lundi 29 juin - par politzer

Le philosophe et le bandit

 

Althusser et le bandit

La distinction

Une distinction décisive lève toute ambiguïté : il existe des migrants de travail (productifs, intégrables dans les secteurs low-cost) et des migrants parasites ou lumpen (déclassés, souvent assistés ou impliqués dans l’informel/criminel).

 La bourgeoisie ne filtre pas l’un ou l’autre : les deux lui servent — les premiers comme force de travail flexible et bon marché, les seconds comme force de terreur, de division et de chaos social.

 Althusser nous donne les outils pour décrypter cette stratégie de reproduction des rapports capitalistes.

  1. Double utilité objective du lumpen étranger

Althusser, dans Sur la reproduction, montre que le capitalisme se perpétue par des appareils qui assurent les conditions de l’exploitation. Les Appareils Répressifs d’État (frontières, police) et Idéologiques d’État (médias, culture, partis) gèrent les flux migratoires de façon stratégique.

Migrants de travail : Ils reconstituent l’armée de réserve industrielle. Ils occupent les emplois précaires, exercent une pression à la baisse sur les salaires et restent dépendants. Ils servent directement l’accumulation.

Migrants lumpen / parasites : Ils produisent du chaos social utile. Insécurité perçue, tensions communautaires, sentiment d’abandon des classes populaires autochtones, justification permanente de mesures sécuritaires ou assistancielles.

 Le tout divise le prolétariat et renforce l’autorité étatique.

 

  1. Analyse de l’interpellation idéologique chez Althusser

Chez Althusser, l’idéologie n’est pas un ensemble d’idées fausses, mais un rapport imaginaire aux conditions réelles d’existence. Elle fonctionne par interpellation : elle « hèle » les individus (« Hey, toi ! ») pour qu’ils se reconnaissent comme sujets dans l’ordre existant et acceptent leur place.

 

Dans le cas migratoire, les AIE (médias, partis, culture) interpellent le citoyen de deux manières complémentaires :Le migrant (surtout le lumpen) devient sujet moral supérieur (« victime universelle »).

Le citoyen « bon » se reconnaît en le défendant, tandis que le prolétaire qui exprime des réserves est interpellé comme « raciste » ou « complice de la bête immonde ».

 

Cette interpellation masque la double utilité du lumpen (travail + chaos) et légitime l’importation comme devoir éthique plutôt que comme stratégie de classe.

3.La construction du « migrant héroïque » et promotion du héros moderne transgressif

L’idéologie dominante transforme le bandit (lumpen migrant parasite) en saint laïc : victime universelle, symbole de diversité, de vertu et de rédemption.

Les médias diffusent en boucle des images de sauvetage en mer ou des parcours émouvants.

Les partis de gauche ou centristes interpellent :

« Défendre ce migrant, c’est défendre l’humanité. »

Cette héroïsation légitime l’importation tout en occultant les besoins du capital : croissance démographique, services low-cost, délocalisation interne. Elle transforme une opération économique en devoir moral.

Cette fonction de héroïsation n’est-elle pas une promotion du « héros moderne transgressif » ?

Oui, exactement. Le migrant lumpen, figure du déraciné, du hors-la-loi ou du marginal, est promu comme héros transgressif contemporain : il brave les frontières, défie l’ordre national « bourgeois », incarne une mobilité fluide et une identité fluide contre les « archaïsmes » du prolétariat autochtone.

Cette transgression est valorisée comme vertueuse (anti-raciste, cosmopolite, rebelle). On passe du bandit classique (Spaggiari, rebelle national viril) au bandit moderne globalisé : le lumpen migrant devient icône de la postmodernité transgressive.

 Les AIE en font un sujet désirable, cool, moralement supérieur. Cela sert doublement le capital : il fournit une main-d’œuvre flexible tout en promouvant une idéologie qui dissout les identités et solidarités de classe traditionnelles au profit d’un individualisme nomade utile à l’accumulation.

4.Étude de la figure du bandit chez Spaggiari

Albert Spaggiari, auteur du casse de la Société Générale à Nice en 1976, incarne le bandit autochtone romantisé. Aventurier d’extrême droite, il réussit une évasion spectaculaire et devient, dans certains milieux, un héros de droite : malin, anti-État, viril, attaché à un imaginaire national et rebelle.

Cette figure contraste avec le migrant lumpen : le migrant est héroïsé à gauche/centre comme victime universelle ; Spaggiari est réhabilité à droite comme rebelle national. Althusser y verrait deux interpellations idéologiques symétriques.

5.Sur Quentin Deranque

Le meurtre de Quentin Deranque en février 2026 à Lyon illustre ce double standard avec une clarté brutale.

Ce jeune militant identitaire est lynché par un groupe d’antifascistes (liés à la mouvance « Jeune Garde » et à des cercles LFI). Les agresseurs — des nervis autochtones de gauche, souvent lumpen violents (cagoulés, en meute) — sont parfois excusés ou relativisés dans certains discours : on parle de « rixe » plutôt que de lynchage, on met en avant le profil politique de la victime (« extrême droite ») pour diluer la gravité, ou on présente les tueurs comme des « camarades » ou des « saints écrasant la bête immonde » (le fascisme).

Cette interpellation idéologique transforme des nervis autochtones en justiciers moraux. Le lumpen de gauche devient « saint » combattant, tandis que le lumpen migrant est érigé en victime universelle. Dans les deux cas, la violence est excusée quand elle sert le narratif dominant, et la question de classe est évacuée.

 

Les hors-la-loi traditionnels

Les hors-la-loi classiques (Robin des Bois, Jesse James, ou en France Cartouche, Mandrin, et plus proche de nous Albert Spaggiari) étaient des figures transgressives locales. Ils défiaient l’autorité (le roi, le fisc, l’État) tout en restant ancrés dans un territoire et un imaginaire populaire ou national. Leur transgression avait souvent une dimension redistributive ou rebelle contre l’oppression directe.

Le migrant lumpen héroïsé représente une version postmoderne et globalisée du hors-la-loi : Transgression sans ancrage : Il n’est plus le bandit du maquis ou de la ville, mais le nomade sans frontières, le « sans-papiers » qui défie l’ordre migratoire bourgeois. Sa transgression est déterritorialisée et célébrée comme cosmopolite.

 

Utilité capitaliste : Le hors-la-loi traditionnel menaçait parfois directement l’ordre (vol, rébellion). Le migrant lumpen héroïque sert le capital : réserve de main-d’œuvre, chaos utile, dissolution des identités nationales qui freinaient l’accumulation globale.

 

Interpellation idéologique : Le hors-la-loi classique était souvent romantisé par le peuple contre le pouvoir. Le migrant lumpen est interpellé par les élites bourgeoises elles-mêmes comme figure morale supérieure. Il devient un outil de division (contre le prolétariat « sédentaire » et « réactionnaire »).

 

Spaggiari reste un hors-la-loi « à l’ancienne » : transgression nationale, virile, anti-État.

 Le migrant lumpen est le hors-la-loi « moderne » promu par les AIE : transgression globalisée, victimisée, moralement intouchable.

Dans les deux cas, la bourgeoisie canalise la figure transgressive pour mieux reproduire son ordre.

 

6.Macron et Mélenchon : deux variantes d’une même stratégie

Macron gère pragmatiquement les deux flux (travail utile + chaos toléré).

 Mélenchon radicalise l’héroïsation humaniste.

Les deux contribuent à la reproduction : division + main-d’œuvre flexible + chaos justifiant l’ordre.

 

Conclusion

La bourgeoisie instrumentalise indistinctement migrants de travail et lumpen parasites comme force de travail et force de chaos.

 Par l’interpellation idéologique, elle promeut le migrant en héros moderne transgressif (saint laïc nomade) ou le nervi en justicier antifasciste, légitimant l’importation tout en masquant la reproduction du capital.

Les affaires Spaggiari ou Quentin Deranque montrent la symétrie des figures du bandit selon les camps.

 

Althusser nous rappelle l’essentiel : derrière ces héroïsations morales ou identitaires se cache toujours la même logique d’exploitation et de division. Comprendre cela, c’est se donner les moyens de la dépasser.

 



17 réactions


  • Octave Lebel Octave Lebel 29 juin 14:16

    Cela me rappelle une vieille incantation de banquet « Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres et glou et glou... ». Et comme on dit alors « l’abus de (provocation bluffarde imitation Alain Soral me semble-t-il ici) nuit à la santé ». Le spectacle donc du naufrage devenu inévitable d’une propagande et ses effets. Le mensonge à tous les étages sous un vieux déguisement pseudo-marxiste .Les convives habituels bien sûr ne manqueront pas de venir communier smiley


  • Octave Lebel Octave Lebel 29 juin 14:23

    Sinon quelqu’un a des nouvelles de ceux qui, il y a encore peu, apostrophaient ceux qui prévenaient des dangers du réchauffement climatique et de la nécessité d’une bifurcation écologique responsable et socialement partagée ? J’ai cru voir que pour leur éviter d’avoir un coup de chaud qui pourrait les amener à réfléchir, ceux qui entretenaient cette clientèle leur ont jeté, comme un os à ronger, la climatisation offerte à tous les étages s’ils ne se trompent pas de bulletin et gardent le bon smiley


    • berry 29 juin 16:13

      @Octave Lebel

      Le phénomène actuel est météorologique, pas climatique, il est dû à un anticyclone stationnaire centré sur la France depuis une dizaine de jours.

      Quelque part ailleurs, en Islande ou en Russie, les perturbations doivent s’enchaîner et les habitants doivent pester contre ce début d’été pourri, avec des pluies qui n’en finissent pas et des températures plus basses que les années précédentes. Ce qui est inhabituel, c’est le blocage de l’anticyclone au même endroit.


    • Octave Lebel Octave Lebel 30 juin 07:50

      @berry

      On va mettre vos bêtises sur le coup de l’excès de chaleur.N’oubliez pas de vous hydrater avec votre copain SilentArrow smiley

      Sinon, qui ne s’est pas trompé une fois dans sa vie ou n’a pas été abusé par des charlatants malveillants, bien informés eux, qui poursuivent leurs propres intérêts ? Il n’est jamais trop tard.


    • SilentArrow 1er juillet 03:12

      @Octave Lebel

      Sinon, qui ne s’est pas trompé une fois dans sa vie ou n’a pas été abusé par des charlatants malveillants, bien informés eux, qui poursuivent leurs propres intérêts ?

      L’ironie, c’est que cette remarque s’applique parfaitement à vous. N’ayant aucunes connaissances en physique, vous suivez bêtement le gros du troupeau sans le moindre sens critique et vous croyez béatement que les meneurs du troupeau vous veulent du bien.


  • SilentArrow 29 juin 14:46

    @politzer

    Spaggiari était un grand admirateur d’Arsène Lupin, le personnage fictif de Maurice Leblanc.


  • jakem jakem 30 juin 07:54

    Ces lumpen ne sont pas suédois, mais alsaciens ...

    Des chances-pour-la-France qui, faisant preuve de très bonne volonté, exportent leur savoir-faire et savoir-être afin d’apporter un peu de chance et de bonheur aux étrangers d’en face ...

    Ils ont eu la bonne idée leurs honorables camarades habitant près de la Suisse ...

    https://www.lefigaro.fr/international/canicule-un-groupe-de-francais-envahit-une-piscine-a-la-frontiere-allemande-et-provoque-son-evacuation-20260629


  • jakem jakem 30 juin 10:34

    Méluche, the ugly-and-worse : « le caractère terroriste du 7/10 se discute » ...

    Autrement dit, il n’est pas du tout offusqué par l’agression de kibouts commis par des hordes de salopards armés, les viols, les massacres de civils ( dont des enfants et des vieillards ), le kidnapping, la prise d’otages, la rétention de cadavres ( certains pendant des années ), etc.

    Il avait aussi relativisé les assassinats de Merah en prétendant qu’il s’agissait d’un complot contre les musulmans, donc un acte organisé par les Autorités françaises.


  • Enki Enki 30 juin 13:06

    Il y a eu les graffitis sur les murs et le patrimoine du pays, début des années 80, en grosses lettres colorées, pour marquer le territoire. Et le rap. Et Jack Lang avec la Miterrandie infinie pour nous expliquer que c’était de la culture. Mais c’est un phénomène qui a été général en occident, je ne vais pas faire porter la chapeau au seul Jack Lang.

    Il y a eu le film « La haine » en 1995, pour que le bourgeois s’amuse à se faire peur (avant de condamner ce sentiment qui a commencé à le déranger), et justifier toutes les délinquances des populations d’Afrique du nord et subsaharienne (il n’y a pas d’asiatique dans le trio). Plus généralement, c’est un travail de domestication des esprits, du forçage culturel à « tolérer » le lumpen.

    Bon article.


  • jakem jakem 30 juin 14:24

    Á propos des bandits ayant atteint un stade supérieur : les fachos, selon l’idéologie des gauchistes, j’ai trouvé une info qui devrait leur plaire puisqu’elle fait état d’évènements leur permettant d’élargir leur rayon de lutte en faveur de l’hûûûmanisme :

    ( art. du Figaro en accès libre ) Des milliers de Sud-Africains sont descendus dans les rues mardi 30 juin, première journée de mobilisation nationale d’une campagne aux accents xénophobes qui a poussé 25.000 immigrés à l’exode, accusés entre autres de prendre le travail des Sud-Africains. Depuis plusieurs semaines, le pays vit au rythme d’un compte à rebours à mesure que s’approche le 30 juin, date d’un ultimatum fixé en dehors de tout cadre légal par des groupes citoyens très structurés pour intimer aux étrangers sans papiers l’ordre de quitter le pays....../......

    « J’ai du mal à louer un logement parce que les loyers sont trop élevés, et que les étrangers en situation irrégulière parviennent à les payer parce qu’ils vendent de la drogue à notre population », accuse Brightness Gumbi, 48 ans, qui tient une petite cantine dans un township et participe à la marche de Durban. L’Afrique du Sud a déjà connu de violents débordements xénophobes, notamment en 2008 et 2015, mais de manière inédite, plus de 25.000 ressortissants de plusieurs pays africains (Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigeria, Ghana, etc), ont fui ces dernières semaines par leurs propres moyens ou à bord de bus affrétés par leur pays ou par l’Afrique du Sud. §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

    Et puis, où sont donc nos vaillants LGBTQR°, fiers de leurs plumes dans le Q, pour défendre les homos au Sénégal où ils sont pourchassés ?

    J’espère, et ne doute absolument pas, que nos honorables gauchistes interviendront par moult manifs et pétitions contre les fachos d’Afrique du Sud et ceux du Sénégal. Á vos banderoles, camarades !


  • Luniterre Luniterre 30 juin 19:38

    « Le philosophe et le bandit » ??? Le titre suggère plus ou moins consciemment qu’il s’agit du même personnage plutôt que d’une antinomie : malheureusement, le pseudo « politzer » auteur de l’article omet de mentionner que le « philosophe » Louis Althusser a fini en assassin de sa propre femme, Hélène Legotien-Rytmann, féminicide pour lequel il a été plus que largement « protégé » par ses « pairs » universitaires qui se sont littéralement et « littérairement » ligués pour obtenir un non lieu complet au titre de la maladie mentale du « philosophe » criminel psychopathe.

    La « philosophie » pseudo-« marxiste » de Louis Althusser est une logorrhée de flatulences intellectuelles où l’ont peut toujours repêcher quelques évidences, comme le fait ici notre pseudo-« politzer », mais comme on peut en repêcher chez n’importe quel escroc « intellectuel » qui en parsème son « œuvre », de la même façon que le fait n’importe quel bonimenteur de foire, pour accrocher la « conviction » du chaland et lui refiler sa marchandise frelatée.

    Notre pseudo-« politzer » agoravoxien avait possiblement quelque chose à dire sur le sujet de fond de son article, mais la « référence » qu’il semble vouloir s’imposer à Louis Althusser vient ruiner la crédibilité éventuelle de son propos.

    Luniterre.

    PS : en deux épisodes, une assez bonne émission sur l’histoire de ce « couple » finalement tragique :

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-feminicide-a-l-ecole-normale-superieure

    PS2 : la parole de l’accusé, l’ouvrage cité par le pseudo- « politzer » :

    « Sur la reproduction », Louis Althusser, 1970

    https://data0.eklablog.com/ae-editions/perso/bibliotheque%20-%20pdf/althusser%20-%20sur%20la%20reproduction%20-p.u.f.1995-.pdf

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