mardi 25 juin 2013 - par Mohamed BOUHOUCH

Le Printemps Arabe a-t-il perdu son parfum de musc et de jasmin ?

 2010, est l’année du déclenchement de ce qu’on a appelé le Printemps arabe ou pour certains la révolution des peuples arabes.

 Les événements qui ont commencé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid en Tunisie avaient contraint le président Ben Ali à quitter le pays sous la pression et la menace d’un peuple déchaîné et décidé à consentir tous les sacrifices pour se dégager de la dictature de cet homme qui a tenu la Tunisie sous une main de fer durant vingt trois ans.

 Dans les autres pays de la région la révolte était également là mais à l’état latent. La jeunesse arabe exaspérée par la pauvreté, le taux du chômage, le coût élevé de la vie, l’injustice sociale, le favoritisme et la corruption allait finir par se révolter. Selon Amr Moussa ancien secrétaire de la ligue arabe « les citoyens arabes sont dans un état de colère et de frustration sans précédent. ».

 Avec les semaines et les jours qui passent, l’agitation sociale et les événements allaient se succéder et s’intensifier dans plusieurs pays arabes. Après la Tunisie, l’Egypte, le Yémen, la Libye et la Syrie s’enflamment à leur tour et s’engagent dans une guerre sans merci contre les détenteurs du pouvoir dans ces républiques « monarchiques » qui avaient tendance à devenir héréditaires.

 A l’exception de la Libye où les combats furent durs et meurtriers et la Syrie où la guerre perdure depuis plus de deux ans avec son cortège de morts et de malheurs, on peut dire que les révolutionnaires ou les insurgés comme on les appelle ont finalement eu gain de cause. Le président Ben Ali s’est enfui, le président Moubarak a démissionné et a été arrêté et jugé et le colonel Kadhafi a été tué.  

 La chute des trois dictateurs a été accueillie avec une grande ferveur populaire. Des moments mémorables dans l’Histoire de ces pays, matérialisés par des scènes de liesse indescriptibles : feux d’artifice, slaves de kalachnikov, youyous, concert de klaxons, une foret de drapeaux et des larmes de joie...

 DES LARMES QUI ALLAIENT SE TRANFORMER 

 QUELQUES MOIS PLUTARD EN LARMES DE SANG  

 En quelques semaines les trois pays libérés de la dictature allaient sombrer dans l’incertitude et la précarité. En Tunisie comme en Egypte les urnes ont mis en balance d’un coté des laïcs et des libéraux et d’un autre des formations islamiques avec un léger avantage pour ces derniers auxquels devait revenir la constitution des gouvernements. En Libye la situation est restée beaucoup plus confuse. L’esprit tribal entretenu par l’ancien régime y est encore très vivace. Dans un article intitulé « La Libye de l’après Kadhafi » que nous avons publié sur Agora Vox le 31 Mars 2011, nous avions prévu cette situation

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-libye-de-l-apres-kadhafi-91534

 Les régimes arabes depuis les premiers Califes ont toujours été autoritaires. Aujourd’hui encore la presque totalité des Etats du Golfe et de l’Afrique du nord sont dirigés soit par des rois et Emirs soit par des chefs militaires. Les peuples sont habitués à l’autorité du Makhzen qui contrôle leurs actes et paroles. Se soumettre, se taire et accepter son sort qui signifie pour chacun la volonté divine. Dans toute cette région les notions de fatalité, de prédestination, de chance et malchance font partie du patrimoine culturel des habitants, à l’exception d’une minorité d’intellectuels qui continue de rêver à l’événement d’une république démocratique issue de peuple.

 Avec le printemps arabe, l’heure de la liberté a-t-elle enfin sonné ? C’est du moins ce que chaque Tunisien, chaque Libyen et chaque Egyptien avaient tendance à croire il y a encore quelques jours. Seulement voila. Les citoyens de ces pays restent divisés sur la vision future de leurs nouveaux Etats. Beaucoup n’ont pas une idée exacte de la notion de la liberté et de ses limites. Chacun a sa propre conception du nouveau régime à instituer dans le pays, allant d’un gouvernement trotskiste à l’application stricte de la charria islamique. Les premières opérations électorales organisées en Tunisie et en Egypte avaient dégagé une certaine prépondérance des religieux et les premières émanations de ce que va être le pouvoir islamique. Ce choix populaire sorti des urnes a eu l’effet d’une grande déception au sein des jeunesses égyptienne et tunisienne qui aspiraient à une nouvelle ère et un meilleur avenir pour leurs pays. Une autorité militaire est délogée, une autorité religieuse s’installe. Les Egyptiens se voient ainsi frustrés pour avoir consenti tant de sacrifices pour rien. Remplacer un général par un imam, ce n’était pas du tout ce qu’ils espéraient. La place At tahrir au Caire ne tarda donc pas à retrouver à nouveau ses rassemblements protestataires et les accrochages avec la police des nouveaux maîtres du pouvoir. Comme Le Caire, Tunis connaît la même situation et la Libye est à son tour plongée dans la guerre civile.

 Lavenir de tous ces pays reste donc incertain. Nous le disons ici et nous l’affirmons encore une fois : la démocratie n’est pour demain. Si les régimes militaires disparaissent, il faut s’attendre à voir les Islamistes leur succéder partout dans le monde arabe, au moins durant une longue période de transition. Il serait donc plus sage de trouver des terrains d’entente avec des gouvernements modérés comme ceux arrivés au pouvoir en Turquie, en Egypte et en Tunisie afin de barrer la route aux autres formations islamistes plus extrémistes comme toutes celles affiliées à la Qaïda.

 



6 réactions


  • lulupipistrelle 25 juin 2013 11:20

    La démocratie c’est pas pour demain ? en Europe non plus. 


  • BlackDjai BlackDjai 25 juin 2013 13:40

    Il n’y a pas eu de printemps arabes smiley ....... mais le début du remodelage du PO et MO mis en oeuvre par le NWO smiley ..... et les naifs pensent que c’est la Rue arabe qui aurait pris conscience pour lancé les fameux printemps !!!!!! L’histoire nous l’a déjà démontré avec les révolutions colorées des pays de l’Est ..... mais apparemment les gens disposent d’une mémoire équivalente à celle d’un poisson rouge ..... trois tour de bocale et on oublie tout.... smiley


  • Vipère Vipère 25 juin 2013 17:46

    Bonjour Mohamed BOUHOUCH

    Excellente analyse en forme d’autopsie d’un désastre du printemps arabe, une révolte manquée, écrasée dans l’oeuf, dont il y fort à parier qu’elle n’accouchera pas de l’ombre d’une Démocratie !

     O combien, je voudrai me tromper  !

    « Les régimes arabes depuis les premiers kalifes ont toujours été autoritaires » .

    Le poids de cette tradition millénaire pèse lourdement sur le corpus social, un autoritarisme très ancré religieusement et culturellement parmi la population arabe qui s’y soumet au nom de la « volonté divine » lui abandonnant en sacrifice, liberté individuelle et libertés publiques. 

    Le renoncement à une Démocratie tant espérée, à un retour immanquable vers l’archaïsme de dictatures plurielles au mains d’un Pouvoir religieux ; une défaite qui semble insupportable à une fraction de la population -la jeunesse, les intellectuels, la bourgeoisie moyenne- dont on comprend aisément la colère, celle d’avoir été perdu les élections contre l’autre fraction, une population paupérisée et démunie d’avenir qui a marqué une préférence pour le maintien des traditions religieuses et séculaires, un refus farouche de la « modernité à l’occidentale » dont elle était traditionnellement et socialement écartée.

    Rien ne semble freiner le retour naturel vers une dictature islamisé des pays qui ont innové un « printemps arabe ».


  • Vipère Vipère 25 juin 2013 17:49

    * dictature islamisée
    * celle d’avoir perdu


    • Salut Mohamed,
    • Ayant vécu sur place la révolte tunisienne puis suivi, pas à pas, l’évolution politique et citoyenne dans ce pays qui était censé être le plus mature des nations arabophones de confession musulmane, après avoir rêvé d’un modèle de démocratie à nul autre pareil pour mon pays natal où je suis retourné vivre depuis une quinzaine d’années, me voilà aujourd’hui obligé de déchanter ou plutôt d’avouer m’être trompé.
    • Sur la foi en la culture d’un monde « d’en face », c’est à dire l’Europe du Sud qu’il était censé très bien connaitre, comme en vertu de ses souffrances et de son manque de liberté depuis plusieurs décennies, je pensais que le tunisien ne commettrait plus d’erreur de jugement et qu’il saurait se comporter en véritable citoyen. Que nenni. Le peuple tunisien est, dans tous les domaines, je dis bien TOUS les domaines, même dans les actes les plus simples du quotidien, largement en retard sur le... 21° siècle.
    • Il lui faudrait des années, plusieurs années encore pour combler ce décalage. Pour devenir un citoyen conscient. Afin d’ apprendre à vivre la modernité, ou tout simplement les quelques principes de base de celle-ci. Et croyez-moi, il n’en prend pas le chemin. D’autant qu’il se retrouve gangréné par des « fous de Dieu » qui ne feront rien pour le faire avancer. Et dire qu’il lui faudrait pour s’en sortir, être gouverné par des modérés du genre de ceux qui règnent en Turquie est utopique. Car là aussi les hommes de pouvoir essaient actuellement d’imposer une autorité malfaisante par le biais une fois encore de la religion, cette chape de plomb qui asservit plutôt que servir à s’affranchir. 
    • Croyez moi Mohamed, hélas, trois fois, mille fois hélas, la révolution en Tunisie ne s’est pas faite dans les...têtes. Une indication qui étale enfin au grand jour l’état intellectuel dans lequel était et se trouve toujours le tunisien. Pour la première fois depuis de dizaines et des dizaines d’années pendant lesquelles, sous Bourguiba comme Ben Ali, les chiffres de réussite au baccalauréat étaient tronqués, cet examen n’aurait récolté cette année dans la transparence la plus totale que...35% de réussite parmi les candidats !

    • A vous tous, auteur compris,
    • A travers certains médias tunisiens on apprend que le général Amar, aujourd’hui chef d’état major de l’armée, qui avait joué un rôle décisif dans la fuite de Ben Ali auquel il avait désobéi à l’ordre de faire intervenir l’armée contre les révoltés, aurait décidé de « prendre sa retraite ».
    • Cette décision n’est pas sans inquiéter car d’une part, le général jouit d’une grande popularité dans le peuple qui voit en lui le garant de ses libertés, et d’autre part que des rumeurs persistantes se faisaient l’écho depuis plusieurs jours de tentatives réitérées du part islamiste au pouvoir, de l’écarter de tout commandement.

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