lundi 23 mars - par Dr. salem alketbi

Le Golfe face aux missiles iraniens : un bouleversement de la dissuasion régionale

Dans la matinée du 28 février, la région s’est transformée en un champ de bataille ouvert en quelques heures, lorsque les États-Unis et Israël ont frappé des installations nucléaires et balistiques iraniennes menaçant la sécurité régionale. En réponse, l’Iran a lancé des vagues de missiles balistiques et de drones contre plusieurs pays du Golfe, élargissant ainsi le conflit au-delà des principaux belligérants. Villes, ports et infrastructures économiques sont devenus des cibles.

Cette attaque n’était pas une simple riposte militaire, mais une tentative délibérée de Téhéran d’étendre les hostilités au Golfe lui-même.

Les déclarations du ministère émirati de la Défense illustrent l’ampleur de l’affrontement. Selon un communiqué officiel publié le 4 mars, les Émirats arabes unis ont suivi 189 missiles balistiques tirés vers leur territoire depuis le début de l’escalade. Parmi eux, 175 ont été interceptés, 13 sont tombés en mer et un seul a atteint le sol sans causer de dégâts majeurs. Les défenses aériennes ont repéré 941 drones iraniens et en ont abattu 876, tandis que 65 se sont écrasés sur le sol émirati. Huit missiles de croisière ont également été détruits.

Ces chiffres révèlent deux réalités : l’ampleur des attaques subies par les Émirats et l’efficacité de leurs systèmes de défense aérienne face à des menaces massives.

Dans son communiqué, le ministère de la Défense des Émirats a qualifié ces événements « d’agressions iraniennes flagrantes ». Il a souligné que cibler les Émirats constituait une violation de la souveraineté nationale et du droit international, et a affirmé que le pays se réservait le droit de répondre et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger son territoire, ses citoyens et ses résidents.

Les autorités émiraties ont assuré que les forces armées disposaient de défenses aériennes et d’intercepteurs suffisants pour faire face à de nouvelles attaques. Le pays a maintenu sa stabilité économique grâce à des chaînes logistiques robustes et des réserves stratégiques de denrées alimentaires, assurant la continuité des approvisionnements. Il a également mis à profit son expérience en gestion de crise pour activer des systèmes de télétravail, soutenus par une infrastructure numérique fiable, même sous pression.

Dès le premier jour de l’escalade, plusieurs pays du Golfe ont adressé un message clair aux dirigeants iraniens : ces États ne sont pas parties au conflit entre l’Iran, les États-Unis ou Israël, et leurs territoires ne doivent pas servir de théâtre à des règlements de comptes militaires.

La réponse iranienne a révélé une contradiction frappante. Les responsables iraniens ont affirmé ne pas cibler les pays du Golfe, tout en déclarant que les bases militaires américaines sur leur sol restaient des cibles légitimes. Cette logique expose une stratégie visant à élargir la zone de conflit et à entraîner les pays de la région dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie.

À l’échelle régionale, les attaques répétées de l’Iran contre Israël confirment que Téhéran applique la même logique agressive à tous les États. Ses efforts pour étendre son influence menacent chaque pays qui s’oppose à ses objectifs.

La décision des Émirats, en 2020, d’établir des relations formelles avec Israël par les accords d’Abraham apparaît aujourd’hui visionnaire. Considérée comme controversée à l’époque, elle s’est avérée une lecture juste des réalités régionales. Aujourd’hui, Israël n’est plus seulement un partenaire économique ou diplomatique : il fait face à la même menace iranienne et partage les préoccupations sécuritaires des États du Golfe. Les événements actuels confirment que les partenariats fondés sur des intérêts communs prouvent leur valeur en temps de crise. Le choix des Émirats a renforcé la coopération sécuritaire régionale.

Se concentrer uniquement sur les attaques de missiles donne une vision incomplète de l’escalade. Le cœur de la crise réside dans le programme nucléaire iranien et ses missiles balistiques à longue portée. L’ancien président Donald Trump avait averti que la combinaison de missiles à longue portée et de capacités nucléaires mettrait en danger la stabilité régionale et la sécurité internationale. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait souligné que le réseau d’influence construit par Téhéran dans la région avait attisé de nombreuses crises au Moyen-Orient.

Les attaques iraniennes ont produit l’effet inverse de celui recherché par Téhéran. Au lieu de diviser les États du Golfe des États-Unis, elles ont approfondi la coordination sécuritaire et militaire avec Washington et accéléré les plans pour un système de défense aérienne et antimissile plus intégré. Les missiles et drones franchissant facilement les frontières, des défenses limitées à un seul pays ne peuvent faire face efficacement à des attaques massives.

L’influence iranienne a subi des revers répétés, et le réseau dit de « l’Axe de la résistance », construit par Téhéran sur des décennies, s’est affaibli. Le Hezbollah, au Liban, a essuyé de lourdes pertes en termes de direction et de capacités militaires lors des récents combats, et le gouvernement libanais a commencé à réaffirmer une prise de décision indépendante, affranchie de toute tutelle extérieure.

Le Hezbollah a également lancé des missiles et des drones depuis le sud du Liban vers Israël pour soutenir Téhéran. Cela a déclenché une réponse israélienne musclée, avec des avions de combat menant des frappes intensives contre des cibles du Hezbollah dans le sud du Liban et les banlieues sud de Beyrouth. Le Liban paie à nouveau le prix de décisions militaires prises en dehors du contrôle de l’État, alors que le sud et les banlieues se transforment en zones de combat en raison du rôle du Hezbollah dans le conflit plus large.

Ces événements montrent que la région a atteint un tournant géopolitique critique. Le régime iranien perd peu à peu son emprise régionale, tout en faisant face à une colère publique croissante en raison des difficultés économiques et de la diversion des ressources nationales vers des guerres par procuration.

Limiter les ambitions expansionnistes de l’Iran ou changer de régime pourrait apaiser les tensions au Moyen-Orient et instaurer une plus grande stabilité après des années de conflits alimentés par les réseaux militaires de Téhéran. Toute tentative de rétablir la domination iranienne obligerait les États de la région à resserrer leurs liens de défense avec des partenaires fiables comme Israël et à construire des systèmes de dissuasion rendant toute agression contre leurs villes et leurs économies trop coûteuse pour un éventuel agresseur.



10 réactions


  • Com une outre 23 mars 08:36

    "Toute tentative de rétablir la domination iranienne obligerait les États de la région à resserrer leurs liens de défense avec des partenaires fiables comme Israël"

    J’ai failli m’étouffer en lisant une connerie aussi énorme. En même temps, le docteur Alketbi ne se cache pas d’être un militant sioniste virulent, donc pas vraiment de surprise non plus. Nous verrons bien ce qu’il restera des accords d’Abraham après le conflit...


  • Eric F Eric F 23 mars 13:45

    Le début de l’article montre bien que l’Iran a riposté à une attaque israélo-américaine, ce n’est donc pas lui le déclencheur des hostilité.

    Pour sa riposte, l’Iran a utilisé son potentiel contre les pays de la région où les USA sont implantés, et notamment ceux ayant des relations avec Israël. Cela propage les conséquence au monde entier, par le blocage sélectif pétrolier. 

    Le régime iranien entrainera plutôt le monde dans sa perte plutôt que capituler.


    • Com une outre 23 mars 14:16

      @Eric F
      C’est l’entité sioniste et les américains qui entraînent le monde à sa perte, pas l’inverse. L’Iran n’a pas à capituler devant une agression violant toutes les règles de droit international et commises sous de faux prétextes (le nucléaire) et de fausses bonnes intentions (la démocratie à l’occidental dont les iraniens ne veulent pas). Il ne faut pas inverser responsables et victimes comme le fait l’auteur.


    • Eric F Eric F 23 mars 16:32

      @Com une outre
      Je n’inverse rien puisque j’ai indiqué que l’Iran riposte à une attaque -dont on est d’accord que l’objectif est géopolitique et affairiste et non pas philanthropique-.

      Ceci dit, un régime fondamentaliste a une conception différente du monde et de la vie que nos propres schémas de pensée, le martyre et l’apocalypse font partie des dogmes.
      Les israélo-étasunien ont attaqué sur la base de leur supériorité en armement, sans tenir compte de la détermination et de la vigueur des répliques, qui sortent des schémas classiques. Faute morale et faute militaire.

      Nul ne peut parler au nom des iraniens, une grande partie souhaiterait certainement un régime moins rigoriste et répressif (pas besoin pour ça d’être « à l’occidental »), mais un peuple dont le pays est attaqué n’acceptera pas qu’on lui impose des gouvernants à la botte des agresseurs. 


    • Com une outre 23 mars 16:53

      @Eric F
      Et pourtant, c’est « à l’occidental » qu’on lui propose, au peuple iranien, ce qui est inacceptable. Trump est en train de négocier sa sortie de guerre avec l’Iran nous annonce-t-on, il n’a pas le choix de toute façon. C’est JD Vance qui ferait la négociation, une concession faite aux iraniens sans aucun doute, Vance étant catholique. C’est un signe positif que Trump l’accepte et la preuve qu’il n’est pas en position de force. Reste Israël, qui aura le choix entre arrêter aussi ou disparaître.


    • Eric F Eric F 23 mars 19:22

      @Com une outre
      Ce que veulent les Américains, c’est des dirigeants iraniens juste un peu plus « accommodant » et si possible moins répressifs (il pourront dire ’’plus démocrates’’, comme au Vénézuéla). 
      Les Israélien veulent la peau du régime des mollahs (tout comme les mollahs veulent la peau du régime sioniste), donc c’est plus radical comme « regime change », le fils du shah leur conviendrait, pour la symbolique de Cyrus le grand (ceci dit ce n’est pas un régime à l’occidental). Ils incitent à un soulèvement, mais c’est impossible en période de guerre, et après le conflit, les pasdarans et bassidjis n’auront pas disparu. 

      Je ne sais pas ce que pourront donner des négos, les Iraniens feront monter les enchères, ayant le pétrole du Golfe en otage. Le bâton américain ce sont des menaces mais l’Iran annonce des ripostes, la carotte c’est la levée des sanctions, retour à l’accord de 2015 que Trump avait fait capoter en 2018.

      Trump a beau être à la remorque d’Israël, il sifflera la fin de l’opération quand il aura un accord pour sauver la face ..Israël intensifiera alors au Liban.

      PS : le discours officiel côté israélo-étasuniens (et nos média) c’est qu’ils ont bousillé toute le filière iranienne d’arme nucléaire, et détruit durablement une bonne part des équipements et usines militaires. Il y a certes d’énormes dégats, mais nul ne sait ce qui est souterrain (on se souvient que les bombardements intensifs sur l’Allemagne en 44 n’avaient pas supprimé son potentiel). 


  • jjwaDal jjwaDal 23 mars 16:50

    « Limiter les ambitions expansionnistes de l’Iran ». C’est l’Iran qui occupe une partie de la Palestine qui ne lui était nullement destiné, qui occupe une partie de la Syrie (les hauteurs du Golan), qui veut de facto annexer une partie du Liban et qui parle du « Grand Israel » qui inclut quand on voit la carte des morceaux choisis de plusieurs pays de la région ? Est-ce l’Iran qui à un moment ou un autre a bombardé une bonne partie des Etats de la région sans sommation ni déclaration de guerre ? A quel moment l’Iran a annexé une partie d’un territoire voisin par la force ? A quel moment a t’il dit qu’il voulait le faire ? Ce sont des questions légitimes qui se posent quand on voit écrites de pareilles âneries.
    L’Iran a été attaqué grâce à des infrastructures hébergées par les pays du Golfe qui ont autorisé de facto leur utilisation à des fins offensives. Ils ne peuvent être neutre en aidant une des parties au combat et l’agresseur en particulier.


    • Eric F Eric F 23 mars 19:31

      @jjwaDal
      En fait l’auteur de cet article se place surtout dans les rivalités entre puissances musulmanes. L’Iran avait sous son influence la Syrie d’Assad, le Liban via Hezbollah, le Hamas (quoique sunnite), des milices en Irak et Yemen.
      Il a perdu l’influence sur la Syrie, le Hamas est très affaibli, le Hezbollah est en passe de l’être...
      L’Arabie est le grand rival et profite de l’affaiblissement iranien opérée par les israélo-américains.


    • jjwaDal jjwaDal 23 mars 20:05

      @Eric F
      Oui et ?... Vous pensez que les USA sur commande (même si entre adultes consentants) ont détruit Irak et Syrie pour un autre motif qu’augmenter leur influence dans la région ? Donc l’Iran serait un danger quand il essaie de faire la même chose et se garantir que le pays voisin ne va pas servir de base arrière pour de futures agressions ?
      Je ne dis pas que l’Iran est un acteur stabilisant de la sécurité régionale, mais objectivement ni Israel ni les USA ne le sont . Quand à l’Arabie saoudite vu la structure de sa population (40% d’étrangers) et sa dépendance extrême envers le pétrole et les usines de dessalement pour supporter leur train de vie et population, « grand rival » ne tient qu’à un fil bien mince si Trump « joue au con ».


    • Eric F Eric F 24 mars 17:56

      @jjwaDal
      Vous évoquiez l’expansionnisme israélien sur la Palestine, c’est pourquoi je rappelais que le point de vue de l’auteur se place d’abord dans la rivalité entre pays musulmans pour la suprématie d’influence régionale.
      Mais il y a en effet le paradoxe de la convergence de l’Arabie avec Israël, ennemi du rival iranien.


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