samedi 30 octobre 2010 - par Bernard Dugué

Le lien social comme idéologie politique

Qu’est-ce que lien social ? Un lien externe, matérialisée par une topographie, autrement dit, des gens réunis dans un lieu délimités. Ou bien un lien intérieur, déterminé par des formes, émotions, vécus ou contenus présents dans au moins deux personnes, voire plus. Le lien social se matérialise par une communication dans le monde physique. Il se fait communion dans le monde spirituel. Communion signifiant contenu en commun. Un contenu d’une nature plus profonde que le partage d’informations ou d’images vécues. Le lien social produit des rencontres et des activités en commun et en retour, les existences vécues en étant partagées créent du lien social. Sans contact, sans rencontre, il n’est point de lien social. L’enfant commence sa vie d’humain avec la vie familiale. Le contact avec la mère est son premier lien.

Tout contact entre des individus génère une interaction sociale qui peut se transformer en lien social. Mais cette notion de lien paraît pour le moins ambiguë. Un lien attache. Or, certaines rencontres finissent par produire une dissociation des êtres, autrement dit une relation vécue sur un mode négatif. Un refus d’être ensemble. Selon les sociologues, le lien social est ce qui lie, rassemble, fait tenir ensemble, agir collectivement, un ensemble d’individus dont le nombre est variable. Cela peut concerner deux personnes amies, amantes ou conjointes. Puis une famille, une phratrie, une confrérie, une association, une communauté et même une nation. D’ailleurs, le discours de Renan sur la nation française trace les contours du lien spirituel unissant les citoyens unis par un passé et un destin commun. Le lien social est plus ou moins intense selon la force d’affinité qui rapproche les individus, les pousse à se rassembler.

Le lien social est manifeste lorsqu’il se matérialise, s’exprime, ou caché, invisible, rangé dans les plis de l’âme. Quels sont les ressorts du lien social ? En général, on se lie pour combler un vide, pour se compléter, s’accomplir, se remplir de quelque chose qui nous manque ou qui nous enrichit et nous fait croître d’un point de vue spirituel. Transparaît alors les modalités bien distinctes du lien social. Souvent, l’intérêt relie les gens. Sans que ce trait ne soit entaché d’une connotation péjorative. Le travail, le jeu et les loisirs créent du lien social. La culture aussi et l’art pour finir, sans oublier la religion. Ce dont on est sûr, c’est que les liens sociaux sont différenciés, démultipliés comme peuvent l’être les individus dans nos sociétés où les choix d’existence sont sans limites. Ces liens se rangent sous des catégories spécifiques. Les liens y sont déterminés par des ressorts et fonctionnent selon des modalités propres. Les liens sociaux les plus étendus ont été portés par la religion, puis la politique. Les écrivains y ont pris part, surtout à l’époque moderne. A notre ère vidéosphérique, les liens sociaux les plus vastes sont portés par les médias, le star system, avec ses acteurs, chanteurs, sportifs, intellos et écrivains à succès. Même les politiques s’y sont mis, autant athlètes que comédiens.

Sans lien social, point de société, sans lien d’esprit, point de civilisation. Le lien social renvoie aux fonctionnalités corporelles. Le lien religieux, esthétique ou politique est constitutif de civilisation. En ce sens, l’Art a sa part dans le lien social et même dans la relation avec l’universel, étant entendu que cet universel est un déterminant heuristique ou herméneutique renvoyant à ce qui dépasse. Mais quoi. Dépasse la personne, la nature, les formes… le temps. L’universel par-delà le temps. Les artistes en liaison avec le monde qui transcende et qui sait, transgresse le temps. Vertiges du dépassement. L’âme intérieure consumée par l’ivresse du destin. Revenons sur terre. L’art contemporain crée du lien social. Il rassemble les gens autour des œuvres, un peu comme le match réunit les supporters des deux camps. L’art contemporain est profane autant qu’instrumental. Comme la culture dès lors qu’elle est dirigée par les politiques. Martine Aubry émoustillée par des Lillois accrochant aux fenêtres un objet qui est cher. On n’est pas loin de tournez manège. Alain Juppé et ses vaches servant de rendez-vous ludique pour badauds et autres fêtards avides de laisser une trace photographique d’une soirée arrosée achevée sur le cul d’une vache. Des colonnes de Buren sans commentaire. Ainsi se dessine le lien social qui devient un enjeu politique. Il faut du social, que l’on soit de droite ou de gauche. Il faut rassembler, être ensemble, être mixés, être unis, fétichisme de l’unité, en vogue chez les gens de gauche malmenés par les coups d’un certain libéralisme qu’ils redoutent tant sans l’avoir compris.

Le lien social, quand il vient de l’intérieur, de la juxtaposition de volontés et désirs personnels, est un facteur vertueux, producteur d’authenticité. Le lien social peut aussi être fabriqué par les instances extérieures, pour mieux assujettir les individus, les instrumentaliser. Cette méditation mériterait un livre. N’ayant pas le temps de l’écrire, je vous livre ces quelques mauvaises pensées sur ces classes dirigeantes qui font des hommes les marionnettes animés par les fils que les producteurs de liens social manipulent. Le Christ revenu sur terre dirait : « celui qui ne sait pas rompre le lien social ne prendra pas part aux agapes universelles » Le philosophe voit dans le lien social créé par l’art contemporain et le politique un tribut à la religion de l’humanité édictée par Auguste Comte.



5 réactions


  • Login 30 octobre 2010 12:15

     BOF

  • Antoine Diederick 30 octobre 2010 13:15

    en fait c’est un article qui tente de montrer comment, aujourd’hui, il y a tentation a créer du lien social artificiellement, de manière ludique parfois, et sans vraie profondeur....et à des fins idéalisées, utilitariste parfois etc....

    pourrions-nous dire que le lien social existe aussi chez les « bandits de grand chemin »...dès qu’il y a code social....

    lien social : concept de sociologie tombé aux mains de tous, bref vulgarisé, comme jadis les mots « empathie » et « convivialité » qui on fait fureur un temps (ds la pub par ex.)

    bon article


  • Jaime Horta Jaime Horta 30 octobre 2010 15:20

    Près de chez moi il y a un centre social à destination des populations de notre quartier, qui est ouvert tout les jours en début de soirée jusqu’à tard le soir.

    Personnellement il est hors de question que j’y mette les pieds.

    Beaucoup trop dangereux !


  • Marc P 30 octobre 2010 23:40

    absence ou existence du lien social,
    intensite ou faiblesse du lien social,
    densité ou rareté, dispersion du maillage du lien social,
    qualité ou médiocrité du lien social,

    On ne peut pas vivre décemment sans lien social,mais sans qualité de l empathie qui est sensé nous unir, sans discernement sur ce qu on doit de positif ou negatif au lien social ou a son absence, il peut etre sans valeur ajoutée et demeure un pis aller... cela va d une vie de pantin balloté par l existence a celle d agent actif et pertinent ; autonome des groupes auxquels on appartient..
    Cdlt.
    Marc P


  • Stevenson 31 octobre 2010 09:41

    Je me pose une vraie question en lisant ces quelques lignes : l’auteur est-il un philosophe ?
    Il semblerait que non. C’est tout au plus, un sociologue.


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