jeudi 27 octobre 2011 - par Bernard Dugué

Le Munich technocratique européen : un plan social et un plan financier

Les dirigeants ont semble-t-il repoussé la faillite de la Grèce à plus tard, ou bien si l’on est optimiste, ils ont permis à la Grèce de souffler pendant dix ans afin qu’elle remettre ses comptes à l’équilibre et devienne, comme du reste les autres nations, un bon élève du système comptable européen. Il faut dire que ce n’est pas si facile de fonctionner à 17, avec une monnaie unique. Mais même avec des monnaies nationales, ce n’était pas si simple. Giscard avait créé le système monétaire européen, avatar du serpent monétaire, censé encadrer les fluctuations entre les parités de monnaies afin de répondre au système des changes flottants décrété par les USA, mettant fin au règne de l’étalon or. En 2011, un nouveau système, appelé règle d’or, sera appliqué pour encadrer non pas les fluctuations monétaires mais les fluctuations budgétaires. L’intervention sera étatique mais de nature différente. Pour influer sur les parités monétaires, les Etats devaient vendre ou acheter des devises. Pour influer sur la règle d’or, les Etats doivent se débarrasser de quelques dépenses publiques. Telle est la règle. Dura lex sed lex. La réunion européenne tenue ce 26 octobre 2011 n’avait pas pour objectif premier d’édicter cette règle mais de trouver des solutions comptables pour contrecarrer les effets néfastes des dettes européennes tout en évitant la faillite grecque.

Les banques ont fait des sacrifices ont déclaré quelques journalistes. Preuve s’il en est que les médias emploient souvent le langage de la propagande sans qu’il n’y ait un ministère prévu à cet effet ni un Goebbels de music-hall agitant les discours. Nombre de journalistes ont épousé le diktat sémantique permettant de légitimer la parole des pouvoirs en place. Présenter les décisions bancaires comme des sacrifices c’est employer la sémantique des puissants et le langage de la collaboration. C’était juste un détail. L’usage neutre et précis des mots aurait imposé d’employer le mot effort ou bien consentement. Les banques ont consenti de se passer de la moitié de la dette grecque. 9 milliards pour les banques françaises, même pas deux fois l’addition laissée par Kerviel sur une seule banque. Le reste, c’est ce fond de garantie européen dont on ne sait pas très bien comment il fonctionne. Enfin si, c’est une sorte Lexomil comptable censé rassurer l’inquiétude des marchés pour qu’ils continuent à prêter à des taux de gentleman traders.

Le sacrifice, il est quand même présent mais pas pour les banques, ni pour les plus aisés. Les journalistes sont un peu facétieux mais à leur corps défendant, lorsqu’ils parlent d’un plan anti-crise. C’est en vérité un plan de crise sociale. Les gouvernants tentent de résoudre la crise financière en accentuant la crise sociale, mais c’est à leur corps défendant. Le plan social européen, c’est un peu comme la clause cachée dans un contrat, vous savez, ce texte écrit avec des caractères nécessitant une loupe et qu’on trouve en bas du verso, avec un astérisque en guise de signalétique. Le plan social européen fonctionne avec le même principe que la réduction de la dette grecque. C’est simple. Si les banques doivent faire une croix sur 1a moitié de la dette, quelques 100 milliards d’euros, les citoyens devront faire une croix sur une partie des dépenses publiques et des leviers sociaux pour entrer dans une existence décente. Les Etats devront amputer de 5 à 15 % ce qu’ils devraient logiquement à la société en tant que politique publique. Concrètement, cela commence par les indemnités maladies. 50 euros en moins pour un smicard. Juste un point de détail eu égard à d’autres mesures. Dont le principe est simple. On fait une croix partielle sur l’existence décente des hommes. Il y en aura qui ne pourront pas bénéficier des soins médicaux nécessaires. C’est d’ailleurs déjà le cas, puisque un tiers des Français auraient reporté des soins pour raisons financières. Pour l’instant cela concerne les dents et les lunettes. On peut faire avec une dent en moins ou avariée, une vue approximative. Plus tard, qui sait, quelques-uns se laisseront crever d’une appendicite ou d’une embolie ou d’autre chose, parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais d’hôpitaux. D’autres, amputés de retraite, faute d’avoir assez travaillé, iront manger dans les poubelles, si le maire le veut bien. Il se dit que prélever des aliments dans une poubelle pourrait bientôt être assimilé à un vol (je sais, j’exagère mais c’est pour faire de la pédagogie). Un bon nombre d’iront plus en vacance. Rien de bien dramatique. Un Français sur deux ne part pas en vacances alors un ou deux millions de plus, ce n’est pas grave et en plus, ça fera moins de monde sur les routes. Des centaines de milliers de jeunes et de seniors iront grossir le stock des demandeurs d’emploi. Le nombre de sdf va augmenter. Mais pour une bonne majorité de Français, la vie va continuer et pour les plus aisés, le niveau matériel va augmenter. Le marché du luxe se porte bien.

Mais à vrai dire, ce que je raconte existe déjà depuis une décennie. Rien de neuf sous le soleil. Les classes moyennes sont les seules qui peuvent tracer le changement de direction. Elles ont un niveau d’instruction suffisant et elles constituent un corps électoral imposant. Tout dépend des choix moraux qu’elles feront. Pour l’instant, elles semblent s’être résignées à l’avènement progressif d’une société de jungle. Il y a quelques décennies, les valeurs religieuses, puis les valeurs républicaines et morales, étaient efficientes dans les âmes, produisant dans les consciences un sentiment de destin collectif. Ce temps n’est plus. Antan, les mineurs étaient sacrifiés au nom de la nation et au profit des intérêts capitalistes. Le système actuel n’a plus besoin des mineurs. Les sacrifiés ont le RSA et bientôt un abonnement numérique à prix social. Pour s’en sortir, le salut est individuel. La jungle à ses lois morales édictées par les puissants. Les plus méritants s’en sortiront. Le citoyen des classes moyennes a le choix entre deux options. Accepter la jungle en espérant gagner (comme dans une loterie), tout en prenant le risque de perdre et de se déclasser lui ou ses enfants dans une vie dégradée faute d’être entré dans le monde du travail. Ou alors refuser la jungle, auquel cas, il devra regarder vers les plus démunis et faire alliance pour changer le système. Sans doute il ne gagnera rien sur le court terme mais plus tard, il comprendra le sens de son geste et certainement, sera rétribué de son choix moral. On comprend bien combien ce choix est pénible. En plus il faut trouver un système alternatif. Ce système existe. Mais la plupart préfèrent ne pas le voir. L’homme préfère le système de la jungle. Sans doute est-ce le terme de son évolution. Le jeu de la sélection naturelle est devenu un jeu économique sur un terrain avec ceux qui entrent et d’autres qui restent sur la touche. L’homme aime cet esprit de compétition. La plupart soignent leur narcissisme en se donnant l’impression d’être méritant et d’être parmi les intégrés de la société, contrairement aux paresseux en RSA. L’homme est le singe, non pas de Dieu mais de Sarkozy. L’homme est narcissique.

Les observateurs éclairés de l’histoire politique concluront à un délitement progressif de la république et à une perversion de la démocratie. En effet, quand les décisions importantes sont prises par les conseils européens, les peuples ne sont pas consultés et la démocratie s’en trouve amputée, comme s’en aperçoivent maintenant les intellectuels européens affolés par le cours des choses. Quand une société accepte qu’une partie de la population soit privée de soins médicaux et d’un revenu décent, il n’y a plus de république. L’Europe tente une nouvelle expérience, celle consistant à vivre sans la république et sans la démocratie. Pour l’instant ça fonctionne. Le moral des ménage augmentent et les indignés jouent une comédie qui amuse les passants. Bon voyage dans la dictature technocratique !



10 réactions


  • interlibre 27 octobre 2011 10:43
    C’est pas nouveau, on sais depuis longtemps que pour survivre l’Europe des marchands n’a pas d’autre choix que de se passer de ces peuples et de leurs aspirations. Et le peuple s’en fout. Le PS passera en 2012 sous les applaudissements et continuera dans la droite ligne du « proto-fascisme » européen (en version un peu plus molle peut être). 
    Oui à l’Europe des peuples, non à l’Europe des banquiers. C’est une honte, j’espère que l’Histoire retiendra les noms de tout ces traîtres.

  • Maurice Maurice 27 octobre 2011 11:31

    Bonjour monsieur Dugué,

    Bon article.

    Une question. Je tiens à préciser avant que je ne suis pas un frontiste. Face à cet état de fait, à l’impossibilité de remodeler l’europe actuelle selon les aspirations des peuples (preuve en est l’accession de Mario Draghi à la tête de la BCE, bankster à ses heures perdues) ne croyez vous pas qu’il serait mieux pour nous, mais aussi pour tous les peuples européens, de sortir provisoirement de cette Europe ? De repartir sur de nouvelles bases ? D’être maître de sa politique monétaire et budgétaire ? Avons nous autant besoin de cet euro ? L’écu comme indice de fixation n’était-il pas amplement suffisant ?


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 27 octobre 2011 11:57

      Bonjour,

      En fait, l’euro est un formidable instrument mais il est mal utilisé par les gouvernants

      En créant un euro monéthique, on peut résorber les inégalités, principal problème.


    • Maurice Maurice 27 octobre 2011 14:12

      Bonjour,
      merci pour votre réponse. Mais ne pensez vous pas que en réclamant une nouvelle Europe, nous faisons le jeu de ces bandits qui nous sortent un lapin du chapeau de temps en temps. Nous disons aaahhh ! ooohhhh ! Et tout repart comme auparavant. La solution ne serait-elle pas de parler sereinement d’une sortie de l’europe, et de ne pas laisser le monopole (du moins médiatique) de cette question au FN ?


  • Taverne Taverne 27 octobre 2011 11:35

    L’étalon or, c’est encore mieux que la monnaie eunuque.


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 27 octobre 2011 11:59

      La monnaie eunuque n’est pas démocratique
      Il n’y a plus de partis


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 27 octobre 2011 13:05

      Vous avez lu avec une lunette déformante

      Je n’ai jamais affirmé ni sous-entendu que la création monétaire doit être finalisée pour les banques privées. D’ailleurs je n’ai pas pris position sur la monnaie, j’ai juste décrit le processus de renflouement en y associant la casse sociale.

      Par contre, si vous me cherchez sur la monnaie, tapez RCC monéthique sur google et vous verrez que je défends un système alternatif de création de monnaie pour résorber les inégalités. Mais je jette l’éponge, la société a consensuellement accepté le génocide économique des pauvres alors ce n’est plus la peine de se battre pour convaincre des ignorants et des égoïstes


  • Pyrathome Pyrathome 27 octobre 2011 17:49

    Les faillites des états et des banques sont repoussées aux calendes Grecs, c’est reculer pour mieux sauter en quelque sorte, mais combien de temps vont-ils pouvoir encore tenir ? Quelques mois tout au plus avec de l’argent qui n’existe pas....
    La fuite en avant, rien d’autre, on achète du temps de plus en plus cher mais une chose est sûre, cette pseudo dette virtuelle ne sera jamais remboursée......ils auraient dû commencer par là, annuler purement et simplement cette montagne de papier sans valeur et prendre directement la tutelle des banques et nationaliser chacune d’entre elles pour un euro symbolique.....sans oublier de trainer devant la justice les banquiers et politiques pour associations de malfaiteurs.... 


  • LE CHAT LE CHAT 27 octobre 2011 23:28

    Ils ont simplement gagné juste un peu de temps , quelques jours , quelques semaines , quelques mois tout au plus ! du vent , du virtuel, des pieux mensonges ....
    les vampires de la finance patienteront juste un peu plus , inévitablement ils exigeront une cure d’austérité généralisée pour rafler la mise !
    mais c’était écrit .... Vous ne mourrez pas idiot après avoir écouté ça !


  • Slipen’Feu 28 octobre 2011 10:05
    bon article merci
    ....La Dictature européenne prend placeLe Mécanisme Européen de Stabilité (MES) sonnerait le glas des souverainetés populaires, au profit d’élites financières protégées par une immunité absolue et disposant de tous pouvoirs financiers, en dernier ressort. Interview de Pierre Hillard sur le mondialismelongue mais passionnante interview, Pierre Hillard
    Il donne de nombreux scoops et informations parfois croustillantes sur
    les plans néo-mondialistes et les sujets connexes, sur les Young Leaders
     français (allant nous le rappelons au passage les dirigeants fondateurs
     de Rue89 à Dupont-Aignan en passant par Hollande ou le crypto-démondialisant Arnaud Montebourg,ou encore Alain Juppé pour n’en citer que quelques-uns).
    Dans cette vidéo, Pierre Hillard revient également sur le MES, ce complot supra-national totalement censuré par les médias alignés et les journalistes (serviles).

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