jeudi 23 avril 2020 - par Dr. salem alketbi

La vision de la Chine du leadership mondial d’après-coronavirus

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En période de crise mondiale, de rares occasions de restructurer les équations des relations internationales resurgissent. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus une superpuissance, dominante, riche et sûre d’elle-même.

Ainsi, ils ont pu étendre leur influence et forger un ordre mondial fondé sur la consolidation et la domination de l’influence américaine. Nous pouvons dire que les produits globaux de ce système, avec toutes ses institutions et organisations, témoignent du leadership américain dans le monde.

Si l’on compare les paramètres de la Seconde Guerre mondiale à ceux de la pandémie de coronavirus, l’une des crises les plus ardues que le monde ait connues depuis la guerre, la pandémie a créé une opportunité et des circonstances similaires qui pourraient aboutir à un renversement de leadership en faveur de la Chine. La Chine tient à renforcer son rôle, à affirmer son influence mondiale et à tirer parti de la vulnérabilité et du repli des États-Unis devant cette situation critique.

La propagation du virus a causé un désastre économique aux États-Unis, faisant des dégâts non seulement humains et économiques, mais aussi au sein du système politique américain lui-même. Les divergences se creusent quant aux rapports de force entre le président, les gouverneurs et les États, ainsi qu’à la division partisane sans précédent.

Au-delà de la capacité des USA à pallier les blessures profondes de la crise, des questions pressantes se posent. La pandémie de coronavirus est-elle vraiment une opportunité pour l’ascension chinoise comme alternative au leadership américain ? La Chine veut-elle assumer ce rôle dans un futur proche ou a-t-elle une autre vision stratégique pour le monde ? Pékin considère-t-il la pandémie de coronavirus comme une occasion unique de tenir les rênes sur la scène mondiale ?

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Pour répondre à ces questions, qui me semblent essentielles pour résoudre tout débat pertinent, il faut rappeler que les répliques de la crise du coronavirus sont loin d’être si bien claires qu’on peut dire avec confiance qu’elles offrent à la Chine, ou à d’autres puissances mondiales, une occasion à remplacer les États-Unis comme leader de l’ordre mondial actuel.

Le dénouement de la crise est encore incertain et ses scénarios restent théoriques. Mais surtout, ses retombées économiques et stratégiques ne sont pas encore si évidentes au point de susciter une perception sérieuse de l’avenir, quoique partielle, chez la plupart des chercheurs. Trop tôt donc de faire le point.

Le point le plus pertinent maintenant concerne le scénario de fin de crise. On parle d’une crise qui peut prendre quelques mois, comme elle peut durer un an ou deux. Cependant, tout porte à croire que la crise aura de profondes implications structurelles pour l’ordre mondial et poussera à un changement et à un réexamen de nombreux concepts, pratiques, comportements, normes et lois internationaux.

Toutefois, ces effets ne sont pas tellement liés aux pertes et aux victimes de la crise. Ils sont plutôt liés à des pratiques internationales négatives. Depuis le début de la crise, les règles de la coopération internationale et les pratiques inscrites dans les mécanismes de la mondialisation et du libre-échange ont révélé leurs graves lacunes et leurs failles flagrantes, qui ont mis en évidence leur nocivité pour la sécurité nationale des États.

Un autre point intéressant de ce débat concerne la vision de la Chine sur ce qui se passe et sa volonté de devenir le leader mondial dans cette phase historique. Il convient de noter ici qu’il est patent que la Chine considère la crise comme une opportunité de renforcer son rôle et sa position internationale. Cela ressort de son activité intensive d’aide et de coopération avec tous les pays du monde et de l’assistance qu’elle leur apporte pour faire face à la crise sanitaire. Néanmoins, cela ne veut pas aller jusqu’à vouloir combler le vide stratégique potentiel suite au retrait total des États-Unis du leadership de l’ordre mondial existant.

Le dragon méfiant, comme l’a appelé la RAND Corporation dans l’une de ses célèbres études sur le rôle de la Chine au Moyen-Orient, ne rend pas urgente l’idée d’une concurrence avec les USA pour diriger le monde. La culture chinoise millénaire voit les choses tout à fait différemment du reste du monde.

Pékin a assez de patience et de réserve stratégique pour faire croire qu’elle ne cherche pas à exploiter cette crise pour se substituer aux USA. Mais la Chine sait très bien que la pandémie est une occasion précieuse de reprendre le dessus dans le conflit commercial, économique et stratégique avec le président Trump, de gagner en confiance et de renforcer son influence internationale face à la pression exercée par l’Occident, sous la conduite américaine, au cours des dernières années.

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Sa sympathie, appui et aide à l’Italie et d’autres pays européens face à la crise du coronavirus peut aider la Chine à briser le front occidental contre elle, en reconstruisant l’image mentale du pays sur la scène internationale et en lui donnant un vernis moral au-delà des intérêts géopolitiques.

La Chine peut mener une politique d’aide pour soutenir les économies du monde entier afin de sortir d’une récession économique qui dépasse la crise financière de 2008, comparable à la Grande Dépression des années 1930. Si elle y parvient, la Chine aura atteint l’un de ses objectifs les plus majeurs dans cette crise, à savoir établir un équilibre stratégique mondial avec l’influence des États-Unis, ce qui aura par conséquent un impact sur les politiques américaines à son égard dans la prochaine phase.

La Chine devrait s’attacher à poursuivre la politique de renforcement de sa position stratégique mondiale qu’elle pratique rigoureusement depuis près de deux décennies. Le pays a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la crise de la dette de la zone euro en achetant des obligations à des pays accablés par la dette comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Ses investissements dans ces pays ont été renforcés. Ajoutons à cela son expansion stratégique dans des économies aux quatre coins du monde grâce à la nouvelle Route de la soie, et cette crise donnera à la Chine l’occasion de passer d’une position défensive face à la pression stratégique constante des États-Unis à une position équilibrée.

Mais l’influence mondiale des États-Unis ne sera pas forcément remise en cause. Toutefois, la Chine aura l’occasion de prendre les devants dans ses relations complexes et parfois houleuses avec les États-Unis. Les dirigeants chinois pourront ainsi imposer leurs visions et leurs perceptions dans ces relations et pousser Washington à faire preuve d’une grande souplesse pour éviter le challenge chinois.

L’économie américaine ne peut pas facilement abandonner les activités d’externalisation vers les entreprises chinoises. C’est ce qui ressort de l’annonce par la Chine de sa volonté de fournir une aide médicale aux USA après que celle-ci s’est heurtée à sa capacité réduite à répondre aux besoins de sa population en matière de muselières médicales, de respirateurs et de dispositifs de prévention des infections.

Il ne faut pas oublier que les occidentaux accusent de plus en plus souvent la Chine de dissimuler les informations et les données des victimes de la crise du coronavirus. La Chine pourrait alors accorder de plus en plus la priorité à la confiance et à la fiabilité internationales en continuant à fournir une assistance sanitaire, médicale et économique. Ceci permettra d’établir une image de marque chinois fondé sur la morale et les principes plutôt que sur des intérêts stratégiques. C’est en soi une autre brique dans l’édification du modèle chinois. Ce modèle se veut un pilier du futur leadership mondial sur qui on peut compter.



10 réactions


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 23 avril 2020 20:48

    Sur qui on peut compter...et mon cul ...


  • PASCAL LE PRO Jean Guillot 23 avril 2020 22:31

    Les USA ont une puissance militaire supérieure à la Chine , la Chine n’aura pas le leadership


  • microf 24 avril 2020 19:52

    Merci.

    C´est vrai on se remet toujours d´une crise, mais ici, je voulais parler de sa première place par rapport au leadership mondial que l´Occident ne retrouvera plus.


    • microf 25 avril 2020 18:11

      @Tibère

      Merci pour votre réponse.
      Je voudrais que notre échange soit un dialogue oú chaque personne apporte ses arguements, comme on dit, arguments contre arguments.

      C´est vrai l´Occident ( l´Europe, les Usa, le Canada, l´Australie, Israel ) n´a pas encore complètement perdu son leadership, mais cet Occident n´est plus leader le camp d´en face á savoir la Russie sur le plan militaire, et la Chine sur le plan économique ou industriel.

      Je n´ai pris que la Russie et la Chine, car en ajoutant le bloc des pays émergeants ( les Dragons d´Asie ), il n´ya pas macht comme on dit en language populaire.
      Car la croissance du PIB mondiale aujourd´hui, n´est plus faite par les pays occidentaux, mais par les pays hors occident qui assurent á plus de 50% la croissance du PIB mondiale.

      Le camp face á l´Occident dépasse déjá en terme de PIB le bloc occidental, et la tendance du bloc face á l´Occident est á la hausse tandis que le celui du bloc Occidental, stagne ou va vers la baisse, ce chiffre est vérifiable dans les données de la banque Mondiale au cas oú vous auriez des doutes.
      Depuis la crise de 2008, la domination de l´Occident sur l´´´economie mondiale s´est estompée, et rien que les BRICS ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud ) génèrent la moitié de la croissance du PIB mondial.

      Un aspect qui vient de démontrer la fin de cet Occident, l´irruption du Coronavirus.
      L´Occident n´a pas su gérer cette crise du Coronavirus, il ya plus de morts dans les pays occidentaux que dans les autres pays, alors que ces pays occidentaux sur le papier, et celá est vrai sont plus avancés en médécine que les pays non occidentaux.

      En France, il ya un problème de masques. Est-ce difficile á fabriquer un masque ?

      Dans de nombreux pays en Afrique en ce moment, il n´ya presque pas un problème de masques.
      Parceque chacun cout soit même son propre masque, j´ai au moins 5 masques avec moi en ce moment, masques que je change á gré.

      La France a pourtant la capacité de fabriquer des masques, mais le fait que tout tombe en ruine, rien n´est plus bien organisé, rien n´est plus bien pensé, a mis á nu les carences d´une société profondément en crise, je ne parlerai pas des hopitaux ou du personnel médical en manque, personnel médical qui paye un lourd tribut á la lutte contre le Coronavirus, heureusment que des pays comme le Cuba et autres du bloc en face de l´Occident, ont envoyés des équipes médicales et du matériel médical, pour venir en aide aux pays occidentaux.

      Vous avez mentionné la Chine d´après vous comme une dictature.

      Mais voilá une dictature qui en quelques années s´est développée et investit aujourd´hui dans le monde entier y compris en France.
      Voilá une dictature qui a fait sortir plus de 400 millions de ces citoyens de la grande pauvreté, pendant ce temps, un pays au haut point de la démocratie á savoir la France, n´arrive pas á donner du travail á ces citoyens, en France oú la pauvreté ne fait qu´augmenter, et oú á cause du Coronavirus, la pauvreté va encore plus augmenter.

      Voilá une des plus grande démocratie á savoir la France qui participe aujourd´hui á destruction de pays qui n´ont jamais attaqués la France.
      Faites vous même une liste de pays oú la « démocratique France » est engagée dans la guerre, et le nombre de pays oú la « dictature chinoise » est engagée dans la guerre, et comparez qui de la dicature chinoise, ou de la démocratie Francaise est plus agressif.
      Pendant que la dictature chinoise créee sa route de la soie qui créee les emplois dans les pays que cette route traverse, les pays occidentaux démocratiques crées des routes pas de la soie pour créer des emplois, mais des routes pour sèmer la mort ( destruction de la Libye, de la Syrie, de l´ Afghanistan, du Yémen, de l´ex-Yougoslavie, de la Côte d´ivoire, du Mali, de la Centrafrique, de l´Irak, de la Somalie, de l´Ukraine, du Tchad, du Congo) pour ne citer que ceux lá car il la liste est longue.

      Parlant de valeurs occidentales que les autres copient ou veulent copier lesquelles ? pourriez vous me les citer ?


    • foufouille foufouille 25 avril 2020 18:22

      @microf

      tu as mieux que chez nous ?

      vous avez tous des WC, routes et rails de trains sans herbes ?

      plus de crève la faim nourris par la bouffe des blancs ?

      vu le nombre de médecins et le prix de la consultation, ce sera une hécatombe chez les lapinous comme toi.


    • Doume65 27 avril 2020 00:01

      @Tibère
      « d’autant que l’affaire Huawei nous montre que les Chinois restent encore très dépendants technologiquement des Occidentaux »
      Cette affaire va surtout accélérer la volonté d’indépendance totale de nombreux pays par rapport à l’Oncle Sam.
      Du reste, je devrais parler au présent, vu que les producteurs de smartphones chinois sont déjà en train de s’émanciper.
      Même les pays les plus américanophiles ont compris que les USA sont une énorme mafia de laquelle il faut se soustraire. Ça ne bouge pas beaucoup du côté européen mais personne n’en peut plus. Tiens, la conférence de l’ex ministre Pierre Lelouche qui passe pourtant pour un laquais des amerloques.


  • microf 25 avril 2020 18:35

    @Tibère

    Suite@microf

    À l’occasion de la sortie de son dernier livre, Le soir approche et déjà le jour baisse, S.E. le cardinal Robert Sarah a bien voulu accorder un entretien à Gabrielle Cluzel, rédactrice en chef de Boulevard Voltaire. Sans langue de buis, le prélat aborde les questions des racines chrétiennes de l’Occident, des migrations, du dialogue interreligieux, notamment avec l’islam, de la mondialisation…

    Dans cette interview que je vous prierais de lire, le Cardinal dit que le monde aujourd´hui est plongé dans une très grande crise, et que l´origine de cette crise a ses racines en Occident.

    Pourquoi l´origine de la crise mondiale a ses racines en Occident ? Parceque cet Occident mènant le monde pendant des siècles, s´il tousse, les autres vont trinquer.

    Cette crise en Occident vient dans le refus de l´Occident de ses racines chrétienne.

    C´est le christianisme qui a faconnée l´Occident, et l´Occident a récu la Mission de le répandre dans le monde, et que fait aujourd´hui cet Occident, il renie ses racines. Un arbre coupé de ses racines peut-il survivre ? NON, cet arbre va se déssècher et mourir, c´est ce qui arrive aujourd´hui á l´Occident.

    Alors ya t-il une voie, un espoir OUI, lequel, retrouver et retourner á ses racines, lesquelles, les RACINES CHRÉTIENNE, c´est la seule et unique voie qui s´offre á l´Occident, sinon, dans un futur très proche, on parlera de cet Occident au passé.


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