samedi 30 octobre 2010 - par CHALOT

Le service civique : arnaque et régression sociale

Martin Hirsch passe son brevet de secourisme à Melun ce 27 octobre.
Il est là devant les caméras pour vendre son service civique....
La différence c’est que lui est très grassement payé alors que le jeune « volontaire » touchera au plus 540 € par mois pendant 12 mois avant de retrouver le chômage....
Quant aux associations de jeunesse et d’éducation populaire, elles vont voir leurs crédits publics baisser et baisser encore...Il faut bien avoir de l’argent pour vendre ce service civique... miroir aux alouettes et piège

Toutes les associations et fédérations d’enfance jeunesse se sont prononcées pour un service civil volontaire alors que les organisations syndicales y étaient fortement opposées.

Institué par la loi du 30 mars 2006 pour l’égalité des chances, le service civil volontaire est remplacé par le service civique initié par Martin Hirsch et créé par la loi du 10 mars 2010.

Des jeunes volontaires âgés entre 16 et 25 ans peuvent « s’engager » dans une collectivité territoriale ou dans une association pour une durée de 6 à 12 mois.

Pour obtenir un agrément, l’objet et les activités de l’association doivent être liés à l’un des domaines suivants :

  • le développement international et l’action humanitaire ;
  • l’éducation ;
  • le sport ;
  • la culture et les loisirs ;
  • l’environnement ;
  • la mémoire et la citoyenneté ;
  • l’intervention d’urgence en cas de crise ;
  • la santé ;
  • la solidarité.

Il n’est pas difficile d’obtenir un agrément, et d’ailleurs les cadres A de l’ex jeunesse et sports sont missionnés pour solliciter l’adhésion d’ associations à ce dispositif, de les aider ainsi que de trouver des jeunes volontaires.

C’est leur mission première...Il est fini le temps où les conseillers d’éducation populaire apportaient aide et soutien aux initiatives locales.

Le gouvernement veut les transformer en agents de recrutement.

Il faut faire du chiffre et pouvoir placer cette année 10 000 jeunes et 75 000 sur cinq ans.

Les jeunes « travailleront » 24 heures par semaine pour recevoir 540 €

L’Etat prend à sa charge 440 € et les cotisations sociales, l’association complétant par une indemnité de 100 € ( en euros ou en nature)

Il s’agit là d’une dérogation au code du travail et les jeunes seront ainsi largement sous le seuil de pauvreté.

Pour certaines associations intervenant dans le champ éducatif ou social, ce dispositif est une aubaine.

Mais aujourd’hui les masques tombent .

Si les jeunes précarisés sont les premières victimes d’un système poudre aux yeux qui consiste à faire baisser artificiellement les chiffres du chômage, les organisations, hier enthousiastes se mordent, aujourd’hui, les doigts.

Le Communiqué du CNAJEP, coordination de toutes les associations enfance jeunesse et d’éducation populaire est sans ambiguïté :

« Aux promesses politiques du Gouvernement s’oppose le désengagement budgétaire de l’Etat. Tel est le constat amer qui ressort de l’analyse du budget alloué au programme 163 « Jeunesse et Vie Associative » du projet de loi de finances 2011/2013.

Un budget « siphonné » par le service civique

L’analyse superficielle du PLF 2011/2013 aurait pu laisser croire à une revalorisation du soutien de l’Etat aux politiques de jeunesse et d’éducation populaire. Pourtant, les apparences sont trompeuses. Le service civique fait office de faux-nez pour tenter de masquer le désengagement massif et continu de l’Etat dans son soutien aux activités portées par les associations de jeunesse et d’éducation populaire. Le budget « Jeunesse et Vie associative » se trouve ainsi cannibalisé par le service civique, qui ponctionnera 45.9 % du budget total du programme 163 en 2011 et 65.2 % en 2013 !

Le soutien aux associations raboté

Le PLF 2011/2013 marque une remise en cause brutale et programmée du soutien aux associations de jeunesse et d’éducation populaire, tant au niveau national (une amputation de 8.7 % des crédits alloués aux conventions partenariales en 2011, qui atteindra 18.3 % en 2013) qu’au niveau local (les crédits dédiés aux associations locales, qui s’élevaient en 2010 à 8.35 millions d’euros, étant intégralement supprimés dès 2011). Cette situation est d’autant plus paradoxale à l’heure de l’accroissement des besoins de formation et d’accompagnement liés à la montée en puissance du service civique et à l’accueil des volontaires.

Les associations de jeunesse et d’éducation populaire menacées


A travers ce projet de loi de finances, l’Etat fait le choix de concentrer ses maigres moyens sur des programmes et dispositifs qu’il gère en direct (Service civique, CIDJ, INJEP, AFPEJA, OFAJ, etc.), au détriment d’une politique d’accompagnement et de développement de la vie associative autonome. A ce désengagement de l’Etat vient se greffer une fragilisation de la capacité financière des collectivités territoriales, sous l’effet conjugué de la refonte de la fiscalité locale et du gel des dotations aux collectivités annoncé pour 2011. Les associations de jeunesse et d’éducation populaire, qui ont développé des partenariats privilégiés avec l’Etat et les collectivités, risquent de payer un lourd tribut de cet « effet ciseau » dévastateur.

A l’heure où les besoins éducatifs, culturels et sociaux se font grandissants, le CNAJEP et ses membres émettent une alerte sur les conséquences désastreuses de ce projet de loi de finances pour les associations de jeunesse et d’éducation populaire et pour les activités qu’elles génèrent en direction des populations.

La situation est grave.

De nombreuses associations vont devoir serrer les boulons, voire même licencier du personnel, faute de moyens.

Encore une fois ce sont les salariés qui vont régler la note la plus salée.

Il est temps d’agir et de combattre la politique enfance-jeunesse de ce gouvernement qui étrangle les associations d’éducation populaire et de jeunesse et réduit les crédits aux collectivités territoriales qui connaissent , elles aussi des difficultés.

Jean-François Chalot



11 réactions


  • foufouille foufouille 30 octobre 2010 11:23

    ben, vu que hirsch reve d’une france a l’image d’emmaus, c’est plutot normal
    homme et femmes separes
    argent de poche
    etc
    bientot chez vous


  • docdory docdory 30 octobre 2010 12:09

    Bonjour Chalot

    Je me souviens qu’aux dernières présidentielles , la plupart des candidats préconisaient un service civique ou civil obligatoire. J’avais souligné à l’époque dans un article l’arnaque constituée par ce « service » . Le fait que ce service soit maintenant facultatif ne change pas grand chose au fait qu’il s’agisse d’une arnaque !

  • CHALOT CHALOT 30 octobre 2010 12:28

    A l’époque, ce projet a été porté par les candidats poussés par les grandes associations.
    A l’époque les syndicats de salariés avaient pris position contre ( j’ai participé à l’écriture du communiqué commun)
    Ils n’ont pas été suivis...Les enjeux pour les associations étaient importants ( des financements par ces postes au rabais) mais aujourd’hui les masques tombent

    Le service civique, ce sont quatre perdants :

    - les jeunes « volontaires » sous payés, corvéables et en CDD de 12 mois avant le chômage
    - les salariés en poste : certains perdont leur travail, les emplyeurs préférant des CDD qui coûtent presque rien
    - les personnels jeunesse et sports : formés pour conseiller et accompagner, il sont transformés en agent de placement
    - les grandes organisations : leurs subventions et financements sont plus que rognés

    un gagnant : le gouvernement et le pantin Hirsch


    • Jaime Horta Jaime Horta 30 octobre 2010 15:36

      Pour ce qui est de la poudre aux yeux, ainsi que de faire de chômage déguisé. Déshabiller Paul pour habiller Jacques, c’est à dire éparpiller les budgets comme on a pris l’habitude en éparpillant la misère, je suis d’accord.

      Cela dit 540 euros pour 24 heures par semaine on peut pas dire que ce soit le bagne, surtout dans ce genre d’activité subventionnées, qui ne sont soumises à aucune contrainte de productivité et qui n’exigent pas non plus une grande implication du publique concerné s’ils ne le souhaitent pas.

      C’est toujours mieux que de squatter des hall d’immeubles à glander toute la journée, permettant de s’ouvrir et de rencontrer des gens différents.

      A part ça, elles font quoi les dites "grandes associations ?


    • foufouille foufouille 31 octobre 2010 17:01

      "qui ne sont soumises à aucune contrainte de productivité et qui n’exigent pas non plus une grande implication du publique concerné s’ils ne le souhaitent pas."
      faux
      le directeur est souvent bien paye
      va a emmaus pau


  • CHALOT CHALOT 30 octobre 2010 16:13

    Comment fait-on pour se loger avec 540 € ?
    Les employeurs ne sont pas des enfants de choeur : ils savent tirer sur la corde...
    Que font les grandes associations ?
    - Elles continuent à écrire des communiqués
    - Elles cherchent des nouveaux moyens de financement
    - Elles licencient du personnel


  • Jaime Horta Jaime Horta 30 octobre 2010 17:29

    On faisait comment lors du service militaire obligatoire ?

    Soit on était pas embauché, soit on perdait notre emploi, et pas question de louer un quelconque appartement.

    Là on leur propose une liste d’activités ludiques, pas contraignantes, et en plus ils sont payés.

    Quant aux associations, bien entendu elles font la gueule dès qu’on touche au juteux filon de l’économie subventionnée qu’elle considèrent comme une fin en soi, surtout ceux qui y font carrière.

    Cela dit, cela s’appelle tout simplement de la « planification », l’économie subventionnée avec des fonds publiques, c’est à dire étatiste et centralisée ne saurait échapper à cette règle.

    Vouloir échapper à la planification, et étendre à l’infini l’économie subventionnée, sans une bonne gestion et répartition des deniers publiques par priorité d’efficacité, ce serait en quelque sorte la domination et l’exploitation par le domaine publique sur la société civile.

    A mon avis cette situation est déjà le cas depuis longtemps, ce qui pèse naturellement sur l’économie, sur l’emploi et prend une part non négligeable dans l’inflation, c’est à dire le chômage de masse et les inégalité.

    La situation depuis des année s’aggrave de plus en plus, et les seuls solutions que l’on apporte (le service civil en fait parti) revient à éteindre un incendie en jetant de l’essence.

    Si l’on va au bout de cette logique, on aura plus vite fait d’abolir la propriété privée, procéder aux expropriation de masse et d’en finir une fois pour toute avec la société civile.

    Quoi que dans l’absolut je ne suis pas entièrement contre, c’est à dire en finir avec la société de classe hiérarchisée de forme verticale, pour la remplacer par par une société de classe organisée horizontalement.

    Mais comment faire, that is the question ? 


    • foufouille foufouille 31 octobre 2010 16:59

      « On faisait comment lors du service militaire obligatoire ? »
      on pouvait reporter ou devancer l’appel
      et meme etre objecteur de conscience


  • LE CHAT LE CHAT 30 octobre 2010 22:26

    on avait jeté le CPE , il revient avec Hirsch sous une autre forme , les jeunes sont toujours exploités ! mais c’est pas pire que ceux qui font des stages gratuits , ou à l’époque la solde ridicule qu’on donnait aux appelés durant le service milItaire ...


  • delphine12345 17 octobre 2011 11:53

    Bonjour, très intéressant cet article et c’est excatement ce que je suis en train me dire, la belle arnaque !

    Je viens tout juste de commencer un service civique à la PJJ de guingamp à raison de 35h et non pas 24h ou je ne sais quoi. indemnisée la modique somme de 446€ et après avoir fait mes comptes il est évident que je suis LARGEMENT en dessous du seuil de pauvreté ...

    Après avoir lu l’atricle je prend conscience que je suis loin d’être la seule victime de ce dispositif qui à mon sens vise davantage à donner bonne conscience à un état qui crée des « contrats » qui ne donne droit à aucun chomage, et qui sont mal indemnisés.

    Ces 6 prochains mois vont être longs, c’est plus des pates qu’on va manger mais regarder notre assiette vide ... :-l

    Bien sur l’idée de travailler à coté me passe par la tête mais quand on bosse déjà 35h aller garder des gamins ou faire la plonge le soir, merci ... je vais y penser ...


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