jeudi 8 janvier - par Stratediplo

Le problème étatsunien - considérations juridiques

Puisqu'une bonne partie de la bien-pensance de l'ancien monde libre se réjouit, il convient de rappeler quelques notions de droit avant même de s'interroger sur les motifs et les conséquences de la guerre-éclair menée samedi 3 janvier 2026 par les Etats-Unis d'Amérique contre le Venezuela.

Que l'on surnomme l'action militaire contre un pays souverain "intervention", opération, raid, attaque préventive, opération policière ou autre, le droit international coutumier (non écrit), c'est-à-dire antérieur au droit conventionnel (traités), qualifie cela d'acte de guerre. Il y a des actes de guerre licites et illicites, légitimes et illégitimes, défensifs et offensifs, mais une opération conduite sur le territoire d'un autre Etat, ou contre sa population, est un acte de guerre. Cette qualification n'est d'ailleurs pas limitée aux opérations militaires, un raid policier sur le territoire d'un pays voisin est un acte de guerre dès lors qu'il est conduit par un service étatique, au contraire par exemple d'un cambriolage ou d'une razzia transfrontalière conduite par des individus.

D'ailleurs le droit international considère toujours le blocus comme un acte de guerre, même s'il n'est plus aujourd'hui mené par des moyens militaires comme du temps où l'on assiégeait une ville ou bloquait un port, mais par des moyens civils voire impalpables (électroniques ou cybernétiques) comme celui conduit par les Etats-Unis contre le Vatican début 2013.

La capture d'un bateau de commerce (ou de plaisance) par un agent privé est un acte de piraterie relevant simplement du droit pénal, la capture d'un bateau étranger par une force étatique est un acte de guerre. Que l'Etat coupable de cet acte l'ait annoncé pour menacer le commerce d'un autre Etat, voire qu'il ait tenté de le justifier en prétendant nommer "sanctions" (une contre-mesure bien définie en droit international) sa décision unilatérale d'entraver le commerce adverse, ou encore que la capture ait lieu dans des eaux internationales, ne change rien au fait qu'il s'agit d'un acte de guerre contre le pays d'appartenance (immatriculation) du navire, et le cas échéant contre le pays où est commis le forfait (dans le cas d'eaux territoriales). Un acte de guerre peut être légitime s'il répond à un acte de guerre antérieur adverse, ou constituer un crime d'agression si c'est une initiative injustifiée.

La condamnation d'une personne sans jugement (interdite dans tous les Etats de droit) est considérée par le droit international conventionnel comme une violation des droits de l'homme, et réprouvée par tous les pays adhérents à la Charte des Nations Unies, même ceux qui ont conservé la peine de mort. L'exécution d'une personne sans jugement équitable, que les médias appellent pudiquement "exécution extra-judiciaire", est un crime contre les droits de l'homme. La destruction, par une force étatique, d'une embarcation relevant de par son immatriculation (ou sa localisation) d'un autre Etat, est un acte de guerre. L'atteinte à la vie de civils (fussent-ils délinquants condamnés) par une action de guerre est un crime de guerre. La soustraction au devoir de sauvetage des naufragés (issu du droit coutumier et inscrit dans la convention des Nations Unies sur le droit de la mer et plusieurs autres) par un navire ou aéronef militaire ou civil, étatique ou privé, ami ou ennemi, constitue un délit. L'exécution sommaire de prisonniers ou naufragés, postérieurement à la neutralisation de leur unité, est un crime de guerre même s'il s'agit de militaires ennemis, donc à plus forte raison s'il s'agit de civils.

En matière de crimes de guerre, comme de crimes contre l'humanité, n'est pas seulement engagée la responsabilité collective de l'Etat mais également la reponsabilité personnelle des exécutants comme des donneurs d'ordres. Là comme en matière pénale interne, l'échelle de peines applicable au coupable de complicité est la même que pour le coupable principal. Et la couverture d'un subordonné, c'est-à-dire son impunité, est considérée comme complicité. La notion et la liste de crimes contre l'humanité n'est pas très vieille mais elle inclut la déportation, et affamer une population (par le blocus par exemple) pour la pousser à l'exil ou à la révolution est de plus en plus souvent considéré comme un crime de guerre.

Les infractions les plus graves au droit international sont le génocide, le crime contre l'humanité, le crime de guerre et le crime d'agression, également appelé crime contre la paix. Parmi ces quatre le crime d'agression, ou contre la paix, est généralement considéré comme le plus grave, ou crime suprême, car il est souvent à l'origine de tous les autres.

L'enlèvement d'un chef d'Etat, et la prétention à le faire juger par un tribunal étranger, est évidemment une violation de l'immunité personnelle reconnue par le droit international aux chefs d'Etat, chefs de gouvernement et ministres des affaires étrangères en exercice. Cette immunité n'est d'ailleurs pas synonyme d'impunité puisqu'il est possible de les poursuivre après la fin de leur mandat. En France, la Cour de Cassation a déterminé le 25 juillet 2025 (l'an dernier) que cette immunité personnelle est temporaire mais absolue même en cas de crimes de guerre ou crimes contre l'humanité, qu'elle couvre tous les actes privés ou officiels commis pendant le mandat, et qu'elle n'est pas liée à la reconnaissance de l'Etat ou du gouvernement en question. Car, bien que rappelé par la convention de Vienne sur les conventions diplomatiques, ce principe d'immunité ne provient pas de la courtoisie diplomatique non contraignante dite comitas gentium, mais de l'égalité entre Etats souverains définie par les traités de Westphalie, et rafraîchie trois siècles plus tard par la convention de Montevideo de 1933.

La souveraineté absolue des Etats est le fondement du droit international depuis 1648, et aucune construction dite supraétatique, mais en réalité interétatique, n'a d'autorité supérieure à la souveraineté étatique. C'est d'ailleurs pour cela que la charte de l'ONU ne s'applique qu'aux pays membres, et que la nouvelle Cour Pénale Internationale n'a compétence que pour les crimes commis dans les pays qui acceptent sa juridiction.

Les actes sont les actes, on peut être d'accord ou pas avec celui qui les commet. Mais le droit est le droit, écrit qui plus est, ne pas l'admettre c'est ne pas savoir lire.



4 réactions


  • pasglop 8 janvier 11:07

    Un certain nombre de gens, ici même sur Agoravox, se sont précipités pour justifier, si ce n’est glorifier, l’attitude de l’administration Trump vis à vis de l’enlèvement de Maduro dans les conditions que l’on sait.

    En reprenant les thèses, justifiées ou non, ayant abouti à ce coup de force.

    Pour l’occasion, la notion de droit international a été balayée comme figure anachronique empêchant l’accomplissement de la justice immanente incarnée par le nouveau chevalier blanc, lequel illustre ainsi bien plus les faiblesses de l’occident qu’autre chose.

    Or l’accusation américaine classant Maduro comme chef d’un réseau de narcotrafiquants semble avoir été abandonnée par l’accusation.

    Les partisans de la nouvelle doxa américaine feront-ils amende honorable, au moins sur ce point si c’est confirmé ?


  • Alana 8 janvier 11:36

    Une intéressante vidéo sur le site de l’avocat Régis de Castelneau :

    Agression américaine au Venezuela : nouvelle vidéo de Romain Migus


  • qactus.fr
    Israël : Coïncidence qui tombe a pic : Le juge Benny Sagi, qui présidait l’affaire de corruption visant Benjamin Netanyahu, a été retrouvé mort dans un accident de la route - L’Informateur

    Publié le 8.1.2026 à 01h41 – Par Chloé Fontaine – Temps de lecture 5mn

    https://qactus.fr/2026/01/08/israel-coincidence-qui-tombe-a-pic-le-juge-benny-sagi-qui-presidait-laffaire-de-corruption-visant-benjamin-netanyahu-a-ete-retrouve-mort-dans-un-accident-de-la-route/
    Étrange coïncidence dans un dossier déjà explosif. Le juge Benny Sagi, qui présidait l’affaire de corruption visant Benjamin Netanyahu, a été retrouvé mort dans un accident de la route, dimanche 4 janvier 2026, sur la Route 6, près de Beersheba.
    Selon les informations officielles, le juge circulait à moto lorsqu’un véhicule est entré sur l’autoroute depuis une zone latérale et l’a percuté. Les secours du Magen David Adom l’ont retrouvé sans signe vital et l’ont déclaré mort sur place. La police annonce l’ouverture d’une enquête. Un juge clé, un procès en cours, et une disparition brutale avant toute conclusion judiciaire. Rien à signaler, circulez. La justice, elle aussi, a parfois des accidents ?

    Times of Israël rapporte : Étrange coïncidence dans un dossier déjà explosif dans la coeur d’Israël.
    La police annonce l’ouverture d’une enquête.

    Précision concernant le juge Benny Sagi. Il était président de la Cour de district de Be’er-Sheva et est décédé le 4 janvier 2026 dans un accident de moto sur la route 6.
    Il a eu à connaître des dossiers liés à des enquêtes de corruption impliquant l’entourage de Benjamin Netanyahu, notamment certains aspects d’un dossier concernant une affaire des sous-marins (case 3000).
    Il n’était toutefois pas membre du panel de juges chargé du procès principal de Netanyahu (cases 1000, 2000 et 4000), instruit par une autre juridiction.
    SOURCES FIABLES
    L’information sur la mort du juge Benny Sagi dans un accident de moto le 4 janvier 2026 sur la Route 6 est confirmée par des sources fiables comme Times of Israel et Haaretz.
    Cependant, il n’était pas le juge principal de l’affaire de corruption de Netanyahu, qui se déroule au tribunal de Jérusalem sous d’autres juges. Certains rapports mentionnent un lien avec une affaire connexe (Case 3000), mais sans preuve directe.
    CONCLUSION
    Un juge clé, un procès en cours, et une disparition brutale avant toute conclusion judiciaire. Bref RAS, circulez, ya rien à voir La justice, elle aussi, a parfois des accidents… de moto … Ce qui nous rappelle un artiste dans l’arrière pays cannois.
    Et ceci est valable pour chaque pays quand on invoque la raison d’État… Posez-vous la question amis lecteurs pourquoi plusieurs personnalités politiques et militaires sont décédées dernièrement en France ?


  • Marrex Marrex 9 janvier 08:31

    Ils dénonçaient, puis ils sont morts...
    Olivier Marleix - 2025
    Eric Dénécé - 2025
    Trois agents de la DGSI -2025
    Christophe Chalencon -2025
    Dr Stéphane Gayet - 2025
    Général Delawarde - 2025
    Frédéric Chaumont - 2025
    Michèle Rivasi -2023
    Général Georgelin - 2023
    Dr Olivier Soulier - 2023
    Isabelle Ferreira - 2022
    Pr Montagnier - 2022
    Stéphane Blet - 2022
    Serge Rader - 2021
    Claire Severac - 2016
    Corinne Goujet - 2015


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