La violence : un droit ?
La violence : un droit ? Est une question dérangeante : quand la société utilise quotidiennement des formes de violences contre les individus, de quel droit leur demande-t-elle de répondre toujours par le calme, la pondération et le respect des règles ?
Alors, tentons de répondre à cette épineuse question : la société française actuelle ne répond plus vraiment aux revendications, aux attentes et humilie ainsi les individus, tout en protégeant les puissants. Cela étant ressenti à toutes les strates de la société. Ne finit-elle pas alors par fabriquer elle-même sa propre violence, qu’elle prétend pourtant combattre ?
At large :
Il faut bien distinguer le droit de se défendre, la légitime défense, la résistance à l'oppression et le recours à la violence comme moyen de transformation politique.
Prenons le droit de se défendre : il est multiforme. Il y a les agressions physiques ; les agressions psychologiques ; la violence économique ; la violence institutionnelle. Les deux premières se focalisent plus sur les individus, mais qui, d’une manière ou d’une autre, peuvent ou doivent subir les deux autres.
Ainsi, comment se défendre contre une violence dont l'auteur est difficile à désigner ? En clair, face à une agression physique, on peut chercher à se protéger immédiatement. Face à une violence institutionnelle, la réponse est beaucoup plus compliquée : recours juridiques, mobilisation collective, grève, désobéissance civile ou contestation politique. Si, après ce qui vient d’être énoncé, l’impossibilité devient avérée, par la réaction des autorités, comme la presque impossibilité de manifester, d’exprimer sa liberté de parole. Si les moyens pacifiques de contestation deviennent inopérants ou trop dangereux pour être utilisés, comment faudrait-il réagir ?
La légalité suffit-elle à légitimer l'action d'un pouvoir ?
Une violence peut être légale sans être nécessairement juste. À l'inverse, une action illégale peut être motivée par la volonté de combattre une injustice. Entre les deux, un no man's land, comme un espace indéfini entre la légalité et la légitimité, entre ce que la loi autorise et ce que la conscience de chacun considère comme juste. C’est une zone sans repères, où les règles habituelles ne permettent plus de trancher.
Pour bien comprendre, prenons le cas des révoltes lycéennes actuelles.
La jeune génération de lycéens et d’étudiants, ayant dû passer par l’époque Covid, se retrouve quelques années plus tard face à un dilemme : que sera ma vie future ? Sachant qu’elle passera par l’obtention de diplômes, de formations et d’expériences. Il y a cependant un énorme problème : c’est que l’État fournit de moins en moins une qualité d’éducation à cette génération, bien consciente du problème. Alors, une question précise se pose : si les lycéens estiment que leur avenir est compromis par les défaillances du système éducatif, leur révolte est-elle illégitime parce qu'elle perturbe l'ordre public ? La question suivante sera : si la contestation est le seul moyen pour les jeunes de se faire entendre, jusqu'où l'État peut-il aller pour la faire cesser ?
Le monde de la non-écoute
Une société qui n'écoute ses citoyens que lorsqu'ils dérangent ne contribue-t-elle pas elle-même à radicaliser leur colère ?
Dix jours se sont écoulés avant que des représentants lycéens soient reçus par le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, le 2 octobre 2026. Ce délai doit soulever une question : pourquoi a-t-il fallu attendre que la contestation s'amplifie et déborde pour que le pouvoir accepte enfin d'écouter ceux qui réclamaient son attention ? Le paradoxe est là : le pouvoir reproche aux jeunes de perturber l'ordre public, mais combien de temps leur a-t-il fallu pour forcer un espace de dialogue ?
Des résultats scolaires en recul, des inégalités sociales persistantes, des heures de cours perdues faute d’enseignants : voilà la réalité que vivent énormément de lycéens. On leur demande de préparer leur avenir, mais leur donne-t-on toujours les moyens de le construire ? Alors, lorsque la parole ordinaire ne produit aucun résultat visible, certains finissent par croire que seule la perturbation, la casse attire l'attention. La contestation devient alors non seulement un moyen de revendiquer, mais aussi un moyen d'exister aux yeux de ceux qui gouvernent, et cela génère de la colère qui, comme chacun sait, est mauvaise conseillère…
La manière dont notre société traite cette colère ne la rend-elle pas dangereuse ?
Imaginons…
Au lieu de ce non-dialogue, tout le monde devrait se mettre autour d’une table et ne pas sortir de la pièce avant d’avoir trouvé un compromis… sauf que, ce n’est culturellement pas possible en France, car la confrontation politique et le refus de reculer peuvent rendre la négociation particulièrement difficile. Chacun, par tradition, reste arcbouté sur ses positions et ça ne peut que tourner à la foire d’empoigne. D’autant que cette fois-ci, ce sont des « gamins » qui défient un gouvernement inapte au dialogue, cela étant prouvé depuis ces 10 dernières années. C’est à se demander à qui profite l’enlisement de la crise, son pourrissement. Est-ce que cette situation ne remplirait-elle pas un agenda à visées lointaines ?
Il n’empêche, nous, société française, en sommes là, à la croisée des chemins. Allons-nous basculer vers une période où il faudra sortir les piques et les fourches et, comme nos anciens sans-culottes, mettre à bas ce monde fait d’argent, de contrôles et de pouvoir, qui nous opprime ?
La révolution sera télévisuelle !
C’est un détournement de titre d’une chanson de Scott-Heron qui, déjà en 1970, dénonçait une télévision et les médias, transformant la politique en spectacle et détournant les citoyens de l'action réelle : ah, ces poubelles qui brûlent et ces abris-bus cassés ! Son idée centrale : on ne fait pas une révolution en restant assis devant son écran à regarder les autres agir. Et c’est pour cela que, par centaines de milliers, depuis quelques semaines, les Français marchent dans les rues, sous les assauts violents des « forces de l’ordre » ; ils sont sortis de leur confortable canapé, et… la violence peut-elle devenir un droit lorsque les citoyens descendent dans la rue et se heurtent à celle de l'État ? Comme pose la question le titre.
La violence : un droit ?
Je vais citer un auteur, Édouard Louis : « Il n’y a pas de grande révolution sans débordements ; et les mêmes qui aujourd’hui attaquent la colère des jeunes sont ceux qui célèbrent la révolution de 1789… or, on a pu mettre à bas la monarchie et transformer la société parce qu’il y a eu des débordements, et parce que c’est la seule manière de se faire entendre par le pouvoir. »[i]
Je le rejoins, le pouvoir entend ce langage, car il le pratique en expert. La caste bourgeoise en place, qui concentre les pouvoirs, partage les mêmes réseaux et finit par défendre ses propres intérêts comme s’ils étaient ceux de la société entière. Et, d’un autre côté, a peur du peuple et se dit qu’en serrant la visse fort, ça tiendra… sauf qu’à force de tirer, ça casse !
En 1917, la royauté russe était à mille lieues qu’elle disparaîtrait en quelques années, quant à Louis XVI…
Un bourgeois comme Macron a grandi dans la certitude de sa supériorité naturelle, celle faite pour commander, gouverner et sévir, sauf que cela devient visible : le cheval se cabre, alors, d’ici à ce qu’il vire le cavalier…
Pour les élections de mai 2027, prions qu’une vraie révolution s’installe, sans aucun sang versé, comme celle de Velours de Václav Havel.
La question posée était : la violence, un droit ? Et si l'aveuglement du pouvoir finissait par la rendre inévitable ? Nous en sommes peut-être à ce tournant de notre histoire, qui vivra, verra !
Georges ZETER/octobre 2026
Video :
SOURCES
Le Monde — Les lycéens face aux inégalités scolaires et au manque de moyens, 14 octobre 2026
Légifrance — Article 122-5 du Code pénal : légitime défense
Défenseur des droits — Maintien de l'ordre et liberté de manifester
Vie publique — Droit de manifester et maintien de l'ordre
https://www.cbsnews.com/news/the-revolution-will-not-be-televised/



