Le capitalisme : un dominant sans visage
Ce que chacun devrait savoir avant d'aller voter.
Théodore Monod décrivait volontiers l’être humain comme un animal encore imparfaitement hominisé, avançant avec une lenteur désespérante vers la maîtrise de lui-même. Il disait que les hommes ont un cerveau "débile".

Cette appréciation ne signifiait pas que l’être humain serait dépourvu d’intelligence. Nos sciences, nos œuvres, nos techniques et nos organisations démontrent exactement le contraire. Elle attirait plutôt l’attention sur la difficulté que nous éprouvons à maîtriser les mécanismes archaïques avec lesquels nous naissons et à les soumettre aux capacités de réflexion, d’anticipation et de coopération développées par la culture.
Nous finissons même par prendre les mots que nous avons inventés pour la réalité elle-même. Un arbre n’est pas « un arbre » pour l’arbre. Il ne le devient que dans le langage humain, afin que nous puissions le reconnaître, le désigner et communiquer à son sujet.
Il en va de même de mots comme monnaie, capital, salaire, dette ou économie. Nous les employons quotidiennement comme s’ils désignaient des réalités naturelles. Ils désignent pourtant des conventions et des institutions inventées par les êtres humains.Puisqu'elles sont inventées par les hommes elles peuvent être changées.
Je voudrais montrer, par l’examen de l’économie, comment une espèce capable de réalisations extraordinaires peut demeurer collectivement soumise à une organisation qu’elle a elle-même créée, sans en comprendre entièrement le fonctionnement.
Du dominant humain au dominant systémique
Les sociétés humaines se sont longtemps organisées autour de dominants identifiables : chef, roi, seigneur, conquérant ou dictateur.
Depuis l’apparition des premières productions accumulables, celui qui pouvait s’en emparer par la force détenait les moyens de commander ceux qui les avaient produites (pillage). Les formes politiques ont changé au cours des siècles, mais les populations sont constamment passées sous l’autorité de nouveaux dominants, eux-mêmes engagés dans une concurrence territoriale, militaire et économique dans des organisations démocratiques où de débat la notion de néolibéralisme qui donne le pouvoir au capital privé de quelques uns..
Les ressources de ces dominants ont également évolué. Le pillage direct a progressivement laissé place aux tributs, aux prélèvements en nature, aux taxes, aux impôts et aux cotisations.
Le pouvoir politique actuel ne vient plus normalement saisir la récolte du paysan ou la production de l’artisan. Il prélève une partie des revenus et de la consommation pour financer les institutions, les services et les protections que la collectivité lui demande d’organiser.
Cette évolution est considérable. Les luttes sociales, la démocratie, l’imprimerie, la scolarisation, les progrès scientifiques et les technologies ont amélioré les conditions de vie et de travail. Mais elles n’ont pas fait disparaître la relation de domination économique. Elles l’ont rendue moins personnelle (S.A) et beaucoup plus difficile à voir.
Le dominant contemporain n’est plus nécessairement un homme. Il est devenu un système : le capitalisme. Les hommes qui le dirigent sont seulement cooptés.
Une dette qui ne peut pas être expliquée par une seule loi
La France connaît des déficits publics presque continus depuis le milieu des années 1970. La dette dépasse désormais 3 500 milliards d’euros.
On entend depuis des décennies les mêmes explications : l’État serait dépensier, il faudrait réduire les services publics, supprimer des fonctionnaires, diminuer les prestations, réformer les retraites et « faire maigrir le mammouth ».
La transformation du financement de l’État constitue bien une partie de l’histoire, mais il serait inexact d’affirmer que la loi du 3 janvier 1973 aurait soudainement interdit à la Banque de France de financer l’État et aurait, à elle seule, créé la dette.
Cette loi a réorganisé les relations entre le Trésor et la Banque de France sans supprimer toutes les avances. L’interdiction juridique stricte du financement direct des États par leur banque centrale est intervenue plus tard, dans le cadre du traité de Maastricht et de l’organisation monétaire européenne, négocié par les sociaux démocrate du PS puis de l'UMP (Lisbonne).
La dette française résulte d’un ensemble de causes : déficits successifs, crises économiques, chômage, vieillissement, politiques fiscales, dépenses nouvelles, ralentissement de la croissance, sauvetages financiers, intérêts versés et choix de financement.
Mais une question plus profonde demeure rarement posée :
Pourquoi une collectivité capable matériellement de produire des hôpitaux, des écoles, des routes, des logements et des connaissances doit-elle emprunter par une convention monétaire aux riches pour mobiliser ses propres capacités humaines et techniques ?
Nous retrouvons là la responsabilité des citoyens qui la renvoient depuis des décennies et du moins depuis les années 70 au système et aux hommes politiques qui ne mentent pas mais omettent de faire le tours de la boucle du système entre le départ du capital et le retour à celui-ci.
L’État n’a pas de ressources indépendantes de la société
L’État n’est pas une personne physique qui travaillerait, produirait et disposerait d’un revenu propre. C’est une personne morale (chose que je regrette car l’état ne paie rien ce sont les salariés qui paient) et une institution politique qui organise des fonctions collectives.
Ses ressources proviennent principalement : des impôts sur les revenus ; des cotisations sociales ; de la TVA et des taxes sur la consommation ; de l’imposition des bénéfices et du patrimoine ; des revenus de certains actifs publics ; et de l’emprunt.
Ces ressources sont prélevées sur l’activité économique générale, mais financées seulement en fin de circuit par les salariés qui eux mêmes l'ignorent, car aucun politiques, aucun économistes, aucun politologues, aucun journalistes, aucun chercheurs économiques, aucun think tank ne leur explique.
C'est une omerta consensuelle "doxatique"d'une messe internationale d'un credo capitaliste.
Qui demandent ?
Les citoyens demandent à l’État et aux collectivités de financer la santé, l’enseignement, la sécurité, la justice, les infrastructures, les retraites, les prestations sociales, la culture et de nombreuses autres missions. Ces demandes sont légitimes : elles correspondent aux besoins d’une société développée.
Mais cela Coûte !
Mais tout service exige des personnes, des bâtiments, des machines, de l’énergie, des matières et des connaissances des institutions démocratiques. Dans notre système, toutes ces capacités doivent être financées par de la monnaie.
Si les citoyens salariés refusent le financement ?
Si les citoyens demandent davantage de services sans accepter les prélèvements correspondants, ou s’ils ne disposent plus de revenus suffisants pour les supporter, l’État couvre la différence par l’emprunt.
C'est ainsi que la dette apparaît donc 1/ dans l’écart entre les besoins collectivement reconnus, les ressources fiscales politiquement acceptées, 2/ la manière dont la monnaie nécessaire peut être obtenue (accord de Maastricht). 3/ les choix politiques public ou privés dont aucun n'est gratuit.
Cela signifie que les citoyens sont seuls responsables de la dette par leurs choix électoraux Dans une démocratie, les gouvernements appliquent les orientations politiques issues du choix des citoyens. Ils doivent financer les services réclamés, répondre aux crises et traiter les difficultés produites par l’organisation capitaliste, sans que les électeurs leur donnent pour mandat de remplacer cette organisation en ne votant pas pour les partis anticapitalistes.
Les citoyens ne décident évidemment pas de chaque crise, mais ils reconduisent le cadre économique dans lequel ses conséquences sont traitées. Ils demandent à leurs gouvernements de maintenir ou d’accroître les services tout en refusant souvent les prélèvements correspondants. Les gouvernements recourent alors à l’emprunt pour exécuter cette volonté contradictoire.
La responsabilité politique.
La responsabilité politique première de la dette appartient donc aux citoyens. Les gouvernements successifs en sont les administrateurs : ils organisent son financement et choisissent ses modalités, mais ils ne font qu’appliquer, dans le cadre capitaliste maintenu par les choix électoraux, la contradiction collective entre les services demandés et leur financement refusé.
Certes les gouvernements choisissent les dépenses, les impôts, les exonérations et les emprunts. Les citoyens n’exercent qu’un contrôle indirect et très imparfait sur ces décisions mais ce sont eux qui les ont élus et ne peuvent pas s'en tirer en disant que c'est de leurs fautes.
Les différentes catégories sociales ne bénéficient pas davantage des mêmes dépenses et ne supportent pas les mêmes prélèvements, mais ces choix ne se font pas en catimini.
Mais la démocratie entretient une contradiction sans l’expliquer : nous voulons les services collectifs sans toujours accepter de reconnaître leur coût. Cela est un comportement conforme aux comportements humains qui ont sévit durant des siècles (recevoir sans participer au coût de production, l'esprit du pillage d'antan dont nous devons pas avoir honte de le reconnaître pour le maîtriser). Nous le voyons encore dans certain drames collectifs.
Pourquoi le prix peut représenter plusieurs fois le salaire net
Prenons un exemple volontairement simplifié. Il ne constitue pas une règle universelle, mais permet de rendre visible le mécanisme.
Supposons qu’un salarié reçoive 1 000 euros nets pour participer à une production.
Pour lui verser ces 1 000 euros, l’entreprise doit également financer les cotisations salariales, les cotisations patronales et différents prélèvements. Selon le niveau de rémunération et les allègements applicables, le coût total du travail pourrait, dans notre exemple, approcher 1 700 à 1 900 euros.
Mais le travail de ce salarié n’est pas le seul coût de la production. Il faut encore financer : les matières premières ; l’énergie ; les bâtiments ; les machines et leur amortissement ; la maintenance ; le transport ; l’administration ; les assurances ; le financement ; les impôts ; la marge nécessaire à la continuité de l’entreprise.
Imaginons la décomposition suivante :
|
Composition simplifiée |
Montant |
|---|---|
|
Salaire net |
1 000 € |
|
Cotisations et prélèvements liés au travail |
800 € |
|
Matières, énergie et autres services |
600 € |
|
Amortissements, administration et financement |
300 € |
|
Marge de l’entreprise |
300 € |
|
Prix hors taxe de la production |
3 000 € |
|
TVA à 20 % |
600 € |
|
Prix payé par les consommateurs |
3 600 € |
Dans cet exemple, le salarié reçoit 1 000 euros nets tandis que la production à laquelle il participe doit être vendue 3 600 euros toutes taxes comprises pour que l’ensemble de la boucle soit financé. Les 2600 correspondent au travail de salariés acheté par l'entreprise et revendu avec tout ce qui s'y rattache.
Cet exemple démontre qu’il ne peut pas racheter l'intégralité de sa production sans productivité ou emprunt.
La réalité cache cela.
Mais dans la réalité il n’achète pas sa production, mais une fraction de la production des autres dont il a besoin et il ne le voit pas. Il peut donc s’arrêter au 1000 € net qu’il a reçus, Avec les 1 000 euros reçus, il ne peut acquérir qu’une fraction de la valeur marchande finale à laquelle son travail a contribué. Environ 1/3 de ce qu’il a produit.
Le principe général reste que le salaire reçu ne permet pas de racheter sa production, même si cela nous échappe parce que celle-ci est achetée par l’ensemble des consommateurs, et avec des proportions diffèrent considérablement selon les secteurs.
Mais le rapport révèle une contradiction collective : les salariés reçoivent une fraction de la valeur monétaire nécessaire pour racheter l’ensemble des biens et services produits. Le complément de la demande doit provenir d’autres revenus, des dépenses publiques, du crédit, des exportations et de la circulation du capital ou de la productivité et de l’emprunt.
Les salariés financent donc collectivement, par leur travail et leur consommation, non seulement leurs revenus, mais également la reconstitution des capitaux qui leur seront de nouveau avancés lors du cycle suivant pour les rémunérer.
Pourquoi taxer les riches ne suffit pas à changer le système
Face à l’insuffisance du pouvoir d’achat et aux besoins de financement public, que refusent d’assumer les salariés, une réponse consiste à demander une contribution plus importante aux plus riches et aux détenteurs de capitaux du seul fait d’une vision sectorielle du processus économique.
Cette demande semble alors justifiée par la recherche de justice sociale face à la concentration considérable des patrimoines auxquels les salariés savent participer, mais pas comment. Mais elle ne suffit pas à sortir du capitalisme, c’est-à-dire du système de fabrication du capital au bénéfice de quelques-uns obtenu par la promesse politique néolibérale que c’était possible disponible pour tous.
Ainsi si l’on taxe davantage une entreprise ou son propriétaire, plusieurs effets sont possibles : une diminution de la marge ou des dividendes ; une réduction de l’investissement ; une pression sur les salaires ; une augmentation des prix lorsque le marché le permet ; un déplacement du capital ; ou une combinaison de ces différentes réactions.
La fiscalité ne change pas la boucle.
La fiscalité peut modifier le partage de la richesse. Elle ne change pas automatiquement la boucle qui a produit toutes ces combinaisons différentes. Elles seront récupérées par le capital au travers de la consommation par les prix et le chiffre d’affaires, il n’est pas inutile de le répéter.
L’argent redistribué par l’État devient le revenu de ceux qui le reçoivent. Ceux-ci le dépensent. Leur consommation devient le chiffre d’affaires des entreprises. Ce chiffre d’affaires reconstitue les coûts et le capital.
un bien être coûteux.
La redistribution améliore légitimement la vie des personnes au prix d'une majoration élevée (trois fois environ). Mais elle réinjecte cet argent dans le circuit dont le capital demeure propriétaire bénéficiaire pour récupérer les avances que la loi l’a obligé à consentir.
C’est pourquoi on ne sort pas du capitalisme en modifiant seulement la distribution de ses résultats. Il faut comprendre et transformer son mécanisme de reproduction.
Le plan comptable : mémoire ou moteur du système ?
Le plan comptable n’a pas inventé à lui seul le capitalisme, le capitalisme est conséquent de l’action des dominants. Le commerce, la propriété et l’accumulation existaient avant sa forme contemporaine.
Mais la comptabilité fournit au capitalisme son langage, sa mémoire et sa règle de continuité.
Elle classe : les bâtiments et les machines comme actifs ; les capitaux apportés comme ressources appartenant à leurs détenteurs ; les salaires et les services publics comme charges ; les ventes comme produits ; le bénéfice comme résultat ; les bénéfices conservés comme réserves venant augmenter les capitaux propres.
L’entreprise doit au minimum reconstituer ce qu’elle a consommé. Si elle ne couvre pas ses coûts, elle disparaît. Si elle ne peut pas investir, elle risque d’être dépassée. Si elle accumule, elle peut grandir, automatiser, conquérir des marchés et absorber ses concurrentes. C’est le combat des groupes internationaux dont les salariés des pays du monde produisent le capital et subissent leurs choix qui exclut l’intérêt collectif s’il n’est pas marchand et rentable.
Même lorsqu’un entrepreneur veut produire quelque chose d’utile, créer des emplois ou exercer un métier qu’il aime, son entreprise reste soumise à cette obligation, tenir ses comptes dans le cadre normatif du plan comptable.
Le capitalisme peut donc être défini ainsi :
Le capitalisme est un système de production organisé juridiquement et comptablement pour assurer la reconstitution et, si possible, l’accumulation du capital privé.
La production des biens et la satisfaction des besoins sont indispensables à son fonctionnement, mais elles sont sélectionnées par leur capacité à faire revenir le capital engagé. Marx avait déjà compris cela.
Le capitalisme ne produit donc pas uniquement des biens. Il produit du capital au moyen des biens.
Et si la possession de ces biens, même au prix fort, satisfait au quotidiens le "reptiliens" nous acceptons les situations qui y conduisent que ce soit l’esclavage, le servage, la servitude, le salariat suivant les siècles. Nous devons alors comprendre que l’émancipation que ce soit par les religions, la philosophie, la scolarité nous a fait passer d’un état à un autre sans modifier le capitalisme dont la base et le besoin de domination animalier, le Vieil homme".
Pourquoi acceptons-nous cette domination ?
Si ce mécanisme nous soumet, pourquoi ne décidons-nous pas démocratiquement de le transformer ?
C’est ici que l’explication économique rejoint la psychologie.
Nous possédons des capacités de réflexion, d’abstraction et d’anticipation remarquables. Mais une grande partie de nos comportements demeure orientée par des mécanismes automatiques de survie, de sécurité, d’appartenance et de recherche de statut qui définissent des paradigmes du "Vieil homme" cité ci-dessus, notre inné.
L’ancienne représentation du « cerveau reptilien » est trop simplificatrice pour décrire scientifiquement notre cerveau. Elle reste cependant une métaphore utile : l’urgence immédiate l’emporte souvent sur la compréhension du long terme.
Celui qui craint de perdre son emploi se préoccupe d’abord du revenu du mois suivant. Il lui importe peu, dans l’immédiat, de savoir quelle part de sa production reconstitue le capital, dès lors qu’il peut manger, se loger et protéger ses proches.
La réflexion sur le fonctionnement général du système exige du temps, de l’éducation et une certaine sécurité. Or le système entretient précisément l’insécurité qui empêche cette réflexion.
Dans L’Hélice, en 1995, j’ai voulu montrer comment la capacité réflexive pouvait être progressivement dominée par les sollicitations immédiates de la vie sociale. Il ne s’agit pas nécessairement d’une régression biologique du cortex, mais d’un recul culturel de son usage critique.
Le désir individuel de domination
L’évolution culturelle a également transformé la domination.
Dans nos relations quotidiennes, chacun cherche une forme de reconnaissance : estime de soi, statut professionnel, réussite, autorité ou prestige. Cette recherche n’est pas condamnable en elle-même. Elle peut encourager l’effort, la création et la responsabilité.
Mais elle devient le relais psychologique du système lorsque la réussite est principalement mesurée par l’accumulation monétaire et la capacité de commander le travail des autres.
Le capitalisme n’est pas seulement imposé d’en haut. Il s’appuie sur le désir de chacun de ne pas rester dominé et, si possible, de devenir dominant à son tour.
La concurrence économique trouve ainsi un puissant appui dans nos comportements :
-
chacun veut améliorer sa position ;
-
chaque entreprise veut dépasser ses concurrentes ;
-
chaque détenteur de capital veut préserver ou accroître son patrimoine ;
-
chaque nation veut maintenir sa puissance.
Le dominant systémique demeure le capitalisme, mais il survit parce qu’il transforme des millions de recherches individuelles de sécurité et de reconnaissance en moteurs de sa propre accumulation.
Ce que nous lui devons et ce qu’il nous coûte
Le capitalisme a contribué à développer la production, les échanges, les sciences appliquées, les machines et une part considérable de notre confort matériel.
Il serait absurde de le nier.
Mais ses défenseurs parlent moins volontiers de ce que son obligation d’accumulation produit également : guerres, exploitation salariale, surexploitation des ressources ; pollution ; réchauffement climatique ; déchets durables ; artificialisation des sols ; concentration des richesses ; remplacement du travail humain sans nouveau mode de distribution ; concurrence militaire et technologique destructive nucléaire ; paralysie des investissements collectifs qui ne promettent pas une rentabilité suffisante.
La sécheresse en fournit un exemple. Nous disposons de capacités humaines, techniques et scientifiques permettant de retenir une partie des eaux hivernales, de recharger les nappes et d’organiser leur distribution. Mais les projets indispensables sont ralentis lorsqu’ils ne procurent pas une rentabilité monétaire suffisamment rapide à un propriétaire du capital.
La capacité réelle existe. C’est son financement comptable qui fait défaut.
Changer la nature du capital
Le problème n’est donc pas seulement de savoir qui possède la monnaie ni de mieux partager les résultats de la boucle existante (la redistribution).
Il faut modifier ce que notre comptabilité reconnaît comme capital.
L’être humain est la seule source capable d’imaginer, d’organiser et de mettre en œuvre la production. Les machines elles-mêmes sont de l’énergie humaine accumulée : elles résultent du travail, de l’apprentissage, des découvertes et de la coopération des générations précédentes.
Le Modèle Joule propose de reconnaître cette réalité.
Le capital fondamental ne serait plus seulement la monnaie détenue par quelques-uns. Il deviendrait la capacité énergétique humaine et mécanique dont dispose collectivement la société pour satisfaire ses besoins.
La propriété privée, le droit d’entreprendre et l’initiative pourraient subsister. Mais l’accès à la vie ne dépendrait plus de l’obligation de vendre son travail au détenteur du capital monétaire.
La question finale n’est donc pas de savoir si l’être humain est intelligent. Ses réalisations le démontrent.
Elle consiste à savoir pourquoi cette intelligence demeure au service de mécanismes archaïques de domination et d’un système comptable qui transforme toute activité, y compris nos progrès et nos besoins, en occasions d’accumuler davantage de capital.
Alors, débiles ou pas ?
Nous préférons payer les intérêts plutôt que financer les services.
Ce que les salariés financent sans le voir
Le salarié voit distinctement, plusieurs opérations : il travaille ; il reçoit un salaire ; il paie des cotisations et des impôts ; il achète des produits ; l’État lui fournit certains services.
Ce qu’il voit moins clairement, c’est le circuit qui relie ces opérations.
Pour produire, l’entreprise avance des capitaux. Elle paie les salaires, les matières, les machines, l’énergie, les intérêts, les assurances, les impôts et les cotisations. Ensuite elle cherche à incorporer ces dépenses dans ses prix, ou les couvrir par le chiffre d'affaires comme principe général. Mais dans la mesure où la concurrence et la demande le permettent toutes ne peuvent pas le faire mais c'est un principe accepté comme concurrence innovante.
Lorsque les consommateurs salariés seulement ( car la consommations des entreprises, des entrepreneurs et des rentiers sont transférés sans que nous nous en rendions compte dans les prix et le chiffre d'affaires) achètent les produits, le chiffre d’affaires permet à l’entreprise : de payer ou de reconstituer les salaires avancés ; de remplacer les matières consommées ; d’amortir les machines ; de payer les prélèvements ; de rembourser les emprunts et les intérêts ; de constituer une marge ; de distribuer éventuellement des dividendes ; et d’accumuler un nouveau capital.
Les salariés financent tout.
Ainsi, les salariés ne financent pas seulement l’État par les prélèvements visibles sur leurs revenus. En tant que consommateurs, ils participent également au financement des coûts, des impôts, des intérêts et des marges incorporés dans les prix des autres consommateurs listés ci-dessus.
Dans la réalité nous ne le voyons pas parce que cela est dilué dans chaque produit ou service que nous achetons.
Cela ne veut pas dire que toute taxe sur une entreprise retombe automatiquement et intégralement sur les consommateurs. Selon la concurrence et le rapport de force, son coût peut réduire la marge, peser sur les salaires, diminuer l’investissement ou être répercuté dans le prix. C'est alors un effet naturel de la concurrence.
Mais, à l’échelle de l’économie, aucun prélèvement ne tombe du ciel. Il est nécessairement supporté, dans les explications économiques selon des proportions variables, par les consommateurs, qu'ils soient les travailleurs, les propriétaires ou les détenteurs du capital. Seuls les salariés n'ont aucun moyens d'en transférer le coût à quelqu'un d'autre.
Les citoyens demandent à l’État des hôpitaux, des écoles, des retraites, des infrastructures, des prestations et de la sécurité. Mais ils refusent simultanément les prélèvements nécessaires pour les financer, parce que ces prélèvements réduisent immédiatement leur pouvoir d’achat.
Ils élisent alors des gouvernements qui maintiennent les services sans augmenter suffisamment les recettes. La différence est empruntée aux détenteurs du capital.
Le citoyen croit ainsi avoir évité l’impôt. En réalité, il a seulement reporté son paiement et accepté de l’augmenter des intérêts.
Exemple chiffré.
Entre 1974 et 2023, les déficits publics cumulés hors intérêts représentent environ 1 188 milliards d’euros. Ce sont, pour simplifier, les services et dépenses que les recettes salariales du moment n’ont pas financés. Durant la même période, les intérêts cumulés ont atteint environ 1 641 milliards d’euros.
Les intérêts ont donc coûté environ 453 milliards de plus que les déficits initiaux qu’ils accompagnaient.
À ces intérêts s’ajoute le fait que le capital emprunté n’a pas disparu. La dette publique atteignait encore 3 101 milliards d’euros en 2023. Lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’État ne le rembourse généralement pas avec un excédent fiscal : il contracte un nouvel emprunt. Le capital roule, et les intérêts continuent.
Il ne faut cependant pas additionner mécaniquement tous les intérêts déjà versés et la totalité de la dette restante, car une partie des intérêts a elle-même été financée par de nouveaux emprunts et se retrouve déjà incorporée dans cette dette.
Le mécanisme n’en demeure pas moins évident : les citoyens avaient le choix entre financer les services au moment où ils les demandaient ou les payer plus tard avec un supplément. Ils ont préféré, par leurs choix électoraux successifs, la seconde solution.dont les prochaines élections ne vont pas se priver de s'étendre dessus comme si cela était la faute des gouvernants précédents.
Ils n’ont donc pas évité le paiement des besoins qu'ils ont demandé. Ils ont transformé une contribution collective en revenu durable pour le capital (doit-on le considérer comme une preuve d'intelligence ou d'un déficit de son utilisation).
La dette publique est ainsi devenue une machine de redistribution inversée : l’État emprunte aux détenteurs de l’épargne ce qu’il n’a pas prélevé, leur verse des intérêts, puis demande aux contribuables présents et futurs d’en assurer le paiement en toute logique, car c'est leur choix politique éclairé ou non.
Les citoyens réduisent aujourd’hui leur pouvoir d’achat pour payer les intérêts des services qu’ils n’ont pas voulu financer hier, tout en restant redevables du capital emprunté pour les fournir.
Ils ont voulu les services sans leur prix immédiat. Ils en paient maintenant le prix capitaliste.
S’ils avaient accepté de financer ces services au moment où ils les demandaient, ils auraient versé environ 1 188 milliards d’euros supplémentaires en prélèvements cumulés de 1974 à 2023 pris comme exemple. En choisissant l’endettement, ils ont supporté environ 1 641 milliards d’euros d’intérêts cumulés, tandis que le capital emprunté demeure à rembourser.
La différence représente près de 453 milliards d’euros courants.Sur cette période, le cumul des intérêts dépasse donc d’environ 453 milliards d’euros celui des déficits hors intérêts. Cette comparaison ne constitue pas une simulation exacte de ce qui se serait produit si chaque dépense avait été financée immédiatement. Elle révèle cependant l’ampleur du supplément versé aux détenteurs de la dette pour avoir différé le financement des services publics.
Les citoyens ont voulu préserver immédiatement leur pouvoir d’achat en refusant une partie du prix collectif des services demandés. Ils ont ensuite dû financer les intérêts, tandis que le capital emprunté continuait de rouler d’un emprunt à l’autre.
Ils n’ont pas supprimé la facture : ils ont transformé une contribution publique immédiate en dette durable et en revenu pour les détenteurs du capital. ils ont perdu le bénéfice d'un financement immédiat plutôt que par l’emprunt, et n'auraient pas eu le capital à rembourser.
Ils ont voulu préserver leur pouvoir d’achat en refusant le prix immédiat des services.
La mauvaise affaire due à l'avarice ou à l'ignorance
Ils ont finalement perdu davantage en intérêts et restent débiteurs du capital. Ce qu’ils n’ont pas voulu verser collectivement à l’État, ils l’ont versé avec supplément aux détenteurs du capital.
Le capitalisme n'a jamais été conçu par et pour les salariés, en voulant se comporter en tant que salariés comme des capitalistes (recherche de plus-value) faire une économie sur les impôts et taxes, ’ils ont offert au capital 453 milliards en plus du capital à rembourser. Il n'y a pas de quoi en être fier et encore moins pour ceux qui depuis des années comme politiques, journalistes, politologues, éditorialistes, économistes et autres commentent, en tant qu'experts une "entourloupe" du vieil homme de puis tant de temps.


