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Le « deuxième front ukrainien » : confrontation entre l’Europe et les États-Unis - AgoraVox le média citoyen
mardi 9 décembre 2025 - par Patrice Bravo

Le « deuxième front ukrainien » : confrontation entre l’Europe et les États-Unis

Le dossier ukrainien devient l'une des principales sources d'irritation dans les relations entre les États-Unis et leurs alliés européens. 

L'UE et Kiev présenteront leur plan de paix à Trump le 9 décembre. Le document a été réduit de 28 à 20 points, les dispositions inacceptables pour Kiev ayant été supprimées. Elles concernaient principalement des concessions territoriales, a déclaré Volodymyr Zelensky après sa rencontre avec les dirigeants européens à Londres. Selon lui, la question d'échanger des territoires contre des garanties de sécurité ne se pose pas. Il espère également parvenir à un compromis dans les négociations avec Washington. 

La rencontre de Zelensky avec les dirigeants européens à Londres a porté sur les résultats des pourparlers de paix "dans le cadre de la médiation américaine" et sur les garanties de sécurité. "Cette réunion à laquelle ont participé le Président ukrainien, le Premier ministre britannique, le Chancelier allemand et le Président de la République a permis de réaffirmer notre soutien indéfectible à l’Ukraine, de même que notre engagement constant en faveur d’une paix robuste et durable en Ukraine", indique un communiqué sur le site de l'Élysée. 

Plus l'équipe de Donald Trump s'implique dans le processus de paix en Ukraine, plus l'objectif des dirigeants des États européens clés devient clair : sans le déclarer ouvertement, ils essaient en fait de faire échouer, de saboter les efforts de médiation de Washington. Cela est clairement démontré par l'interception d'une conversation téléphonique entre des dirigeants européens et Volodymyr Zelensky, qui s'est retrouvée entre les mains du magazine allemand Der Spiegel et a été publiée par celui-ci. Dans cette conversation, le président français a exhorté ses collègues de l'UE à ne pas se fier aux déclarations des États-Unis sur leur intention de parvenir à un cessez-le-feu dans des conditions justes. 

La visite d'urgence du dirigeant ukrainien à Londres, puis à Bruxelles pour rencontrer les principaux alliés européens de Kiev en dit long. 

Sachant qu'elle a été organisée par des alliés non seulement en conflit avec Moscou, comme cela était le cas ces quatre dernières années, mais désormais aussi en opposition avec l'administration du président américain. Le Premier ministre britannique, le chancelier allemand, le président français et les dirigeants de la Commission européenne ont démonstrativement soutenu Zelensky, qui refuse un compromis avec Washington sur le point clé de son plan de paix, à savoir le retrait des troupes ukrainiennes de la partie du Donbass qui reste sous le contrôle de Kiev. Puisque pour le Kremlin c'est pratiquement la question la plus fondamentale, la mise en œuvre de tout le plan américain bute précisément sur ce point. 

L'obstination de Kiev serait vaine si les Européens ne lui avaient pas fait comprendre qu'ils pourraient financer l'Ukraine et assurer la poursuite de ses opérations militaires pendant encore longtemps, même sans les États-Unis, qui ne manifestent clairement pas une telle volonté. 

L'Europe, elle, le manifeste, et ce, non pas à ses propres frais, mais par la confiscation des actifs russes détenus en UE, principalement par le dépositaire belge Euroclear. 

La décision finale à ce sujet doit être prise le 18 décembre lors du sommet de l'UE. Et si la direction de la Commission européenne et des principaux États de l'Alliance parvient à briser la résistance des autorités belges, qui s'opposent à une telle mesure, cela signifiera non seulement la poursuite du conflit, mais aussi un nouveau défi lancé aux États-Unis. Car c'est précisément le sort des actifs russes bloqués qui faisait l'objet d'un des points du plan de paix américain. Washington espérait utiliser la possibilité de leur restitution (au moins partielle) comme un argument qui pourrait intéresser financièrement Moscou. En cas de confiscation de ces fonds et de leur transfert à l'Ukraine, les Européens privent l'administration Trump d'un levier d'influence important, d'un atout maître. 

Compte tenu de telles actions des dirigeants de l'UE, certaines affirmations des auteurs de la nouvelle Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, publiée ces derniers jours, ne semblent pas si paradoxales. Il y est dit que les responsables européens "nourrissent des attentes irréalistes" concernant le conflit en Ukraine, et un diagnostic impitoyable est globalement posé à la direction de l'Union européenne. Selon les auteurs du document, ses actions sapent la liberté politique et la souveraineté, engendrent la censure, répriment la liberté d'expression et l'opposition, et conduisent à une perte d'identité nationale. 

En d'autres termes, l'administration américaine lance un défi à l'Union européenne sous sa forme actuelle et commence avec elle une lutte acharnée sur le front idéologique. 

Quant au "deuxième front" : dans cette guerre qui divise aujourd'hui le monde occidental, il pourrait bien être le front ukrainien. Cela se produira si Berlin, Paris et Bruxelles poursuivent leur ligne actuelle, torpillant les efforts de paix de Trump, poussant Kiev à poursuivre les hostilités et à refuser tout compromis.

Alexandre Lemoine

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Source : https://pierreduval.substack.com/p/le-deuxieme-front-ukrainien-confrontation



16 réactions


  • jocelyne 9 décembre 2025 18:49

    La photo est très explicite , on y voit les dirigeants essaient de ramener le gamin à l’hotel...


  • sylvain sylvain 10 décembre 2025 10:08

    il est de plus en plus visible que le seul truc qui compte vraiment pour les russes aujourd’hui, c’est d’annexer de nouveaux territoires 


    • Francis Francis 10 décembre 2025 10:34

      @sylvain
       
       ’’il est de plus en plus visible que le seul truc qui compte vraiment pour les russes aujourd’hui, c’est d’annexer de nouveaux territoires ’’
      >
      Bah ! Ils auraient tort de se gêner.
       
       Vae victis !


    • Philomo 10 décembre 2025 11:27

      @sylvain Ce n’était pas leur but au début, ce qui les intéressait c’était l’arrêt de l’ingérence de l’OTAN en Ukraine, la neutralité de ce pays et la fin des exactions contre la population russe du Donbass. Comme en 2022 l’accord en ce sens n’a pas été conclu à cause des pressions anglaises, les Russes ont avancé pour défendre cette population, et maintenant qu’ils y sont ils ne partiront pas. L’OTAN et les Ukrainiens ont joué, ils ont perdu avec des centaines de milliers de morts et des destructions immenses.


    • sylvain sylvain 10 décembre 2025 16:26

      @Philomo
      Au début surement oui, va savoir. Maintenant c’est de l’imperialisme. Douguine a meme declare sur je ne sais plus quel reseau que si Trump leur lachait l’ukraine, les russes lui fileraient un coup de main pour le canada.

      L’OTAN c’est l’amerique, et ils n’ont certainement pas perdus. Les ukrainiens eux avaient perdus d’avance, quel que soit leur choix


    • Philomo 11 décembre 2025 10:31

      @sylvain Non, la Russie récupère des territoires historiquement russes. Ils ne l’auraient pas fait si certains politicards US n’avaient pas décidé de lancer une guerre civile en Ukraine.


    • sylvain sylvain 11 décembre 2025 11:15

      @Philomo
      si tout le monde se met a récupérer les territoires qui ont un jour été à lui, le monde entier est en guerre. Il y a des états souverains sur des territoires, qui sont reconnus par l’ensemble des états. Si tu commences à annexer ces territoires, c’est le début de la foire d’empoigne


    • Philomo 12 décembre 2025 11:38

      @sylvain Sauf que dans le cas présent ce n’est pas du tout la raison principale. Les exactions contre la population russe d’Ukraine et l’avancée de l’OTAN aux frontières de la Russie sont les principales raisons


    • Eric F Eric F 12 décembre 2025 11:48

      @Philomo
      Les USA n’avaient pas pour propos qu’il y ait guerre civile en Ukraine, il voulaient l’attirer globalement dans le bloc occidental, pensant que les russophones s’en accommoderaient.

      Ils ont commis la faute (et les suivistes européens aussi) de ne pas purger le mouvement insurrectionnel de Maïdan de ses éléments ultra-nationalistes, cela a donc d’emblée connoté ce mouvement d’anti-russisme, à la fois hostilité au pays voisin, et hostilité à la culture et langue russe dans le pays. Il était alors inéluctable qu’il y ait en interne des mouvements protestataires et séparatistes, et que la Russie prenne les devant d’une future intégration au bloc atlantique du pays où se trouve sa base stratégique de Sébastopol. La suite en découle réactions/contre-réactions. 
      L’occident s’est enferré dans un soutien inconditionnel.


    • Philomo 13 décembre 2025 10:27

      @Eric F Si, au vu des violences organisées place Maidan, il est évident que les US ont poussé à la guerre civile. Ils n’ont pas purgé le mouvement parce qu’ils en étaient les instigateurs.
      Leur but était la main mise sur l’Ukraine avant de harceler la Russie à ses frontières.
      Ce sont les exactions commises contre la population russe qui n’était pas d’accord avec la politique de rapprochement avec l’OTAN et d’isolement avec la Russie qui est à amplifié le conflit. 
      L’armée était de conscription, les appelés servaient dans leur région d’origine. Les militaires des régions de l’est étant russes, ils ont tout de suite abandonné l’armée nationale pour constituer une armée du Donbass. En Crimée ça a été plus rapide puisque la population est russe à 95%, donc l’armée aussi (les hommes en vert sans insignes qu’on a vus sur les vidéos). Les Russes de Russie ne sont pas intervenus.
      Ensuite il y a eu les accords de Minsk, qui n’ont pas été respecté, bien au contraire, et en 2022 Zelensky s’apprêtait à lancer une grande offensive contre l’est du pays pour exterminer la population russe. D’où l’intervention de Poutine.


  • Philomo 10 décembre 2025 11:22

    Les européens idiots utiles des US n’ont pas encore compris que leur maître avait changé et donc la politique aussi ! 


    • Eric F Eric F 10 décembre 2025 19:49

      @Philomo
      ouaip, les Européens s’étaient fait embarquer par les Américains dans l’incorporation de l’Ukraine au bloc occidental pour isoler la Russie, et maintenant que ça tourne mal les Américains lâchent l’affaire.

      Pour le reste du monde qui avait toujours cru que l’Ukraine était une province russe (faut reconnaitre que la plupart des européens le pensaient aussi il y a trente ans), les Occidentaux apparaissent comme l’agresseur, et désormais les Européens sont perçus comme des obstacles à la paix. 


  • https://x.com/silvano_trotta/status/1998798732893278620

    Vous vous souvenez des images de la ville de Marioupol dévastée ?

    Les médias ukrainiens et occidentaux ne diffuseront pas ce genre de vidéos.

    Ils ne veulent pas que vous sachiez que Marioupol est en train d’être reconstruite à une vitesse fulgurante.


  • Krokodilo Krokodilo 10 décembre 2025 19:21

    Selon AlJazira, le nombre de désertions est en augmentation en Ukraine, avec des centres d’entraînement entourés de murs et de barbelés...

    https://www.aljazeera.com/news/2025/12/9/record-numbers-of-ukrainians-desert-army-amid-losses-to-russia


    • Eric F Eric F 10 décembre 2025 19:57

      @Krokodilo
      Jusque là les vétérans qui défendent l’Ukraine (moyenne d’age 43 ans) ont tenu le coup et méritent pour cela de l’admiration, alors que de nombreux jeunes se sont exilés pour éviter le recrutement. Mais le moral des troupes peut s’effondrer suite à des revers locaux à répétition, comme les soldats allemands à l’été 1918. Vu les « affaires », Zelensky ne figure plus comme le héro rassembleur, sur la photo il est une sorte de Dardagnan chancelant soutenu par trois mousquetaires bancals. 


    • Krokodilo Krokodilo 10 décembre 2025 20:07

      @Eric F Effectivement, même avec une opposition muselée, un contrôle strict de l’info, la corruption des élites dirigeantes, les rumeurs d’accord, de négociations, l’avancée russe, le recrutement forcé, tout ça finit par circuler et sape le moral des soldats. Les derniers morts d’une guerre, c’est l’ultime malédiction.


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