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Le chemin du progrès continuel pour comprendre son humanité en devenir - AgoraVox le média citoyen
mardi 16 mai 2023 - par Hamed

Le chemin du progrès continuel pour comprendre son humanité en devenir

Comment comprendre le monde aujourd’hui ? Où va le monde ? Notre temps ne ressemble en rien aux temps passés, surtout, il est complexe, incompréhensible, difficile à définir, difficile de savoir où il va ? Comment se fait-il que le monde s’est transformé lentement au fil des siècles passés ? Et, depuis le XXe siècle, il va tellement vite qu’il faut dire au fil des décennies, des années. Quel sens donner à ce formidable développement du monde ?

 La science a fait des bons considérables. Si on regarde, par exemple, le Moyen-Âge où l’humanité comptait moins de 400 millions d’êtres humains, la population mondiale, aujourd’hui, compte plus de huit milliards d’êtres humains. Le nombre d’êtres a été multiplié par 20. Pourtant, c’est la même Terre, les mêmes Hommes, la seule variable a le Temps. Le Temps varie-t-il ? Ou est-il simplement une illusion de notre pensée qui nous fait croire que le Temps avance, alors qu’en réalité le Temps n’existe pas ou s’il existe nous ne savons pas ce qu’il est. Cependant, le temps est commode pour nous qu’il varie puisqu’il nous situe sur ce que l’on est, ce que l’on a été, il y a 10 ans, 1 an, 1 semaine, ou ce que l’on est aujourd’hui et ce qu’on sera ce soir, demain ou dans dix ans, ou que l’on ne sera plus, ou même que nous n’avons jamais été. Nous avons certes existé mais nous ne l’avons pas fait par nous-mêmes, on nous a fait exister pour être et puis pour passer.

Étrange que la destinée de l’être humain d’être et ensuite de ne plus être, ou qu’il croit être et tout lui donne à loisir de croire qu’il se gouverne alors qu’il est « gouverné » sans même qu’il prenne conscience qu’en fait qu’il n’est rien, et vient de rien. C’est là le prodige d’être de rien, du néant pour être, avoir été puis disparaître de la vie, de l’existence. Le philosophe français Blaise Pascal définit « l’Homme » comme « un milieu entre rien et tout ». Une forme d’approcher l’existence par la pensée qui nous indique que nous venons du néant et remplissons le néant, en clair sans l’être humain, il n’y a ni néant ni tout ce qui existe ; ce qui existerait serait sans sens. Et c’est l’être humain qui témoigne du monde.

Le temps n’est pas seul en jeu dans la compréhension du monde. Il y a aussi l’espace. L’espace varie-t-il ? Avance-t-il ? Rétrécit-il ? Albert Einstein avec ses équations liant le Temps, la Masse, l’Espace et la vitesse de la lumière est arrivé à démontrer avec le rapport d’un infiniment epsilon déduit de ceux-ci que le temps comme l’espace s’étire ou se contracte, de même la Masse d’un corps n’est plus constante, seule la vitesse de la lumière est constante. N’est-ce pas là un prodige de la pensée qui fait dire ce qu’elle veut à l’être humain Aussi il est peut-être plus juste de dire que l’espace est fini, même s’il est immensément infini. Un paradoxe entre le fini et l’infini de l’esprit humain, puisque tout vient de cet esprit-pensée que nous ne connaissons pas.

Une question cependant, a-t-il raison Einstein de conclure que l’espace, la masse et le temps varient avec la vitesse d’un objet matériel, selon que la vitesse se rapproche de la vitesse de la lumière ? Par exemple, un astronaute qui est lancé à une vitesse proche de la lumière pourrait passe une année dans l’espace, mais à son retour, sur la Terre, il se serait écoulé par exemple 5 siècles. La masse de cet être humain comme du vaisseau aurait augmenté de masse ou diminuer de masse, par exemple, l’astronaute pèserait 500 kg ou diminuerait de masse, ne pesant que 3 kg, selon les équations et les rapports qui lient ces constantes M, L, T, et ce par le seul prodige de epsilon, c’est-à-dire de V qui se rapproche de la vitesse de la lumière.

Est-ce raisonnable pour l’être humain de penser de telles situation où l'espace et le temps ne sont pas absolus et peuvent être déformés. Et l’humain aussi, il peut être déformé, ses dimensions ne seraient plus les mêmes selon la vitesse qui le propulse dans l’espace proche de la lumière. Pourtant, cette théorie est acceptée, on lui trouve toutes les applications possibles. Pourquoi ? L’événement capital est la pensée qui fait penser les êtres humains comme le veut la pensée. Et c’est elle qui énonce le progrès en l’humain, c’est elle qui créé aussi le doute sans lequel il n’y a pas progrès.

Il reste cependant dans notre grande illusion, et au-delà des théories scientifiques, que l’on existe et que « si la Terre existait, et le Temps ne serait pas ressenti dans l’« âme de l’Homme », et donc dans la « pensée humaine », il n’y aurait pas d’existence. » C’est quoi être sans le temps ? Le Temps englobe la Terre, les Hommes et l’Espace sidéral. Sans le Temps, « l’Homme ne peut se savoir ». Le Temps est son seul repère dans l’Existence, dans sa vie et dans l’Histoire de l’humanité.

Si l’Espace lui est donné et il le voit dans son immensité, et il ne voit qu’une infime partie de cette immensité. Quant au Temps, il ne le voit pas, il le sent seulement. L’Homme, peut-il sentir le temps s’écouler ? Non comme le sentir dans le sens qu’il le sent s’égrener, nous emporter, par exemple, nous sommes assis, nous marchons, nous discutons, nous travaillons, nous n’y pensons pas au temps, mais entre-temps, le temps s’écoule, mais le temps n’est pas tout cela, il doit être senti aussi dans son « essence ». Le temps est ; il est notre histoire ; il est notre existence. Et par ce qu’il est, et ce qu’il renferme de surprises, de bonnes ou de mauvaises nouvelles, il est non seulement le témoin des infimes instants que l’on a passé, mais aussi le Temps, au sens de notre existence.

Pouvons-nous comprendre le sens de notre existence, et donc du Temps ? Ou plus encore, le « Temps du Temps », même le Temps a une Âme, une Essence, et de la même façon notre Histoire a une âme », et s’il en est ainsi, on peut comprendre « l’Histoire de notre Histoire », dans le sens de dépasser ce que Hegel et nombre de philosophes appellent la philosophie de l’Histoire. Notre temps n’est pas le temps des Anciens, il s’est passé beaucoup d’histoires dans l’Histoire. L’humanité a beaucoup avancé dans le Temps. Aujourd’hui, avec le recul, on peut survoler cet écoulement du temps qui a commencé depuis des millénaires, voire des millions d’années qui ne sont qu’un Instant ou quelques instants que la mémoire aujourd’hui remémore en l’homme par la pensée, en un seul instant.

Le Moyen-Âge qui a été particulièrement difficile dans la formation de l’humanité a été un stade intermédiaire entre le monde antique et le monde pré-moderne. Une période souvent ravagée par des famines, les maladies, les épidémies à grande échelle, décimant hameaux, villages et villes. La « Mort noire », entre 1300 et 1400, décima un tiers de l’Europe, transformant des territoires entiers en mouroirs. Elle s’étendit aux autres parties du monde. Des historiens occidentaux avancent qu’elle a été ramenée par les Croisés, à l’époque, venant du Proche-Orient ou d’Afrique du Nord. Mais, qui peut, à l’époque, le certifier ? Et même si c’était vrai, « Pourquoi les Croisés sont-ils allés au Proche-Orient ? » Pour les Croisades ? Il est difficile de répondre, cependant, il ne faut pas avoir peur des mots et du sens dialectique de l’histoire. Et si c’est une rétribution de l’Esprit ? Voilà ce qu’a coûté à l’Europe plus de huit croisades recensées sur les terres d’Islam. Que les peuples d’Islam n’ont pas demandé à venir. Et si tout se paie sur terre ? Ce qu’on croit le chaos, du moins pour l’humain, n’est en réalité qu’un ordre de l’Esprit tant pour les Croisés que pour les autres peuples. Toute sanction n’est que le fait de la Providence ?

 L’Histoire de l’homme recèle une infinité de cas où la Providence se substitue à l’Homme quand celui-ci ne peut réparer le préjudice causé par l’homme à l’homme. Et c’est là un « principe relevant de l’essentialité de l’existence  », qui signifie que les Croisés devaient y aller et que la « maladie noire  » entrait comme « nécessité », qu’elle « devait éclater pour mettre un arrêt à ces raids chrétiens en terre d’islam ». Et surtout si c’est chèrement payé lorsqu’on pense ce qu’elle a décimé en vies humaines.

Le problème n’est pas qu’il y a eu un tribut à payer ou qu’il eut eu des croisades, c’est pourquoi il y a eu les croisades. Et là, on peut avancer toutes sortes d’explications, comme l’appel d’Urbain II lié aux crises démographique, économique, politique, à l’époque, en Europe. Il demeure cependant que la Providence a pour ainsi ordonné ces événements. Donc ces croisades ont été une Nécessité de l’Histoire, comme ce qui a prévalu, ensuite en Europe, pour mettre fin aux croisades. Le philosophe allemand Hegel dira qu’il y a un Esprit dans l’Histoire, un Esprit dont il faut déchiffrer et comprendre le message dans la marche du Temps de l’Histoire.

 L’homme n’est pas seulement un témoin de l’Esprit dans le Temps de l’Histoire, il est aussi un esprit de l’Esprit qui peut comprendre le message de la Providence.

Au Moyen-Âge, les conditions d’existence des peuples, que ce soit en Europe, en Afrique, ou dans les autres contrées du monde, étaient très dures. Les hommes et peuples n’avaient presque pas le statut d’êtres humains, ils étaient confinés dans des Etats-royaumes, pour la plupart, dans la condition de serfs, de vilains. L’idéologie, le capitalisme, le socialisme, le communisme, la démocratie, et autres doctrines étaient des notions absolument étrangères à l’être de ces temps. Seul des initiés des Anciens Grecs sur la démocratie et encore un mot vide de sens au sein des peuples en coupe réglée dans le servage par les rois et seigneurs de l’époque. Un statut proche de l’esclavage. Les domaines des seigneurs étaient vendus avec leurs paysans-serfs qui vivaient dans le dénuement et la soumission complète.

 Le monde était brut et ignorant, les centres de lumières rares. L’Eglise faisait tout pour maintenir la régression et évidemment les privilèges des prélats. Le monde médiéval était pratiquement le même partout en Europe et hors d’Europe. Sauf que, malgré le servage, et les religions monopolisées et politisées, cette période de plus de huit siècles était un stade de pacification nécessaire dans l’évolution de l’histoire des peuples.

 Et ce qu’il y a d’incroyable, c’est que le temps des seigneurs et des rois perdurent encore aujourd’hui, en plein XXIe siècle, les peuples parce qu’ils sont soumis gardent toujours cet esprit moyenâgeux même s’ils utilisent l’avion pour voyager ou internet pour communiquer. Ceci prouve que l’histoire est têtue, que rien n’est acquis pour l’humanité, qui est en perpétuelle évolution. 

 Vint le temps de la Renaissance, et après le Siècle des Lumières, l’Europe revient de nouveau à ses expéditions d’antan, mais cette fois-ci elle vise des continents entiers. L’Amérique du Sud et du Nord, l’Afrique, l’Australie et l’Asie. La pression démographique et les avancées scientifiques lui donneront les moyens d’imposer sa puissance sur tous les peuples du monde. Une minuscule Europe, mosaïque de nations et de langues, se transforme en Centre de décision qui aura à régir les destinées du monde, pendant quatre siècles. Rien dans le monde ne se fera sans l’Europe. Une « destinée », une « histoire », une « nécessité », c’est en fait tout cela pour l’Europe, sans lequel elle ne serait pas allée dominer le monde. Cela a existé pour les empires passés. L’empire romain, l’empire byzantin, l’empire arabe, et d’autres empires dans l’histoire de l’antiquité. Il n’y a rien d’extraordinaire dans ces phénomènes, il arrive toujours à un temps de l’Histoire qu’un peuple, une grande nation, un peuple-continent domine et surplombe les autres peuples.

 Si on regarde la géographie de l’Europe par rapport aux autres régions du monde, on s’apercevrait qu’une équidistance géographique lie les continents asiatiques, américains et africains à ce centre mondial. Une géographie qui vient renforcer la place de l’Europe dans le monde. Mais tout processus a une fin, d’autant plus que le monde colonisé ne pouvait être assujetti à l’infini. Sinon le sens de l’humain n’aurait pas de sens. Un animal peut être domestiqué mais pas un homme qui pense. La pensée est à la fois prison et libération. Il arrive toujours un concours de circonstances nécessaires qui viendrait délivrer l’homme de ses chaînes. Pourquoi un concours de circonstances nécessaires ? Parce que l’homme ne peut être au-dessus d’un autre homme. Il peut l’être dans la richesse, il peut coloniser un autre homme si l’un est plus robuste ou plus armé, dispose de plus d’armement, de plus d’avancées technologiques, mais l’histoire évolue en boucle. Il viendra toujours un temps où tout est remis en question, ou celui qui a dominé vient lui aussi à être dominé. Et cela relève de l’Esprit du monde qui gouverne les humains, et les humains le plus souvent en sont ignorants.

Par exemple, deux pays naissent au XIXe siècle, et deviennent deux grandes puissances. Ces deux pays sont en fait l’Allemagne et le Japon. Arrivés en retard au partage du monde, ils cherchent, en tant que nouvelles puissances qui comptent sur l’échiquier géopolitique mondial, à négocier leurs parts qui leur reviennent sur les territoires d’Afrique et d’Asie.

 Et ce qui est incroyable, c’est que ce qui a été construit par l’Europe pendant au moins quatre siècles sera détruit en trois décennies par ces mêmes puissances qui entrent en guerre avec celles qui les ont devancées. Deux guerres mondiales qui ont été, à l’instar de la « Mort noire » au XIIIe et XIVe siècle, un tribut à payer par les grandes puissances mondiales, pour déconstruire ce qu’elles ont construit par la colonisation. En clair, le temps de la libération des peuples d’Afrique et d’Asie a sonné. Comme le temps de la fin de la colonisation a sonné pour les empires coloniaux européens et asiatiques.

 Si on veut comprendre l’Histoire de l’humanité, l’Homme doit se dévoiler la face. Le problème n’est pas de dénigrer les pays européens, mais de comprendre la dynamique qui fait avancer l’humanité. Et rien n’est fortuit, tout relève d’un « Plan qui transcende l’homme ». Ce n’est même pas de la Religion, c’est la RELI-GION, l’Homme est « relié à une Essence » dont il ne sait rien.

 En outre, on peut transposer la situation des Européens de l’époque aux Chinois ou aux Arabes, si ceux-ci s’étaient trouvés en Europe, ils auraient certainement menés les mêmes politiques coloniales. Le problème n’est pas l’Europe ou le tribut qui a été payé par l’Europe et les autres puissances, c’est pourquoi la colonisation et ensuite les guerres mondiales pour mettre fin à la colonisation. C’est cela la marche herméneutique de l’histoire. Cela devait arriver pour qu’ensuite être dépassé par ce qui devait de nouveau arriver mais différemment. Les êtres humains ne décident pas de leurs destinées. Tout au plus, ils se perdent sur les conjectures terrestres, mais n’appréhendent pas l’« essence de l’Histoire ».

 Il y a donc des buts assignés à l’Histoire qui déterminent les conjonctures, dussent-elles être révoltantes pour faire avancer l’Histoire ». En d’autres termes, l’Homme est agissant, mais il y a « toujours une autre Force plus agissante qui le transcende et change ses actions en d’autres actions. Cette pensée peut être appréhendée par l’intelligence de l’homme, sauf si cet homme refuse cette pensée parce qu’elle lui paraît trop abstraite, peu claire. Et même dans cas qui est fréquent, on ne peut même pas incriminer cet homme puisque ce n’est pas lui qui pense sa pensée mais la pensée qui pense en lui. Donc si un homme est plus pensant dans la juste pensée, ou plus simplement plus intelligent qu’un autre, au final, ce n’est pas lui qui pense juste c’est la pensée juste en lui. De même, si un autre homme refuse cette pensée et il ne la croit pas juste, c’est encore la pensée qui en est l’auteure. Sauf à l’un elle donne des arguments très forts et agissants, à l’autre elle le garde dans le déni.

Et ce qui est dit ici à l’échelle des peuples peut être dit à l’échelle de l’homme, qui est une partie de cette humanité. A son existence, à ses rapports aux problèmes de sa vie, ses succès, ses échecs, ses rapports avec ses semblables bons ou mauvais. Dans le sens qu’il y a toujours des raisons qui expliquent ce qui lui arrive de bon ou de mauvais dans son existence. De même dans la force qui lui fait affronter les épreuves qu’ils traversent dans son existence. En clair, tout dans son illusion d’être, il est véritablement une réalité objective. Il est un dans son tout. Comme l’histoire de l’humanité est une dans son tout.

Donc tout homme a la possibilité, par une introspective, de mesurer son vécu et voir souvent, dans les grands événements heureux ou malheureux qu’il traverse, et qui ont changé le cours de sa vie, qu’ils lui étaient destinés à lui seul, qu’ils relèvent réellement d’un processus ordonné, intelligent, nécessaire et propre à son vécu. L’homme peut penser ces événements à un hasard, mais un hasard « contingent » propre à son histoire. Cependant, une seule condition pour ce vouloir être, c’est d’effacer volontairement les préjugés que lui distille sa pensée, une sorte d’épreuve que la pensée impose à l’être en qui elle pense. Une sorte de « pensée dans la pensée ».

 Ce mode de penser l’Histoire humaine est à prendre ou à laisser. Il est ce qu’il est et ce « parce qu’il est. » Ceux qui veulent s’en inspirer à moins qu’ils soient déjà inspirés, c’est parce qu’il permet à l’homme de mieux saisir l’herméneutique de son existence. Et surtout l’approche qui fonde le penser de l’humain est d’abord de considérer que « l’Homme ne fait pas seul l’Histoire ». S’il la faisait seul l’Histoire, comme il peut le penser, et le croire, que l’Homme explique le plus élémentaire de son existant. D’où il tient son être, son corps, ses organes des sens ? D’où il tire sa pensée ? Et plus simplement qui est-il et pourquoi existe-t-il ? Il n’est existant que parce qu’il pense. Si on lui retire sa pensée, l’homme n’est pas, n’existe pas. C’est par la Pensée qui existe en lui qu’il existe, qu’il compte pour l’Histoire et pour l’humanité.

Descartes, dans sa Deuxième Méditation, n’a-t-il pas proclamé : « Je suis, j’existe […] si je cessais de penser, que je cesserais en même temps d’être ou d’exister. Je n’admets maintenant rien qui ne soit nécessairement vrai : je ne suis donc, précisément parlant, qu’une chose qui pense, c’est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison, qui sont des termes dont la signification m’était auparavant inconnue. Or je suis une chose vraie, et vraiment existante ; mais quelle chose ? Je l’ai dit : une chose qui pense.

Et quoi davantage ? J’exciterai encore mon imagination, pour chercher si je ne suis point quelque chose de plus. Je ne suis point cet assemblage de membres, que l’on appelle le corps humain ; je ne suis point un air délié et pénétrant, répandu dans tous ces membres ; je ne suis point un vent, un souffle, une vapeur, ni rien de tout ce que je puis feindre et imaginer, puisque j’ai supposé que tout cela n’était rien, et que, sans changer cette supposition, je trouve que je ne laisse pas d’être certain que je suis quelque chose. […] Mais qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. »

 Ceci est révélateur sur le sens phénoménologique de la pensée de l’être humain qu’exprime Descartes, il y a plus de trois siècles. On peut même étendre cette question à la pensée de ma personne et à toute personne qui pense, c’est-à-dire à tous les humains. Est-ce que c’est moi qui suis en train de développer cette analyse ? En suis-je certain ? Suis-je en train de la penser ? Cela est certain que je pense. Et si ce n’est pas moi qui pense mes idées mais les idées qui pensent en moi ? C’est une possibilité, je n’ai pas l’assurance totale que c’est moi qui pense mes idées. Et si je suis la chose de la pensée, mon cerveau n’étant que l’interface entre la chose humaine que je suis et la pensée pensant en moi ? Ou ma pensée que je pense, à travers mon cerveau, me dit que c’est moi qui pense ? Et je me meus, à travers mon cerveau, et la pensée en lui, au moindre mouvement que je fais, au moindre clignement de l’œil, au moindre tressaillement, à la moindre crainte, angoisse que je ressens, bref à toute réaction qui m’arrive. « Je suis ce par quoi je suis, c’est tout. »

Et cette situation est la situation de tout être humain, de tout homme qui pense ou ne pense pas. Il est toujours « pensée ». S’il est conscient qu’il pense, il peut ainsi le penser. S’il en est inconscient, il pense néanmoins même s’il ne se sent pas penser.

De plus, on peut le questionner sur sa présence sur Terre : En quoi l’homme est-il utile à la Terre ? En quoi l’homme est-il nécessaire à l’Histoire du monde ? A l’Univers ? Le monde, l’univers peut-il exister sans l’homme ? Est-il irremplaçable ? Et surtout il est fait de quoi l’homme ? N’est-il pas fait de de la Terre ? N’est-il pas un élément de la Terre ? Ou plus simplement fait de terre ?

Si l’« Intelligence suprême » voulait remplacer toutes les espèces vivant sur la Terre ? Qui l’arrêterait ? Puisque l’Homme ne se sait pas sinon qu’il est constitué des éléments de la Terre et qu’il retourne à la terre. Un cataclysme sur la terre (collusion de la terre avec un astéroïde géant, augmentation de température sup. à 80°C par changement de l’orbite terrestre autour du soleil, épidémie mondiale qui emporterait toute l’humanité, etc.) ferait disparaître certainement l’espèce humaine de la Terre. C’est cette situation phénoménologique de l’humain qui nous interpelle.

Un autre principe que nous constatons souvent, parce qu’il nous entoure ou que nous y sommes dedans, c’est la misère, la régression, mais nécessaires parce qu’elles tracent le chemin du progrès continuel de l’humanité qui ne s’arrête jamais. Sans ces constantes au cours des siècles, l’humanité n’aurait jamais pu se constituer, ni même exister. Précisément, ce sont eux qui font que l’humanité est « humanité  », et en constant devenir. Car l’humanité n’a pas choisi d’être ou à être, elle fait avec ce « être Qui lui est donné pour être ».

Aujourd’hui encore, le mal humain est incompréhensible, mais que nous voulions ou non, ce mal humain nous accompagne parce que c’est lui qui fait en grande partie notre histoire. Mais face du mal humain, il y a le bien humain qui combat toujours le mal humain. Une nécessité du mal et du bien car sans eux il n’y a pas d’existence. « Le bien est la victoire sur le mal », « le mal est la victoire aussi sur le mal. » Le bien et le mal, opposés, s’entraident pour lutter contre le mal et ainsi aller vers le bien. Puisque c’est le bien qui va contre le mal pour qu’il soit, le mal va aussi souvent contre le mal pour qu’il ne soit pas. L’expression « Á quelque chose malheur est bon. » a tout son sens. On lutte contre le mal parce que c’est nécessaire, on fait avec le mal souvent pour le faire reculer. Un processus nécessaire allant de dépassement en régression, et de régression en dépassement, et ce sont ces alternances qui tracent le chemin du progrès du monde.

 Ainsi on voit que s’il n’y avait pas une évolution positive de l’humanité dans le temps, l’existence ne serait que grisaille et décadence, entraînant progressivement la fin de sa présence sur terre. La Terre n’aurait plus besoin de l’homme pour être. Pour avoir une idée du sens de l’humain, lorsque les Américains et les Chinois ont envoyé deux robots sur Mars en 2021, le premier appelé Perseverance et le second Zhurong, c’est en fait la Terre qui est allée sur Mars, les hommes n’ont été qu’un trait d’union entre les deux astres, ceci dit dans l’absolu.

 Ainsi, partant de ces principes simples, l’Homme peut comprendra mieux ce qu’il en est de lui, ce qu’il sera de son existence ? De même, à l’échelle de l’humanité entière, les crises économiques, les guerres, le sous-développement, le développement, la croissance, la pauvreté, la misère, toutes ces formes d’existence ont sens dans le devenir du monde. L’humanité tout en évoluant devient, et ne cesse de devenir, le Temps est progrès. 

 Deux Guerres mondiales ont été nécessaires pour féconder un nouvel Etat du monde. Le Temps de l’Histoire va s’accélérer comme il ne l’a jamais été par le passé. Quelques décennies seulement changeront l’Histoire de l’humanité pour qui les quatre siècles depuis le siècle des Lumières, ou les 3000 ans depuis le commencement du monde antique, ne seront que des vestiges qui n’ont rien à voir avec l’âge atomique du XXe siècle ; plus de 100 nations d’Afrique et d’Asie ont vu le jour, après la Deuxième Guerre mondiale.

 L’Afrique et l’Asie libérées de la domination occidentale. L’essor de la science a fait un bond prodigieux – jamais autant de découvertes scientifiques, de techniques ne virent le jour que durant cette période de l’Histoire. La libération de l’Occident de la guerre grâce à la crainte d’une apocalypse nucléaire. L’homme se lance à la conquête spatiale. Ce qui était inimaginable devient possibilité avec les temps nouveaux. Marcher sur la Lune, atteindre la planète Mars changent complètement la vision de l’homme sur l’univers. Quant aux pays décolonisés, toute guerre menée par une grande puissance contre ces pays coûtera cher financièrement et en hommes. Les guerres au Vietnam, en Afghanistan, en Irak… montrent qu’une petite armée de nationalistes engagés mettent en échec les armées les plus puissantes du monde. Les armements et la sophistication des stratégies du faible par rapport au fort créent de nouvelles formes de combat. Le terrorisme et la guerre « asymétrique » demeurent une arme presque imparables, ils rendent inopérants l’usage d’armements lourds par les grandes puissances.

 Cependant, malgré ces avancées tout azimut, l’euphorie de l’humanité ne va durer que le temps de la reconstruction de l’Europe et l’édification des nouveaux Etats issus de la décolonisation. Le nouveau visage de l’humanité dû à l’essor de la consommation de masse, le développement prodigieux des moyens de communications, les avancées de la médecine et de l’hygiène dont l’emploi est systématisé dans les pays riches et pays pauvres, concourent à une formidable poussée démographique dans le monde. 

 Un monde sans guerre entre les grandes puissances, malgré la Guerre froide et les conflits régionaux qui ne menacent pas la paix mondiale, conjugué au formidable essor économique, attisent précisément cette croissance démographique que n’a jamais connue de mémoire l’humanité. Une croissance qui ira de pair avec l’essoufflement des grandes économies occidentales et les crises économiques qui commencent à apparaître dès les années 1970. Des insatisfactions sont ressenties, dès ces années, par les peuples tant du Nord que du Sud. Les années 1980 et 1990 verront le chômage filer fortement dans le monde, remettant en cause l’Etat-Providence. Le doute s’installe désormais dans les consciences sur l’avenir du monde.

 Malgré les accords internationaux sur le commerce mondial, dans le cadre du G.A.T.T. devenu l’OMC depuis janvier 1995, les puissances industrielles sont entrées en concurrence les unes contre les autres. Chaque pays s’affaire à préserver son équilibre économique d’autant plus que la population mondiale n’a cessé d’augmenter. De 2,07 milliards d’êtres humains en 1930, elle est passée à 3 milliards en 1960, en 30 ans seulement. Alors qu’il a fallu 130 ans pour arriver à ce chiffre, le premier milliard sur terre étant bouclé en 1800. Le quatrième milliard est atteint en 1975, en quinze ans seulement, l’écart de temps est divisé par deux. Le cinquième milliard en 1987, en 12 ans seulement. Le sixième milliard en 1999. Le septième milliard en 2011. L’écart n’ayant pas changé, en 2022, la population mondiale a bouclé les 8 milliards d’êtres humains.

 Ces chiffres astronomiques montrent que le monde humain vit désormais à l’étroit.

La chute du Mur de Berlin, en 1989 et la fin de l’URSS en décembre 1991 montrent que les systèmes socialistes qui ont rempli leur rôle dans l’histoire ont atteint leurs limites. Tous les pays socialistes (Russie, PECO intégré à l’Union européenne, et socialisme de marché pour la Chine) sont tous mis à l’enseigne du libéralisme économique, seul système susceptible de répondre à l’équilibre démographique et économique mondial.

 Les résultats sont fulgurants entre 1980 à 2010. Si l’Occident compte des fortunes colossales, les nouveaux pays d’Afrique et d’Asie comptent aussi leurs fortunés, et ce en moins de trois décennies. Au point qu’on se demande comment ces récents colonisés et dominés ont pu amasser de telles fortunes, qui plus est de pays communistes nouvellement converti au socialisme de marché, un capitalisme hybride.

La Chine, par exemple, compte 358 milliardaires en dollars et se classe, en 2014, deuxième derrière les États-Unis qui en comptent 481. Aujourd’hui, les milliardaires chinois ont dépassé les milliardaires américains. Mais alors où est le communisme en Chine ? La Russie en compte un nombre important. L’Afrique compte 3000 fortunes, à plus de 30 millions de dollars. Les fortunes africaines entre millionnaires et milliardaires détiennent 400 milliards de dollars. Quant aux milliardaires cheikhs arabes, africains et latino-américains, combien sont-ils dans le classement mondial ?

 Richesse ostentatoire rime avec le dénuement et la misère dans le monde. 809 milliards d’êtres humains subsistent avec moins de 1 dollar par jour, quant aux moins de 1,25 dollars par jour, on recense 1,289 milliard. Enfin les plus riches des pauvres, ils sont 2,471 milliards d’êtres humains à subsister avec moins de 2 dollars par jour. Pour la seule Chine, on recense 97,4 millions de chinois vivent avec moins de 1 dollar, 173 millions avec moins de 1,25 dollar et 394,6 millions avec moins de 2 dollars (données 2008, Banque mondiale).

 En Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Pakistan), la situation est encore plus catastrophique. En tout dans le monde, un nombre hallucinant, 4,5 milliards d’êtres humains sur plus de 8 milliards que comptent aujourd’hui l’humanité vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

 On peut s’interroger à juste raison si cette situation de l’humanité est normale ? Ces humains très pauvres ont-ils demandé cet état de dénuement et de misère ? Ou ces nouveaux riches à devenir de riches milliardaires ? La question peut se transposer aussi aux époques passées. Les peuples d’Afrique et d’Asie ont-ils demandé à être colonisés ? Où des noirs à devenir esclaves et transportés aux États-Unis pour servir de main-d’œuvre aux cultures cotonnières ?

 L’humanité dans sa globalité a vu des siècles de souffrances et, on a vu ce qu’il est advenu ensuite. Jusqu’aux deux guerres mondiales qui ont changé la face du monde. Aussi, peut-on dire si personne ne choisit sa destinée ne signifie pas que l’humanité et les êtres qui la composent ne doivent pas évoluer. Si tout reste en l’état, par exemple, les rois et seigneurs du Moyen-Âge n’ont pas été balayés par l’histoire, le monde serait ce qu’il était. Et un monde médiéval à l’infini serait sans sens pour l’existence humaine. De même, si les peuples d’Afrique et d’Asie seraient restés dominés par l’Europe, quel sens aurait été l’existence des peuples d’Afrique et d’Asie ? Sans sens.

 L’humanité est donc en devenir ; sans une évolution dans le temps, l’humain ne serait qu’une chose sans véritable pensée. Un monde à l’état stationnaire, sans réelle existence. Tout le sens de l’humain se situe dans sa diversité, dans ses écarts de classe, dans cette évolution continue et régie par l’« Esprit du monde ». C’est de lui que vient la raison sur le pourquoi vivre, c’est lui qui cimente l’existence de l’humain ; c’est l’Esprit-monde que l’homme ne sait pas qui fait prendre conscience à l’homme ce qu’il est et où il va.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
relations internationales et Prospective
 



3 réactions


  • Julian Dalrimple-sikes Géronimo howakhan 16 mai 2023 09:44

    Mes salutations,

    euh, le monde, chaque moi, moi moi moi , ne va nulle part...........

    une de nos plus énormes illusions..

    vivre était (est) le seul miracle pour nous, or on refuse la vie car naître = mourir.....

    le reste est effet de cela et pour moi sans intérêt..


  • Étirév 16 mai 2023 10:06

    La réponse à toutes les questions et la solution à tous les problèmes…
    Les conditions climatériques des pays divers, créent des différences ethniques, c’est-à-dire physiologiques, psychiques et, par conséquent mentales des peuples.
    Mais quel que soit le degré de leur intelligence, de leurs vertus ou de leurs vices, quelle que soit la prospérité ou la pauvreté de leur commerce, une chose les domine tous : la Loi des sexes, qui fait que partout, sous toutes les latitudes, dans les coins les plus reculés de la Terre, on trouve les deux sexes représentés et toujours suivant l’inflexible loi de leur polarité inverse.
    Donc, toutes les différences des peuples s’effacent devant cette loi générale qui les gouverne tous : Un Être de raison et de bonté vit près de l’homme pour tempérer ses passions, pour empêcher ses mauvaises impulsions, pour prévenir ou réparer ses désordres, pour lui ouvrir la voie d’un idéal que seul, cet Être peut lui donner. Sans ce concours avoué (ou inavoué) de la Femme, l’existence de l’homme est incomplète, incohérente, dangereuse même.
    Rétablissons l’harmonie sociale du monde en la basant sur la science éternelle et universelle, celle qui reconnaît et fait reconnaître par tous l’immuable « Loi des Sexes ». Cette loi porte en elle toutes les solutions sociales.
    Quand les chefs d’État comme les derniers des citoyens auront reconnu cette « Loi », quand ils comprendront les aspirations psychiques et spirituelles de tous les peuples, ils s’uniront dans une fraternité consciente pour conduire le monde nouveau à son but grandiose : L’HARMONIE UNIVERSELLE.
    L’homme a unifié le monde par son industrie qui ne connaît pas de frontière, son commerce est international, sa puissance économique est mondiale, il a créé des moyens de transport, des moyens de communication sans fil qui fait courir la pensée à travers l’espace avec la vélocité de l’éclair... Et malgré toutes ces merveilles, le désordre subsiste, les divers peuples se déchirent, la haine les divise et quand les hommes se concertent entre eux, ce n’est pas pour faire le bien, c’est pour faire le mal, pour se donner mutuellement la mort ou créer des entraves à la liberté des autres.
    Il faut changer tout cela et se mettre sur un terrain nouveau pour réaliser un accord solide entre les divers peuples, pour se concerter, en vue du Bien général sur les bases d’une vérité démontrée : la différence psychique des sexes.
    La Nature a fait deux grandes divisions dans l’Humanité : les sexes qu’elle a créés différents, leur donnant à chacun des facultés spéciales. Chaque sexe doit avoir, dans la société, le rôle que ses facultés lui assignent.
    Pour le connaître et l’accepter, les hommes et les femmes ont le devoir d’étudier « La loi des sexes ».


  • Samy Levrai samy Levrai 16 mai 2023 10:23

    A part une baisse de l’intelligence démontrée journellement, point d’évolution.


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