samedi 10 octobre 2009 - par
Lorsqu’une « affaire » surgit, c’est toujours dans une mise en scène médiatique dont la dramaturgie se nourrit de ces ingrédients intemporels que sont le pouvoir, le sexe et l’argent.
Merci donc à Cohn-Bendit d’avoir donné cette nécessaire touche de « moralité « à la fin de la pièce ! Celle qui consiste à permettre la dérobade de l’accusé par la dénonciation de l’innocent.
Le poison du spectacle

Mais il y faut aussi quelques personnages hors du commun et, on l’oublie trop souvent, un public… Ce dernier n’est pas seulement le destinataire, il est celui qui est amené à « juger » alors que le flux de l’information nous raccroche malgré nous à la horde : nous sommes dans le spectacle, on ne nous épargne aucune distance ni dans le temps du récit, ni dans celui de la réflexion.
Et j’avoue prendre parfois conscience de hurler, malgré moi, avec les loups… car nul ne peut tout à fait se soustraire à ce spectacle puisque c’est par lui que nous sommes « informés » et qu’il nous interdit ce recul nécessaire à l’objectivité de l’écrit. Oublier la distance, c’est toujours se perdre un peu…
Nous voici donc, d’affaires en affaires, projetés dans un théâtre où la pièce ne peut s’achever que par le triomphe de l’un ou la mort symbolique de l’autre, que par une forme de rédemption au terme de cette lutte du bien et du mal…
Or, pour le public, rien n’est pire que ces histoires qui démarrent avec panache pour, au cours de l’action, se dégonfler comme une baudruche.
Et le danger réside dans le fait que le spectateur s’est substitué au citoyen et que, là où s’exerçait une contestation idéologique, on peut craindre que, la foule ayant remplacé le Peuple, le hooliganisme, la violence bête et sans projet, ne viennent prendre la place des anciennes solidarités sociales. A l’incohérence, à la simplification, à la démagogie du pouvoir répond souvent cette force brouillonne qui finit souvent par se retourner contre ce pouvoir accusé alors de tous les maux.
Un peuple honteux est volontiers schizophrène…
Pour revenir à l’actualité, on peut donc déclarer terminée « l’Affaire Mitterrand », par faute de rebondissements, par l’apparition du « héros » qui, une fois passé dans la machine à laver du JT en ressort encore utilisable à défaut d’être vraiment blanchi.
Ainsi se répète toujours cette même scénographie, que le héros s’appelle Hortefeux , Kouchner ou Mitterrand : on en connaît à la fois les ressorts internes et les trucages, les effets de cape et le dénouement. Seule l’Affaire Clearstream reste ouverte dans la mesure où Sarkozy ne dispose peut-être pas de tous les leviers…
Mais, derrière le héros, on oublie trop souvent le jeu des autres protagonistes qui, dans l’ombre, travaillent pour leur propre intérêt. Ainsi « l’affaire Mitterrand » a-t-elle mise en scène, dans le même camp, deux personnages inconciliables, Le Pen et Hamon, tandis que de l’autre côté s’agitaient Lang, Amara et toute la garde rapprochée du Président.
Or, et c’est là que l’action atteint son paroxysme, intervient un personnage double, imprévisible qui joue dans tous les camps mais surtout pour lui-même et qui souvent surgit comme le « deus ex machina » du système médiatique : Daniel Cohn-Bendit.
Ainsi tout lui sera toujours pardonné. Quoiqu’il dise, on le défendra avec cette justification : « Il est comme ça, Dany, toujours un peu provocateur… » Il dispose donc du droit à l’insulte, à la colère, à la mauvaise foi… Tout lui sera autorisé – jusqu’à l’absurde.
Car suivons un peu le jeu récent de l’acteur : d’abord il condamne Polanski, histoire de se placer côté vertu puis, hop, glissade côté vice avec, pour défendre Mitterrand, cette énormité : « Hamon démission ! »
Il faut une tête ? Ce sera la tête de Benoît Hamon !
Pourquoi ? Pour la seule raison que si Marine Le Pen déclare un jour aimer le chocolat, il est de votre devoir de dire que vous le détestez.
Hamon a été ici tellement naïf qu’il n’y eut aucune voix à gauche pour le défendre et, qu’en réalité, c’est lui qui quitte la scène, déconfit, sur la pointe des pieds, presqu’en s’excusant… Même si Hamon avait raison : on ne peut, en effet, sans un minimum de vertu prétendre à un Ministère.
Merci donc à Cohn-Bendit d’avoir donné cette nécessaire touche de « moralité « à la fin de la pièce ! Celle qui consiste à permettre la dérobade de l’accusé par la dénonciation de l’innocent.
Cette moralité qui fonctionne en boucles dans les médias et qu’incarne si bien notre trublion officiel : du libertaire pour les mœurs. Du libéralisme dans l’économie.
« Jouissez sans entrave entre deux suicides à France Télécom ».
Morale contemporaine enrobée de cynisme. Le pire du libertaire, le pire du libéralisme ! Le tout entre deux feuilles de salade pour cette couleur verte qui permet aujourd’hui de digérer le tout. Tout le sucré salé du hamburger !
On comprend bien pourquoi on le cajole tant, notre Cohn-Bendit, aussi bien dans les médias que dans le pouvoir : Hulot est trop gentil et un peu dans la lune. Cohn-Bendit tue avec le sourire. Normal, puisque nul ne l’attaquera jamais. Personnage nietzschéen « au-delà du bien et du mal », il restera le héros du spectacle dans lequel la foule aime se vautrer.
Mais ce héros qui porte le nom de Cohn-Bendit, de Sarkozy ou d’un autre, qui est-il ? Car qu’importe son nom, l’homme en lui-même n’est pas haïssable : il ne joue que le rôle que le peuple avili lui assigne. Et ce rôle c’est d’incarner un désir et voila pourquoi les visages des politiques se confondent avec ceux des pipoles à la une des médias. La politique n’est pas faite pour répondre à des fantasmes et pourtant elle se dissout toujours plus dans le star system : est- il certain que les politiques en portent toute la responsabilité ?
Le désir est dangereux. A un moment de l’histoire, ailleurs, Mussolini l’incarna. On sait comment il finit. Monsieur le Président, les mots aussi sont terribles, méfiez-vous des « crocs de bouchers » : le désir est versatile. Ne soyez pas le reflet d’une population dans ce qu’elle a de pire mais donnez une ligne directrice à un peuple !
Les acteurs de la vie publique doivent cesser de se regarder comme acteurs de théâtre. La célébrité n’est rien : Obama devient-il Prix Nobel qu’aussitôt Sarkozy est rejeté loin de la lumière et des micros !
Madame de Staël disait que la gloire était le deuil du bonheur…
Le peuple n’aspire pas à la gloire, juste à ce petit bonheur du quotidien, si difficile pour beaucoup. Il est encore temps pour tous les politiques de quitter la scène et d’y travailler –réellement.

