. Pour les communistes, c’est une utopie du capitalisme.
Rappelons ses thèses principales (reprises de la fiche Wikipédia : Keynésianisme)
Le keynésianisme est fondé sur l'articulation de six principaux traits, dont trois concernent le fonctionnement de l'économie et trois les politiques économiques.
Les trois principes du fonctionnement de l'économie sont :
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La demande agrégée détermine la croissance mais est erratique ;
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Les inflexions de la demande ont une plus grande influence sur la production et l'emploi que sur les prix ;
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Les prix (et notamment les salaires) réagissent lentement au changement de l'offre et de la demande (absence d'ajustement spontané).
À partir de là, les keynésiens avancent trois principes de politique économique :
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Le niveau usuel de l'emploi est rarement idéal : il est sujet à la fois aux caprices de la demande et à des ajustements des prix trop lents ;
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Le système économique est par nature instable et il est nécessaire pour la puissance publique de mettre en œuvre des politiques de stabilisation ;
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Il est préférable de soutenir l'emploi plutôt que lutter contre l'inflation.
Keynes propose sa théorie en réaction à celles de l'école néoclassique, dont les positions ne permettent pas d'expliquer le phénomène de sous-emploi (chômage de masse) et l'incapacité des marchés à revenir spontanément à l'équilibre. Il considère que la « théorie classique n'est applicable qu'au cas du plein emploi », c'est-à-dire qu'elle est un cas particulier de sa propre théorie.
Voici un résumé des étapes majeures du keynésianisme.

1. Origines et installation du keynésianisme (années 1930)
En 1929, la Grande Dépression provoque une crise économique mondiale, avec un chômage massif et une déflation. En 1936, « La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » de Keynes bouleverse la pensée économique en prônant que les marchés ne s’autorégulent pas toujours vers le plein emploi. Il soutient que la demande globale est la principale moteur de l’économie et que l’État doit intervenir pour stimuler la consommation et l’investissement. La doctrine keynésienne devient rapidement la référence pour la politique économique dans de nombreux pays occidentaux, notamment après la Seconde Guerre mondiale, avec la reconstruction économique.
2. Développement et apogée (années 1940-1970)
Les gouvernements adoptent des politiques de relance budgétaire et de contrôle de la demande pour assurer le plein emploi. Les États-Unis et l’Europe occidentale connaissent une période de croissance soutenue, souvent appelée « les Trente Glorieuses » (1945-1975), où le keynésianisme est considéré comme une réussite. Les travaux de Paul Samuelson (économiste américain) popularisent la synthèse néoclassique keynésienne.
3. Crise et remise en question (années 1970)
Dans les années 1970, l’économie occidentale fait face à la stagflation, un phénomène où croissance faible, inflation élevée et chômage élevé coexistent. En 1973, le boycott arabe suite à la guerre du Kippour provoque une forte hausse du prix du pétrole (multipliée par 4 en quelques années).
En 1979, un second choc suite à la révolution iranienne entraîne une nouvelle flambée des prix du pétrole.
Ces chocs ont augmenté massivement le coût de l’énergie, élément essentiel pour la production et le transport, ce qui a entraîné une hausse généralisée des prix (inflation) tout en freinant la production et la croissance (chômage).
L’échec du compromis keynésien
Dans les années 1960 et début 1970, les banques centrales ont souvent maintenu une politique monétaire expansive pour soutenir la croissance, ce qui a alimenté l’inflation. Le keynésianisme privilégie la gestion de la demande pour contrôler l’activité économique, en utilisant la politique budgétaire ou monétaire pour stimuler la croissance et réduire le chômage.
Cependant, face aux chocs d’offre, ces politiques ont eu pour effet d’accroître l’inflation sans relancer la croissance, car la hausse des coûts (notamment du pétrole) a réduit la production et augmenté les prix, créant une situation où les politiques de stimulation ne fonctionnaient pas comme prévu.
La doctrine keynésienne suppose que l’augmentation de la demande peut stimuler la croissance sans provoquer une inflation excessive, dans un contexte normal. Mais lors d’un choc d’offre énorme comme celui du pétrole, stimuler la demande aggrave simplement l’inflation sans améliorer l’emploi ou la croissance. La politique de relance, en augmentant la demande, ne peut pas compenser la réduction de l’offre disponible.
La théorie keynésienne classique ne prévoit pas que des facteurs externes comme un choc pétrolier puissent rendre ces politiques inefficaces, voire contre-productives. Or, la stagflation a montré que l’approche keynésienne, axée principalement sur la gestion de la demande, ne pouvait pas résoudre une crise où l’origine est structurelle (c’est-à-dire liée à l’offre).
La stagflation des années 70 n’est pas directement la conséquence du keynésianisme en soi, mais plutôt une situation où les politiques keynésiennes, appliquées sans adaptation aux chocs d’offre, ont été inefficaces. La crise a révélé ses limites, notamment son incapacité à gérer simultanément inflation et chômage élevés dus à des chocs d’offre, ce qui a conduit à une remise en question de ses principes et à l’émergence de nouvelles écoles économiques (monétarisme, économie de l’offre).
Influence du Monetarisme : Milton Friedman et ses disciples proposent alors que la gestion de la masse monétaire est la clé, critiquant la politique keynésienne pour son inefficacité à long terme.
4. Essoufflement et remplacement (années 1980 et après)
Avec l’élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni (1979) et de Ronald Reagan aux États-Unis (1981), une vague de politiques néolibérales s’impose, privilégiant la dérégulation, la baisse des impôts et la réduction du rôle de l’État.
La crise de la dette latino-américaine (années 1980) et la persistance de l’inflation rendent le keynésianisme moins crédible.
La théorie économique se tourne alors vers le monétarisme, l’économie de l’offre, puis plus tard vers la macroéconomie intégrant les anticipations rationnelles et la rationalité des agents (école de Chicago, économie comportementale).
5. Héritage et tendances actuelles
Le keynésianisme connaît un regain d’intérêt lors de crises majeures, comme la crise financière de 2008 ou la pandémie de COVID-19, où l’intervention publique massive a été justifiée pour soutenir l’économie.
En résumé, le keynésianisme s’est installé dans la crise des années 1930, a prospéré après la Seconde Guerre mondiale avec la croissance des Trente Glorieuses, puis a été mis à mal par la stagflation des années 1970 et remplacé par des politiques néolibérales dans les années 1980. Son influence reste présente, notamment en période de crise. Le keynésianisme a permis une grande prospérité aux pays qui l’ont adopté. Mais il suppose un État fort. Ce que l’oligarchie milliardaire internationale refuse désormais pour opter vers une dérégulation totale des marchés, source de toutes les inégalités.
Pour approfondir :
Keynes, J. M. (1936). The General Theory of Employment, Interest and Money.
Histoire économique :
Blinder, A. S. (2013). After the Music Stopped : The Financial Crisis, the Response, and the Work Ahead.
Skidelsky, R. (2009). Keynes : The Return of the Master.
Articles et synthèses :
https://www.economicshelp.org/blog/112816/economics/keynesian-economics/

