Le duel Copé - Fillon
QUAND LA GUERRE DES CHEFS N’EST QU’UN COMBAT DE COQS
Beaucoup de choses, souvent très sensées, ont déjà été dites sur ce lamentable spectacle auquel s’adonnent sans vergogne, dans leur course effrénée à la présidence de l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon. Je n’y reviendrai donc pas ici, ni me livrerai, en ces lignes, à un énième commentaire sur ce qui ne s’avère jamais là qu’une indigne et piètre bataille entre deux hommes dont le sens politique, si ce n’est celui des responsabilités, se voit tout entier dévoré - c’est flagrant même pour le moins avisé des citoyens - par l’ambition personnelle : celle de devenir, en se servant cyniquement de l’appareil de leur parti, président de la République Française !
Sauf que, malheureusement pour eux, pour leur égo surdimensionné comme pour leur obtuse vanité, ni Copé ni Fillon ne pourront jamais plus devenir à présent, après pareil jeu de massacre (que les plus amènes des observateurs ont l’élégance de ne qualifier que de « psychodrame »), chefs de l’Etat.
Car c’est précisément cela qui, à voir leur actuelle et misérable guéguerre clanique, leur fait cruellement défaut : une stature d’homme d’Etat, doté, par delà même sa légitimité politique, de cette hauteur de vues, moralement impartiale et sociologiquement fédératrice, sans laquelle il n’est point de pouvoir qui vaille ni ne tienne.
Comment, du reste, Fillon ou Copé pourraient-il encore prétendre être à la tête d’un pays aussi important que la France, quand bien même l’un d’entre eux gagnerait les élections présidentielles de 2017, dès lors qu’ils viennent de se montrer incapables - c’est un euphémisme - de gérer les affaires internes de leur propre et seul parti ?
Certes François Fillon a-t-il été un excellent Premier Ministre : aussi discret qu’efficace, et d’une exemplaire loyauté envers Nicolas Sarkozy. Certes Jean-François Copé ferait-il probablement l’affaire, lui aussi, au sein d’un prochain gouvernement. Mais voilà, et c’est certainement dramatique pour ces opportunistes hors pair : ces fonctions ministérielles, pour hautes et prestigieuses qu’elles soient, ne font pas, encore, un président.
DEBATTRE N’EST PAS ABATTRE
Morale de la farce, à défaut de la fable ? Que l’UMP organise donc son référendum, pour savoir si ses militants doivent revoter ou non ! Et qu’ils revotent même, si le cœur, qu’ils doivent avoir bien accroché en d’aussi pénibles circonstances, leur en dit. Cela ne changera de toute façon plus rien, désormais, à l’hypothétique destin présidentiel de leurs prétendants : ils se sont tous deux, mais comme un seul homme, suicidés quant à leur carrière présidentielle. Carbonisés, morts et peut-être bientôt enterrés politiquement, ces deux frères ennemis, sorte de Caïn et Abel des temps modernes, qui ont pris le vote de leurs supporters respectifs pour un très irrespectueux punching-ball.
Ainsi, en cette obsolète et vile machine de propagande, se seront-ils non seulement trompés de combat, confondant là un choix purement partisan avec la grandeur d’une élection présidentielle, mais y auront-ils surtout, et très stupidement, tout mélangé en matière de style (que leur excellent tailleur ne suffit pas, manifestement, à rendre distingués) : débattre n’est pas abattre !
Jamais l’électorat français, désormais échaudé et méfiant à leur endroit, ne leur pardonnera cette forfaiture, antichambre de toutes les trahisons possibles. Jamais il ne leur permettra, après pareil discrédit, semblables débâcle morale et faillite politique, d’accéder à la magistrature suprême. Et c’est tant mieux : ni Fillon ni Copé, qui se sont enferrés en un irrationnel piège électoraliste où c’est finalement leur propre masque qui est ainsi tombé, ne le méritent, en effet, tant le visage qu’ils arborent maintenant à découvert n’est guère flatteur pour l’image de la France elle-même, y compris sur le plan international.
Autant dire que ce duel Copé-Fillon se révèle déjà être un faux problème, malgré l’actuel tintamarre médiatique autour de leur pauvre personne, pour les Français, lesquels se seront finalement rendus compte ainsi, aussi cruelle soit la leçon ou la désillusion, que ce que nos différents journaux nationaux nous présentaient comme une glorieuse guerre de chefs ne s’avère jamais, au bout de ce sordide compte, qu’un vulgaire combat de coqs. Terriblement médiocre, et une honte pour la démocratie, qu’ils auront rabaissée là au ras de leur seule basse-cour. Petitesse politicienne !
Pas de cocorico, donc, pour ces coqs gaulois, qui ont même plutôt intérêt, pour le coup, à baisser leur crête.
Que les militants de l’UMP, toutefois, se rassurent : leur parti survivra, bon gré mal gré, à ce mauvais vaudeville, mais avec probablement, en guise d’épilogue, un troisième larron, qu’il reste encore à découvrir (et pas nécessairement Sarkozy), pour tirer les marrons du feu, notamment lors des prochaines élections présidentielles, à moyenne échéance.
C’est peut-être cela, la véritable surprise du chef !
DANIEL SALVATORE SCHIFFER*
* Philosophe, auteur de « Critique de la déraison pure – La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes’ et de leurs épigones » et « Manifeste dandy », publiés par François Bourin (Paris).

