LE 1er MAI
Qui est à l'origine du 1er mai ? De quoi le 1er mai est-il le nom ? Et si le 1er mai ne devait plus se résumer qu'à un brin de muguet, plus souvent vendu qu'offert, jamais plus cueilli ?
Non, le 1er mai n’est ni communiste, ni nazi et ni une création du gouvernement de Vichy, n’en déplaise aux nostalgiques du maréchal Pétain. Non, le 1er mai n’est pas le jour de la « Fête du travail ». Non, le 1er mai n’est nullement un jour de fête.
Le 1er mai est un jour de lutte et, avant d’être chômé et payé, un jour de grève générale.
En 1886, aux États-Unis, afin d’obtenir la journée de travail de huit heures, une intersyndicale lança un appel à la grève générale pour le 1er mai, jour où beaucoup d’entreprises entament une nouvelle année comptable.
À Chicago, la grève dura plusieurs jours et donna lieu à des violences policières, plus particulièrement à l’endroit de militants anarchistes. Le 4 mai, lors d’un rassemblement pour justement dénoncer les violences policières – la veille, lors d’une manifestation organisée par les grévistes de l’entreprise Mc Cormik, trois personnes perdirent la vie –, des affrontements opposèrent des anarchistes et les forces de l’ordre à Haymarket Square. Une bombe eût été lancée sur des policiers qui ripostèrent en tirant à balles réelles. Un carnage eut lieu.
Cinq manifestants, Albert Parsons, Adolphe Fischer, Georges Engel, August Spies et Louis Ling, furent arrêtés. Ils furent condamnés à la peine de mort. Louis Ling se suicida dans sa cellule ; les quatre autres furent exécutés. Des années plus tard, la justice états-unienne réhabilita les cinq condamnés, reconnus victimes d’une machination policière et judiciaire, coupables de rien, si ce n’est d’être des anarchistes.
Deux années après ces événements, à Paris, la IIe Internationale – qui à l’époque portait un véritable projet de révolution libertaire – décréta le 1er mai, en souvenir du massacre de Haymarket Square, journée de lutte à travers le monde.
Non, le 1er mai ne saurait être une journée de fête ; or les syndicats, tous réformistes et définitivement éloignés de l’esprit de la charte d’Amiens, contribuent depuis fort longtemps à faire de cette journée un moment folklorique. Défiler de la Place de la République à celle de la Nation, en scandant les mêmes slogans depuis vingt ans : ce n’est pas cela qui fera trembler ni le patronat, ni le grand capital, ni le pouvoir bourgeois. Même si quelques vitrines volent en éclats et que quelques poubelles prennent feu.
Le combat pour un monde égalitaire et solidaire exige des efforts de tous les instants, quotidiens, désintéressés, tout au long de l’année et non des ritournelles annuelles.
© Youssef Jebri, avril 2026.


