Le sport et le net, reflets d’une société ?
Les lignes qui vont suivre ne sont qu’une réflexion personnelle abondamment nourrie, ces dernières semaines, par la lecture de plusieurs sites internet ou de médias, mais aussi par la consultation de journaux télévisés français.
Le naufrage récent d’une équipe nationale de sportifs dits de haut niveau semble avoir provoqué dans l’Hexagone un véritable raz de marée qui, comme toute catastrophe naturelle, se retire au bout de quelques jours, voire une semaine ou deux, après avoir provoqué de sérieux dégâts.
Avec l’élimination précoce de onze footeux peints en bleu, gladiateurs des temps modernes, le mythe de nation invincible, sous perfusion depuis dix ans après l’éclosion de la fameuse bande à Zidane, s’est définitivement éteint, noyant soudain tout un peuple dans désarroi, tristesse, rancœur, moqueries et quelquefois colère.
Les « blacks-blancs-beurs » dégommés définitivement de leur piédestal d’argile et voilà la France devenue orpheline et vengeresse. Grotesque pensez-vous ? Pas du tout. Le football et plus généralement le sport de compétition en général, a dépassé depuis longtemps son statut de divertissement des peuples, si cher à la Rome antique. Il s’est transformé au fil des ans en une union sacrée que les politiques de tous bords eux-mêmes n’ont jamais pu arriver à solidement souder, ni manipuler. Au contraire des puissances financières qui en ont fait l’une de leurs proies favorites, aidées dans cette démarche par des médias dociles, souvent serviles et médiocres, au premier rang desquels figure la… télé.
Et comme toujours, lorsque cette union, qui n’en était pas une, semble avoir été trahie, elle se désagrège aussitôt dans un déferlement d’opinions négatives, d’explications oiseuses, d’excuses, réactions épidermiques et de coupables destinés à la… guillotine.
A voir, lire ou écouter cette avalanche de commentaires, la plupart acides et dénués de toute impartialité, souvent idiots lorsqu’ils n’ont pas une connotation meurtrière, force est d’admettre qu’en France, le sport de haut niveau n’est que le miroir de la société dont il est issu. Un conglomérat d’éternels mécontents, d’envieux de bas étage, d’égoïstes primaires, de jaloux insatisfaits, brefs de fous solitaires, prêts dans un même mouvement à brûler aujourd’hui, sans réfléchir une seule seconde, des idoles qu’eux-mêmes avaient installées, la veille, dans le firmament des rêves.
Ce constat est d’autant plus évident lorsqu’on s’engage à surfer, même timidement, sur le net. Pas un site, et il y en a croyez-moi, qui n’ait échappé à la mode « participative » si chère à Ségolène Royale, qui consiste, sur n’importe quel sujet, sport compris, à offrir au lecteur un commentaire. Alors, bonjour le défoulement, cette tare diabolique qui ronge les estomacs. Pire encore, voilà revenus au grand galop les vieux démons enfin libérés et qui jusque-là étaient silencieux par crainte d’être dénoncés puis anéantis. De partout, agissant, cela va de soi, sous des pseudonymes souvent grotesques et pitoyables, ils ont giclé.
Près de 1 300 réactions sur un sujet sportif fumeux lancé tout récemment par Yahoo, toutes ou presque déversant rage, contresens, insultes dans des discussions de sourds ou d’aveugles et surtout, eh oui, sur fond de racisme ou de xénophobie primaires. Pour un… match de foot !!!
C’est ainsi que Raymond Domenech, le sélectionneur de l’équipe nationale, est devenu en quelques jours la cible préférée des internautes en mal de haine. Sur le même rang que le président de la République et que… les religions. Ces « trois sujets », le troisième principalement, font fureur dans le domaine de l’absurde, voire de la lie. Il est vrai qu’ils sont considérés comme alléchants, et donc rentables, par tous les médias qui ne cessent, jour après jour, sous le prétexte fallacieux de « l’actualité », de les étaler sans discernement sur leurs colonnes, leurs écrans ou leurs sites.
Ce phénomène désespérant dont petit à petit se détournent, effrayés et découragés, la minorité de ceux qui, par leurs témoignages, recherchent l’enrichissement dans la discussion intelligente, est pour le moins dangereux.
Est-il vraiment le reflet de la société française comme tout le laisse supposer ?
