lundi 2 février - par Krokodilo

Le français journalistique

Attirer l’attention, voire nous manipuler ? Non, juste nous faire rigoler !

Certains pensent que les titres des journaux et les bandeaux des chaînes d’info sont volontairement excessifs, dramatisés dans le but d’attirer l’attention de citoyens devenus des zappeurs fous, ou de les manipuler. Complotisme que tout cela : messieurs les journalistes, en cette époque de crises qui se succèdent, désirent simplement nous distraire, quitte à transgresser le français ! Qu’on en juge par cette con-pilation, au hasard de 2025.

« Trêve : Poutine impose ses conditions, et maintenant ? » (France-info 14/03, après la proposition de Trump)
Non, Poutine n’impose rien, il n’a pas ce pouvoir, il pose ses conditions ! Sur une table virtuelle.
À titre de comparaison, le même jour Le Figaro proposait  :
« Cessez-le-feu en Ukraine : l’accord sous condition de Vladimir Poutine à Donald Trump ».

« Washington et Moscou négocient en solo » (France-info 16/03/25)
Ben non, patate, ils sont deux, donc en duo ! Ou était-ce une subtile flatterie destinée à notre Macron national, sans lequel toute discussion internationale n’est qu’un médiocre solo ?

« Trump, Poutine : qui manipulera qui ? » (LCI, 18/03/25)


Là, effectivement, fini de rire, on est bien dans la manipulation… Il s’agit de la personnification du conflit couplée à la diabolisation.
Comme lors d’un match de boxe, deux hommes s’affrontent et, vous l’aurez deviné, il y a un gentil et un méchant, un héros et un diable. Et même si, comme héros, Trump a beaucoup déçu nos journalistes, ils compensent avec Poutine, bien dans son personnage.
 Quelques jours auparavant, on put lire une variation du même thème, de mémoire « qui mettra l’autre KO ? » Ou comment la négociation géopolitique entre deux superpuissances nucléaires se résume à un duel d’ego, mano a mano.
Le dur labeur journalistique ne s’arrête qu’à épuisement des métaphores et des analogies.

Élisabeth Borne : « En un an, les signalements pour armes blanches à l’école ont augmenté de 15% » (Le Figaro 27/03/25)
Plusieurs signalements oui, mais une seule arme blanche suffisait ! Ou certains élèves avaient-ils, outre leur couteau fétiche, une arbalète dans le sac à dos et une hache dans le cartable ?

"Renseignement : Trump partage à Poutine ?" (LCI 26/03/25)
A priori, il devrait partager AVEC Poutine ! Si vous manquez de place sur le bandeau, raccourcissez ? Blague à part, il semble que le stagiaire de service aux manchettes ait simplement adopté le français aujourd’hui en usage sur les réseaux sociaux : "je vous partage cette vidéo". Pourquoi pas ? Ne soyons pas trop puristes, le français est une langue vivante, en évolution – que nous avons en partage.

"Groenland : Trump jusque boutiste" (LCI 29/03/25)


Sans verser dans l’intégrisme orthographique, tout le monde je crois dit « jusqu’AU bout », alors on s’interroge : simple erreur ou suprême ruse démagogique genre « nous aussi on fait des fautes de français, on est comme vous ! » ?

"M. X., expert en renseignementS" (LCI 2/04/25)
Si vous cherchez une adresse ou un bon tuyau, appelez-le, il vous renseignera !

"Poutine-Kim : leur union scellée pour un pont" (LCI, 30/04/25)
Le besoin de construire ce pont était si fort qu’ils en ont scellé leur union ? Pas sûr, puisque une heure plus tard on lisait Poutine-Kim : leur union scellée PAR un pont.
Ah ! Le pont était un symbole de leur union. Quoique un doute devait subsister, car ils sont finalement revenus à la première version. Le français, difficile ou souple ?

France info (sans date, tellement c’est fréquent) : "La Russie annonce la capture de la ville de X". Bin non, la prise d’une ville et la capture d’un animal !

"(…) : une française évacue Israël" (LCI 21/06/25) Trop forte, elle a réussi le tour de force dont nombre de voisins rêvaient en secret : vider Israël de ses habitants !

Cependant, comme chacun sait et qu’en plus nul ne l’ignore, la critique est aisée mais le lard est indigeste. Ne jetons pas la pierre à la poutre qui est en nous. À chacun c fautes !



12 réactions


  • Gégène Gégène 2 février 10:00

    « Poutine-Kim : leur union scellée pour un pont »

    Sans doute le pont du cuirassé Poutine-Kim . . .


  • xana 2 février 12:42

    Quel galimatias...

    Apparemment il n’est plus nécessaire de maîtriser le Français pour écrire dans les journaux...


  • Fergus Fergus 2 février 15:10

    Bonjour, Krokodilo

    Beau florilège de perles journalistiques. Parmi tant d’autres, hélas ! Qu’est la rigueur d’antan devenue ?

    Ma seule réserve concerne « les signalements pour armes blanches » car le pluriel utilisé par Borne est probablement basé sur l’effective diversité desdites « armes blanches » qui ne s’apparentent pas toutes à des couteaux. Je pense notamment à des cutters, des poinçons, des tournevis, etc.


    • Krokodilo Krokodilo 2 février 15:41

      @Fergus Bonjour aussi. Effectivement, ce n’est pas une faute à proprement parler. Et je pense que la déclaration d’E. Borne était orale, l’écrit doit être dû aux médias.


  • Krokodilo Krokodilo 2 février 15:51

    J’en ai aussi vu une bonne aujourd’hui sur France-info :

    V. Zélensky accuse la Russie de concentrer sur les frappes contre le réseau ferroviaire. Sur + contre, ça fait beaucoup, ou alors il manque « se » :

    concentrer les frappes contre/sur

    se concentrer sur les frappes contre

    Ou alors c’est (mal) traduit de l’anglais, ou trop vite ? Je ne comprends pas, on dit pourtant qu’il y a moins de débouchés chez les littéraires ; ils ne peuvent pas trouver un stagiaire qui écrit normalement, simplement ? On demande pas Nothomb ou V. Hugo.


  • docdory docdory 4 février 19:42

    Bonjour Krokodilo

    A l’occasion du dramatique incendie de la discothèque suisse de Crans-Montana , j’ai revu la vidéo d’un événement similaire qui était survenu à Saint-Laurent du Pont en 1970. C’est en regardant le reportage de l’époque que l’on se rend compte de la dégradation de la langue française dans les journaux télévisés depuis 1970, date à laquelle les journaux télévisés se faisaient dans un français à peu près irréprochable !

    En plus des amusantes analyses de ton article, il y a plusieurs autres phénomènes que je constate à l’écoute des journaux télévisés

    1°) La disparition de la première personne du pluriel au profit de la troisième personne du singulier avec le pronom indéfini « on » , par exemple « on est » au lieu de « nous sommes ». Cela s’accompagne de monstruosités syntaxiques calamiteuses telles que « nous, on est » à la place de « nous sommes » ou de « nous, nous sommes ».

    2°) le futur simple a de plus en plus tendance a être remplacé sans motif valable par le futur composé , par exemple « nous irons sur la côte d’Azur » deviendra « on va aller sur la côte d’azur » ( il est bien évident que personne ne dira « nous allons aller sur la côte d’Azur » ! ).

    3°) l’appauvrissement des voyelles, avec en particulier une disparition de l’accent grave. On croira ainsi entendre qu’il y a de fortes chutes de neige dans les « hottes Alpes » au lieu de « Hautes Alpes », et qu il y a du soleil sur les « cotes ( ou cottes ?) d’Armor » au lieu de « côtes d’Armor ». Je suppose qu’ils sont pourtant capables de faire la différence entre le bord de mer et les cours de la bourse de Paris ?

    4°), le pire, ce sont les « micro-trottoirs » au cours desquels des journalistes demandent l’avis d’adolescents sur tel ou tel évènement. Dans les années 60, la plupart des réponses étaient données par les adolescents de l’époque dans un français correct et structuré.

    De nos jours, ils font de telles fautes de syntaxe que leurs interventions se font dans un sabir à peine intelligible ponctué de « euh » et de « genre », qui mettent un doute quant à leur capacité d’émettre des idées cohérentes !


    • Francis Francis 4 février 21:09

      @docdory
       oui,
       et tous les mots qui se terminent en sss prononcés zzz
      Et tous les iaon et les chhh à la fin des phrases


    • Krokodilo Krokodilo 5 février 12:32

      @docdory Bonjour Docdory. Effectivement, j’avais été frappé, quand ma fille a commencé ses études (médecine) de voir, par le biais d’un système de prise de notes à tour de rôle et de polycopiés réalisés par les étudiants, le nombre de fautes de syntaxe faites par de pourtant bons élèves, pas les banales fautes d’orthographe de quasiment tout un chacun.
      Pour le 3e, même s’il existe une prononciation théorique, en alphabet phonétique international, ça me semble quand même bien peu normé, d’autant que s’y greffe la question des accents régionaux. Je crois que l’influence du régional surpasse largement celle de la théorie.
      Le 2e, peut-être s’exprime-t-on de façon différente selon le milieu social ? Un peu plus soutenu selon les circonstances, sans aller jusqu’à paraître pédant.
      Pour le 1er, par contre, ça ne me choque pas, ça me semble même assez courant à l’oral : « Nous, on est allés faire de l’escalade » 


  • docdory docdory 6 février 10:45

    @krokodilo

    Pour moi, le « nous on est allés » est une horreur !

    En effet ils s’agit d’une phrase dont le sujet est « on » , 3ème personne du singulier. « allés » se retrouve de façon très incohérente au pluriel, et « nous » est à la première personne du pluriel.

    Si l’on dit « moi je suis allé », le sujet est « je » et non « moi » dont la fonction dans la phrase est d’amplifier le pronom personnel « je » ( comme si l’on disait « en ce qui me concerne , je suis allé ». Il en est de même pour le premier« nous » , dans la phrase « nous, nous sommes allés »

    Bien entendu, on ne peut pas dire « on, on est allé » car la phrase « en ce qui concerne on, on est allé » n’aurait pas de sens, « on » étant indéfini !

    Donc, si l’on veut conserver le fait que la langue française brille par sa précision, il faut absolument proscrire le « nous, on est allés » . La langue française est telle un château de carte, elle s’’effondre lorsque les règles élémentaires ne sont pas respectées !


Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/