mardi 20 octobre 2015 - par Fabienm

Le numérique, pourquoi tant de haine ?

Tiens, si on parlait du livre numérique, aujourd’hui ?

Evidemment, on pourrait plutôt parler du beau temps (qu’est moche), de la crise des réfugiés (qui vont et viennent), de la présidentielle 2017 (mais pour qui je vais voter nom de nom ?) ou encore de Nadine M… ouais, non, faut pas déconner quand même.

Le marché du numérique en France représente environ 3% du marché du livre – autant dire une paille –, tandis qu’il dépasse les 20% outre-Atlantique – on est là plus proche de la poutre. Il reste cependant en progression lente mais constante chez nous autres amoureux du camembert, là où il recule sensiblement en 2015 chez les bouffeurs de Big Mac.

A noter qu’en France, 4% des liseurs consomment du numérique et que seuls 1% des acheteurs de livre lisent exclusivement sur liseuse (soit 25% des consommateurs de numérique). Le livre numérique est donc, le plus souvent, un support complémentaire utilisé par le lecteur et ne remplace pas le livre papier (à noter à ce propos que, selon un baromètre Sofia-SNE-SGDL, 63 % des « e-lecteurs » achètent autant d'œuvres imprimées qu'avant). Il n’existe pas non plus dans les chiffres globaux en France de corrélation évidente entre la baisse des ventes de livres (tous supports confondus) et l’émergence des livres numériques. D’ailleurs, les ventes de livres papier sont en progression cette année et les ventes numériques continuent leur ascension très lente, preuve que lorsque le marché du livre se porte mieux, c’est l’ensemble des supports qui en bénéficient et qu’il n’y a pas de système de vases communicants avéré.

 

Mais si donc les deux supports arrivent à cohabiter ainsi – même si la part du numérique reste faible –, pourquoi une telle aversion de certaines grosses maisons d’édition pour ce nouveau support ?

 

 

Aversion, vraiment ?

Au début des années 2000, lorsque le support a été dématérialisé, l’industrie du disque a connu une crise sans précédent dont elle n’est toujours pas sortie. En effet, le modèle économique a été totalement chamboulé, du fait principalement de la « forme » du nouveau support – dématérialisée – qui échappait totalement aux labels. Or c’étaient bien ces labels qui, jusqu’alors, finançaient le disque grâce à la vente de la musique sur des support (K7, vinyle, CD) dont elle maîtrisait totalement la mise sur le marché. En perdant la manne financière que représentait la vente de CD – qui est quasiment devenu un produit dérivé dans la musique –, les grosses maisons ont pris peur et, incapables de prédire ce qui allait se passer et de faire émerger un nouveau modèle économique, elles sont entrées dans des phases de réductions des coûts drastiques, tout en tentant tant bien que mal d’arrêter la vague mp3. L’investissement dans la production musicale a ainsi chuté en même temps que les labels sombraient dans un cercle vicieux dépressionnaire sans fin.

Le problème est que les éditeurs parisiens historiques du livre souffrent un peu des mêmes maux (conservatisme, attitude monopolistique, inertie décisionnelle, etc.) et que, forts de l’expérience de leurs copains du monde de la musique, ils ont, assez vite dressé plusieurs barrières à l’avènement du numérique en le désignant comme l’ennemi à abattre (notamment en déclenchant un certain nombre de pare-feu législatifs à l’encontre des offres gratuites, ou encore en tentant d’imposer des règles sur le prix du livre numérique).

Las, on n’arrête pas la marée en soufflant dessus – même quand on a du coffre –, et assez vite, ils ont dû s’adapter… mais en freinant des 4 fers.

 

Cependant, s’ils avaient le courage d’analyser objectivement la lame de fond qui a décimé le monde de la musique, ils se rendraient compte que tout n’est pas blanc ou noir (quelle découverte) et que la perte de chiffre d’affaire est pour partie liée à une bulle énorme qui s’était créée sur le dos du consommateur au moment de la création du CD (tiens, tiens, les CD trop chers, ça vous fait pas penser à un truc… ?). Ils s’apercevraient aussi que les labels qui se sont adaptés ont moins souffert que les autres et que surtout, loin de tuer la créativité, le numérique a permis l’émergence de nouvelles formes de production musicales et de nouveaux types de services (streaming, collaboratif, etc.).

 

 

Des exemples de politique aberrante

Bon, là, je fais du bla bla vous allez me dire (c’est que j’adore ça).

Alors, entrons dans le concret.

Voici les choses qui n’ont PAS fonctionné dans la musique et que certains éditeurs rêveraient de voir fonctionner dans le livre (on ne sait par quel miracle…) :

  • Une politique de prix fort

Mettre un livre numérique à un prix supérieur à celui du poche n’a AUCUN sens. Le lecteur a le sentiment de se faire entuber et cela développe le piratage (qui disparaît en-dessous d’un seuil psychologique – seuil qui correspond au prix à partir duquel le « client » considère que c’est une juste rétribution de l’auteur. Il n’y a aucune « justice » là-dedans, ce sont juste des constatations : quand on paye 4 euros un DVD, on a moins envie de le pirater, c’est aussi con que ça.)

 

  • Une protection par DRM des ouvrages

Le jour où tous nos chers technocrates atrophiés du bulbe comprendront que dès lors qu’une œuvre (musicale, littéraire, etc.) peut être vue / écoutée / lue, elle peut être copiée, l’humanité aura fait un grand pas vers un peu plus de bon sens. Le DRM est une technologie obsolète avant même d’être mise sur le marché. C’est inutile et ne fait que constituer un frein à la lecture pour le grand public. N’importe quel informaticien amateur – soit 90% de la population de moins de 35 ans – sait faire sauter tous les DRM de la planète en deux minutes, là où le grand public – comprenez : les vieux – va galérer pour simplement comprendre comment lire l’œuvre (c’est pas étonnant vu qu’ils arrivent déjà pas à affranchir leur lettre aux machines automatiques de La Poste). C’est totalement stupide de croire que l’on peut bloquer la diffusion d’un fichier numérique. C’est comme si on voulait empêcher les gens de prendre des photos de la tour Eiffel ou interdire à ma fille de prêter une BD à sa voisine. La seule utilité est d’engrosser des sociétés informatiques pour inventer des systèmes toujours plus absurdes de protection des œuvres et de repousser la démocratisation des ePubs (pour les pubs, merci, ça va).

 

  •  Une politique de DA numérique frileuse

A modèle économique différent, rétribution différente. Oui, c’est un investissement de faire du numérique, mais est-ce à l’auteur de le payer ? Il n’est pas « producteur » de son livre, le jour où il se fera des couilles en or avec son art, je pense qu’on sera au courant, donc il n’y a aucune raison objective pour qu’il ait à assumer les investissements nécessaire à l’évolution naturelle de l’activité. Par contre, il est normal qu’il en retire les bénéfices, compte tenu du nombre d’intermédiaires restreint pour la mise sur le marché d’œuvres dématérialisées (le distributeur qui saute libère, à lui seul, déjà 15%, sans parler de l’imprimeur qui n’existe plus non plus).

Un revendeur final (Amazon, Fnac, etc.) prend environ 40% du prix HT du livre numérique. Ce qu’il reste (60% tout de même) devrait être à partager entre la maison d’édition, éventuellement le diffuseur s’il y en a un et l’auteur (avec un %age plus important tout de même pour l’éditeur qui a des frais de production de l’ebook)). Cela n’a plus de sens dans le monde numérique de rétribuer l’auteur à 8% du prix de vente (c’est même quasiment du vol vis-à-vis de l’auteur, ce qui n’est pas très sympa, hein ? Vous allez faire comment sinon quand il n’y aura plus que des auteurs morts faute de soins dentaires ?).

 

Ce sont trois exemples parmi d’autres de ce qui constitue, à mon sens, des freins à l’émergence du numérique en France dont la totalité des acteurs du livre pourrait bénéficier, le plus gros frein étant pour moi le prix du livre numérique (qui est, d’après une étude MOTIF – observatoire du livre et de l’écrit en IdF –, trop élevé pour 84% des personnes interrogées (les 16% restants ne devaient pas parler français)), surtout s’agissant de gros éditeurs qui font fréquemment éditer leurs ouvrages au format poche… à des prix inférieurs au prix de l’ebook !

 

 

 

Le numérique, un marché à part

En s’opposant par leur passivité à l’émergence du numérique, ces éditeurs ne font pas que retarder l’échéance, ils se coupent aussi jour après jour d’un marché qu’ils comprennent de moins en moins. Car oui, le numérique a un fonctionnement spécifique, très différent du marché physique.

En un sens, en se coupant des possibilités du marché numérique, les gros éditeurs offrent une chance formidable aux petits et moyens éditeurs de se faire une place au soleil. En effet, la mise à disposition finale du produit (les libraires virtuels) y est verrouillée par les détenteurs des nouveaux formats : Amazon, Kobo, Fnac, iTunes, etc. Ce sont eux qui vendent 99% des ebooks en France (dont la moitié par le seul Amazon et son format propriétaire Kindle). Or, leur nombre étant limité, lorsqu’un titre est visible sur une plateforme de ce type, elle l’est pas tout le monde. Si l’on comparait au marché du livre broché, obtenir une mise en avant sur Amazon (la plupart s’achetant au prix fort), c’est un peu comme si on obtenait une tête de gondole dans l’intégralité des Fnac de France. Mais il n’y a pas que des mises en avant payantes, il y a aussi la visibilité offerte par d’excellentes notes lecteur, ou encore une place dans les meilleures ventes (soit dans une catégorie particulières, soit au global), ou bien dans la liste des nouveautés. Ainsi, la visibilité difficile à obtenir sur le marché physique pour un éditeur aux moyens modestes devient facile si l’on connaît les « codes » et que l’on a les bons contacts sur le marché numérique. Dès lors, ce qui apparaît insignifiant et incompréhensible pour un gros éditeur (i.e. obtenir une mise en avant pour vendre 50 ebooks), devient une source de revenus non négligeable pour de petits éditeurs au modèle économique totalement différent.

Enfin, il est un fait que le « bouche à oreille » numérique est beaucoup plus viral que sur le marché physique et les taux de transformation des campagnes promotionnelles plus important (il est plus aisé de faire du one-click efficace sur des produits à prix faible).

Au-delà de ces questions économiques, il est aussi un fait que nous sommes à l’aube d’une révolution numérique dont on mesure mal les conséquences, aussi bien sur le fond que sur la forme. Nombre d’acteurs du secteur sont persuadés que le format va révolutionner le contenu, un peu à l’instar des séries télé au tournant des années 2000 qui, grâce à leur inventivité ont fait renaître ce média, allant même jusqu’à influencer, voire inspirer, les productions cinématographiques.

Sur la forme, on voit apparaître de nouveaux types d’ebooks : formats très courts, contenu enrichi, romans à épisodes avec interaction des lecteurs, etc.

 

 

L’offre numérique : un peu un gros bordel

Evidemment, tout n’est pas rose dans le numérique (ni bleu ou orange d’ailleurs). La bataille acharnée que se livrent les petits éditeurs et les auteurs autoédités sur les grosses plateformes ne se fait pas nécessairement au bénéfice de la qualité des contenus et l’on assiste à une fragmentation extrême du marché avec des lecteurs souvent déboussolés (devant la multitude des formats, devant le trop grand choix des ebooks et la grande quantité d’ebooks mal produits ou au contenu pauvre, etc.).

En effet, n’ayant pas encore trouvé son modèle, le marché du numérique est un véritable eldorado pour tous les apprentis sorciers en marketing prêts à vendre du vent pas très cher mais en grande quantité (et on dit que l’éolien a du mal à démarrer en France, tss tss). Le marché du numérique n’échappe pas à la règle du marché du livre qui est en soi un marché atypique avec une offre dépassant largement la demande – c’est pas demain la veille que le pilon va raccrocher comme on dit, même si on est pas trop sûr de savoir à quoi ressemble un pilon numérique.

Le lecteur est donc souvent perdu et le fait que les revendeurs finaux n’aient pas encore trouvé non plus leur vraie place de « libraires » au sens classique du terme, c’est-à-dire avec un vrai conseil pour le lecteur (et pas seulement en offrant un relais des mises en avant payées par les éditeurs) n’aide assurément pas le marché à se stabiliser.

Cependant, tout ce petit monde (auteurs – lecteurs) expérimente, trouve une place ou même plusieurs, car, comme tout marché « culturel », on ne peut ignorer que le marché du livre (numérique ou pas) est aussi un marché avec une multitude de niches.

 

 

Pour conclure ce trop long article, je dirais qu’un lecteur est un lecteur – quelle puissance intellectuelle Fabien, tu m’impressionnes –, et que ce n’est pas à l’éditeur de décider sous quel format il préfère consommer sa culture. Ce qui est sûr par contre, c’est qu’il y a tout à perdre pour un éditeur à ne pas accompagner cette mutation du marché, promesse de nouveaux horizons culturels.

Et puis, entre nous, à l’heure où le prix du m2 ne fait qu’augmenter et nos salaires baisser (inutile de me mentir, je le sais), la numérisation n’est-elle pas une formidable solution à la fois pour les particuliers, mais aussi pour les bibliothèques et les librairies, à ce problème de place ?

Vous y aviez pas pensé à celle-là, hein ?

 

Allez, je vous laisse les cocos, je viens de pirater de télécharger une nouveauté sur ma liseuse de marque américaine, je vais aller m’éclater les yeux.

 

Bisous mazouth bande de e-bl@ireaux.

 

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25 réactions


  • krapom.deviantart.com krapom.deviantart.com 20 octobre 2015 18:31

    Vu que tout est piratable, c’est dommage que tu te sois acheté une liseuse puisque tu peux tout lire sur un PC en changeant le nom du type de fichier. Mais c’est bien de faire tourner l’économie.


    • Croa Croa 21 octobre 2015 00:09

      À krapom.deviantart.com
      Pas sûr que ça fonctionne ainsi !
      Installer un logiciel de lecture est plus sûr (et on garde le fichier qu’on a acheté tel qu’il est.)
      Les avantages de la liseuse sont l’autonomie, la portabilité et l’écran lisible même en plein soleil. Ceux qui lisent beaucoup devraient tout de même s’en acheter une (on n’est pas obligé, c’est vrai !)


    • Fabienm 21 octobre 2015 08:51

      @krapom.deviantart.com
      Je me suis acheté une liseuse il y a un peu plus d’un an et force est de constater que le confort de lecture est très bon (rien à voir avec la lecture sur un PC). De plus, lorsque les ebooks sont correctement réalisés, on s’approche pas mal d’une lecture sur livre physique (encore une fois, rien à voir avec une lecture sur PC).


  • sls0 sls0 20 octobre 2015 20:37

    Avant de quitter la France, j’ai distribué à une fête du livre ma bibliothèque, ça représentait 3,2m X 2,2m X 0,8m en volume. Je dois faire partie de ceux qui aiment lire.
    Je réside à l’étranger où le livre c’est pas la tasse de thé et en plus on y parle espagnol.
    J’ai sur mon ordinateur l’équivalent de tonnes de livres et pas mal de documents techniques.

    Je préférais de loin la lecture papier. (1)
    C’est plus agréable et essayez donc de lire une norme sous forme numérique, avec ses renvois c’est l’enfer.

    Je réside dans un pays où le non piraté est aussi difficile à trouver qu’un homme politique qui travaille pour le bien de son concitoyen. On ne trouve pas de liseuse mais un PC ça va aussi bien.
    Hier j’ai téléchargé 101 livres en 34 minutes, je ferai le trie plus tard.(2)

    1 et 2 voilà déjà deux causes éventuelles au désamour.
    Une troisième cause, il y a moins d’incendies de bibliothèques que de plantages de micro.
    Une quatrième, la durée du support, l’argile, le papyrus, le parchemin c’est en millénaire, le papier en centaines d’années. Le numérique, magnétique, problèmes, CD idem sans compter les extensions de fichiers qui changent assez souvent.

    Il faut de l’énergie à la conception du livre ensuite nada. ect....

     


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 20 octobre 2015 22:37

      @sls0

      Pas vraiment. Sur tout ce qui a été écrit sur de l’argile, du papyrus, du parchemin, quel pourcentage est arrivé jusqu’à nous ?

      Certes, on peut encore lire l’écriture cunéiforme mais quelle part de sa littérature à survécu jusqu’à nous ? 1 % ? 0,1 % ? 

      C’es comme celles et ceux qui se vantent de leurs frigos des années 50 qui sont censés être increvables alors que les nouveaux ne dureraient que 5 ans. C’est faux.

      Sur toute la production des réfrigérateurs des 50’s ? Combien sont encore en marche ? Combien on rendu l’âme et fini en décharge ?

      Le soin et l’entretien régulier aident à préserver ces appareils mais cela n’a pas empêché 99,99 % de ces représentants de finir rouillés. Le nôtre a 8 ans déjà et à part une petite bosse sur sa porte, il fonctionne parfaitement.

    • sls0 sls0 20 octobre 2015 23:17

      @Mmarvinbear
      Je parle de durée du support, que des écrits puissent disparaitre après 5000 ans se comprend. Le peu qui reste permet quand même de décrire une société d’y a 5000 ans.

      Les premières vidéos sur support magnétique commencent à s’effacer, c’est un problème pour l’INA.
      Pour la durée de vie des supports optiques, 01net en parle.

      C’est la vie d’un champignon comparé à la vie d’un chêne.

      L’écrit c’est aussi pour transmettre aux générations futures, avec des supports qui ont des durées de inférieures à la vie d’un homme, il faudra remettre la tradition orale au gout du jour.

      Dans 1984 ainsi que dans fahrenheit 451, on brule les livres pour enlever une mémoire, les supports numériques évitent les risques d’incendies et les inconvénients de la fumée.

      Dans un monde d’information, les informations risquent de disparaitre à cause de leurs supports.
      Ca vous fait penser à quoi un excès d’informations sans mémoire pour se repérer ?


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 21 octobre 2015 11:45

      @sls0

      Le support a toujours été le point faible de la préservation des données. En fait, le support miracle n’existe pas.

      Une tablette d’ argile se brise facilement et ne permet de graver que peu de lettres sur elles. Les mémoires informatiques ont une capacité incommensurable mais se détériorent avec le temps, et il faut régulièrement changer le support et transférer les données.

      Ce n’est pas un problème nouveau : le papier pose des problèmes aux bibliothèques depuis que le bois a remplacé le tissu comme source de fibres au XVIIIè siècle. Ce papier se dégrade plus rapidement et plus facilement. Et que dire des premiers films, tournés sur pellicules au nitrate ?

    • Abou Antoun Abou Antoun 21 octobre 2015 17:28

      @Mmarvinbear
      et il faut régulièrement changer le support et transférer les données.
      Voilà, c’est tout ! Il faut le savoir, rien n’est éternel et pour le moment on est contraint de refaire des copies périodiquement sur des supports de plus en plus fiables, de plus en plus rapides et de moins en moins chers. C’est valable aussi pour les photos, les vidéos et tous les documents archivés.
      Parallèlement aux opérations de recopie, les changements de formats peuvent être nécessaire, car si les supports ne sont pas éternels, les softs de lecture ne le sont pas non plus. L’info c’est le monde de la mouvance, ce n’est pas une technique statique, mieux vaut le comprendre tôt.


  • Mmarvinbear Mmarvinbear 20 octobre 2015 22:42

    Le livre a son charme, mais mis à part pour certains ouvrages de prestigieuse collection, je suis passé au numérique !


    Mes poches, mes éditions normales partent chez Emmaus au fur et à mesure qu’elles sortent sur tablette. J’ai de la chance, beaucoup sont des classiques du domaine public et cela ne me coute rien de les remplacer. Pour les autres, j’attends les promotions. 

    Quelle place libérée sur les étagères ! 

    Quel plaisir de lire la nuit dans le lit sans gêner mon mari avec une lampe de chevet ! Le mode « nuit » est un régal qui n’épuise pas les yeux !

    Quel délice avec Gallica de lire enfin des livres introuvables dans le commerce réel ou numérique !

    • Fabienm 21 octobre 2015 08:53

      @Mmarvinbear
      oui, je pense que lorsque les éditeurs auront numérisé tout leur catalogue, on pourra aller à la pèche au trésor.


    • bakerstreet bakerstreet 21 octobre 2015 12:40

      @Fabienm

      Sauf que je doute que la magie sera encore présente..Un coffre de pirate avec des fichiers numériques dedans, c’’est pas très bandant...Et l’amorçage de l’intérêt pour un gosse, c’est essentiel.. Même si vous avez dans un fichier la mémoire de l’humanité, je préfère garder ma vieille édition de Tolstoï qui pèse un poids fou sur l’étagère, qui me rassure.. Le ibook c’est comme le communisme, ça n’est génial que sur le papier, un peu moins déjà quand celui ci disparaît. Remarquez que je nie pas son intérêt pour les voyageurs, et les gens atteints de troubles oculaires, qui peuvent agrandir la police des lettres. Sans compter évidemment la recherche scientifique, qui se nourrit des échanges rapides. Mais nous parlons ici de l’essentiel de la production littéraire, je présume, qui est faite de romans. Et ça ne sert à rien de donner des cannes anglaises à un coureur olympique qui court le 100 mètres
      Un bouquin, mon bon monsieur,c’est comme le vélo, un objet parfait définitif ; d’abord il est matériel. Je sais c’est con, mais toucher palper, sentir, c’est notre humanité
      . Y pas photo entre avoir un amant, amante dans les bras, et se branler devant une image porno.... 3000 ans d’histoire et de route avec ces petits fascicules, faut réfléchir sérieux avant de faire la promotion de la concurrence....Un livre, on le corne, on écrit dedans, on le prête, on l’emmène à la plage...J’ai voyagé en échangeant des livres, avec tous les noms de propriétaires dessus, et qui avaient fait trois fois au moins le tour de la terre...Un objet d’art en soi, plonger le nez dedans, c’était Babylone. .Un livre c’est définitif, un témoin de son temps, avec une couverture un peu trash, comme les vieux livres de poche....L’alibi de conservation ?...D’abord faudra que notre brillante civilisation passe déjà l’obstacle du siècle prochain, au lieu d’envisager les millénaires à venir. Et puis bien sûr, on peut conserver les doubles sur fichiers numériques. Y a pas de raison de refuser le progrès tant que celui ci veut pas s’asseoir sur votre siège à votre place. Je sais pas ce qu’Orwell aurait pensé de ça, de la facilité qu’offrait cette mémoire à être arrangé falsifié, supprimé. 
      Un petit clic et on n’en parle plus.

    • Fabienm 21 octobre 2015 13:51

      @bakerstreet
      je suis d’accord que c’est différent, mais il ne faut pas minimiser le changement générationnel qui s’opère aussi. La relation à l’objet chez la nouvelle génération est totalement différente. Qui vivra verra !


    • bakerstreet bakerstreet 21 octobre 2015 15:13

      @Mmarvinbear
      je comprend bien sûr vos arguments, qui sont logiques. Mais la logique peut nous faire tomber aussi, avec les meilleurs intentions du monde. Vous faites partie d’une génération qui comme moi s’est ouvert à la beauté de l’écriture grâce aux livres, si bien d’ailleurs que ce n’est que dernièrement que les deux notions se sont séparées, comme deux frères siamois qu’on aurait opéré. Pourront ils vivre durablement l’un sans l’autre ?...C’est vrai le livre a pris un coup de vieux, n’est lu essentiellement que par les vieux, et c’est un peu triste je trouve. Un monde d’attende, de construction patiente, dont les gros folio font subitement has been. Trop de lenteurs et de circonvolutions à l’époque du selfie, d’une écriture pratique et égotiste ressemblant à un billet de commission. Ce n’est pas rien ce pavé qu’on soupèse en main, qu’on évalue, avec toutes ces heures de lecture en puissance. Un fichier pèse beaucoup moins lourd, mais repose sur le bord du vide....Votre plaisir ne vient il pas d’un changement de paradigme, de comparaison pratique, mais avec les racines de l’ancien monde qui dépasse toujours. Quand sera t’il pour les générations futures ?...Sinon, votre avatar me fait penser au dernier bouquin que je viens de lire, un vrai régal d’humour et de dérision, et touchant aussi à la philosophie finalement : L’ours est un romancier comme les autres, de William Koetwinkle. Un vrai délice...


    • Abou Antoun Abou Antoun 21 octobre 2015 17:38

      @bakerstreet
      Le livre, tel que nous le connaissons, n’a pas 3000 ans d’histoire, mais seulement 500.
      Vous idéalisez le support, mais le livre lui-même, le roman, l’essai, le recueil de poésie, n’a rien à voir avec ce sur quoi il est écrit.
      On peut imaginer à l’époque de Gutenberg un article écrit par un bakerstreet de l’époque et qui soit une « ode au parchemin »., en vantant l’odeur, la souplesse, etc...
      Le support numérique, qui dématérialise presque complètement l’écrit, le rend accessible au plus grand nombre.


    • bakerstreet bakerstreet 21 octobre 2015 18:17

      @Abou Antoun
      Le livre, il est issu des tablettes d’argiles mésopotamiennes, et des papyrus égyptiens : Les mêmes socles matériels, transportables, stockables, échangeables, ne coûtant aucune énergie. Ils ont une même filiation en rapport à ces fondamentaux d’identification. Je ne diabolise par ailleurs pas le numérique, mais j’y vois simplement un danger, si l’on ne prend pas un peu de recul face à la fascination. Un des plus grands étant lié justement à son premier premier intérêt, la dématérialisation, et ses extensions inédites. Ce qui peut sembler une contradiction c’est vrai. 

       Mais l’explosion d’un monde virtuel dans votre bibliothèque, qui peut tenir sur une disquette, si elle peut être formidable pour un chercheur, peut s’avérer être une impasse pour l’imaginaire, et le désir. J’ai ainsi des milliers et des milliers de morceaux de musique stockées, comme beaucoup, mais j’observe que le plaisir est moins important qu’à l’époque où il fallait se battre et beaucoup chercher pour trouver un vinyle de jazz par exemple, importé des states. 
      On peut faire le même constat, qui, je pense, n’est pas que personnel, à propos du cinéma et de la photo, dont le passage au numérique à désacraliser le geste du photographe, qui étudiait le plan la lumière avant d’appuyer sur le bouton, dans une geste rare. Il faut faire l’apologie du « rare », qui débouche sur l’éblouissement !
      Nous voilà maintenant arrivés au selfie burlesque, ne pouvant signifier rien d’autre, que Narcisse regardant le vide de son esprit, et envoyant au monde, d’une façon compulsive, sa frénésie psychotique.
       Le plaisir est rattaché au désir, et celui ci en grande partie à l’attente et à la frustration. 
      Hors, c’’est tout ce cheminement qui est maintenant défaillant. En quelques clics vous pouvez vous transposer dans l’auditorium ou la bibliothèque immense que vous rêviez...
      Et maintenant ?...
      La richesse, finalement, ce n’est pas l’accumulation ni l’accès instantané à la jouissance. Bien au contraire. N’importe quel voyageur apprend que le chemin a autant d’importance que la destination. 
      C’est ce que je veux signifier ici.
      Et je reviens à cet aspect matériel de l’oeuvre. Nous sommes des êtres d’histoires, dont les comportements et les habitudes inconscientes plongent dans des atavismes : La préhension, l’objet, l’échange, le contact, la page qui tourne.... 
      J’aurais tendance à croire que ces paradigmes sont inscrits profondément en nous, et que leur relégation risque d’emporter le savant usage de la lecture en même temps que le livre, comme le bébé, avec l’eau du bain. 

    • Abou Antoun Abou Antoun 21 octobre 2015 19:05

      @bakerstreet
      Votre message est clair, mais finalement nous ne parlons pas de la même chose. Une création intellectuelle peut être totalement détachée de son support, ce qui n’est pas le cas d’une création artistique, le cas de la musique étant spécial dans la mesure où on peut assimiler un instrument à un support.
      Nous voilà maintenant arrivés au selfie burlesque, ne pouvant signifier rien d’autre, que Narcisse regardant le vide de son esprit, et envoyant au monde, d’une façon compulsive, sa frénésie psychotique.
      Sur ce point je suis complètement d’accord avec vous.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 22 octobre 2015 01:48

      @bakerstreet

      Le succès à venir du numérique tient aussi aux limites du livre-objet. Autant j’apprécie les lourds volumes reliés avec du bon papier qui va traverser les siècles, autant je conchie le broché imprimé sur un papier bas de gamme. Après deux ans et trois lectures, la colle part à vaut l’eau et ton bouquin peut servir à allumer le barbecue...

      Le poche a permis de diffuser la culture à bas prix au bénéfice de tous mais les éditeurs sont allés trop loin dans le bas de gamme je pense.

  • soi même 22 octobre 2015 13:51

    (Le numérique, pourquoi tant de haine ? ) Cela vous arrive t il ? de véritablement pensé ?, je crains que non, si non vous ne posez pas cette question sous une autre forme.... !


    • Fabienm 22 octobre 2015 14:00

      @soi même
      je crains qu’il n’y ait trop de fautes de grammaire et de mots manquants pour que votre commentaire soit compréhensible par un cerveau limité comme le mien smiley


    • soi même 22 octobre 2015 14:05

      @Fabienm, très bien , je voie j’ai affaire à une asperge hors sol. !
      Détrompé toi les méninges, allez lire Rabelais tous est dit !


    • Fabienm 22 octobre 2015 14:12

      @soi même
      c’est pour vous que je dis ça, moi. Je vous connais pas, perso je m’en fous


    • soi même 22 octobre 2015 14:18

      @Fabienm, lesgrandsgueulesintelligenteaussisurtoutsipréocupéd’êtrepropreduderche..


    • soi même 22 octobre 2015 15:21

      @Fabienm, entre vous vous posez pas trop de question, sinon, vous serais fait un plaisir de me répondre autrement que comme comme le grand malade du Bosphore...


    • Fabienm 22 octobre 2015 15:22

      @soi même
      je réponds aux gens dont je comprends les questions (je ne suis pas interprète)


    • soi même 22 octobre 2015 16:53

      Et bien tu es bien tombé tête de noueux !

      smiley


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