Le prix du rouge à lèvres
La télévision propose un modèle, et on suit bêtement.
Les Françaises paient-elles une taxe invisible sur des produits du quotidien ? C'est ce que dénonce le collectif féministe les Georgette Sand, dont la pétition pour mettre fin aux différences de prix entre produits pour hommes et pour femmes, notamment pour les services et objets manufacturés liés à la beauté et aux soins, a attiré l'attention de la secrétaire d'Etat chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard.
Ce problème ponctuel ( accepté par les victimes du marketing) n’est-il pas au fond la traduction manifeste d’une structure de pensée chronique de la société française ? Celle-ci offre le choix quotidien entre deux modèles à suivre : la femme réduite à un simple objet de désir (Nabilla, Zahia, ou toutes les serveuses de bar des téléréalités) ou les arrivistes assumées dont les dents rayent le parquet (Belkacem, Trierweiller,Taubira, Filippetti, etc.) voire une conjugaison des deux (Virginie Martin, la politologue féministe style Milf, les ultra sexys Rachida Dati et Jeannette Boughrab).
Il y a une sorte d’impossibilité au pays du libertinage courtois à la femme normale qui réussit, et elle est diligentée inconsciemment par l’ensemble des acteurs médiatiques. Les présentatrices des chaines continues ? Pas un seul boudin ! Bizarre quand dans la vie réelle il n’y a pas que l’on sache 90 % de mannequins arpentant les rues. Les femmes de pouvoir ? Hormis peut-être Huguette Bouchardeau en 1983, qui ne prêtait aucune attention à ses tenues, toutes sont habillés avec grand soin, coiffées, maquillées, soumises au fond à un diktat invisible, lié à l’apparence.
Il se pose donc un problème public du rôle de la femme dans les médias, quand on tente par ailleurs de nous imposer par la force (quotas dans les élections par exemple) la stricte égalité.
Il ne suffit pas de légiférer ex abrupto – réponse habituelle stéréotypée – il faut réfléchir à ce qui est servi 365 jours sur 365 par notre propre reflet dans la glace.

