lundi 6 février 2012 - par Rcoutouly

Le drame des océans et des pêcheurs

Nos habitudes alimentaires vont-elles devoir changer ? Vivons-nous la fin d'une période d'abondance alimentaire ? Dans le thon, tout est bon, vraiment ?

En ce qui me concerne, le bonheur de cuisiner, c'était celui de préparer du thon frais. Avant de faire griller les tranches de thon, il faut d'abord préparer une sauce rouge, tomates, oignions et poivrons. La saveur des poivrons se marie particulièrement bien avec l'odeur du thon. Je prépare un riz pilaf en accompagnement. Et surtout, je soigne la cuisson du thon : grillé au four ou au barbecue, c'est fantastiquement bon !

 

Cette scène de bonheur gustatif familial, courante dans les classes moyennes jusqu'à la fin du XXéme siècle, n'est-elle pas condamné à disparaître ? En tout cas, le rayon poissonnier de mon supermarché local n'a pas présenté sur son étal de thon depuis des mois.

Je crois que j'ai compris pourquoi je ne trouvais pas de thon en reliant deux informations de ces derniers jours :

-574 000 euros, c'est le prix record déboursé en janvier par un restaurateur japonais pour un thon rouge de 270 kg. Si un gros thon peut atteindre le prix d'achat d'une maison, alors c'est probablement qu'il s'agit d'un des derniers grands thons présents dans les océans.

En 2009, WWF interpellait les pouvoirs publics sur la disparition des populations de ce grand poisson carnivore en 2012. 2012 ? 2012 ? Mais nous y sommes ! Ce qui n'étaient que des mots devient force de réalité : l'odeur mêlé du thon et du poivron ne sera bientôt plus pour moi qu'un souvenir d'un passé irrémédiablement disparu.

-Faut-il voir le même phénomène se reproduire pour les autres poissons ? On peut le craindre en apprenant cette autre information : les stocks de poissons en 2012, pour l'ensemble des océans, représentent 10% des stocks de 1950 !

Nous sommes blasés : cela fait des années que des écologistes barbus et illuminés nous bassinent avec leur alerte à propos de la surpêche. Cela fait tellement longtemps qu'ils lancent des SOS que nous avons fini par nous y habituer. Nous avons haussé les épaules en parcourant les rayons de nos magasins, rassuré par la présence de poissons sur nos étals. Nous n'avons pas toujours perçu les changements qui s'y déroulaient : les poissons d'élevage et les produits dérivés se sont multipliés au détriment du poisson "sauvage" de plus en plus rare et cher.

 

Nous avons accepté l'idée qu'il fallait poursuivre, qu'il n'y avait pas d'autres solutions : les pêcheurs doivent subsister et vivre et nous voulons continuer à manger du poisson.

Les politiques publics classiques ont persisté : au rythme des blocages des ports par des pêcheurs en colère et des coups médiatiques de Greenpeace, le personnel politique a piloté ce dossier au gré des événements : subventions et aides coûteuses d'un côté, réglementation de plus en plus lourde et pourtant inefficace.

 

Et si on prenait un peu de hauteur sur ce sujet ? Le problème central de la pêche est qu'il s'agit du seul secteur économique sans régulation. Pourquoi ? Parce que les océans n'appartiennent à personne et que l'on continue à considérer que leur immensité les rendent inépuisables. Mais la technique des hommes a dépassé depuis des décennies la capacité des océans : nous la vidons sans pouvoir maîtriser les populations qu'elles abritent.

 

Il n'y a qu'une seule politique possible pour se redonner les moyens de maîtriser l'économie de la pêche et les ressources dont celle-ci dépend : il faut cesser de voir la mer comme un espace vierge inépuisable, il faut la gérer comme on gère les forêts et les cultures.

Comment faire concrétement ? Il faut réaliser en parallèle trois politiques.

1-Transformer, dans les zones économiques exclusives (Z.E.E.), des secteurs entiers en zone de pêche interdite. Ces réserves sont essentielles à la conservation des écosystèmes et à la reproduction des espèces. Pour bien faire, il faudrait que 10% des ZEE soient des réserves et que cela se fasse dans des écosystèmes variés pour préserver la biodiversité du milieu marin.

2-Transformer le travail des pêcheurs en privatisant des secteurs entiers de la mer dont ils auraient la jouissance et qu'ils devraient entretenir.Responsabilisés, ils auraient la charge de valoriser le territoire qui leur serait attribué, soit en gérant la ressource, soit en installant de l'élevage en pleine mer de poisson ou de coquillage, soit en participant à leur valorisation par l'installation de centrales énergétiques (hydroliennes, éoliennes en milieu marin, ...). Ces nouvelles pratiques rendront obsolètes les techniques de chalutage et autres ratissages du fond marin, techniques particulièrement destructrices pour les milieux. 

3-Mettre à contribution le consommateur qui payera -quoi qu'il arrive- le poisson de plus en plus cher. On lui demandera une petite contribution quand il achètera du poisson "sauvage". Cette contribution servira à financer la reconversion des pêcheurs qui devront passer du statut de cueilleurs à celui d'éleveurs-gestionnaire d'un secteur marin. Cette contribution augmentera au fur et à mesure de la disparition des stocks.

 

Conclusion : pourquoi n'arrive-t-on pas à installer des parcs et des réserves marines, alors que tout le monde sait qu'il s'agit de mesures indispensables ? Parce que le pêcheur, aux abois, s'y oppose de toutes ses forces. On ne peut régler le problème de la surpêche qu'en trouvant des solutions économiquement viables pour les pêcheurs.

La responsabilisation des pêcheurs, autour d'un territoire qui leur sera attribué, est la seule chance de gérer correctement le milieu marin.



6 réactions


  • devphil30 devphil30 6 février 2012 11:39

    Article plein de bon sens


    Il devient urgent de modifier notre mode de vie et notre action envers la nature car un jour il sera trop tard et ce jour semble approcher de plus en plus vite.

    Le finalité de la vie n’est pas d’accumuler de l’argent , des voitures , des objets , la vrai finalité est de vivre et de pouvoir transmettre une planète viable à nos enfants.

    Philippe

  • Ariane Walter Ariane Walter 6 février 2012 11:46

    il y a aussi le pb des élevages...Là aussi le productivisme qui les nourrit à coups de farine et d’antibiotiques, qui les parque dans des mers près de sous-marins nucléaires, dégoûte totalement de ces productions.
    Moi aussi ,j’ai de grands souvenirs liés au thon.
    Mais le saumon ? Ce mets raffiné du dimanche ? Là aussi ,je n’en achète plus.

    la raison doit diriger notre planète et non la seule rentabilité....
    Bon. A midi : légumes de la ferme voisine et oeufs de la poule du même cru !


  • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 6 février 2012 12:59

    Avec un peu de chances, la pêche ne sera plus rentable avant que les pêcheurs aient pêché le dernier poisson.

    Après, on perdra l’habitude de manger du poisson et hop : il y en aura de nouveau plein dans les océans.




  • bernard29 bernard29 6 février 2012 13:42

    il faudrait interdire les bateaux usines, a la limite étant donné la gravité de la situation, interdire la pêche hauturière pendant une décennie, et ne favoriser que la pêche artisanale sélective sans chalut.

    Pourquoi un arrêt de la peche hauturière pendant une décennie ? pour favoriser le repos biologique des espèces. (Aprés les guerres mondiales, jamais les stocks de poisson ne furent aussi abondants).


  • Francis JL1 6 février 2012 14:51

    Voilà où mène le productivisme et la diabolique croissance.

    Au sujet des thons, j’ai vu de drôle de choses : des tranches dont la partie noire répartie autour de l’arête centrale que l’on connait, était disséminée un peu partout dans la chair.

    Et aussi, de tout petits thons rouges, à peine plus gros qu’un maquereau ! Preuve que ce n’est pas la surpèche qui est en cause, mais les méthodes qui détruisent la ressource. Je crains que ces petits thons, probablement interdits à la vente, ne finissent dans les entrailles des machines à faire du surimi, si ce n’est pas de la nourriture pour chats.


  • soi meme 7 février 2012 02:21

    Merci pour le rappel de se problème, donc ceux qui sont aux milieux des terres ne se rencontre pas tous de suite de l’impact de cette pêche prédatrice.

    Il y a un peut plus d’un an, une pisciculture de Saumon en pleine mer à été décliné en Irlande par un banc de méduse, une des alimentation de base des thons. Cela illustre bien ce que l’on connait dans nos campagnes quand une espèce animal proliféré aux détriment des autres est le signe inconstatable que l’équilibre de la faune et de la flore est menacé.

    Il y a actuellement aux Antilles des projets pilotes, des tentatives de restaurés la faune et la flore marine en interdisant pendant une 15 années toute pêches, les résultat sont parait ’il encouragent, c’est une goutte d’eaux dans l’océan vue les pratiques en court.

     


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