Le programme du parti national (Anti)socialiste AfD, que n’aurait pas renié le RPR de jadis
Dans la France de 2026, est-il encore permis de se demander publiquement si Giorgia Meloni ne finira pas par être à Alice Weidel ce que le Duce fut au Führer il y aura bientôt un siècle, mais cette fois dans le cadre d’une contribution parfaitement recevable à un riche débat démocratique ?
Dans un pays qui non content d’avoir inventé le crime contre l’Humanité l’a perpétré à une échelle et avec une sophistication inégalées, élection après élection, d’aucuns croient déceler le réveil de l’effroyable pathologie contre laquelle on le croyait vacciné. Se pourrait-il, docteur, qu’avec l’irrésistible progression du vote AfD partout sur son territoire (1), la nation Allemande soit, comme en 1933, à la veille de se voir durablement confisquer le libre arbitre par une forme édulcorée de nazisme ? Le cas échéant, pouvez-vous nous indiquer le ou les praticiens le plus habilités à établir le diagnostic le plus idoine en la matière ?
Car on sait avec quel enthousiasme les nombreux docteurs es morale français, dotés ou non des plus hautes habilitations institutionnelles, avaient accueilli l’élection de Giorgia Meloni. Désormais autorisés à réprimer la déviance idéologique en fermant des chaînes de télévision, on sait également combien leurs plus grands spécialistes du savoir être et du savoir dire socio-politiques redoutent la résurgence de la phalange fasciste que l’élection de la réputée héritière du Duce devait permettre. Peu importe à ces policiers de la pensée que la Présidente du Conseil des ministres italiens soit aujourd’hui la dirigeante européenne jouissant des plus grands égards sur la scène diplomatique internationale et que le succès de sa gouvernance sur pratiquement tous les plans soit unanimement reconnu. On arrive à se demander si, précisément, ce succès ne renforce pas l’implacable hostilité que l’internationale progressiste, écologiste et genrée nourrit pour cette dame.
Aussi, plutôt que donner, a priori et tête baissée, dans le renforcement à grande échelle d’une semblable défiance à l’égard de l’AfD, susceptible d’être partiellement ou totalement injustifiée, le diagnostiqueur pourrait-il peut-être commencer par examiner les aspirations et les propriétés de cet objet social, afin d’en mesurer la possible toxicité et la réalité d’un pouvoir de nuisance allégués. Pour ce faire, rien de tel que consulter en détail la profession de foi programmatique et philosophique de l’AfD, ce à quoi l’auteur de ces lignes a pris la peine de s’atteler. Ci-après, il en restitue fidèlement, synthétiquement et en italique les contenus sur les thèmes « économie et énergie », « droits de l’homme » et « immigration-droit d’asile », prolongés de ses commentaires ; un travail en quelque sorte garanti d’origine contrôlée.
AfD - Économie et Énergie
Le constat - L’Allemagne traverse la crise économique la plus dangereuse de son histoire d’après-guerre. La pénurie d'énergie, l'explosion des prix et le harcèlement des entreprises avec toujours plus de bureaucratie et d'interdictions poussent les entreprises allemandes de taille moyenne à la faillite et à l'exportation de l'industrie à l'étranger […] La soi-disant transition énergétique, dont l'échec devient désormais évident, coûte des milliards, réduit l'approvisionnement énergétique national et conduit à la dépendance de l'Allemagne aux importations d'énergie et aux intempéries. L’abandon simultané du charbon de base et du nucléaire est un désastre et conduit notre pays vers la désindustrialisation. Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, au lendemain de la guerre, le gouvernement allemand aggrave la pénurie d’énergie par une politique de sanctions insensée, mettant ainsi en danger la prospérité construite au fil des générations […] La pénurie d’énergie, la rupture des chaînes d’approvisionnement, les subventions à la transformation éco-socialiste et les plans d’allègement financés par la dette conduisent désormais à une inflation qui creuse toujours plus profondément dans les portefeuilles des citoyens et ronge les bilans des entreprises.
Un approvisionnement énergétique sûr - L'Allemagne, pays industriel, doit à nouveau être en mesure de s'approvisionner en électricité en quantité suffisante et de manière fiable à tout moment. Pour y parvenir, nous avons besoin que toutes les centrales nucléaires et à charbon disponibles soient raccordées au réseau électrique. L’élimination progressive du charbon ne doit plus être un problème. Les centrales nucléaires encore en activité auraient dû continuer de fonctionner au-delà du 15 avril 2023 et les centrales déjà retirées du réseau doivent être redémarrées. Nous exigeons une prolongation de la durée de vie des six centrales nucléaires existantes jusqu’en 2040 au moins.
Retour dans le nucléaire - Il est urgent de poursuivre l’utilisation à long terme de la technologie nucléaire afin de garantir l’approvisionnement énergétique pour les décennies à venir. L’énergie nucléaire est adaptée à la charge de base et est peu coûteuse, la pollution de l’air est évitée et la nature est protégée grâce à la très faible consommation de terres, de combustible et de ressources.
Sanctions néfastes, taxes abusives, fiscalité CO2, discriminations idéologiques et interdictions - Malgré l’embargo, le gaz et le pétrole russes parviennent en Allemagne à des prix élevés via des intermédiaires. Un tel « blanchiment » est hypocrite et doit être rejeté […] Outre la soi-disant transition énergétique et la pénurie d'énergie auto-infligée qui en résulte, les taxes élevées entraînent également des prix de l'énergie qui mettent en danger la compétitivité de l'Allemagne […] Il faut mettre un terme à la charge financière croissante engendrée par des taxes sur le CO2 toujours plus élevées et à la pénurie croissante et irréaliste de certificats de CO2 […] La discrimination idéologique à l’encontre de certains modes de transport, comme le transport routier, doit cesser […] Comme doit cesser le harcèlement fédéral en réglementations et en interdictions : interdiction du chauffage au mazout, pompes à chaleur obligatoires, prescriptions d'isolation et compteurs intelligents obligatoires... En revanche, les technologies idéologiquement désirables telles que la mobilité électrique sont massivement subventionnées par l’État. Ces subventions doivent être supprimées. L’interdiction des moteurs à combustion (Règlement UE 2019/631), extrêmement préjudiciable à l’industrie automobile allemande, doit être supprimée immédiatement. Une concurrence équitable pour les meilleures technologies doit être garantie, sans égard au résultat.
Force est de constater qu’aucune formation politique française n’exprime aussi clairement et avec la lucidité économique qui convient ce à quoi aspire et ce que dénonce une population grandissante de part et d’autre du Rhin, à propos de la ruineuse tromperie climato-énergétique perpétrée par les pouvoirs publics. Le cynisme que, seule, l’ignorance permet d’afficher sans complexe grandit chez ces derniers avec les résultats accablants de leur tromperie.
Que sont les droits de l'homme et que ne sont-ils pas pour l’AfD ? Le droit de l’hommisme
Définition - Pour le groupe parlementaire AfD, les droits en question sont des droits protecteurs défendant l’individu contre un État intrusif, une conception traditionnelle de ces droits fondant l’État constitutionnel libéral-démocratique moderne […] En Allemagne, ces droits existent en tant que droits fondamentaux garantis par la Constitution. Pour les faire valoir en tant que droits civils, il faut des institutions complémentaires fonctionnelles telles que des tribunaux indépendants, et une mise en œuvre cohérente du principe de séparation des pouvoirs. Dans les pays dépourvus de structures constitutionnelles, les droits de l’homme demeurent consacrés par le droit international, souvent le seul instrument permettant de faire respecter les droits de l’individu. Partout, l’identification claire des violations des droits de l’homme ne constitue pas une ingérence dans les affaires intérieures.
Il n’y a pas de « droit humain à la bière gratuite » - Toute revendication politiquement souhaitable est décrite comme un droit humain par les idéologues de gauche. Le « droit à la migration » et le « réfugié climatique » en sont des exemples. Ces deux mesures sont des inventions de la gauche verte qui n’ont aucun fondement en droit international. Le groupe parlementaire AfD s'oppose à l'élargissement arbitraire du concept des droits de l'homme et à l'introduction continue de nouvelles dispositions en la matière.
Mettre fin à la persécution des chrétiens - AfD est seul au Bundestag à s’engager systématiquement en faveur du groupe religieux le plus persécuté au monde. Plus de 360 millions de chrétiens sont persécutés dans des pays comme le Nigeria, la Syrie, le Pakistan, la Turquie, la Chine et le Vietnam ; mais aussi en Allemagne, où les demandeurs d’asile musulmans menacent leurs concitoyens chrétiens dans les foyers de réfugiés (BT-Drs. 19/1698).
Lutte contre l’antisémitisme - AfD nomme toutes les formes d’antisémitisme. En Allemagne, ce phénomène provient principalement de groupes islamiques. Exigeons par exemple l’interdiction de la Journée d’Al-Qods, la fête annuelle de la haine envers Israël.
Anticommunisme - Le spectre du communisme hante toujours l’Europe et, sous couvert de communisme national, l’hypercapitalisme chinois ne doit pas devenir un modèle de réformes en Allemagne. S’engager en faveur des victimes de la dictature du SED dans la SBZ et en RDA, par exemple avec une motion pour la réhabilitation des victimes de la soi-disant réforme agraire dans la SBZ (BT-Drs. 19/27201).
Rétablissement des droits fondamentaux et défense de la liberté d’expression véritable - Les restrictions des droits fondamentaux imposées par le gouvernement fédéral, dans le cadre de sa politique de mesures Corona, sont les plus sévères en Allemagne depuis 1949. Ils ne devraient plus jamais être restreints de manière aussi inconsidérée et les gens ne devraient plus être montés les uns contre les autres au nom d’une prétendue protection de la santé.
Il serait intéressant qu’un ou plusieurs journaux français consultent par sondage leurs lecteurs sur l’approche ci-dessus de la question des droits de l’homme.
AfD - Immigration et droit d’asile incontrôlables
En 2015, l’Allemagne a connu une vague de réfugiés d’une ampleur énorme. Au vu du nombre de réfugiés enregistrés en 2022, une telle situation menace de se reproduire.
Les flux de réfugiés en provenance d'Ukraine - Entre fin février 2022 et janvier 2023, un total de 1 043 578 réfugiés d’Ukraine ont été inscrits au Registre central des étrangers, dont 74 % vivent en logements privés. Cette situation contribue au fait que le marché du logement reste précaire en Allemagne, une évolution particulièrement spectaculaire dans les grandes villes où le taux de vacance est désormais proche de zéro pour cent. Or, 37 pour cent des Ukrainiens interrogés déclarent souhaiter rester en Allemagne pendant quelques années ou pour toujours, 27 pour cent sont indécis et 34 pour cent ont l'intention de quitter l'Allemagne après la guerre.
Augmentation du nombre de demandes d'asile (1) - Parallèlement, le nombre des demandeurs d’asile en provenance d’autres régions du monde explosent, faisant que les capacités d’accueil de l’Allemagne atteignent clairement leurs limites. Au début de septembre 2022, 12 des 16 Länder avaient donc décrété un arrêt du premier accueil de réfugiés, le même mois, l'Association allemande des districts annonçait que les capacités d'accueil étaient épuisées dans de nombreux endroits.
Immigration dans les systèmes sociaux - 1,6 million d'immigrés sont actuellement au chômage, à la recherche d'un emploi ou vivent de l'allocation Hartz IV ou de l'allocation citoyenne - environ 50 pour cent d'entre eux bénéficient des prestations standard. Parmi les 460 000 immigrants qui travaillent, plus de la moitié occupent des emplois peu qualifiés. En comparaison, le taux de Hartz IV de la population allemande est de 5,6 %. L’immigration n’élimine pas la pénurie de travailleurs qualifiés. L’AfD propose d’accroître l’automatisation des processus de travail et que prenne fin l’envahissement du marché du travail par le secteur public. L’Allemagne a besoin de moins d’étudiants, de plus de stagiaires et, plus encore, que sa population fasse plus d’enfants. Elle a besoin d’une culture d’accueil pour ces derniers.
(1) La croissance des demandes d'asile : 30303 en 2007 ; 45589 en 2010 ; 127023 en 2013 ; 745545 en 2016 ; 165938 en 2019 ; 244132 en 2022.
Mettre fin au chaos de l'asile - Depuis de nombreuses années, il n'est plus possible de garantir une gestion adéquate des flux migratoires en Europe. Dans son document 20/3931 déposé au Bundestag « Permettre une politique d'asile durable basée sur le modèle danois et sortir du système d'asile européen commun », le groupe parlementaire AfD demande que le système d'asile européen actuel soit remplacé par une réglementation nationale judicieuse basée sur le modèle danois. AfD recommande par ailleurs la création de centres d’asile dans des pays tiers, afin d’y procéder en lieux sûrs à l’examen complet et final des demandes d’asile.
Un prétendu besoin de protection - 56,2 pour cent des réfugiés ont obtenus le droit d’asile en 2022, la majorité des autres ne quittant jamais le territoire national. La question de la pertinence factuelle des décisions de l'Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF) et de la fonctionnalité du cadre juridique existant se pose donc. Fin 2021, 292 672 étrangers contraints de quitter le territoire se trouvaient en Allemagne, soit plus de personnes que la population d'Augsbourg, Chemnitz ou Mönchengladbach, quand 11 982 personnes seulement ont été expulsées la même année (2).
Le groupe parlementaire AfD au Bundestag allemand demande à poursuivre systématiquement le processus d’expulsion des étrangers, en proposant des solutions pour faire respecter l'obligation de quitter le pays.
(2) La tendance à la baisse des expulsions : 25375 en 2016 ; 23966 en 2017 ; 23617 en 2018 ; 22097 en 2019 ; 10800 en 2020 ; 11982 en 2021 etc…
On en restera là, non sans considérer que ce qui précède – émanât-il de l’AfD – est à mettre au dossier d’information préalable au référendum sur l’immigration auquel finiront tôt ou tard par se résoudre tous les pays membres de l’UE, et non sans formuler les commentaires suivants, en guise de conclusion.
On aurait aimé que le Rassemblement National précisât par le menu les divergences l’ayant amené à prendre ses distances avec l’AfD, parmi lesquelles figure probablement le flou et le caractère socialiste du programme économique qu’aura reproché le second au premier. Par ailleurs, si l’on ne trouvait rien d’autre que l’extrait de doctrine venant d’être exposé pour accabler l’AfD, on serait tenté de considérer que l’ostracisme dont ce dernier souffre des deux côtés du Rhin, ne tient pas à ce qu’il veut faire, mais sans doute aux personnes qui le composent ; une situation dont a longtemps souffert un Front National avantageusement métamorphosé en Rassemblement National.
Quoi qu’il en soit, eu égard à l’irrésistible montée en puissance d’une mouvance politique européenne dont ces deux partis ne devraient pas manquer de s’emparer tôt ou tard de la tête, le numéro de téléphone unique de l’UE qu’Américains, Russes, Chinois et autres Japonais disent ne pas trouver n’est pas prêt d’être attribué, dans le contexte géopolitique en train de secouer l’éternelle ébauche des États-Unis d’Europe.


