Le macronisme est-il totalitaire ? - Conclusion
J’avais commis un petit essai gratuit intitulé « Le macronisme est-il totalitaire ? »., auto-publié via lulu.com en février 2022. Je me propose ici de le publier par épisode. Rappel : cet essai est dédié aux gueux.
Lien vers l'épisode précédent : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-macronisme-est-il-totalitaire-242202
Suite de l’épisode précédent :
Conclusion
L’hypocrisie d’un totalitarisme nouveau
Une des leçons à tirer des totalitarismes passés, c’est qu’ils n’étaient pas assez hypocrites pour durer. La violence omniprésente dont ils étaient coutumiers ne pouvait pas, à la longue, ne pas engendrer de dissidence. Imposer par la contrainte est moins efficace dans la durée que par la persuasion, même si c’est plus lent. C’est le soft qui permet d’assurer plus durablement l’adhésion d’une population à une idéologie, ou son assentiment tacite pour le moins. Ainsi, il est primordial pour chaque pouvoir à vocation totalitaire de préserver l’illusion d’une démocratie pour échapper à un trop facile dévoilement de ses aspects les plus odieux. Mettre en évidence une tension vers un système totalitaire quand des élections « libres et pluralistes » sont organisées tous les quatre matins est plus compliqué.
Comme il n’existe pas de norme partagée et admise du totalitarisme, dire d’un système existant ou envisagé qu’il est totalitaire est sans doute inepte. Tout au plus est-il possible d’affirmer qu’un régime tend vers le totalitarisme.
Effectivement, le macronisme tend vers un totalitarisme soft sur plusieurs points. L’avènement d’un parti unique qui ne tolère que des partis d’opposition alibis est un indice. Un autre indice est la concentration des médias et une quasi-hégémonie d’un discours où seules de petites nuances à la doxa / la propagande seront admises. Un usage démesuré de la force et de la contrainte, qu’elle soit physique et brutale ou psychologique et sournoise, dès lors qu’il s’agit de servir ses intérêts est un troisième indice. La mise en œuvre de politiques actives de contrôle social des individus permettant entre autre de traquer la dissidence sont un indice de plus. Le travail de sape de la famille, de l’éducation et de la culture ajoute un indice de plus. Le culte de la personnalité entourant Emmanuel Macron a certes du mal à s’implanter, mais les tentatives de son entourage pour l’imposer sont récurrentes et constituent encore un indice. Cela fait déjà un beau faisceau d’indices concordants qui militent pour qualifier le macronisme de totalitaire.
Pour ce qui concerne l’existence d’une économie dirigiste, la réponse est indirectement oui. La doxa du bénéfice par action, de la maximisation de la valeur actionnariale est la direction imposée à tous. Mais cette économie n’est pas centralisée, même si un tout petit cénacle de banque d’affaires et d’entreprises gigantesques donnent le la.
Pour ce qui est de l’existence d’une idéologie, c’est assez indécidable. Tout d’abord parce que disant tout et le contraire de tout, le macronisme s’exonère de tout socle de pensée un peu solide sur lequel pourrait se bâtir un système politique doté d’une cohérence suffisante.
Ces deux derniers critères où le macronisme semble se situer dans une zone grise, où les réponses sont moins évidentes et pourraient être débattues et contredites plus aisément suffisent-ils pour acquitter le macronisme de ce procès en totalitarisme ? Le bénéfice du doute sur ces critères doit-il invalider tout le faisceau d’indices concordants ? Ce n’est sans doute pas souhaitable.
Bien sûr, le macronisme comme avatar local d’un système politique mondialisé libéral, transhumaniste et relativiste apporte sans doute une novation : les totalitaires d’avant voulaient un individu seul face à l’état, sans aucun corps intermédiaire pour le protéger. Aujourd’hui, le macronisme rêve plutôt un individu aussi seul et isolé face au marché que face à l’état.
Les limites de la démarche
Vous lui aurez peut-être trouvé des longueurs, mais un tel essai est en fait trop court. Chaque sous-chapitre mériterait de plus grands développements pour prétendre à une démarche non pas exhaustive, mais beaucoup plus analytique pour être davantage probante. Au lieu de cela, ce ne sont que de brefs coups de projecteurs sur des faits certes saillants, mais trop peu nombreux (Sont-ils des exemples ou des anomalies ?) et trop brièvement analysés.
Un réquisitoire peut-il rester assez factuel et objectif pour ne pas être lui aussi une simple œuvre de propagande ? C’est l’une des ambitions qui a présidé à la rédaction de cet opus. Mais il n’est pas possible de se défaire entièrement de sa subjectivité, et le lecteur aura compris qu’ici, l’instruction s’est faite surtout à charge. D’abord parce que manquent les éléments et faits saillants qui infirmeraient la thèse postulée. Ensuite, parce que poser la question « le macronisme est-il totalitaire ? » induit une démarche partiale de procureur. Nul doute que des courtisans trouveront les mots pour écrire l’hagiographie démocratique d’Emmanuel Macron qui pourrait servir d’argument en défense contre ce réquisitoire. Bonne chance à eux !
Cet essai est militant. Son auteur assume d’être l’un des adversaires du macronisme, aussi négligeable soit-il. Il tente de convaincre à l’orée d’une échéance présidentielle de la véracité, ou peut-être seulement de la vraisemblance d’une hypothèse, d’une intuition : le macronisme serait un avatar français d’un totalitarisme en cours de déploiement dans le monde occidental et au-delà. Cet écrit partisan a pour objectif de contribuer à éviter que ne se prolonge une expérience déplorable. Ou que ne s’y substitue un nouveau copié-collé, tout aussi libéral, transhumaniste et relativiste. Avec un tel objectif, il serait logique de déposer une requête en suspicion légitime pour toutes les faiblesses énoncées et l’absence de neutralité.
Les gueux et la dignité de l’homme
Peut-être que la parole la plus emblématique dans toute la logorrhée du mandat qui s’achève est celle où Emmanuel Macron parle d’une gare-incubateur où se croisent « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ». La morgue du banquier d’affaire réduit l’homme à son éventuelle réussite. Descartes et son « je pense donc je suis » sont supplantés par une nouvelle doxa : celui qui n’a pas bâti son petit empire entrepreneurial n’existe pas. La méritocratie se mesure à l’aune des start-ups que chacun pourrait avoir créé. Comme pour les « sans dents » imputés à son prédécesseur, la distance entre nantis et gueux semble incommensurable. Un tel lapsus et d’une telle ampleur ne saurait qu’être révélateur.
Même s’ils sont une quantité prétendument négligeable trop aisément manipulée, les gueux existent. Certains ont porté des gilets jaunes en occupant des ronds-points. Certains, les mêmes ou d’autres, ont refusé les oukases sanitaires, préférant la précarité absolue. Ils sont la variable d’ajustement qui se passera de services publics, ou qui les verra se dégrader encore, parce que la puissance publique préfère se délester de ses obligations par seul soucis de son propre confort. Ils paient des impôts et vivent parfois mal de leur labeur. Ils perçoivent les absurdités qui règnent en maîtres, les normes et les injonctions qui détruisent, les hiérarchies et les inerties qui bloquent toutes les initiatives et bannissent le bon sens. Ils sont les pions et les pièces qui, tout au long de la partie d’échec, sont sacrifiés un par un pour être en position de mater. Les réduire à des catégories de population inférieures tant pour la richesse que pour l’éducation serait une erreur : il en est sans doute qui sont riches et très instruits. Nombreux parmi eux sont les cyniques désabusés pour qui une partie de pêche à la ligne un jour d’élection sera plus tentante qu’un déplacement au bureau de vote. « Si voter changeait quelques chose, ça fait longtemps que ça serait interdit » remarquait opportunément Coluche.
Une caste de nantis aveuglés par la poursuite de leurs propres intérêts, se pâmant d’admiration narcissique pour leur image si enviable vole la dignité de ces gueux. Ils peuvent se résigner, se couler dans un esclavage soft, le panem et circenses actuel assurant une tranquillité au pouvoir en place. Ils peuvent aussi décider collectivement de reconquérir cette dignité perdue en sortant de cette impasse totalitaire. Même dans un pays qui croit (à tort) à l’existence d’hommes providentiels, c’est sans doute la condition sine quae non du rétablissement de la France comme une nation : un peuple qui se reconnaît une communauté de destin. Plus ce sursaut sera tardif, plus la réaction sera violente, et plus le chemin à parcourir sera long et douloureux.
Remerciements
Cet essai est un compromis.
La tentation d’en faire un fascicule édité par le circuit habituel était voué à l’échec, la rédaction étant trop tardive par rapport à une certaine échéance électorale. De même, une écriture à 4 mains envisagée avec mon ami Pierre Martineau aurait rendu plus complexe et surtout plus lent le processus de rédaction et d’édition. Le choix est donc, faute de mieux, l’auto-édition.
Je remercie pour leurs relectures attentives mes amis Christian Ponsard, Frantz Toussaint et Pierre Martineau. Pour l’édition, mon épouse Marie-Laure a été mise à contribution, merci à elle.
Que tous les lecteurs qui trouveraient un intérêt à cet essai et qui penseraient que sa lecture peut éclairer certains choix n’hésitent pas à en faire la promotion autour d’eux. Je les remercie eux aussi de participer à son éventuel succès.
Ceux qui souhaiteraient être avisé de mes publications futures peuvent souscrire à mon fil Telegram à l’adresse t.me/remseeks.
C'est fini, pas de prochain numéro ! Vous pouvez toujours si vous le souhaitez télécharger tout l’essai via ce lien www.lulu.com/shop/rémy-mahoudeaux/le-macronisme-est-il-totalitaire/ebook/product-ev9qrm.html et le lire d’une traite, c’est à votre convenance.
Plan détaillé
Introduction [https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-macronisme-est-il-totalitaire-242190]
La démocratie en soins palliatifs
La démarche
I Du totalitarisme [https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-macronisme-est-il-totalitaire-i-242193]
1. Les mots ont un sens
2. Les éléments constitutifs du totalitarisme
II Le macronisme au crible totalitaire
(1/2) [https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-macronisme-est-il-totalitaire-242223]
1. Le parti unique
2. Les médias et la propagande
La crise sanitaire comme révélateur
La pression réglementaire
3. L’usage de la force
Les gilets jaunes
La torture psychologique sous la crise sanitaire
L’exploitation de nos faiblesses institutionnelles
4. Le contrôle de l’individu
(2/2) [https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-macronisme-est-il-totalitaire-242225]
5. Démolition de la famille, de l’éducation et de la culture
Un complot d’état contre la famille
… contre l’éducation
… contre la culture
6. Une économie dirigiste et centralisée
La fin du collectivisme
Le capitalisme financier
Le mauvais élève
Velléitaire ou opportuniste ?
7. L’idéologie et la promesse d’un paradis
Le relativisme
Le bénéfice par action
Le transhumanisme
Composite et allogène
8. Le culte de la personnalité
III Macronisme, totalitarisme et souveraineté [https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-macronisme-est-il-totalitaire-242202]
Conclusion
L’hypocrisie d’un totalitarisme nouveau
Les limites de la démarche
Les gueux et la dignité de l’homme
Remerciements
Plan détaillé

