samedi 26 février 2011 - par Jean-Paul Foscarvel

Le Corps du Roi n’est plus

En ces temps troublés, une figure apparaît désuète, celle du Corps du Monarque comme cristallisation de son peuple.

La démocratie de demain ne s'incarnera plus dans un corps, même électoralement choisi, mais dans une multitude, créatrice, et intelligente. Le peuple, adulte, se libère du censeur.

La révolution en marche dans les pays du Maghreb et au-delà est le signe fondamental d'un basculement.

Basculement bien entendu de régimes honnis par leurs peuples, mais de façon plus profonde, c'est le rapport au politique qui se modifie.

La démocratie était basée sur une confiance de la population envers ses dirigeants, qui à la fois représentaient et créaient des conditions de développement des États et de leurs populations.

Des choix étaient établis au regard de programmes qui dégageaient une vision d'avenir. Les Président, Chanceliers, Premiers Ministres suivaient les programmes démocratiquement choisis par les électeurs pour le bien de tous, au moins de la plupart.

Les pays européens représentaient le modèle vers lequel devaient tendre les autres pays, lorsque leur développement économique et le niveau d'instruction le permettrait.

Ceci, c'était avant, dans une théorie parfaite de la démocratie représentative comme universel vers lequel tendre.

Même si le caractère réel des démocraties européennes était loin d'être proche de cet idéal, il était néanmoins possible d'admettre que le réel tendrait vers cet idéal.

Jusqu'aux Hurlusconis !

Ceux-ci arrivant, le rapport du pouvoir à la population change radicalement.

 

Avec Bush, Aznar, Berlusconi, Sarkozy, il n'est plus question de représenter l'ensemble du peuple, ou même une majorité, mais de diriger pour soi et ses amis, à le seule fin de permettre une optimisation de l'enrichissement.

Du corps au service de l'esprit, lui-même au service de la nation, dan un rapport de représentativité légitime du peuple, toujours souverain, on est passé à l'Etat au servie de l'Ego, lui-même dominé par le corps.

On retrouve là la collusion entre les hurlusconis et les dictatures. Dans celles-ci, l'ensemble de la nation, oppressé, est mis au service unique du potentat qui peut par ailleurs choisir ses amis comme bon lui semble. Le corps du Roi est alors l'objet de tous les cultes, de toutes les vénérations. Jusqu'à sa décomposition finale, telle qu'on peut la voir tragiquement chez Kadhafi. Un corps devenu horrible comme reflet de l'esprit qui lui est prisonnier.

Lorsqu'on voit comment Berlusconi laisse diriger son esprit par son corps, et soumet l'Italie à son appétit sensuel sans limite, on peut constater que l'Hybris de l'un est le reflet de l'Hybris de l'autre.

Ce sont ces corps décomposés par leur excès qui sont aujourd'hui honnis, ainsi que les conséquences catastrophiques pour la population.

 

Face à cela, la population réagit en se créant elle-même dans un espace de liberté, de pensée, d'échanges, notamment via internet.

Une intelligence collective naît, qui est supérieure à l'intelligence individuelle des élites et de leurs conseillers. Celle-ci, au-delà de l'auto légitimation par le discours, devient finalement obsolète et inopérante. Elle finit par dire des choses qui n'ont aucun sens, dans le but ultime de s'auto convaincre de sa légitimité, de fait perdue.

L'esprit du peuple n'a alors plus besoin du corps du roi.




Réagir