mardi 28 mai - par George L. ZETER

Le Monde Libéral : cette prison sans fenêtre

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« Libéral », ferait penser à liberté… Que nenni ! Le libéralisme a un dieu, le marché, qui est sa forme aboutie de pensée théologique, car il est digne de foi, incontournable et tout-puissant ; il a d’ailleurs ses prophètes et ses commandements : relever les taux d’intérêt pour éviter l’inflation, ne pas céder aux sirènes tentatrices de l’étatisme ni aux vertiges de la planche à billets, ouvrir au marché de nouveaux secteurs d’activité, pratiquer l’ascèse sous forme d’austérité et de renoncement à la protection sociale. La félicité ? Ensuite, viendra, c’est certain !

Lorsque l’on dit libéralisme économique, on parle de grandes flexibilités des ressources humaines et de grande souplesse concernant les contrats de travail. En pratique aussi, de nombreux libéraux proposent une suppression du SMIC, qui selon eux est un frein à l'embauche, et souhaitent aussi aborder la question des jours fériés et des cinq semaines de congés payés. Mais il y a un point sur lequel tous ces libéraux tirent à boulets rouges : l’assurance chômage, les chômeurs, ces assistés qui préfèrent rester chez eux à ne rien faire ou pire, aller se faire bronzer à la plage. Ces libéraux ont même réussi à convaincre de nombreux salariés que d’être au chômage, c’est faire le choix de vivre aux crochets de cette société bien trop généreuse pour ces citoyens récalcitrants à toute occupation rémunératrice… Et ça marche !

Alors, c’est la furia de réformes de l’assurance chômage. Qu’un ATTAL, jeune freluquet qui n’a jamais travaillé pour un employeur, fasse la leçon de ce qu’est le travail… Est bien ce qu’on peut nommer un libéral, qui, s’agenouille devant le dieu, marché, avec ses grands prêtres que sont les employeurs et leurs vicaires, les actionnaires : c’est ainsi qu’est le monde, et remettre en question cette doxa, c’est commettre le sacrilège d’être… Communiste ? Ou un quelconque homme des cavernes complotistes. Alors tous les quatre matins, il inscrit des nouvelles réformes d’indemnisations à la baisse, avec la certitude qu’en serrant la vis, les chômeurs trouveront un poste, et ainsi, la société libérale pourra produire/consommer jusqu’à plus soif et avoir des citoyens occupés… Depuis Sarkozy, cette tendance est vraiment marquée et correspond aux critères d’une « bonne société » saine : travail, Europe et LGBT.

Vues : en 2019, ils étaient 873.000 (dont 138.000 occupés à la manutention et 192.000 à faire de l'emballage, du tri et de l'expédition), contre 1,843 million en 1982. Un million de postes non qualifiés dans les usines françaises a disparu. Cet état de fait résulte de choix politiques et économiques : décentralisation, délocalisation et course aux profits court-termistes. Des millions d’emplois non qualifiés qui occupaient des populations entières et qui permettaient tout de même d’avoir une qualité de vie décente ont disparu, remplacés par des postes dans l’industrie des services, en général qualifiés différemment et surtout accompagnés de contrats très précaires. Le monde du travail en moins de vingt-cinq ans a totalement tourné casaque à l’emploi à vie et a généré des emplois kleenex, interchangeables et précaires. Et c’est sur ces précaires que les libéraux tirent à vue. Dans une société libérale, les faibles n’ont pas le droit de cité, ils doivent plier et par exemple accepter n’importe quel job sans rapport avec leur expérience et en plus mal payé, car au bout de deux fois, c’est arrêt des indemnisations. Macron et son « il suffit de traverser la rue pour trouver un job  », est bien de la veine de ceux qui n’ont jamais vraiment bossé pour vivre. Dans une société dominée par la bourgeoisie conservatrice, il est évident que l’abime qui sépare les masses à ces dorés sur tranche ne fait que s’accentuer, mais… Ce sont eux qui tiennent les rênes d’une main ferme et ne sont pas prêt de les lâcher. Le capitalisme est sorti vainqueur, tonnait l’investisseur milliardaire Buffet !

Le quotidien d’un chômeur lambda : « Il y a de moins en moins d'humain, tout est dématérialisé, ce qui rajoute à l'angoisse. On dispose dorénavant de l'adresse mail de son conseiller, mais s'il ne répond pas, il faut appeler le 3949, ou alors se rendre le matin en agence (car fermée toutes les après-midi) où on est reçu par des personnes autres que votre conseiller. C'est une grosse machine sur laquelle tu n'as aucune prise, mais qui peut te broyer. Il est question d'argent pour vivre. Du coup, dès que c'est bloqué, l'argent ne vient pas et quand on est dans une situation fragile… Les gens qui ne sont pas un minimum armés ou qui parlent un français approximatif peuvent se retrouver rapidement dans des situations catastrophiques. » Dans son livre La machine infernale, Cécile Hautefeuille témoigne[i] : « Face à la machine Pôle Emploi, tu te sens très seul. Il y a une grande solitude, un profond sentiment d'injustice et une grande crainte. Les demandeurs d'emplois ont l'impression que c'est le combat du pot de terre contre le pot de fer. Les gens sont vraiment flippés par rapport à Pôle Emploi. » Devons-nous rappeler que se retrouver au chômage est un incident de vie (important), qu’un inscrit a cotisé parfois pendant des années afin de bénéficier de l’aide collectif, ce n’est donc pas une faveur, mais un droit gagné et payé chaque mois dans les charges sociales ponctionnées sur la feuille de paie.

Dans le titre est mentionné « prison sans fenêtres ». Le monde libéral a créé pour énormément de ses citoyens les plus démunis ce qu’un inspecteur[ii] des prisons a dénoncé dans celle des Baumettes de Marseille : « des cellules sans fenêtres, une violation grave des droits fondamentaux, l'état particulièrement dégradé de l'hébergement, la pénurie d'activités et la violence.  » Ce constat pourrait s’appliquer aux chômeurs, qui sont ostracisés, mis aux rebus, qui perdent leurs droits fondamentaux de vivre, bien souvent dans des périphéries où même les chiens n’y vont pas, tout cela dans une violence sociale indigne d’une société dite avancée. La prison est sans barreau, mais ce qui est certain, c’est que les matons du Gouv veillent au grain de façon à ce que ces « délinquants » s’intègrent ou s’évaporent… Tel un nuage mauvais.

 Georges ZETER/mai 2024



11 réactions


  • La Bête du Gévaudan 28 mai 19:23

    l’auteur évite bien-sûr de comparer « l’enfer libéral » dans lequel nous vivons, et vers lequel convergent des millions de migrants chaque année, avec le « paradis féodal » ou la « république sociale » qu’il nous promet certainement à la place... En ce début de XXIème siècle, on achève de balayer la poussière du socialisme sur les charniers de Lénine et Robespierre que LFI nous donne en exemple. Car qu’est-ce que le contraire de la liberté ? La contrainte. Tout un programme.

    Le niveau de vie des Français, même dans ce système néo-libéral (socialisme de marché), reste largement supérieur à celui de leurs grands parents dans les années 1950-1960.

    Je rejoindrai l’auteur sur un point, le « bolchévisme de marché » néo-libéral est en effet peu souhaitable. Mais s’il veut supprimer le marché et garder le bolchévisme, moi je propose de supprimer le bolchévisme et de garder le marché.

    Les riches trafiquent la loi pour spolier leurs concitoyens légalement. Que proposent les socialistes ? D’étendre la spoliation à tous et chacun, pour qu’on s’entre-spolie tous. Les libéraux proposent d’abolir la spoliation, que ce soit celle des riches ou celle des pauvres.


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 29 mai 10:14

      @La Bête du Gévaudan
       
       ’’qu’est-ce que le contraire de la liberté ? La contrainte.’’
      >
       Que vaut la liberté quand on n’a pas l’égalité ? Quand il y a un gouffre entre ce que peut un ultra-riche et l’individu lambda ? RIEN !
       
       « Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » Lacordaire
       
      Si et seulement si la loi n’est pas dictée par le maître, le riche ou le fort et à son seul profit.


    • La Bête du Gévaudan 29 mai 16:45

      @Francis, agnotologue

      Oui, mais quelle loi ? Les libéraux-conservateurs aussi sont partisans de la loi, qui doit faire respecter la personne, la liberté et la propriété contre la spoliation et l’arbitraire. Chacun est content de voir sa personne et son bien protégé par la loi. La loi est faite pour garantir la propriété contre la spoliation, et non pour organiser la spoliation au profit de l’une ou l’autre classe. Les libéraux-conservateurs s’opposent aussi bien au socialisme des pauvres qu’au socialisme des riches : ni Staline ni Macron, ni le COMECON ni l’UE, ni la CGT ni le MEDEF, ni bureaucrates ni oligarques. L’honnête homme, non inséré dans les intrigues du pouvoir et des corporations, fini toujours plumé par les socialismes rouges-vif ou bleus-pâle.

      Dans une société où la loi est juste, les différences se fondent essentiellement sur le travail et le talent de chacun ; dans une société où, sous divers prétextes, la loi prend aux uns pour donner aux autres, les différences se fondent essentiellement sur sa plus ou moins grande proximité avec le pouvoir qui décide des ponctions et des subventions.

      Quand sous prétexte de fraternité, la loi impose aux citoyens des sacrifices réciproques, la nature humaine ne perd pas pour cela ses droits. L’effort de chacun consiste alors à apporter peu à la masse des sacrifices, et à en retirer beaucoup. Or, dans cette lutte, sont-ce les plus malheureux qui gagnent ? Non certes, mais les plus influents et les plus intrigants (Frédéric BASTIAT, Justice et Fraternité).


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 29 mai 19:03

      @La Bête du Gévaudan
       
       Mais nous disons la même chose ! J’ai pris soin de préciser : la loi est bonne si et seulement si elle n’est pas dictée par le maître, le riche ou le fort et à son seul profit.

       
      Ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui. Déjà en 1974 :
      Discours de Salvador Allende à l’ONU en 1972 ( Incroyable )  2’65"


  • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 29 mai 09:50

    ’’La prison est sans barreau, mais ce qui est certain, c’est que les matons du Gouv veillent au grain ’’

    >

    « Nous irons vers un nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne ne pourra y échapper. » Nicolas Sarkozy

     

     Même pas les matons.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=n7q-GBNFTgU


    • La Bête du Gévaudan 29 mai 17:11

      @Francis, agnotologue

      Sarkozy est libéral ? Première nouvelle ! C’est du soviétisme : il a sauvé les banques en 2008 avec l’argent du contribuable. BlackRock ou JP Morgan sont des Kombinats féodo-socialistes. Leurs patrons, Larry Fink et Jamie Dimon, sont des socio-démocrates avoués. Ce sont des Gorbatchev occidentaux.

      Le libéralisme dispose la liberté et la responsabilité. La liberté sans responsabilité s’appelle un système dirigé : dirigisme du riche ou dirigisme du pauvre, mais dirigisme. Ce n’est pas du libéralisme. Un libéral aurait laissé les banques sauter, et les banquiers frauduleux envoyés en prison. L’économie réelle serait repartie de la base.

      La grande hypocrisie, c’est que les profs de gauche et les corporations syndiquées, les journalistes subventionnés, les grandes entreprises privées défiscalisées et aidées, les épargnants gavés à la planche-à-billets, les retraités payés en euros, les fonctionnaires territoriaux, etc. avaient autant intérêt au maintien du système que les traders drogués de wall-street ou les patrons de banques délinquants.

      La gauche n’a pas demandé à ce qu’on lâche les banques. Pas un instant. Elle a simplement demandé à palper elle-aussi sa part du gâteau. Et qui paye ? Le contribuable. C’est-à-dire que celui qui n’est ni proche des oligarchies d’en-haut ni des corporations d’en-bas se fait plumer pour sauver le système (tout en se faisant accuser de « libéralisme au coeur dur » par ceux-là mêmes qui vivent de la rapine légalisée !).


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 29 mai 18:24

      @La Bête du Gévaudan
       
       allez donc vivre en Somalie et lâchez nous avec vos jérémiades, svp.


    • Eric F Eric F 30 mai 09:41

      @La Bête du Gévaudan
      Sarko, c’est du soviétisme ?


  • zygzornifle zygzornifle 29 mai 16:00

    Tant que le monde libéral, le capitalisme sera défendu par une très grande partie de la classe politique qui a la justice, la police et l’armée sous ses ordres a moins d’un cataclysme on en a encore pour des siècles et des siècles ..... 


  • Jean Keim Jean Keim 3 juin 07:59

    Soit on est de gauche, soit on est de droite, on peut pondérer en mettant un peu de centre, voire un pourcentage d’extrême, mais c’est ainsi ET RIEN D’AUTRE, il nous faut nous couler dans un moule parce qu’une minorité qui a tout à gagner du statu quo mène la danse dans ce sens ; tout est parfaitement chorégraphié dans un entrelacement d’une multitude de compétitions tant individuelles ( l’individualisme...) que collectives (le nationalisme...) seulement ce système fabrique des égos hypertrophiés, monstrueux, a un point tel que des névrosés au départ ordinaires – ce qui est le lot de tout être humain – ont basculé dans la psychopathie (sans en avoir conscience sinon psychopathes ils ne le seraient pas).

    Le résultat de ce pandémonium est une merveilleuse planète transformée en un lieu infernal, exploiteurs-exploités – tantôt l’un ou l’autre, nous vivons de cette façon parce que nous pensons qu’il doit en être raisonnablement ainsi.


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