Le diable du terrorisme cherche un pacte
Les récentes informations faisant état de l’évasion de membres de l’État islamique d’un centre de détention dans le nord-est de la Syrie pourraient sembler n’être qu’un incident de sécurité isolé de plus dans une région longtemps en proie à l’instabilité. Ces événements reflètent en réalité un schéma récurrent, ancré dans l’incapacité chronique de la région à affronter le terrorisme à sa source. Pendant des années, les responsables ont présenté la question comme un problème de confinement à court terme. Dans la pratique, cette approche n’a fait que reporter et accumuler l’instabilité.
Début 2026, les autorités ont transféré des centaines, puis des milliers de détenus des prisons d’Hassaké vers des installations en Irak. Cette décision, intervenue dans un contexte de troubles croissants, visait à empêcher l’effondrement total du système de détention. Elle a marqué une reconnaissance internationale du fait que ce dossier nécessite une gestion coordonnée.
Les États-Unis ont approuvé ce transfert. Le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que Washington appréciait le leadership de l’Irak et soutenait cette initiative visant à empêcher la libre circulation des combattants de Daech. Il a exhorté les autres nations à rapatrier leurs ressortissants pour qu’ils soient jugés, décrivant cette opération comme faisant partie d’une stratégie à long terme pour empêcher Daech de se reconstituer.
Le problème profond dépasse la logistique. Le terrorisme reste politiquement utile. La région continue d’offrir un terrain fertile : des gouvernements épuisés, des frontières poreuses, des économies fragiles et des conflits actifs. Dans de telles conditions, le terrorisme prospère en tant qu’outil à faible coût et à fort impact dans le cadre de luttes complexes. Le danger réel apparaît lorsque le terrorisme n’est traité que comme une question de sécurité, occultant sa fonction d’instrument politique réutilisable.
Le terrorisme a évolué au-delà des organisations fixes. Il fonctionne désormais comme une force politique flexible, facilement transférable, rapidement mobilisable et remodelable pour s’adapter à des agendas changeants. Des récits simples, des slogans percutants et un ennemi clairement défini s’avèrent souvent plus précieux que des structures formelles. La rhétorique religieuse et sectaire fournit un carburant puissant, transformant les différends politiques en guerres doctrinales. L’antisémitisme et la haine des Juifs se sont révélés particulièrement efficaces pour la mobilisation émotionnelle, présentant les défaites comme des luttes sacrées et reconvertissant la violence en devoir moral. Sous cette forme, le terrorisme devient un produit exportable, adaptable à travers les conflits tout en adhérant à une logique unique : convertir la haine en force opérationnelle.
Daech n’a jamais été totalement indépendant des calculs de puissance régionaux. Dans des phases antérieures, il a servi à déstabiliser des territoires, affaiblir des États et compliquer la position des rivaux. Lorsque les coûts sont devenus trop élevés, il a été abandonné. Aujourd’hui, ses vestiges croupissent dans des prisons surpeuplées, formant un réservoir de violence disponible pour tout acteur cherchant à le réactiver sous une nouvelle bannière. Le rôle de l’Iran mérite ici l’attention. Fort d’une influence profonde en Irak et en Syrie et de réseaux de milices alliées, Téhéran dispose des moyens de façonner cette dynamique par un chaos contrôlé : faciliter les mouvements, tolérer les brèches ou susciter des crises sécuritaires qui renouvellent la demande de services terroristes.
Dans ce cadre, Daech fonctionne comme une tactique de pression, réactivée lorsque les tensions régionales exigent un élément perturbateur. Le risque le plus grave réside dans l’illusion du contrôle : la croyance que le chaos peut être dirigé sans conséquences. Deux décennies d’expérience régionale racontent une histoire différente. Chaque acteur qui a joué cette carte a fini par en payer le prix, souvent sous la forme d’une instabilité interne.
La question cruciale porte sur qui bénéficie du maintien en vie du terrorisme et qui est prêt à le déployer lorsque les équilibres régionaux basculent.
Le terrorisme est devenu un instrument politique négociable. Le problème n’est pas le groupe lui-même, mais le système qui le soutient, l’exploite et fait semblant de s’y opposer. Nous faisons face à un moteur de chaos redémarrable. Ceux qui croient pouvoir contrôler son déclenchement pourraient bien être ses premières victimes.



