mercredi 29 février 2012 - par Bernard Dugué

Le récit de la réélection de Sarkozy en 2012

 Le dimanche 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy a été réélu avec 51% contre son rival François Hollande. Ce bref récit raconte comment cette surprenante reconduction du président à l’Elysée s’est construite au jour le jour.

 Le lundi 12 mars, c’est ravioli et machine-outil. Le président Sarkozy déjeune avec les ouvriers de l’entreprise Mectro basée à Muret près de Toulouse, et dont le sort semblait scellé puisque le tribunal de commerce s’apprêtait à prononcer la liquidation. Mais c’était sans compter l’énergie du président qui ce lundi, déclara devant la presse, les yeux cernés, qu’il revenait de Chine. Et pas les mains vides. Après une négociation de plusieurs heures, le président avait trouvé un repreneur. L’entreprise Wong Zhou était prête à racheter l’usine pour que les travailleurs de Mectro puissent continuer à travailler. 700 emplois étaient sauvés. Nicolas Sarkozy fut convié à commenter ce sauvetage le lendemain sur les ondes de RTL, la radio la plus écoutée par le monde ouvrier mais aussi par les coiffeurs. La folle campagne se poursuivait, avec quelques piques lancées à François Hollande et son département de Corrèze sinistré par le surendettement.

 Mercredi 14, Sarkozy s’est rendu au collège Maurice Ravel de Montreuil. Les élèves de cette ville avaient décidé de faire grève et ne mangeaient plus à la cantine. Des kilos de nourritures étaient jetés par les agents de service. En cause, une décision du conseil général imposant, avec l’appui de la mairie, deux jours sans frites au nom de la santé alimentaire et du manger bio. De quoi mettre en colère ces collégiens qui, devant choisir entre brocolis et poireaux, décidèrent à la très grande majorité de ne plus s’alimenter à la cantine. La plupart, soutenus du reste par leur parents, narguaient le personnel en s’installant à table pour y déguster les quelques barres chocolatées amenées dans leur cartable. Le président Sarkozy est intervenu rapidement pour régler cette situation. Un extrait du discours prononcé à cet effet « Priver les élèves de la possibilité de manger une viande avec des frites est non seulement une faute de goût mais aussi contraire à nos valeurs républicaines. Une fois élu, je ferai voter une loi imposant dans toutes les cantines scolaires de notre pays le choix entre un légume et une assiette de frites. Et s’il y a blocage, alors j’organiserai un référendum sur cette question. Car il n’est pas admissible qu’une bande organisée d’écologistes se prenant pour des diététiciens fassent obstacle entre la gouvernance et le peuple qui seul, peut décider s’il est convenable ou non de manger des frites à la cantine ». Le lendemain, l’affaire s’est calmée. Les frites sont revenues à la cantine la semaine d’après.

 Vendredi suivant, onze heures, devant l’école Debussy à Lyon, on a pu voir quelques dizaines de personnes saluer le président venu visiter les lieux et prononcer un discours sur l’éducation. Cette école était occupée depuis quinze jours par les parents. Le candidat président n’est pas venu les mains vides. Il a annoncé avec Luc Châtel à ses côtés le maintien du professeur des écoles dont la suppression avait été décidée à cause d’un sureffectif. Samedi, Sarkozy est allé déjeuner à la brasserie Lejambon, établissement nancéen devant être prochainement liquidé. Les employés ont appris avec surprise que le président avait conclu tard dans la nuit un accord avec Tandoriyète, le géant indien de la restauration rapide. Les vingt emplois de la brasserie furent donc sauvés. Dimanche, pas de répit pour le candidat cette fois en déplacement à Berlin pour un mini-sommet avec Angéla Merkel portant sur un contrat de compétitivité emploi liant les deux partenaires avec une clause d’équitabilité envers les autres membres de la zone euro. Puis départ pour le Brésil afin de signer un contrat pour le prêt pendant une période d’essai de dix avions Rafale, avec option d’achat privilégiée.

 Mardi 20 mars, le président Sarkozy, sobrement vêtu d’un pantalon en velours et d’un pull gris à col roulé, a posé la première pierre de la digue devant protéger la zone côtière vendéenne. Devant des riverains ravis, en présence d’une vingtaine d’élus locaux et de Madame Kosciusko-Morizet, il prononça un mini discours sur l’engagement de l’Etat face aux risques naturels, prônant un volontarisme protecteur. Le lendemain, sept heures pétantes, accompagné de son épouse Carla et de son ami Estrosi, Sarkozy effectua une visite au marché aux fleurs du cours Saleya à Nice. L’occasion de saluer les commerçants qui se lèvent tôt et de vanter les productions locales qui dynamisent l’économie française. Après avoir dégusté une soupe de poissons de roche place Rossetti dans le vieux Nice, au milieu de vieilles bourgeoises pétillantes de joie, le président s’est rendu à Saint-Laurent du Var pour y rencontrer une dizaine d’horticulteurs et pépiniéristes, avec dans la poche un contrat de 5 millions d’euros pour remplacer les massifs de l’Elysée détruits par le gel et renouveler les espèces végétales. Une autre occasion pour vanter les produits locaux, le consommer français ainsi que le développement durable. Selon ses dires, chaque arbre planté représente une bouffée d’oxygène pour les générations futures. Puis direction le clos fleuri, une maison de retraite à Cannes. Le président est venu prendre le thé avec les pensionnaires, avec quelques bouquets de fleurs et à nouveau, son épouse Carla, qui s’est entretenue avec Raymonde, Josette et Mariette, commentant les derniers épisodes de plus belle la vie et donnant quelques nouvelles de Julia, le tout, filmé par BMFTV et FR3 Côte d’Azur.

 Le président candidat a mené une campagne au pas de course. Pas un jour sans qu’on ne le voit dans les médias. Le 4 avril, séance de photos sur le parvis de l’Elysée avec Jean Dujardin et toute l’équipe du film primé aux oscars, puis direction Villacoublay pour accueillir les deux otage libérés au Mali. Le mercredi 5 avril, Sarkozy s’est déplacé sur le site de l’entreprise landaise Dupin et Parachol, qui produit du bois de qualité pour la construction. Hélas, la baisse des mises en chantier a entamé la viabilité de cette entreprise employant plus de cinq cents salariés actuellement au chômage technique en attendant la liquidation. Mais Sarkozy a promis un prêt à taux zéro de 20 millions d’euros pour donner deux ans de répit à la trésorerie, de quoi maintenir la presque totalité des emplois dans cette région déjà secouée par le chômage. Tout est allé vite. Le 22 avril, à la surprise générale, Sarkozy devançait son concurrent socialiste d’un point, 31 contre 30.

 La campagne s’intensifia. On a pu voir le président pour un super sommet à Bruxelles, afin de consolider un partenariat privilégié avec les pays européens et de signer un « contrat éthique emploi croissance durabilité et connaissance ». Le soir, Sarkozy prononça un grand discours à la Villette sur le dynamisme industriel. Très tôt le lendemain matin, il annonçait la reprise des activités de Vallala, équipementier automobile situé à Rouen et dont les emplois ont tous été sauvés grâce à une participation de Renault et une aide de 50 millions d’euros venant de l’Etat. Après être passé par le lycée Montesquieu à Bordeaux, il participa à une table ronde avec Alain Juppé. Le thème fut la région. Visite au mur d’eau face à la place de la Bourse pour contempler les œuvres du meilleur d’entre tous, le maire de Bordeaux, qui se fendit d’un discours rapide « Tu vois, Nicolas, avec un peu de volonté, j’ai redonné la vue de la Garonne aux Bordelais, alors mon cher Nicolas, à toi de redonner la vie aux Français ». Déjeuner avec quelques viticulteurs et après, visite éclair sur le campus universitaire de Poitiers pour louer l’excellence de la recherche et annoncer 2 milliards supplémentaires pour la recherche, puis détour par le CHU de Tours pour y rencontrer des praticiens et parler du métier d’infirmières dont le salaire sera augmenté de 10 % a annoncé le président, après avoir généreusement revalorisé les enseignants en échange d’une augmentation des charges de travail. Retour à Paris pour un passage au JT de la Une. Pour remercier les électeurs, le président a annoncé que Johnny Hallyday offrait en téléchargement gratuit un remix d’un de ses tubes spécialement apprécié par son ami du Fouquet.

 

Le lendemain, les internautes ont pu entendre cette chanson qui fut reprise en chœur par les sympathisants dans les meetings présidentiels de l’entre deux tours.

 

On a tous quelque chose en nous de Sarkozy

Cette volonté de prolonger la nuit

Ce désir fou de vivre une autre vie

Ce rêve en nous avec ses mots à lui

Quelque chose de Sarkozy (…)

 

Ainsi survécut Sarkozy

A certaines heures de la nuit

Quand le cœur de la ville s'est endormi

Il flotte un sentiment comme une envie

Ce rêve en nous, avec ses mots à lui

Quelque chose de Sarkozy

 

 Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy était réélu avec 51 % des voix. Le lendemain de l’élection, je rédigeais ce billet récapitulatif non sans quelques sombres visions de l’avenir. Tout d’un coup, je sentais un manque d’air, la respiration coupée, je m’agitai, essayant de retrouver mon souffle. Je me réveillai alors en sueur sur mon canapé, la télé allumée, diffusant un débat entre François Bayrou et Eva Joly. Ouf, rassuré, le cauchemar s’est terminé, nous n’étions qu’en mars, à un mois du premier tour. Je m’étais juste endormi devant l’écran. 



110 réactions


  • Hendo 1er mars 2012 20:23

    ça ressemble surtout au rêve de Sarkozy lui même moins que d’une possibilité.


  • Catart Catart 1er mars 2012 20:29

    SALUT BERNARD,

    Comme souvent de l’humour à revendre et clap de fin génial.

    Merci à toi

    http://www.indigne-je-propose.fr


  • pierrot123 1er mars 2012 22:43


    Pas d’acoord...

    Ce n’est pas le 6 Mai que Sarkozy est réélu...
    C’est le 22 Avril...

    AU PREMIER TOUR !!!

    Hé ouais : si M.Le Pen ne se présente pas (ce qui a l’air de plus en plus plausible)...not’Sarko national, ben, il va frôler les 50%, presque automatiquement...

    Et si jamais il est au-dessus, même à peine, la loi électorale est claire : « Le candidat qui obtient la majorité absolue au premier tour est élu ».

    C’est tout con, et pourtant, ça peut arriver, les amis...


  • FYI FYI 4 mars 2012 01:18

    La société du spectacle on vous dit. Pas besoin de cauchemars vous la vivez mais le scripte c’est la cabale qui l’écrit.


  • iciailleurs 4 mars 2012 09:37

    Rêve ou cauchemar, mais pour N. Sarkozy cela ne va pas fort dans les sondages.
    Ce matin, une publication de la sphère sondagière, situe Hollande à 30% et Sarkozy à 23%.
    Au mieux environ 70% des personnes interrogées ne veulent ni de l’un de l’autre, sans compter les abstentionnistes, qui, parait-il sont de plus en plus nombreux.


  • BA 4 mars 2012 11:17

    Sarkozy à la ferme : « Moi, je n’ai pas 40 hectares. »

     

    Avant son accueil sous les huées à Bayonne, le déplacement de Nicolas Sarkozy dans le Sud-Ouest avait déjà débuté sous le signe de la tension.

     

    France Inter a diffusé vendredi 2 mars un extrait de l’échange du président-candidat avec un couple d’agriculteurs rencontrés, en compagnie de Michèle Alliot-Marie, à Itxassou, au sud-est de Bayonne.

     

    L’éleveuse évoquait la pénibilité de son travail et ses problèmes financiers :

     

    L’agricultrice : « Ecoutez, on n’est pas aux 35 heures, hein. »

     

    Nicolas Sarkozy : « Moi non plus. »

     

    L’agriculteur : « Oui, mais on n’a pas le même salaire. »

     

    L’agricultrice : « Nous, on n’a rien. On vivote. »

     

    Nicolas Sarkozy : "Moi, je ne suis pas propriétaire de 40 hectares, hein, ok ?"

     

    L’agricultrice : "Mais vous avez autre chose en banque peut être."

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/20120302.OBS2765/video-sarkozy-a-la-ferme-moi-je-n-ai-pas-40-hectares.html

     

    Rappel :

     

    Le salaire mensuel du président Nicolas Sarkozy sera augmenté à partir du 1er janvier 2008 de 172 %, et non de 140 %, écrit Le Monde.

     

    Le quotidien explique que la plupart des journaux, dont lui-même, avaient fondé leurs calculs sur une note de l’Elysée, mais que le plus grand flou régnait lors du vote de cette mesure le 30 octobre à l’Assemblée nationale.

     

    Or, le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, qui a défendu les amendements du gouvernement sur le budget de l’Elysée, a fourni des précisions au Monde.

     

    Il en ressort que de 7.084 euros à l’heure actuelle, l’indemnité nette mensuelle du président de la République passera à 19.331 euros, soit une augmentation de 172 %.

     

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-salaire-de-sarkozy-augmente-de-172-pourcent-et-non-140-pourcent_467694.html


  • spartacus spartacus 4 mars 2012 12:25

    Tout sauf Sarkosy, c’est pas un programme§

    Y’en a des cons qui croient que l’herbe est plus verte chez le voisin. Ils vont pas être déçus.


  • Veniza Veniza 4 mars 2012 13:25

    PURE FICTION QUE TOUT CELA !

    Mais on le sait bien, les fictions n’arrivent jamais...


  • CARAMELOS CARAMELOS 4 mars 2012 19:03

    Si ce n’était pas de l’anticipation il y aurait de quoi éclater de rire.  Néanmoins l’article est excellent !


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