mercredi 28 octobre - par Jean-Paul Foscarvel

Le capitalisme dans sa phase ultime ?

Les événements en cours nécessitent du recul pour être compris.

Le système dans lequel nous sommes installés ne date pas d’hier, mais a ses origines aux Pays bas et au Royaume uni, avec la création des sociétés anonymes.

C’est le développement industriel qui a permis au système sa complète domination. Dans un premier temps, les produits étaient destinés au développement des infrastructures industrielles (comme les chemis de fer) ou à une minorité privilégiée. Des périodes de prospérité, d’innovation, d’extension de la productivité étaient suivis de crises, d’effondrement de la production, de chômage massif, dont deux ont débouché sur des guerres mondiales.

Après la deuxième guerre mondiale, le modèle fordien, l’élévation de la productivité, ont renforcé le système, devant désormais faire face à la concurrence du socialisme. La société de consommation pouvait offrir aux travailleurs un échappatoire à l’aliénation. En ce sens, mai 68 a été une crise de développement, les étudiants voulant la liberté qui était inscrite en filigrane dans la consommation et les travailleurs en désirant les produits eux-mêmes.

Le capitalisme a ainsi accru son efficience, faisant entrer la classe ouvrière dans le mirage de l’ère de la prospérité.

Le premier choc fut celui de la crise du pétrole, en 1973, provoquant le début de l’extension du chômage, qui était en réalité la crise du modèle consumériste par la baisse des taux de profit. En France, l’ère Giscard commençait, avec un desserrement du point de vue sociétal et un resserrement du point de vue social.

Face à cette perte de taux de profit, s’est dessiné progressivement un nouveau modèle, dans lequel la production réelle de produits physique a été remplacée par des produits ou services immatériels. Bill Gates fait alors sensation avec ses logiciels MS DOS, Windows, Word et Excel. D’abord sur disquettes, puis sur CD ROM, puis téléchargeables, le vecteur de fabrication, et donc son coût, devenait négligeable face au prix final du produit. La plus-value explosait, ne nécessitant plus de reproduction unitaire du travail, le système capitaliste avait trouvé une nouvelle manne et s’est converti en un système fianciaro-immatériel.

La reproductibilité a concerné non seulement les logiciels, mais tout dont l’écart entre la part immatérielle et matérielle était suffisant pour créer des profits importants. La partie immatérielle peut être le produit lui-même (logiciel), un brevet (vaccin), une marque (produits à bas coût vendu chers par la renommée de la marque), ou une partie du produit qui contient de l’immatériel (un objet connecté). Le vecteur lui-même peut être le produit ou un service. Par exemple, Google est un vecteur de profit immatériel, mais l’usager n’est pas le client, mais le matériau pour un client qui peut être une entreprise (annonceur), ou un service d’État (surveillance et contrôle).

Le système a ainsi bien fonctionné jusqu’en 2008, lorsque la financiarisation de la société a été remise en question. Par ailleurs, la concurrence, les logiciels open source, la lucidité croissante des utilisateurs, ont progressivement contribué à affaiblir le système.

L’un des vecteurs de cet affaiblissement a été le hiatus progressif entre l’Occident et la Russie et la Chine, qui se sont mis à créer des services parallèles et indépendants des grandes entités capitalistes occidentales. Ce fut une des raison de la crise, puis de la guerre, entre l’Occident et la Russie, associé au désir d’accéder à ses ressources précieuses.

Le système devenu turbo-capitaliste immatériel avait besoin d’une porte de sortie, celle-ci fut l’espoir contenu dans l’IA, redonnant du souffle aux entités capitalistes immatérielles. Cependant, cet espoir est mis en cause durablement par les besoins énergétiques nécessaires au fonctionnement des data center. On revient de fait au modèle du capitalisme classique, puisque l’information donnée par l’IA n’est pas reproductible à l’infini sans coût, mais au contraire demande une quantité d’énergie avec un coût qui plombe durablement les taux de profits, et nécessite de la part du client un investissement qu’il peut ne pas vouloir assumer. On entre à nouveau dans une impasse.

La sortie de cette impasse passe par un client fiable, financièrement bien doté quoiqu’il advienne, souverain de ses choix, autrement dit, un État. Que peut demander un État déjà surendetté à une entreprise de ce niveau, sinon la préparation de la guerre.

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La guerre devient ainsi la seule porte de sortie valable pour sortir des crises répétitives du système capitaliste, puis turbo-capitaliste, devenant ainsi un système polemo-capitaliste.

D’où la volonté d’extension à tout prix de la guerre, quoi qu’il en coûte, puisque seule celle-ci va assurer la poursuite de hauts taux de profits souhaités par le système. Quant au chaos généré par elle, il est également souhaité dans la mesure où il contribue à l’affaiblissement de la population, voire son extinction, qui à la fin constitue le réel objet de cette guerre perpétuelle.

En ce sens, la montée des prix de l’essence, la destruction des systèmes d’éducation, de santé, de justice, de transport, la division violente des populations entre fascistes et anti-fascistes, jeunes et vieux, immigrés et autochtones, fait aussi partie de cette guerre, car toutes ces structures ont un coût désormais jugé inutile, puisqu’il n’y a plus ni besoin de main d’œuvre ni de consommateurs, mais de guerriers et de victimes et que les divisions internes sont les bienvenues. Seule une petite élite restera intégrée dans le système de production en grande partie immatériel.

Mais ainsi, le système capitaliste ne se situe plus dans la perspective d’un avenir radieux, d’une extension perpétuelle, mais au contraire de contraintes chaque jour plus insupportables, d’un avenir toujours plus sombre, et finalement d’une extinction possible de la civilisation par l’usage sans retenue de systèmes de destruction qu’il ne contrôle plus.

Dans cette mesure aussi, il est normal que ce soient les jeunes qui s’emparent de la protestation, car ce sont eux les futures victimes de cet avenir sans futur.



6 réactions


  • Étirév 28 octobre 16:55

    Aujourd’hui, le monde capitaliste et le monde socialiste évoluent vers le même type de société. Le poids de l’administration, l’omnipotence de l’Etat, la puissance des multinationales et des grands intérêts financiers, font que les hommes ne sont guère plus que des pantins en face de ces gigantesques pouvoirs. Ceux-ci aspirent au mondialisme, à une société uniformisée qui leur offrirait, par toutes ses possibilités d’exploitation, une puissance inégalée et un pouvoir absolu.
    En 1964, dans « Humanisme et Culture », Edgar Faure écrivait : « Le système capitaliste de l’Occident et le socialisme de la Russie (aujourd’hui on pourrait dire des « BRICS ») cheminent l’un vers l’autre, vers la solution de synthèse ».
    La « solution de synthèse » dont il est question ici, n’est-elle pas, en effet, l’aboutissement de cette fausse unification finale dont parle l’Apocalypse de Jean, ce processus désagréable qu’aujourd’hui nous voyons bien réellement se mettre en place sous la forme d’un « Supergouvernement » mondial régulateur que les « Puissance d’argent » (banques et multinationales) contrôleront totalement, et que l’on désigne généralement aujourd’hui du doux nom de « Nouvel Ordre Mondial » ?
    NB : Quels sont les deux grands ennemis de la civilisation dont nous nous glorifions d’être les tenants ? Il y en a deux, inégalement redoutables, mais causes certaines et les plus effectives du malaise mondial : la finance ou le capitalisme international d’une part, le bolchevisme ou le communisme de l’autre. Celui-ci n’est souvent que la forme brutale du premier. En tout cas ils se tiennent par les liens les plus étroits, l’un aidant l’autre et le subventionnant. Tous deux créent la panique, prélude à la terreur, par la propagation des fausses nouvelles, la suggestion d’une presse à gages, qui démoralise l’adversaire et qui décourage la résistance. Tous deux soudoient les révolutions, renversent les gouvernements, dépossèdent les souverains. Tous deux organisent la spoliation de l’épargne et de la propriété. Tous deux produisent, ou imposent, l’égalité dans la ruine et dans la misère. Poussé par des instincts de lucre ou de domination, égaré aussi par le rêve impossible de Babels humanitaires, le capitalisme international s’abat brutalement sur le pauvre monde ; il renverse, bouleverse et saccage pour l’assouvissement de la plus grossière cupidité, ou la réalisation des plus creuses chimères. Avec tous ses calculs, il agit comme une force aveugle, qui produit et qui détruit avec l’inconscience de la nature.
    Autant le capital est sage, réglé, conservateur, prévoyant dans son principe, autant le capitalisme international est révolutionnaire par essence, insoucieux de la mesure, de la stabilité, comme de l’avenir, ignorant du bien et du mal, amoraliste absolu.
    Dans quelle mesure le communisme bolcheviste peut-il se passer de cette finance destructrice, semeuse de révolutions, de guerres atroces et de ruines, c’est ce qu’il faudrait pouvoir examiner de près. Ceux qui jouent ce jeu sinistre ne se montrent pas à visage découvert.
    Un « Plan » à Long Terme ?


  • ddacoudre ddacoudre 28 octobre 18:39

    Bonjour le capitalisme ne date pas d’aujourd’hui seul son nom est contemporain. Le capitalisme n’est qu’une essence du comportement psychique humain qui s’est développé rapidement quand la population a dû travailler pour produire et se sédentariser. Alors les plus forts ont continué de cueillir les productions réalisées par le travail des autres, ce fut l’économie de pillage qui a donné naissance à ce qu’est le capitalisme aujourd’hui. Hier le dominant avait un glaive et soumettait les autres comme esclaves, serfs, en servitudes, puis en salarié à partir de 1804. C’est dire si notre notion de capitalisme moderne est récente et elle n’a été que le résultat des plus riches qui se sont élaboré une organisation qui gardait les dominés qui étaient passés de la notion de sujets à celle de peuple sous la domination du capital en gérant les affaires de l’État plus ou moins démocratiquement après l’empire et les Orléanais. Le capitalisme c’est quand les riches avancent à des pauvres un salaire pour produire ce dont ils ont besoin et avec lequel le capital compte s’enrichir un peu plus. Le pauvre travaille et reçoit cette avance du capital pour acheter ce qu’il a produit, qui juridiquement ne lui appartient pas suivant la loi qu’ont établie les plus forts, les dominants de leur temps. Sauf que le capital revend le produit du travail du salarié pour compenser le coût de production, le financement budgétaire de l’état, son propre revenu, plus par la marge de l’augmentation de son capital pour ne pas le perdre en le consommant. Résultat le prix du produit.contient tout cela, le salarié achète tout cela en restituant son salaire au capital contre le produit qu’il a fabriqué. Et c’est seulement le salarié qui fait la richesse du pays, les consommations des entreprises, des employeurs, des indépendants de l’état et autres participent à la croissance, mais rentrent dans le prix de vente client qu’achètera le salarié. Ainsi avec son salaire un salarié ne peut acheter que 1/3 environ de ce qu’il produit. C’est cela le capitalisme, pas ce que tu as développé, ce n’est pas faux pour autant, mais c’est la vision scolaire et moi je te donne la vision de la réalité que nous ne voulons pas voir/ les esclaves ne se sont pas révoltés ils vivaient bien pour eux avec le peu qu’ils recevaient, pareil pour les serfs, idem pour la servitude et de même pour les salariés d’aujourd’hui. Par leur travail et le cumul des savoirs collectifs de leurs prédécesseurs qu’ils ont cumulés ils ont bénéficié inégalement du confort qui est le nôtre aujourd’hui ils ont acquis du patrimoine qu’ils ont payé trois fois sont prix et ils en sont comptant comme l’étaient les esclaves, les serfs, la servitude. Cela s’appelle une invariance d’échelle due aux comportements psychiques humains. Dans l’essai que je vais te joindre je renverse tout ce processus sans changer le comportement humain qui est biologique, mais en changeant ce qui fait qu’il prend des décisions et fait des choix son environnement..

    https://modele-joule.ddacoudre.chatgpt.site/edition/index.html

    cordialement.


  • Luniterre Luniterre 28 octobre 21:04

    @l’auteur



    « La guerre devient ainsi la seule porte de sortie valable pour sortir des crises répétitives du système capitaliste, puis turbo-capitaliste, devenant ainsi un système polemo-capitaliste. »


    La guerre n’a pas été inventée par le capitalisme, et n’en a jamais été une caractéristique qu’en période de crise.

    Mais toute société en crise n’est pas forcément « capitaliste » parce que ses crises mènent à des guerres, un phénomène qui remonte à la nuit des temps de l’histoire humaine.

    Le capitalisme apparaît d’abord sous sa forme commerciale, durant plusieurs siècles, avant d’apparaître sous sa forme industrielle, basée sur le travail humain productif, au XIXème siècle >>> une forme aujourd’hui en train de disparaître avec la robotique et l’IA.

    Mais le capitalisme repose sur l’élargissement du capital investi, et non pas sur l’élargissement de la dette.

    Or la masse monétaire actuellement en circulation, et d’où proviennent les superprofits, provient elle même de l’élargissement encore plus important de la dette >>> le bilan global de l’économie mondiale penche donc du côté de la dette, c’est à dire d’un déficit global, et non de l’élargissement du capital.

    >>> donc il faut simplement arrêter de parler de « capitalisme » si l’on veut parler de l’économie globale actuelle.

    >>> tout ce qui est argent n’est pas capital, par définition.

    >>> il y a néanmoins différentes formes de capital, donc.

    >>> le seul capital capable de s’élargir de manière endogène est le capital productif, et seulement dans la mesure où il met en mouvement de la force de travail humaine productive directement incorporée à la production lors du processus productif.

    >>> un cas de figure minoritaire à l’ère de la production robotique, de l’IA et des services « dématérialisés »

    >>> c’est à dire toutes autres productions qui ne prospèrent que sur la masse monétaire provenant de la dette, directement ou indirectement.

    >>> ceux qui décident du sort de la dette et de sa circulation sont les véritables maîtres de l’économie moderne, et ce sont essentiellement les banquiers centraux, que personne n’a élus.

    >>> « bienvenue » dans l’ère de la dictature banco-centraliste déguisée en « démocratie capitaliste libérale » !!!

    >>> il faut donc débusquer ce nouvel ennemi principal des peuples, et là où il se trouve réellement, et pas là où la pseudo « opposition anticapitaliste » veut nous le faire croire, en accord, en pratique, avec les médias « mainstream » systémiques.

    Luniterre


  • xenozoid xenozoid 28 octobre 21:26

    le capitalisme est toujours en crise

    Giorgio Agamben : Ces jours-ci, les mots « crise » et « économie » ne sont pas utilisés comme des concepts, mais plutôt comme des mots de commande qui facilitent l’imposition et l’acceptation de mesures et restrictions que les gens n’accepteraient pas autrement. Aujourd’hui, la « crise » signifie « vous devez obéir ! » Je pense qu’il est très évident pour tous que la soi-disant « crise » est continue depuis des décennies et qu’elle n’est en fait rien d’autre que le fonctionnement normal du capitalisme à notre époque. Et il n’y a rien de rationnel sur la fonctionnement du capitalisme à l’heure actuelle.

    Pour comprendre ce qui se passe, nous devons interpréter l’idée de Walter Benjamin que le capitalisme est véritablement devenu une religion, la religion la plus féroce, implacable et irrationnelle qui ait jamais existé, car il ne reconnaît ni les trêves ni rachat. Un culte permanent est célébrée en son nom, un culte dont la liturgie est la main-d’œuvre et son objet, l’argent. Dieu n’est pas mort, il a été transformé en argent. La Banque avec ses drones sans visage et ses experts a pris la place de l’église et de ses prêtres, et par sa commande sur le crédit ( comme les prêts à l’Etat, qui a si allègrement abdiqué sa souveraineté ), manipule et gère la foi - la rare et incertaine foi qui reste encore de notre temps. D’ailleurs, l’affirmation selon laquelle le capitalisme d’aujourd’hui est une religion est plus efficacement démontrée par le titre qui est apparu sur la première page d’un grand journal national, il y a quelques jours : « sauver l’euro Quel que soit le coût » . Voyez vous, le « salut » est un concept religieux, mais qu’est-ce que « quel que soit le coût » signifie ? Même jusqu’à sacrifier des vies humaines ? Car seulement dans une perspective religieuse ( ou, plus exactement, une perspective pseudo-religieuse ) pourrait-on faire de telles déclarations manifestement absurdes et inhumaines .


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