Le temple de la République n’est pas l’annexe du temple de Jérusalem
Le grand rabbin de France Haïm Korsia a réussi à faire entonner des chants hébreux et à faire passer son candélabre sous les ors de la République pour y allumer la première bougie d’Hanouka. Des bougies pourtant éteintes depuis longtemps par les historiens.
Dans les mosquées, des imams prêchent que Noël n’est pas la fête des musulmans et qu’ils n’ont donc pas de raison de s’y mêler. Lors de manifestations parisiennes la communauté juive a trouvé avec Hanouka sa formule de substitution à joyeux Noël.
Irrévérence ou allégeance ?
Si près de l’Arc de Triomphe de l’Empereur Napoléon Ier, une manifestation religieuse de la communauté juive a dû surprendre certains de ses membres qui critiquent toujours le « décret infâme » de 1808 par lequel les juifs ont été assimilés à la Nation française par la volonté impériale (1).
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Hanouka Place de l’Etoile
La communauté avait déjà œuvré à l’institution d’une fête juive à côté du Noël chrétien avec des promotions audacieuses comme celle du tweet exalté qu’Isabelle Balkany adressait à sa communauté ; « Demain, s'allumera la première lumière de Hanouka... En cette journée "tricolore", la Tour Eiffel, dont chaque pièce fut construite à #Levallois, devenue la plus belle menorah... Lumineuses fêtes à toutes et à tous ! » (Ignorait elle que pour Hanouka c’est un candélabre pas une menora ?)
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On devine que ces associations du candélabre avec nos monuments historiques et nos institutions cherchent à lui donner un retentissement et une proximité qu'elle n'a pas.
L’Elysée aura donc offert une tribune au rabbin en mal de reconnaissance pour sa fête religieuse, sauf qu’elle n’aura pas été du goût de tout le monde. Le président du Crif Yonathan Arfi a estimé lui que c'était une erreur d’y célébrer le début de la fête juive. Avait-il pressenti qu’en réaction, le Conseil d’Etat serait saisi pour ce motif et que la remise concomitante d’un prix de rabbins destiné au Président pour sa lutte contre l’antisémitisme passerait sous les radars ?
Il avait probablement raison.
En des temps où les crèches suscitent tant de réactions laïcardes et qu’il est demandé aux musulmans de conserver discrètes leurs expressions religieuses, Arfi avait sans doute deviné que cette manifestation Elyséenne irriterait 99% des français qui pensent que le Temple de la République n’est pas l’annexe de celui de Jérusalem.
Un autre motif tient à la remise en cause des fondements même de la fête d’Hanouka que les historiens ont revus avec des arguments que l’évènement élyséen donne l’occasion de rappeler, un effet collatéral que le rabbin a voulu ignorer.
Arfi en avait inévitablement eu connaissance avec Prasquier son prédécesseur à la tête du Crif, lequel avait participé à une conférence d’historiens et écouté les révélations de Maurice Sartre sur le sujet (1), d’autres historiens avaient revisité depuis plus longtemps déjà les origines de cette fête avec des découvertes qui ont conclu au mythe.
Qu’en est-il.
Pour des juifs Hanouka célèbre la révolte des Maccabées menée par la famille éponyme contre les Séleucides grecs installés en Judée au IIe s. avant J.C. depuis la conquête d’Alexandre le Grand. L’évènement sera prétexte à Hanouka qui n’est pas mentionnée dans la bible hébraïque, seulement dans le talmud des rabbins avec une histoire de bougie miraculeuse et une résistance héroïque qui nourrit un récit depuis.
La tradition juive s’appuie sur deux textes écrits vers 50 et 160 av J.C. qui racontent les persécutions religieuses des juifs et les actes des résistants au roi séleucide Antiochos IV appelé "fou", lequel aurait voulu helléniser les juifs. On va comprendre pourquoi certains ont vu dans cette histoire plus un conte qu’un fait historique. « Au IIe siècle avant l’ère commune, la Terre Sainte était gouvernée par les Séleucides qui voulurent forcer le peuple d’Israël à accepter la culture et les croyances grecques en remplacement de l’observance des mitsvot et de la foi en D.ieu. Contre toute attente, un petit groupe de juifs fidèles, dirigés par Juda Maccabée, vainquit l’une des armées les plus puissantes de la terre, chassa les Grecs du pays, reprit le Saint-Temple à Jérusalem et le consacra de nouveau au service de D.ieu. »
Les Maccabées révoltés s’étaient donc justifiés avec un motif religieux, la « défense de la Torah », des soldats se seraient donc battus pour une liberté spirituelle ; un acte exemplaire pour un mythe nous disent les historiens avec une autre histoire.
Pourquoi un mythe.
Les juifs étaient divisés, ceux favorables à l’hellénisation source de libertés et d’indépendance s’opposaient aux suiveurs des conservateurs sadducéens, riches dirigeants qui contrôlaient le temple et le sanhédrin.
L’histoire retenue par la tradition rabbinique expose que le risque pour les juifs était la destruction de leur culture qui justifiait la révolte dont l’issue sera célébrée au temple de Jérusalem avec le miracle des bougies allumées pour l’occasion, fondements de la fête d’Hanoukka. Cette version des Maccabées a été revue par les historiens dont les découvertes ont révélé une explication moins glorieuse, avec un autre motif de la révolte ; une résistance fiscale avec la défense des intérêts des Hasmonéens (dynastie juive de Judée).
Parmi les historiens qui ont démontré la duperie il convient de citer Sylvie Honigman, maître de conférences à l’Université de Tel-Aviv et ses travaux décisifs sur la crise maccabéenne. Elle démontre comme de nombreux chercheurs avant elle qui avaient ouvert la voie, que les textes des Maccabées ne soutiennent pas la Torah mais l’ordre social au service de la dynastie régnante.
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Que dit Sylvie Honigman.
Un dossier avec une lettre du roi d'Antioche adressée à ses agents et trouvée à Marisha en Israël raconte le remplacement du grand prêtre du temple à Jérusalem, et pas sa suppression. A Byblos, a été trouvé également rédigé en grec, un autre exemplaire du même texte qui corrobore le caractère administratif et fiscal de la mesure qui s’appliquait sur tout le territoire d’Antiochos IV, sans aucun caractère religieux. Les rois Séleucides voulaient contrôler les finances des temples dans les territoires. C'est à cette période qu'Antiochos IV destituera donc le grand prêtre Onias III de Jérusalem qui refusait de se soumettre aux impératifs fiscaux.
Sylvie Honigman confirme l'avis des historiens à propos de l'édit de persécution couramment avancé pour prétexter la révolte des juifs à l'encontre du roi, qui en réalité n'a jamais existé. Maurice Sartre rappelle que l’historiographie de la révolte des Maccabées (170-155 avant J.C.) avait pour but de laisser penser que ces juifs « martyrisés » s’étaient révoltés pour préserver leur religion et donc leur culture.
Avec le premier livre des Maccabées il se raconte une histoire qui s’attache à justifier le pouvoir des juifs Hasmonéens après leur prise de pouvoir en Palestine après la révolte. Le second ajoute bien plus tard des actes d’héroïsme, des louanges pour une chronique que l’historienne de Tel-Aviv nous dit être « un conte partisan ».
En conclusion à cette rencontre entre le président de notre pays laïc avec une croyance à bougies, on retiendra la bénédiction donnée au chef de l’Etat par Times of Israël ;
« … le chef de l’État « peut recevoir des représentants de tous les cultes » pour assister à une telle cérémonie « sans heurter le principe de laïcité » Amen.
La publication israélienne ne dit pas si la Knesset serait prête à recevoir l’Evêque de Lourdes et ses pèlerins le 11 février prochain pour qu’ils y allument leur bougie et chantent une prière ?
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(1) (4/4) Aux sources juives de l’antisémitisme (Napoléon et les juifs)



