mardi 11 novembre 2008 - par Renaud Bouchard

Le placard aux momies

Usure des modèles et des hommes : de l’obsolescence des formations partisanes à l’apparition inéluctable d’une nouvelle respiration politique.

Le placard aux momies

S’il y a une image susceptible de s’imposer dès lors que l’on évoque les derniers soubresauts du PS, prochainement en état de mort clinique, c’est celle du Musée des Antiquités égyptiennes du Caire, du temps où il était encore cet étonnant capharnaüm qui le rendait si attachant : un bazar insensé.

Le spectacle d’ombres chinoises ou d’automates déglingués (le choix est ouvert) qui se déroule depuis plusieurs mois au sein du PS démontre que c’est l’oligarchie institutionnalisée (phénomène constaté dans toutes les formations politiques sans exception) qui prétend en assurer le renouvellement qui conduit en réalité ce type de structure au dépérissement puis à sa disparition pure et simple.

Où l’on voit que la phylogenèse est implacable puisqu’après trois présidentielles perdues coup sur coup, le Parti socialiste écartelé entre six programmes politiques ne réussira pas la rénovation après laquelle il court pour retrouver une voix et un poids face à ses adversaires avant l’élection présidentielle de 2012.

Est-ce à dire pour autant que l’actuelle formation au pouvoir sera quant à elle protégée ? Nullement.

Katz et Mair ont en effet montré que les perspectives d’évolution des organisations partisanes vers le modèle du parti cartel, véritable plaie institutionnelle, loin de prédisposer à une mixité des mobilisations politiques et sociales, suggèrent au contraire une institutionnalisation accrue, une moindre prise en compte des intérêts de la société civile, des pratiques militantes appauvries par une professionnalisation politique, et une dépendance financière et institutionnelle accrue à l’égard de l’Etat.

A ce stade, qui touche tous les partis sans exception, le ver est donc dans le fruit.

Si la crise de la représentation politique procède de l’incapacité de l’Etat, fondé sur une conception atomiste du mandat, à prendre en charge les différentes communautés (Amselle, 2000), la même hypothèse, commé l’observe très justement Laurent Olivier (in Les partis politiques saisis par les logiques militantes du mouvement social. « Mouvementisation » et désinstitutionnalisation partisane. L’exemple français. Laurent Olivier GREP, Université de Nancy 2) peut être proposée pour les partis politiques. "Traditionnellement, remarque-t-il (nous citons) la participation des militants et le pluralisme étaient encadrés selon une logique d’intégration. Mais les responsables des partis s’efforcent de clôturer, de réifier leur organisation en homogénéisant ses causes, notamment grâce à une unité programmatique."

Or, c’est là que le bât blesse dans la mesure où quels que soient les unités programmatiques, proposées ou mises en place pour assurer la pérennité des formations partisanes (soit pour se maintenir au pouvoir , soit pour le conquérir), les rénovations nationales, les ralliements, toutes ces actions sont vouées à l’échec parce que menées par des têtes de listes usées, fatiguées, démonétisées, qui n’ont pas compris que le véritable problème de leurs partis respectifs était eux-mêmes.

Au moment où devant le plébiscite planétaire qui a anticipé l’élection du charismatique Barack Obama la presse s’interroge sur l’impossibilté de trouver un "Obama français", chacun perçoit bien, pour peu qu’il réfléchisse un instant, que les scissions politiques en cours et les cadenassages partisans ouvrent un immense espace de reconstruction à des forces nouvelles transdiciplinaires qui ne sont ni de Droite, ni de Gauche, ni Centristes, mais tout simplement...politiquement, économiquement et socialement nouvelles et métissées.

Un nouveau paradigme est donc très probablement en train de se mettre en place qui va conduire les simulacres qui s’agitent encore au nom du PS, de l’UMP, du MoDem etc...et qui s’évertuent à tenter de maintenir à flot les formations politiques actuelles dans leur ensemble à rejoindre enfin la place qui les attend inéluctablement : le placard aux momies.



Pour une information en profondeur, voir la bibliographie ci-après :

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Bachelot (C), « Le rôle des experts au parti socialiste : un obstacle à la démocratisation ? »
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3 réactions


  • Radix Radix 11 novembre 2008 23:06

    Bonjour

    La comparaison entre les socialistes et les momies égyptiennes est injuste pour les anciens égyptiens : eux au moins ils croyaient qu’un autre monde était possible !

    Radix


  • timiota 12 novembre 2008 01:03

    Emmanuel Todd n’est-il pas sur la même longueur d’onde ?
    Il stigmatise l’incapacité des partis (et du PS où c’est le plus visible)
    à avoir du lien d’attache entre ses militants, et pas du narcissisme.

    Il rajoute que c’est la stagnation éducative (à un niveau pourtant haut)
    qui fait la dépression culturelle actuelle, et cet effet d’oligarchie et de narcissisme
    (j’en suis à la page 100) :
    Le militant PS des années 2000 dit
    "Je suis éduqué (du supérieur), donc ma parole créatrice résoud les pbs, donc je m’écoute.
    Et après on verra." D’où éclatement en chou-fleur ou en feu d’artifice, c’est selon, des idées et des ego...

    Côté Stiegler (Bernard), il y a un petit espoir : je parle, l’autre m’écoute, et nous nous "transindviduons".
    C’est l’élévation cuturelle entre amateurs.
    DE là à le décliner de haut en bas de l’échelle sociale, actuellement clivée, MMmmmmm

    solution ?


    • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 12 novembre 2008 08:32

      Bonjour et merci pour votre commentaire.
      Vos références à Emmanuel Todd et à Bernard Stiegler sont les bienvenues. Permettez-moi une observation complémentaire : il me semble que le constat relatif à l’incapacité des partis de suivre, voire même d’anticiper les mouvements profonds qui travaillent la société, n’est pas neuf, mais on ne peut qu’être surpris de voir que cette prise de conscience ne se soit pas encore généralisée à l’échelle d’une population qui ne voit en effet aucune anomalie :

      - à recycler et reconduire indéfiniment de vieilles lunes politiques, simplement parce qu’elles s’autoproclament chefs de file, recours etc...

      - à considérer comme autorités habilitées à parler au nom d’un électorat tout entier des structures qui ne représentent pour chacune d’elles (les chiffres eux-mêmes ne sont pas sûrs) au maximum que, soyons large, 300.000 sympathisants ou adhérents,

      - à continuer de donner crédit à des gens qui, si j’avais la possibilité de rencontrer certains d’entre eux lors d’un entretien sur un plateau de télévision, par exemple, de préférence à une heure de grande audience, exploseraient en vol au bout d’une demi-heure.

      A propos de B. Stiegler, quelques pistes intéressantes (Source bibliographique Wikipedia) :

      • Réenchanter le monde : La valeur esprit contre le populisme industriel (2006, avec Marc Crépon, George Collins et Catherine Perret). (ISBN 2082105857)
      • De la démocratie participative : Fondements et limites (03/2007, avec Marc Crépon). (ISBN 2755500336)
      • Prendre soin, de la jeunesse et des générations (2008).
      • Économie de l’hypermatériel et psychopouvoir (2008, avec Philippe Petit et Vincent Bontens).


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